JOHN M. KELLY LIBKM2Y

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Donated by The Redemptorists of the Toronto Province

from the Library Collection of Holy Redeemer Collège, Windsor

St

University of Michael's Collège, Toronto

HOLYREDEEMJ^LIBRAfiy, Wll^

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Jésus mieux connu et plus aimé dans son Sacerdoce

DEUXIEME PARTIE

De la Conditioi> de l'Honime-Dieu

Un volvme in- 12 de 430 pages Prix : 7 fr. ; franco, 7. 75 ; étranger, 8 fr.

TROISIEME PARTIE

De Jésus dans son état de Victime

Un volume in- 12 de pivs de 400 pages CMêmc prix)

M. E. de la CROIX

de la Prafernifé Sacerdotale

Jésus mieux connu et plus aimé dans son Sacerdoce

PREMIÈRE PARTIE

De la Connaissance de Jésus le Verbe Incarné

TROISIÈME ÉDITICN

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PARIS MAISON DU BON -PASTEUR

228, Boulevard Pcrcire

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HOLY REDEEMER LIBRARY, gîlDSOR

NOTF DIT CKNSFUR

Je suis heureux de témoigner que j'ai lu avec intérêt et édification le manuscrit du travail sur « la connais- sance de Jésus le Verbe Incarné ». Je le considère comme de nature ù attirer à Notre Seigneur Jésus- Christ de nombreuses âmes, surtout parmi les âmes sacerdotales.

La doctrine en est sûre et l'esprit excellent. Il est tout pénétré de l'amour de Jésus.

Rome. Décembre, 1916.

NIHIL OBSTAT

Vv. Thomas -M. Pègies, O. P. iMaîtie en 'l'Iiéologie.

Censor Deleqatiis.

IMPRIiMATUR

Fr. Albertus Lepidi, O. P. S. P. Ap. Maff.

TOUS DROITS RÉSERVÉS

LETTRE DE SA SAINTETÉ PIE XI

A L'y^UTEUR DE l'QuYRAGE

Jésus mieux connu et plus aimé dans soi> Sacerdoce

SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT Du Vatican, 16 Décembre 1924

DE SA SAINTETÉ

Mon Très Révérend Père,

Le Souverain Pontife a agréé avec une paternelle bienveillance le filial hommage que vous Lui avez adressé des trois premiers vo- lumes de la collection : « Jésus mieux connu et plus aimé dans son Sacerdoce ».

Vous avez voulu, dans une noble pensée de zèle, contribuer à faire connaître davantage à ses prêtres et à ses fidèles Jésus dans son Sacerdoce éternel, et c'est la raison d'être de votre travail.

Dans un premier volume, gui est comme l'introduction à l'ouvrage tout entier, vous mon- trez la nécessité et la grandeur, l'importance et les conditions de la connaissance de Jésus, Verbe incarné. Votre second livre étudie la per- sonne adorable du Sauveur, dans le sein de son Père et dans les phases de sa vie terrestre, dans son Sacerdoce et son Sacrifice.

Puis c'est la Victime gue vous considérez ; ce sera ensuite le Sacrificateur , et enfin vous terminerez en montrant , dans l'Eucharistie, le Prêtre et la Victime dans l'acte du Sacrifice, puis dans sa gloire.

Sa Sainteté vous félicite des efforts gue votre zèle apostoligue vous a fait entreprendre en vue de faire connaître et aimer davantage Jésus dans son Sacerdoce : n 'est-ce pas le cen- tre de tous les mystères de V Incarnation et de la Rédemption ?

Le Saint Père, en vous remerciant de votre hommage, fait des vœux pour gue votre travail porte les heureux fruits gue vous désirez, et vous accorde bien i>olontiers, comme gage des faveurs divines, la Bénédiction Apostoligue.

Veuillez agréer, mon Très Révérend Père, avec mes remerciements personnels, pour les volumes que vous avez bien voulu me desti- ner, l'assurance de mes sentiments dévoués en Notre Seigneur.

P. Gard. Gasparri

Au T. R. P. Supérieur Général

de la Fraternité Sacerdotale

LETTRES ET APPROBATIONS

J-ETTRE

de Son Eminence le Cardinal Lafontaine

Patriarche de Venise

Venise, 20 Avril 1918

Mon Très Rkvérend Père,

J'ai reçu la piemière partie de votre bel ouvrage : « Jésus mieux connu et plus aimé dans son Sacer- doce ».

La « Fraternité Sacerdotale » y trouvera comme sa grande charte, car le béni Jésus y est magistralement décrit en tant que vie et règle du Prêtre.

Cet ouvrage, quant à la partie que j'en ai lue, révèle manifestement l'amour que votre Paternité porte au divin Maître ; il procède avec ordre, méthode et clarté, et il expose une doctrine sûre que, par votre mode de fréquents résumés, vous présentez avec ;\ propos et sous divers aspects, aux réflexions des lecteurs qui, désireux d'aimer Jésus davantage, s'étudient à mieux connaître le Prêtre Eternel.

LETTRES ET APPROBATIONS

Ils ne seront pas de médiocre importance les fruits que cet ouvrage produira dans l'esprit du clergé. On pourrait le définir : « Un flambeau ardent et lumineux ». Aussi bien, est-ce de lumière et de chaleur que l'on a aujourd'hui grand besoin dans le monde !

Permettez-moi donc de vous offrir mes congratula- tions sincères et de présager à vos saints travaux les fruits les plus abondants.

Votre très dévoué en Notre-Seigneur.

V Pierre, Gard. Lafontainr, Patriarche de Venise

j^ETTRE DE SoN ^MINENCE

le Cardinal Granito de Belmonte

Evêque d'5\lbano

Rome, le 3o Décembre 1^16 Mon Révérend Père,

J'éprouvai une véritable satisfaction lorsque j'appris que vous aviez l'heureuse inspiration de vous consacrer à la publication d'une étude qui aurait pour but de faire de plus en plus connaître et aimer Jésus, spécialement en tant que Prêtre et Victime.

Le nombre des âmes qui aiment Jésus est déjà consi- dérable dans le monde, mais vous pouviez avec raison vous dire que, puisque Jésus est une source inépuisable d'amour, étant la Charité infinie, plus on l'étudierait, plus on l'aimerait, et plus on éprouverait le désir de le connaître pour l'aimer toujours davantage.

La première partie du titre de votre ouvrage, « Jésus

LETTRES ET APPROBATIONS

mieux connu et plus aimé », exprime bien cette pen- sée fondamentale : mais en ajoutant " dans son Sacer- doce », vous donnez à votre sujet une ampleur capitale autant que spéciale : c'est Jésus considéré dans toute l'étendue, la grandeur et la sublimité de son Œuvre rédemptrice.

Je reconnais dans votre noble entreprise la mission de la Fraternité Sacerdotale. Votre ouvrage, en effet, s'adresse principalement et par lui-même à vos frères dans le Sacerdoce. De préférence à tous autres, ils doivent s'adonner à l'étude de Jésus le Souverain Prêtre, puisqu'ils sont les continuateurs de la mission du Fils de Dieu Rédempteur, Sacrificateur et Victime : <' Pro Chris to legatione fungimur ».

Après avoir pris connaissance des deux preiniers vo- lumes de votre travail, j'avoue que la manière simple, claire et logique avec laquelle vous développez votre sujet donne réellement une connaissance croissante de Jésus, en même temps qu'elle entraîne le cœur et le pousse à l'aimer de plus en plus.

Vous procédez avec une doctrine élevée et néan- moins accessible à tous, alors même que vous parlez du Verbe incarné dont vous vous plaisez, à bon droit, à approfondir les divines perfections pour mieux nous conduire ensuite à la connaissance du Sacerdoce de Jésus perpétué dans son Eglise.

En abordant la lecture de votre ouvrage, je craignais qu'il ne me parût un peu trop long ; mais tout au con- traire, quand j'eus terminé, j'éprouvai comme le désir de vous lire encore : ce qui prouve avec quelle éloquence simple et séduisante vous traitez votre divin thème.

Je ne doute pas, mon Révérend Père, que vous n'at- teigniez largement votre but, qui est de faire « mieux connaître et plus aimer Jésus dans son Sacerdoce ». Je souhaite une grande diffusion à votre important ou- vrage et j'exprime le vif désir de le voir bientôt traduit en diverses langues, afin que tous les Prêtres des diffé- rents pays puissent se pénétrer davantage de cette

LETTRES ET APPROBATIONS

forte doctrine et communiquer ensuite aux âmes une connaissance plus amoureuse et plus vivante de Jésus, leur divin Rédempteur.

Votre bien dévoué en Notre-Seigneur.

Y J. Card. Gramto de Belmonte Evèqitc il'Albano

j^ETTRE

de Son Eminence le Cardinal Luçon

Archevêque de Reims

Reims, le 25 Janvier igiS Mon Révérend Père,

Je vous remercie d'avoir eu la bonté de m'adresser un exemplaire de votre ouvrage intitulé : " De la con- naissance de Jésus le Verbe Incarné. » C'est le pre- mier volume d'une série dont le titre général sera : '' Jésus mieux connu et f>lus aimé dans son Sa- cerdoce. »

Cet ouvrage qui, me semble-t-il, est fait pour être médité à petite dose plutôt que pour être lu d'un trait et rapidement, est propre à faire du bien aux âmes qui s'en nourriront.

La doctrine en est fondée sur la Sainte Ecriture, et empruntée spécialement aux Epîtres de Saint Paul, le théologien inspiré de l'Incarnation du Verbe et du Sacerdoce de Jésus-Christ, dont les formules sont incrustées ou fondues dans vos thèses.

On voit que vous avez écrit ce livre avec toute votre âme ; il est l'œuvre de votre cœur autant que de votre

LETTRES ET APPROBATIONS

intelligence. On sent que vous vous complaisez dans votre sujet, que vous l'avez longuement médité, que vous en avez scruté toutes les profondeurs et toutes les sublimités. Il tend à faire aimer Notre Seigneur, en le faisant mieux connaître. Et pour cela il parle au cœur du lecteur autant qu'à son esprit.

Je vous en félicite, mon Révérend Père ; car si la piété pour être solide veut être fondée sur la doctrine, la doctrine pour être salutaire doit conduire à l'amour. Dans l'ordre du salut, la science qui ne conduit pas à l'amour est \ aine ; voti e ou\Tage ne méritera pas ce reproche : il échaufte le cœur en même temps qu'il éclaire l'esprit.

Vous étiez bien qualifié, mon Révérend Père, pour prêcher l'amour du Sacerdoce, vous qui en donnez un si bel exemple. J'ai souvent admiré votre charité pour les Prêtres de Jésus-Christ, et je ne saurais jamais assez vous dire ma gratitude.

Veuillez agréer, mon Révérend Père, l'expression de mes bien sincères félicitations et de mes sentiments les plus respectueux.

7 L. J. Gard. Luçon

Archevêque de Reims

J^ETTRE

de Son Eminence le Cardinal Bégin

Archevêque de Québec

Québec, le /«^ Mars igiS Révérend et bien cher Père,

Vous avez eu la bienveillance de me faire hommage de votre nouvel ouvrage : « Jésus mieux connu et plus

LETTRES ET APPROBATIONS

aimé dans son Sacerdoce ». Agréez mes meilleurs remerciements pour ce gracieux envoi.

Le sujet que vous avez commencé à traiter dans ce premier volume est pour tout chrétien d'une impor- tance capitale et devrait être étudié, médité avec le plus grand soin. Connaître et aimer Jésus, c'est notre premier devoir : l'apôtre Saint Paul se glorifiait de ne connaître que Jésus et Jésus crucifié.

Le faire connaître et aimer, n'est-ce pas l'œuvre par excellence, œuvre de zèle qu'ont accomplie les Apôtres et leurs successeurs dans le ministère sacré ? C'est en étudiant la vie de Jésus, c'est en méditant ses enseigne- ments que se sont formés les plus grands saints ; c'est dans la contemplation de ce divin modèle qu'ils pui- saient l'amour des âmes, les lumières, l'énergie, le cou- rage, l'esprit de sacrifice dont ils avaient besoin pour soutenir les bons combats et triompher de l'ennemi de leur salut.

Votre livre est destiné à faire beaucoup de bien ; il met en relief le programme tracé par le catéchisme du Concile de Trente qui recommande par-dessus tout aux Prêtres le devoir primordial qui leur incombe de prêcher Jésus aux fidèles, de leur faire connaître ses divines perfections et de les exhorter aussi fortement que possible à l'amour qu'ils doivent avoir pour Notre Seigneur Jésus-Christ.

Continuez donc votre excellent travail et Dieu qui connaît votre ardent désir de le faire aimer saura vous récompenser au centuple de ce que vous aurez fait pour sa gloire et pour le salut des âmes.

Veuillez agréer, mon Révérend Père, avec mes félici- tations cordiales, l'expression de ma sincère gratitude et de mon dévouement en Notre Seigneur.

t L. N. Card. Bégin

Archevêque de Québec

LETTRES ET APPROBATIONS

J^ETTRE

de Son Eminence le Cardinal Dubois

5\rchevêque de Rouen

Rouen, le 3 Avril igi8

Mon Révérend Père,

Le ministère auquel vous destinait la Providence vous a amené à concentrer vos pensées et les inspirations de votre cœur sur les beautés et les grandeurs du Sacer- doce catholique.

Vous les avez longtemps et pieusement méditées et peu à peu s'est détachée devant vos yeux, en un relief toujours plus net et plus pur, la di\Tne image de Jésus, le Souverain Prêtre de la Nouvelle Loi.

C'est Lui, Notre Seigneur, considéré surtout dans son Sacerdoce, que vous avez entrepris de faire mieux connaître pour qu'il soit plus aimé. Œuvre vraiment apostolique et bien digne de tenter une âme comme la vôtre. CËuvre attrayante aussi et très douce pour un cœur de Prêtre.

Votre plan, très large, embrasse sous tous ses aspects le Sacerdoce du Sauveur. Puissiez-vous bientôt réaliser le dessein que vous avez conçu !

La première partie : « De la connaissance de Jésus le Verbe incarné », fait bien augurer de l'ensemble de l'ouvrage. La pure doctrine, puisée aux meilleures sources, s'y allie à un accent de piété qui pénètre ; vous enseignez et vous touchez, pratiquant à merveille, en l'honneur du divin Maître, l'art si difficile de convaincre et de persuader.

Aujourd'hui, pour beaucoup de catholiques, peut-être même pour un certain nombre de Prêtres, Notre Seigneur est presque un inconnu. On le fréquente, mais sans bien pénétrer comme il faudrait, les pro-

LETTRES ET APPROBATIONS

fonds mystères du Verbe incarné, du Sauveur Prêtre et Victime. Combien qui mériteraient d'entendre la parole de Jésus à Philippe : -" Tanto tempore vobiscum suîu et non cognovistis me ? »

Grâce à vous, de ceux-là le nombre sera moins grand ; et vous accroîtrez d'autant la pieuse phalange des âmes vraiment fidèles qui connaissent, qui aiment et qui sei-vent le divin Maître. Au nom de Notre Seigneur, soyez- en béni et remercié, car de Lui « vous avez bien écrit ».

Veuillez agréer, mon Révérend Père, l'expression de mes sentiments religieusement dévoués.

f Louis, Card. Dubois

Archevêque de Rouen

j^ETTRE

de Sa Grandeur Mgr Marini

Archevêque d'Amalf!

Amalfi, 3t Janvier 1918 Mon Très Révérend Père,

Après la grâce que Dieu vous fit en vous appelant à fonder la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale, vous en avez reçu une nouvelle non moins singulière, celle de produire au jour une œuvre remarquable et pleine d'attraits, qui fait briller d'un grand éclat Jésus- Christ dans son Sacerdoce et dans son Sacrifice.

Vous m'avez gracieusement envoyé le premier volume de « Jésus mieux connu et plus aimé dans son Sacer- doce ». En le lisant, j'ai éprouvé en mon âme une véri-

LETTRES ET APPROBATIONS

table jouissance ; car, tandis que l'esprit s'y délecte, la foi et la piété y puisent un aliment vraiment substan- tiel. Une première lecture attentive fait naître le désir d'une seconde lecture plus attentive encore. Aussi fais-je des vœux pour que vous puissiez publier bientôt les autres volumes.

Vous dites dans voti-e préface : « Nous avons voulu attirer l'attention des âmes pieuses, plus particulière- ment des âmes sacerdotales et des âmes consacrées au Seigneur dans la vie religieuse, sur Jésus Prêtre Eternel, l'unique et divin Prêtre, principe et source du Sacerdoce dans tous les Prêtres du monde » : vous avez évidemment atteint votre but ; et je ne doute point que ce travail, œuvre d'érudition et de zèle éclairé, aille de succès en succès. Prêtres et fidèles s'applaudiront des splendeurs dont vous illuminez le Sacerdoce du Christ Jésus,

Soyez -en béni, mon Très Révérend Père. Puisse Jésus, le souverain Prêtre, vous en récompenser abon- damment !

Votre très affectueux serviteur et ami,

f Ercolano Archevêque d'Amalfi

J^ETTRE

de Sa Grandeur Mgr Cézerac

Archevêque d'îMbi

Albi, le 2S Mars i^tS Mon Révérend Père,

Je vous remercie de tout cœur du volume que vous m'avez envoyé. Je l'ai lu avec bonheur et en ai retiré un réel profit.

LETTRES ET APPROBATIONS

Vous avez bien raison de dire que Jésus n'est pas assez connu et, partant, n'est pas aimé. Il y a tant d'autres études à côté, auxquelles on se livre au détri- ment de celle-là. Et pourtant rien ne peut remplacer la science de Jésus, puisque c'est ici-bas la science des saints et au ciel la science éternelle des bienheureux.

J'ai admiré avec quel soin et quel amour vous vous appliquez à faire ressortir la Personne adorable de notre divin Sauveur et à y ramener sans cesse les âmes comme à la vraie source de vie et à l'exemplaire vivant de toutes les vertus.

Ces considérations doctrinales et pieuses sont de nature à faire beaucoup de bien aux âmes chrétiennes et spécialement aux Prêtres qui comprendront mieux, grâce à vous, la dignité de leur Sacerdoce et à qui vous préparez des joies profondes en leur facilitant l'acqui- sition de la science nécessaire de leur état.

Il sera difficile, après vous avoir lu, de ne pas éprou- ver le désir sincère d'étudier davantage Jésus et de chercher à approfondir les sublimités de son Sacerdoce. Vous montrez la part que le cœur doit prendre dans cette étude assidue et, en insistant sur ce point, comme vous le faites, vous êtes en harmonie avec la doctrine des saints et les enseignements mêmes de Jésus dans l'Evangile.

Je vous remercie, mon Révérend Père, de ce nou- veau service rendu aux âmes et surtout à vos chers Confrères, et je fais des vœux pour que les autres volumes de votre important ouvrage suivent de près le premier.

Veuillez agréer, mon Révérend Père, les sentiments de ma reconnaissance et de mon dévouement affec- tueux in X'" Jesu.

■J- Pierre-Célestin

Archevêque d'Albi

LETTRES ET APPROBATIONS

J^ETTRE

de Sa Grandeur Mg:r du Vauroux

Evêque d'Agen

Affen, le 26 Janvier igiS Mon Révérend Père,

Je vous suis bien reconnaissant de m'avoir envoyé le premier volume de la belle série que vous vous propo- sez de publier. J'ai lu ces pages avec toute mon atten- tion, sûr d'avance que j'y trouverais un enseignement précieux. Votre doctrine est très sûre et très haute, vous connaissez admirablement les textes de l'Ecriture que vous rapportez à votre sujet, et de tout l'ouvrage se dégage un parfum de tendre et profonde piété en- vers Notre Seigneur.

Vous ferez certainement beaucoup de bien aux âmes sacerdotales que vous aimez et auxquelles vous consa- crez votre vie.

Je vous prie d'agréer, mon Révérend Père, l'expres- sion de mes sentiments les plus religieux et les plus dévoués en Notre Seigneur.

t Charles- Paul

Evêque d'Agen

J^ETTRE

du T. R. P. Prieur Général

de la Grande Chartreuse

Chartreuse de Lucques, 1"'' Mars igtS Très Révérend Père,

Je suis en retard pour vous remercier de l'envoi de votre ouvrage : « Jésus mieux connu et plus aimé dans

LETTRES ET APPROBATIONS

son Sacerdoce ». Mon excuse est que j'ai voulu le faire lire autour de moi. Cette lecture nous a causé une vive satisfaction et je suis heureux de vous dire que le pre- mier volume nous a paru appelé à faire un grand bien, surtout aux âmes pieuses et consacrées à Dieu.

L'étude si intime et si intéressante de Notre Seigneur dans son Sacerdoce répond, en effet, à une nécessité présente, et les âmes ont vraiment besoin, de nos jours, de pénétrer davantage dans ce mystère, afin d'intensi- fier ensuite leur ferveur et leur vie intérieure.

Au point de vue apostolique également, les âmes sacerdotales et religieuses, alors même que leur mission serait exclusivement une mission de prière, de vie con- templative et pénitente, ont un besoin immense de développer en elles la connaissance et l'amour du Sacerdoce de Notre Seigneur, et votre étude ne peut manquer de contribuer puissamment à ce résultat.

Je me recommande humblement à vos bonnes prières, Très Révérend Père, en me disant votre très respec- tueusement dévoué en Notre Seigneur.

Fr. Jacques- Marie Pr. de Ch.

(^ETTKE

du T. R. P. Ministre Général

de l'Ordre des Capucins

Home, iS Avril tpiK Mon Kkvkkkni) Père,

C'est avec le plus vif intérêt que j'ai lu le livre que \o\is venez de faire paraître : » Jésus mieux connu et plus aimé dans son Sacerdoce. »

LETTRES ET APPROBATIONS

Il est le premier d'une série qui ne comptera pas moins de six volumes, nous dites-vous dans votre Pré- face, et il se borne à poser les premières assises d'une œuvre qui s'annonce grandiose, car il est riche de pro- messes. A la lumière des saintes Ecritures, surtout du Saint Evangile, soutenu par les fortes doctrines du Docteur Angélique, vous abordez votre sujet, l'étude de iNotre Seigneur Jésus-Christ, vous nous en montrez successivement l'importance, la sublimité, la nécessité, le but final, vous nous dites avec quel amour et à quelles conditions nous devons la poursuivre.

Votre ouvrage est en même temps doctrinal et pra- tique : on le sent issu à la fois d'une étude sagace et d'une méditation ardente. En groupant dans un ordre judicieux les paroles du Maître, vous rendez irrésistible votre argumentation, vous transformez les rayons épars dans le saint Evangile en un foyer lumineux la Per- sonne adorable et souverainement aimable de Notre Seigneur Jésus-Christ apparaît dans toute sa splendeur et dans tout son charme victorieux.

Mais cela ne vous a pas suffi : dans des chapitres pra- tiques, tout saturés d'expérience personnelle, vous con- duisez votre lecteur comme par la main et lui tracez la voie au bout de laquelle il trouvera sûrement le Divin Maître. Les âmes de bonne volonté trouveront dans votre livre non seulement un enseignement substan- tiel et attrayant, mais d'abondants sujets de méditation.

Et n'est-ce point cette nourriture solide dont les âmes ont besoin ?

La parole du saint Pape Pie X serait-elle morte avec lui, ou voyons-nous pleinement accompli le programme qu'il assignait à son pontificat : » Instaurare omnia in Christo t> ?

Mais pour travailler eflfîcacement à cette restauration de toutes choses dans le Christ, ne faut-il pas tout d'abord le connaître et l'aimer, voir et aimer en lui l'Unique engendré du Père, l'exemplaire de tout être

LETTRES ET APPROBATIONS

créé, le Verbe incarné, celui que saint Paul appelle « Sacramentunt pietatis », le mystère de la piété, bonté du Père envers nous, culte parfait rendu par nous à Dieu, le centre de toutes choses, le point culminant de l'histoire, Celui sans qui sociétés et individus vont aux abîmes ?

Vous préparez donc des chrétiens plus fidèles, des Prêtres plus fervents, de généreux ouvriers de cette restauration dans le Christ qui s'impose plus que jamais en ces jours d'épreuve et vous avancez pour votre part l'heure seront gravées, non plus seulement sur le marbre, mais dans les cœurs, les célèbres paroles : » Christus znncit, Christus régnât, Christus imperat, Christus ab omni malo plehem suant libérât. »

Permettez-moi donc, mon Révérend Père, de vous envoyer avec mes remerciements mes félicitations les plus sincères et mes plus chauds encouragements.

J'y joins l'assurance de tout mon dévoué respect en Notre Seigneur.

J. Venance de Lisle-en-Rigault O. M. C. M. G.

j^ETTRE

de M. André, S. S. Vie. Général

et Supérieur au Grand Séminaire d'3\vignon

Avignon, le 21 Janvier i^tS Mon Révérend Père,

Je viens d'achever la lecture de l'ouvrage que vous avez eu bonté de m'envoyer. Je vous en remercie de tout cœur. J'admire tant l'idéal de la ligue sacerdotale en faveur du Clergé, soit en œuvres, soit en doctrine.

Le volume » De la connaissance de Jésus le Verbe

LETTRES ET APPROBATIONS

incarné » est d'un très \\î intérêt, et surtout très do- cumenté en références scripturaires et théologiques. Riche en doctrine, il est varié dans ses aperçus et pré- senté sous une forme à la fois attrayante et pieuse. Je ne manquerai pas de le mentionner dans notre Semaine Religieuse, et je le montrerai comme devant faire par- tie d'un tout en plusieurs volumes. 11 est de mon devoir de m'unir à toutes vos intentions, et à tout le bien que vous faites, puisque nos deux missions sont parallèles.

Veuillez agréer, mon T. R. Père, l'hommage de mon profond et très reconnaissant respect. Je me dis, en union de prières, votre très sincèrement dévoué en N. S.

A>'DRÉ, Vie. Gén.

Lettre

du R. P. Thomas-M. Péjues, 0. P.

"Maître en Théologie

Rome, 23 Décembre igi6 Mon Très Révérend Père,

Vous m'avez fait l'amabilité de me demander de lire le manuscrit de vos deux premiers volumes sur la con- naissance de Jésus, Prêtre et Victime.

Cette lecture a été pour moi aussi agréable qu'elle a été édifiante. On sent, à chaque page, à chaque ligne, à chaque mot, que votre cœur déborde de l'amour de Jésus et du désir de le faire aimer.

Vous vous êtes proposé d'amener toutes les âmes, et plus spécialement les âmes sacerdotales, à se pénétrer, chaque jour mieux, de la connaissance de Jésus, le Verbe fait chair, le Dieu-Homme, venu en ce monde et remonté au ciel pour nous assurer tous les biens de

LBTTRES ET APPROBATIONS

Dieu par sa mort rédemptrice. Et, à cette fin, vous étu- diez Jésus dans le mystère de sa Personne, dans les richesses de sa nature divine, dans les beautés et les prérogatives de sa nature humaine, dans les mystères de sa vie, pour venir ensuite directement à l'étude de son Sacerdoce.

Il me tardera de voir votre œuvre achevée. Elle ne sera, sous une forme nouvelle, que la traduction du cri magnifique de Saint Paul : « Non cnim judicavi me scirc aliquid inter vos, nisi Jcsitm Christum et hune criicifixum ».

Et s'il en était qui voulussent vous faire reproche d'une insistance qui semble ne pouvoir se lasser de redire, sous mille formes, les mêmes pensées foncières dont votre âme est remplie, vous pourriez leur répondre par la belle parole du P. Lacordaire, au sujet des Ave Maria du Rosaire, que « l'amour n'a qu'un mot et, en le redisant sans cesse, il ne le répète jamais ».

Veuillez agréer, mon T. R. Père, l'hommage et l'assu- rance de tout mon dévouement en Notre Seigneur.

Fr. Thomas-M. Pègues, des Fr. Prêch.

j^ET TRE

de Monseigneur Glorieux, Prot. Ap.

Chanoine de Sainte-'Maric-'Majeure

Rome, 27 Novembre /y/ 7

Mon très cher Père,

Je vous suis profondément reconnaissant de m'avoir fait lire les premières pages de votre pieux travail. Je

LETTRES ET APPROBATIONS

puis VOUS rendre tout de suite ce témoignage que, pour ce qui me concerne, vous avez atteint votre but, et que dès ces premiers entretiens en votre compagnie, déjà Jésus m'est devenu mieux connu et plus aimé dans son Sacerdoce. Aussi j'aspire à pouvoir méditer au plus tôt la suite de ces fortes et ardentes considérations.

Quel service vous nous rendez en donnant un but et le but essentiel, unique, à tous nos exercices de piété. Ainsi notre vie spirituelle serait protégée contre l'un de ses principaux obstacles, la dispersion des efforts, le changement continuel d'objectif.

Cette orientation générale : le souci de connaître toujours plus et mieux Jésus, de l'étudier partout et à tout moment pour en acquérir une science toujours approfondie, plus savourée, plus aimante, quelle unité elle mettrait dans nos vies, et par suite, ce me semble, quelle constance et quelle fécondité surnaturelle!

Supposons, comme je me plais à l'espérer, que votre traité devienne, dès le temps même du Séminaire, l'un des aliments ordinaires pour les âmes consacrées au service de Dieu, quelle lumineuse direction ne serait-ce pas pour toute une longue carrière spirituelle, -que cette couN-iction et cette décision qu'il faut faire de Jésus le tout de la vie, de sa connaissance la préoc- cupation principale et continuelle de l'esprit, de son amour l'amour essentiel et toujours plus voulu du cœur sacerdotal !

C'est donc un nouveau service que la bonté de Jésus vous a inspiré de rendre ainsi à vos frères les Prêtres. J'unis mes vœux et mes prières aux vôtres pour que ses desseins, toujours pleins de délicatesse pour ceux qu'il daigne appeler ses amis, se réalisent une fois de plus par votre entremise.

Veuillez me croire, mon bien cher Père, votre reli- gieusement reconnaissant et dévoué.

L. Glorieux, Ch.

LETTRES ET APPROBATIONS

^APPRÉCIATION DE L,' « Ami du Clergé»

Ne du 3o Septembre 1920

Ce premier volume est comme la préface d'un ou- vrage plus considérable qui comprendra six volumes.

Le titre général : Jésus mieux connu et plus aimé dans son Sacerdoce, nous indique le but que l'auteur se propose et l'importance du sujet qu'il va traiter. Si, en effet, l'amour est en raison directe de la connais- sance, la principale préoccupation du chrétien, et du Prêtre surtout, sera d'acquérir de Jésus-Christ une con- naissance approfondie. La science du Christ est le pivot de la vie spirituelle. Jésus est connu, sans doute, mais d'une connaissance qui ne tourne pas à l'amour, parce qu'elle est toute théorique et qu'elle intéresse notre es- prit seulement. Il nous faut une science vécue, possédée comme la vie qui nous anime, une science qui soit notre vie. C'est pour nous aider à acquérir cette science vive que l'auteur, en autant de volumes distincts, traitera successivement de » la Condition de l'Homme- Dieu », de « Jésus Victime », de a Jésus Prêtre », de «■ Jésus Prêtre et Victime dans l' Eucharistie *, de « Jésus Prêtre et Victime dans le royaume de sa gloire ». C'est donc toute une théologie du Verbe incarné, dont l'idée-maîtresse sera le Sacerdoce de Jésus.

Le premier volume : » De la Connaissance de Jésus le Verbe incarné », nous prépare à lire fructueusement les suivants. Après nous avoir persuadés de l'impor- tance et de la nécessité, vanté la sublimité de la con- naissance de Jésus-Christ, l'auteur nous enseigne dans quel esprit, avec quelles dispositions d'âme et de cœur il faut l'étudier. Véritable introduction à l'étude et qu'on pourrait comparer à Y Introduction de Saint François de Sales à la Vie dévote. Rien du Manuel de Théologie ou du Catéchisme expliqué. En vain y chercherait-on

LETTRES ET APPROBATIONS

un exposé des erreurs ou une solution à des objections courantes. L'auteur n'entre point dans les discussions de l'Ecole. Il expose, mais dans une forme si attrayante ! Les chapitres, amorcés par un texte d'Ecriture du Nou- veau Testament, sont divisés en autant de parties courtes qu'il y aura de raisons apportées à la thèse, et enfin résumés dans une prière en forme d'élévation mystique. La doctrine est assise sur les Evangiles et les Epîtres et emprunte ses développements à Saint Tho- mas. Les citations n'encombrent point le texte, mais trouvent leur place dans des notes appropriées en bas des pages. On est en présence d'un livre d'instruction et de piété tout à la fois, plein d'agrément et d'attrait. On ne fait pas une étude, ni une méditation, ni une lecture spirituelle, et pourtant on trouve tout cela. Je ne saurais mieux comparer ces chapitres qu'à ceux de \ Imitation de Jésus-Christ, remplis d'enseignement, d'onction, de piété.

Bref, le premier volume nous fait bien augurer de la suite de rou\Tage. L'ouvrier se révèle à la hauteur de sa tâche. Son œuvre promet d'être ravissante et atteindra son but. Aussi voudrions-nous voir dès à présent son premier volume se multiplier entre les mains des fidèles, trouver place dans les bibliothèques sacerdotales, deve- nir un manuel-guide de la connaissance de Jésus chez les aspirants au Sacerdoce. Tous souhaiteraient vite l'apparition des volumes suivants, que l'auteur nous promet dans un bref délai. Les uns y trouveraient un complément au De Verbo Incarnato pour se le rendre personnel, les autres des sujets de lectures ou d'instruc- tions tout préparés, tous un aliment de choix pour leur vie spirituelle.

-*=*^S^

A JESUS Prêtre et Pontife

ET EN LUI à tcus les Prêtres mes prèrcs

A genoux dans l'adoration

la reconnaissance et Tamour

nous osons dédier ces pages

à Jésus le Pontife Eternel

qui ne cesse d'exercer son sublime Sacerdoce

par le ministère de ses Prêtres

sur tous les autels du monde

et qui immole éternellement

l'adorable et divine Victime

sur l'autel glorieux du ciel

Et par les mains du Souverain Prêtre

nous les présentons humblement

à tous nos vénérables frères

dans le Sacerdoce

comme un témoignage de notre profonde estime

de notre tendre affection

et de notre fraternel dévouement

pour la sanctification

de leurs âmes sacerdotales

à la plus grande gloire de Celui

qui les appelle « ses amis »

et qui en a fait d'autres « Lui-même »

PREFACE

Jésus, au soir inoubliable de la Cène, après avoir nourri ses apôtres de sa Chair et de son Sang, dont 11 a fait un principe d'immortalité ^ daigne nous donner une définition précise de la vie éternelle à laquelle nous sommes tous ap- pelés : » La vie éternelle consiste à vous con- naître, vous, seul vrai Dieu, et Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » ^.

Cet enseignement solennel de Jésus, à l'heure de ses suprêmes adieux, est particulièrement lumineux ; nous y trouvons tout un programme de sainteté chrétienne et sacerdotale.

Nous sommes faits pour Dieu, et la vraie vie des âmes est celle de l'éternité, dans la connais- sance, l'amour et la possession du souverain Bien. La vie du temps n'est qu'un acheminement constant vers la mort ; nous sommes destinés à une vie qui demeure. Dès lors, tout ce qui passe n'est point digne des aspirations de notre âme;

< « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, /'/ vivra éternellement ; et le pain que je don- nerai, c'est ma chair pour le salut du monde. » Jean, vi, 5i, 52.

2 Jean, x\n, 3.

4 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

nous devons porter plus haut nos regards, pour trouver le bonheur parfait dans le repos et la stabilité.

L'exil toutefois étant pour nous la voie qui conduit à la Patrie, il est naturel que nous dis- posions ici-bas des mêmes éléments de vérité, de bonheur et d'amour que nous posséderons dans la béatitude : c'est pourquoi la perfection de la vie chrétienne sur la terre est proportion- née au degré que nous avons de la connaissance de Dieu, connaissance qui constitue l'essence de la vie bienheureuse dans l'éternité.

Posséder Dieu éternellement , c'est le connaître parfaitement, mais d'une connaissance toute d'amour, comme il convient à l'objet de notre félicité éternelle. C'est pour nous en faciliter l'acquisition dès cette vie, que Dieu le Père nous a envoyé son Fils et que le Verbe s'est incarné. Depuis lors, connaître Jésus nous est un de- voir essentiel, de l'accomplissement duquel dé- pendent et notre sainteté sur la terre et notre bonheur au ciel.

Bien plus, Jésus étant la manifestation visible de la Divinité ' et ayant accompli sa mission divine parmi les hommes, ceux-ci vont naturel- lement à J^ui lorsqu'ils veulent aller à Dieu.

1 « Toute la plénitude de la Divinité habite corporellement en lui. » Col., ii, 9.

C'est à Lui qu'ils rendent leurs hommages, qu'ils offrent leurs actions de grâces, qu'ils adressent leurs prières. C'est sur ses traces qu'ils s'ap- pliquent à marcher pour arriver au ciel; ce sont ses enseignements qu'ils écoutent et ses vertus qu'ils imitent ; c'est la foi en sa parole qui rem- plit leur intelligence de vérité ; c'est l'attache- ment à sa divine personne qui nourrit leur âme de charité ; c'est la recherche généreuse de son bon plaisir et V abandon amoureux à ses vo- lontés saintes qui les consomment dans l'unité.

Jésus, le Verbe Eternel, le « Fils bien-aimé en qui Dieu le Père prend ses complaisances » ', est venu pour nous donner la vie - : la vie spirituelle, dans la croyance en sa Personne et en sa mission, dans la connaissance de ses adorables perfec- tions, dans la charité, gardienne et garantie de notre fidélité et de notre persévérance ; la vie éternelle, dans la possession perpétuelle de Lui-même, dont 11 fait au ciel notre divine récompense.

Nous pouvons donc dire, en toute vérité, que la connaissance de Jésus essentielle à la vie des Bienheureux dans la gloire, l'est également à la sanctification des âmes sur la terre. En faire ici-bas son principal objectif , c'est se mettre en

1 Matth., III, 17. " Jean, x, 10.

b CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

harmonie avec ses destinées éternelles ; c'est se préparer efficacement aux divines contempla- tions qui font les délices des élus dans l'éternité.

Pour bien connaître Jésus, il nous faut non seulement Le considérer dans l'ensemble de sa vie, et étudier ses enseignements , mais encore nous appliquer à approfondir ses dixnns mys- tères, les caractères essentiels de sa mission et les raisons adorables de ses immolations. Or, tout dans la vie mortelle de Jésus repose sur la fin de son Incarnation, qui est la glorification de son divin Père par la rédemption du genre humain. Et parce que cette fin, d'après les décrets éter- nels n'est obtenue que par la mort de l'Homme- Dieu, ce qui domine en Lui, c'est son Sacrifice suprême par l'effusion de son sang. Jésus est une Victime divine que sacrifie un Prêtre divin. Le couronnement de sa vie dans l'offrande et l'immolation de tout Lui-même par la vertu de son propre Sacerdoce : voilà ce qui met la per- fection à la mission de Jésus sur cette terre.

Il s'ensuit que ce qu'il y a de plus grand et de plus essentiel dans le Verbe incarné, c'est son Sacerdoce et son Immolation. Sans Victime pas de salut, sans Prêtre pas de sacrifice de la Vic- time. Il est donc souverainement juste que nous rendions à Jésus, en tant que Prêtre et Victime,

des hommages spéciaux et un culte de recon- naissance et d'amour.

Comment, dès lors, ne pas déplorer que Jésus soit si peu connu et si peu honoré comme Prêtre, malgré la place prépondérante que tient son Sacerdoce dans les mystères de l Incarnation et de la Rédemption ! N'y a-t-il pas une indiffé- rence plus que regrettable de la part des chré- tiens, et ne convient-il pas que les âmes qui font profession de piété cherchent à combler cette lacune dans leur vie spirituelle ?

Lorsque nous réfléchissons à tout ce que nous devons au Sacerdoce de Jésus ; lorsque nous considérons l'amour sacerdotal dont son Cœur est embrasé, car 11 nous aime comme Prêtre du même amour dont 11 nous aime comme Vic- time, — nous sommes attristé de voir combien Jésus est ignoré dans son Sacerdoce ; il nous semble entendre le Souverain Prêtre se plaindre de cette indifférence à son égard, comme 11 le faisait autrefois à Sainte Marguerite- Marie pour la froideur témoignée par les hommes à son Sacré-Cœur.

Remarquons qu'il ne s'agit point ici d'une dévotion accidentelle, pas plus que d'une dévo- tion particulière à quelques âmes : le Sacerdoce de Jésus intéresse tous les chrétiens au même titre que son immolation sur le Calvaire ; il fait

8 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

partie de l'essence même du Christ. Jésus naît Prêtre ; Il vit, parle, enseigne comme Prêtre ; Il offre son sacrifice sur la Croix par la vertu de son Sacerdoce ; Il perpétue son état de Victime au Très Saint Sacrement par sa puissance sa- cerdotale dont 11 a rendu participants tous les Prêtres du monde ; Il est éternellement glorifié au ciel comme Prêtre, en même temps qu'il l'est comme Agneau toujours immolé.

S'il est impossible de considérer Jésus à un moment quelconque de sa vie mortelle, de sa vie eucharistique et de sa vie glorieuse, sans Le voir dans la dignité et l'exercice de son Sacer- doce : ne convient-il pas que nous L'honorions partout comme Prêtre, que nous L'adorions, L'aimions, L' étudiions. Le prêchions, et cher- chions à Le faire connaître et à Le glorifier sous ce titre si beau qui répond à une réalité si sublime ?

N' est-il point à souhaiter que Prêtres et fidèles s'éprennent d'amour pour Jésus Prêtre et Vic- time ; qu'ils en fassent l'objet de leur dévotion la plus tendre; qu'à l'envi ils se livrent avec ardeur à l'étude du Sacerdoce éternel de Jésus dans leurs méditations et leurs lectures préférées ?

Telle est la grande et douce pensée qui nous a inspiré ce travail. Nous avons voulu attirer

l'attention des âmes pieuses, plus particulière- ment des âmes sacerdotales et des âmes consa- crées au Seigneur dans la vie religieuse, sur Jésus Prêtre éternel, l'unique et divin Prêtre, principe et source du Sacerdoce dans tous les Prêtres du monde.

Nous le constatons avec joie, on a écrit un nombre considérable de volumes sur Jésus, sa vie, ses vertus, ses enseignements, ses mystères, ses états, ses titres, etc. . . ; mais on a fort peu écrit sur son Sacerdoce, et malheureusement ce qui en a été écrit est trop peu connu. Nous regar- dons comme un devoir de notre vocation, par laquelle nous avons l'honneur d'êire exclusive- ment consacré aux Prêtres du Seigneur, d'ap- porter notre humble concours à la connaissance et à la glorification du Sacerdoce de Jésus.

Il nous a semblé que l'importance du sujet réclamait préalablement quelques considéra- tions pratiques sur la connaissance de Jésus et l'étude que nous devons en faire. C'est ce que nous avons développé dans un premier z'olume intitulé « De la connaissance de Jésus le Verbe Incarné», que nous pouvons considérer comme une introduction à l'ouvrage tout entier.

La connaissance de Jésus, en effet, est une connaissance indispensable, la première en im- portance comme en dignité. Se consacrer à cette

10 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

étude capitale, c'est accomplir un devoir rigou- reux, de même que c'est répondre aux inspi- rations les plus intimes de l'âme humaine ; à la condition toutefois d'en faire un aliment continuel pour le cœur comme pour l'esprit. D'oii l'obligation de se livrer à ce glorieux tra- vail avec amour et de le poursuivre avec cons- tance et générosité.

Après avoir montré l'excellence et la sublimité de cette science divine, en en puisant les raisons dans les caractères essentiels de l'Homme-Dieu, dans sa mission ici-bas, dans les droits qu 'Il a acquis à l'adoration et à l'amour de l'humanité pendant cette vie et dans les siècles des siècles ; nous faisons valoir les motifs principaux qu'il y a pour tous d'étudier sérieusement Jésus, tant pour nourrir l'esprit de vérité et le cœur d'affec- tion, que pour y trouver une règle de perfection et une source de félicité terrestre et éternelle.

Nous n'avons pas craint de consacrer tout un chapitre à l'amour qu'il faut apporter à l'étude de Jésus, soit pour bien pénétrer les âmes de la nécessité d'une étude affective de Jésus afin de Le bien connaître et de Le goûter, soit pour rendre cette étude vraiment fructueuse, en les déterminant à marcher sur les traces de Celui qui n'est qu'amour et qui ne veut être mieux connu qu'a fin d'être plus aimé.

PRÉFACE 11

Dans l'intention d'attacher plus fortement le lecteur à l'étude amoureuse de Jésus et de l'en- gager à la poursuivre sans relâche, nous attirons ensuite son attention sur la fin qu'il doit se pro- poser. Il s'agit, d'une part, des droits de Jésus à reconnaître, de ses volontés à accomplir, de sa gloire à procurer et de son amour à satisfaire; de l'autre, d'acquérir une science nécessaire au salut, d'assurer sa propre sanctification par l'imitation de son divin modèle et de trouver en Lui le vrai bonheur.

Enfin, pour rendre cette étude fructueuse et éminemment pratique, nous énumérons les con- ditions dans lesquelles il faut la faire, et nous indiquons la méthode à suivre.

Un dernier chapitre sur l'amour à Jésus dans ses perfections infinies, termine le volume et montre combien Jésus est un centre divin oii converge tout l'amour du ciel et de la terre.

Après ces notions générales contenues dans la première partie, nous traitons, dans un second vo- lume, « De la Condition de l'Homme-Dieu ». Notre but étant de faire ressortir en Jésus son carac- tère sacerdotal et de montrer par comment l'accomplissement de sa mission de Rédempteur repose essentiellement sur son Sacerdoce et sur son Sacrifice, il nous faut tout d'abord étudier

12 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

Jésus Dieu et Homme dans le mystère de l'Incar- nation. Par là, en effet, nous aurons une idée plus exacte de sa mission divine et nous sai- sirons mieux son office de Sacrificateur dans l'exercice de son Sacerdoce éternel.

Nous traiterons ensuite de «Jésus Victime», de « Jésus Prêtre», de « Jésus Prêtre et Victime dans l'Eucharistie », et enfin de « Jésus Prêtre et Victime dans le royaume de sa gloire ».

L'ouvrage complet, divisé en six parties, se composera de six volumes, contenant chacun un sujet distinct quoique lié étroitement au plan général.

La méthode que nous avons adoptée dans la composition de ce travail en fait moins une œuvre didactique qu'un exposé simple et pieux des vérités dogmatiques. Ayant uniquement en x>ue le bien des âmes, nous cherchons à présenter ces vérités d'une manière claire et persuasive ; et c'est pour les mettre davantage à la portée de tous que nous avons voulu éviter les efforts de raisonnement et les aridités qui accompagnent parfois la démonstration purement théologique.

Fidèle aux règles que nous avons tracées dans le premier volume, nous nous efforçons de rendre agréable et attrayante l'étude des vérités les

PRÉFACE l3

l^lus élevées et nous cherchons à fournir un ali- ment au cœur en même temfjs qu'à l'intelligence; c'est pourquoi nous faisons fréquemment de courtes réflexions morales et nous terminons chaque paragraphe par une élévation d'âme vers Jésus.

Il eût été facile de multiplier les applications de la doctrine aux besoins et à la sanctification des âmes, suivant le désir qui nous en a été ex- primé depuis. Nous ne l'avons point fait, de peur d'être entraîné à de trop longs développements et de nous écarter ainsi de la fin que nous nous sommes proposée, qui est de nous occuper di- rectement de Jésus et de concentrer sur Lui l'attention.

Pour favoriser davantage la méditation, ou la lecture méditée qui convient à la majorité des âmes qui nous liront, nous avons évité de dis- cuter les points de doctrine controversés ; nous nous sommes contenté d'émettre les opinions les plus généralement reçues et concordant le mieux avec les sujets que nous traitions.

Dans un but analogue, nous avons omis d'in- sérer dans le texte même aucun extrait d'au- teurs, la fréquence et la longueur des citations coupant souvent le fil des idées et en diminuant la clarté.

Par contre, nous avons multiplié les renvois

14 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

au bas des pages et nous y avons groupé, pour appuyer et éclairer nos enseignements, de nom- breuses citations susceptibles de donner une plus grande intelligence du texte et de fournir au lecteur une base solide à ses convictions, tout autant qu'une source abondante de réflexions. Nous avons cru toutefois devoir nous limiter à l'Evangile et aux Epîtres pour l'Ecriture Sainte et à Saint Thomas pour la théologie.

En puisant à la source directe des ensei- gnements du divin Maître et de ses disciples, particulièrement de l'Apôtre des nations, nous empruntons à Jésus Lui-même le langage dont Il s'est servi ou qu'il a inspiré pour nous tracer les traits de sa physionomie divine, nous révéler ses mystères et nous donner l'intelligence de sa doctrine. Comme chaque affirmation acquiert une force particulière et une précieuse clarté, quand elle est appuyée sur la doctrine de Celui qui est amour et vérité ! Nos lecteurs nous sau- ront gré de les avoir ainsi ramenés souvent à la source de toute doctrine et de tout enseignement dans la sainte Eglise.

Pour compléter l'enseignement scripturaire par l'enseignement théologique, nous avons eu recours fréquemment au Docteur angélique. Les passages que nous en avons cités, et qui viennent corroborer admirablement nos assertions, aide-

i5

ront ceux gui voudront approfondir davantage quelques-uns des sujets que nous avons traités, à poursuivre leurs rechercfies dans l'arsenal iné- puisable et toujours si clair de l'Ange de l'Ecole.

Nous avons conservé des divisions uniformes pour chaque partie de l'ouvrage. A u commence- ment, des Préliminaires nous donnent la pensée maîtresse du volume avec ses divisions générales et nous remettent sommairement en mémoire les sujets traités antérieurement. Les chapitres s'ouvrent par quelques courtes réflexions des- tinées à introduire le lecteur dans les divers développements qui composent les paragraphes; puis, ils se terminent par une prière en forme d'élévation, rappelant en partie les idées princi- pales qui viennent d'être exposées.

A la fin de chaque volume, sous le titre de Vérité et Amour, nous donnons un résumé géné- ral, qui sans remémorer rigoureusement toutes les divisions de l'ouvrage, en contient cependant la doctrine et l'esprit. Un lecteur sérieux qui aura lu attentivement le livre en son entier y remarquera, en une synthèse, les nombreux aperçus et les attrayantes vérités qui auront éclairé son esprit et réchauffé son cœur au cours de ses lectures. Il y trouvera d'excellents sujets de méditation et, s'il est Prêtre, des canevas tout faits de prédication.

l6 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

En parcourant notre premier volume « De la connaissance de Jésus le Verbe incarné », on sera peut-être tenté de nous reprocher quelques redites. Nous ferons remarquer que ces re- dites sont plus apparentes que réelles et, en outre, qu elles sont exigées par la nature du sujet.

Nous voulons faire pénétrer la connaissance de Jésus dans les intelligences et embraser les cœurs d'amour pour Lui : pour y parvenir il nous faut remettre sans cesse Jésus en lumière. Nous ne pouvons Le présenter comme l'objet adorable des facultés de l'âme, le centre de la création et le principe de toute vie surnaturelle ; nous ne pouvons Le considérer dans le sein du Père. Le suivre dans les phases diverses de sa vie mor- telle et L 'accompagner dans la gloire ; nous ne pouvons Le contempler dans ses divines perfec- tions et Le proclamer notre Roi et notre Législa- teur, notre Modèle et notre Maître, notre Victime et notre Prêtre; nous ne pouvons nous consacrer à l'étude de son adorable Personne, ni faire ap- précier la sublimité de cette science suréminente, ni chercher les moyens les plus aptes à la rendre féconde dans notre i>ie : sans rappeler constam- ment notre divin objectif, sans l'envisager sous ses divers aspects et sans en faire la source d'oîi tout découle et la fin suprême tout aboutit.

PRÉFACE i7

Jésus ainsi connu nous apparaît comme un soleil éclatant d'oîi jaillissent sans fin à nos yeux des effets de lumière, ou comme un foyer incan- descent d'où s'échappent sans cesse des torrents de chaleur.

C'est à force de parler de Jésus ; de montrer qu'il est l'Etre absolument nécessaire ; de Le rendre présent en quelque sorte dans tous les événements de la vie ; d'en faire comme le pivot du monde autour duquel gravite l'humanité ; de Lui donner en tout la première place ; de redire sur tous les tons que Lui seul mérite d'être connu, adoré, aimé, servi ; de chanter ses amabilités, son amour, ses condescendances, ses bontés et ses miséricordes : que les âmes arrivent à se convaincre pratiquement que Jésus doit leur suffire, qu'elles sont tenues d'en faire l'objet de leurs contemplations assidues, et que le grand moyen de rendre leur vie glorieuse pour Dieu et sanctifiante pour elles-mêmes, c'est de connaître Jésus dans le temps, comme elles devront faire de sa connaissance au ciel leur éternelle félicité.

Si nous présentons Jésus sous des aspects si variés, c'est que Jésus est une beauté toujours ancienne et toujours nouvelle ; on ne peut en épuiser les richesses infinies, pas plus qu 'on ne peut se lasser de prononcer son nom, ni se fati- guer de L'aimer.

10 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

Nous souhaitons ardemment que les âmes pieuses trouvent dans nos modestes écrits une nourriture substantielle qui fortifie leur piété et les engage à poursuivre généreusement le tra- vail de leur sanctification par l'étude assidue de Jésus Souverain Prêtre, et par un amour tout de feu envers le tendre et divin Maître qui, au Sacrement de l'Eucharistie, continue de les en- seigner et de s'offrir à elles comme le modèle de toutes les vertus.

Nous bénissons Jésus du fond du cœur de nous ai'oir fait l'honneur de parler de Lui. Sans doute nous n'avons fait qu'effleurer le sujet, mais avec quel amour nous nous sommes livré à ce su- blime travail! Puissions-nous au moins ai>oir révélé tant soit peu Jésus et avoir fait pressentir aux âmes désireuses de Le mieux connaître et de L' aimer plus ardemment dans son Sacerdoce, les joies ineffables dont sa connaissance est la source dans le temps et dans l'éternité.

Nous écrivons ces lignes au matin de la Fête de r Immaculée Conception ; nous sommes heu- reux de déposer aux pieds de Marie nos humbles travaux, et nous nous faisons un devoir de dé- dier dès maintenant à la Mère du Souverain Prêtre chacune des lignes que nous écrirons sur son Fils bien-aimé. C'est sous ses auspices que

PRÉFACE 19

nous avons tenté, quoique indigne et impuissant par nous-même, de révéler Jésus dans son Sacer- doce éternel ; c'est encore à sa tendresse mater- nelle que nous confions ces pages, afin qu'elle leur fasse porter beaucoup de fruits pour la gloire et l'amour de Jésus Prêtre et Victime.

Jésus seul!

Rome, en la Fête de l'Immaculée Conception. 8 Décembre 1916

Marie Eugène de la Croix

PRÉLmiNAIRES

« Jésus possède un Sacerdoce éternel. II convenait que nous ayons un pontife plus élevé que les cieax.

« En entrant dans le monde, II dit : Vous n'avez pas voulu de sacrifices et d'o^randes, mais vous m'avez formé un corps : me voici, je viens pour faire, ô Dieu, votre volonté.

c< En vertu de cette volonté, - et ayant en toutes choses être rendu semblable à ses frères, afin de devenir un pontife miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour expier les péchés du peuple, nous avons été sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ.

(c Etant venu comme pontife des biens futurs, II est entré dans le sanctuaire, dans le ciel même, avec son propre sang, le sang de l'éternelle alliance, après avoir o^ert une seule victime pour les péchés et avoir obtenu la rédemption éternelle, afin de se présenter pour nous devant la face de Dieu.

« II s'est assis pour toujours a la droite du trône de la majesté divine àu plus haut des cieux; et nous le voyons, à cause de ses sou^rances et de sa mort, couronné de gloire et d'honneur. II était hier, II est aujourd'hui, et II sera de même dans tous les siècles.

e A Jésus, le Fils de Dieu, le grand pontife saint, innocent, immaculé, plus élevé que les cieux, Prêtre pour l'éternité, et toujours vivant pour intercéder pour nous, soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen. »

(Tiré de l'Epîlre aux Hébreux.)

Jésus est tout au ciel et sur la terre. Il est la voie par laquelle Dieu est venu jusqu'à nous ', Il est encore celle par laquelle nous retournons à lui". Sauveur unique, Médiateur nécessaire, Prêtre éternel. Hostie d'agréable odeur et Victime rédemptrice ', Jésus est le centre et l'objet su- prême de nos adorations, de nos louanges, de notre amour, de nos actions de grâces et de nos éternelles glorifications.

Il est venu ici-bas pour nous et non pour Lui ; avant son Incarnation, il ne Lui manquait rien, si ce n'est une occasion sublime de nous prouver son amour infini. Il a vécu parmi nous, Il a souf- fert et II est mort uniquement pour nous gagner, par ses mérites infinis, les grâces surabondantes dont II ne cesse de nous combler afin de nous sanctifier et de nous sauver ^

Il a pratiqué dans une perfection divine toutes les vertus, afin d'être le modèle des nôtres et de

' « C'est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu. » Jean, VIII, 42.

2 « Je suis la voie. Personne ne vient au Père, si ce n'est par tnoi. » Jkan, xiv, 6.

3 « Il n'y a en effet qu'w// seul Dieu et qu'//// seul médiateur entre Dieu et les hommes, l'Homme Jésus-Christ qui s'est livré pour la rédemption de tous. » I Tim., ii, 5, 6.

* « Nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. » Jean, i, 16.

PRÉLIMINAIRES 23

nous exciter ainsi à marcher sur ses traces pour arriver au bonheur éternel'.

C'est donc en toute vérité que, devant tout à Jésus, nous avons contracté une douce mais impérieuse obligation de Le connaître, de L'étu- dier, de L'aimer, de L'imiter, et d'en faire le centre unique et nécessaire de notre vie -.

Pour mieux comprendre plus tard Jésus en sa qualité de Prêtre, et en avoir comme tel une notion claire et complète, il nous faut d'abord Le considérer dans son ensemble. Chacune de ses perfections essentielles, chaque mystère de sa vie, chaque aspect de sa mission, chaque vertu qu'il a pratiquée, chaque manifestation de son amour sont autant de rayonnements divins qui viendront éclairer son Sacerdoce et faire mieux resplendir les beautés et les grandeurs de notre Souverain Prêtre.

Sans doute, Jésus ne peut pas ne pas être Prêtre, et ce qu'il y a en Lui de plus essentiel et de plus sacré, c'est son Immolation qui opère le salut du monde par la puissance et l'exercice de son divin Sacerdoce ; néanmoins son carac- tère sacerdotal comme l'offrande qu'il fait de

' « Je vous ai donné l'exemple, afin que comme je vous ai fait, vous fassiez vous aussi. » Jean, xiii, i5.

2 « Toutes choses sont en Lui, et /?a/- Lui, et f^our Lui. » Col., I, 16, 17.

24 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNÉ

Lui-même reposent sur sa Personne adorable d'Homme-Dieu. Et c'est pourquoi avant d'étudier et d'honorer Jésus dans son Sacerdoce, nous de- vons tomber à genoux et L'adorer.

II est donc indispensable de connaître d'abord Jésus en Lui-même et dans sa mission divine, pour mieux apprécier ensuite la grandeur de son Sacerdoce. Il manquerait le fondement essentiel à notre connaissance du Souverain Prêtre, si nous n'avions une science parfaite de Lui, de tout ce qu'il est, de tout ce qui Le constitue comme Verbe incarné.

Le Sacerdoce en Jésus est divin et humain à la fois : divin dans son origine, son essence, sa puissance et son efficacité ; humain dans son exercice ici-bas et dans l'immolation matérielle de la Victime. Pour le comprendre dans sa par- tie divine et éternelle, Jésus doit être étudié comme Dieu ; pour en avoir l'intelligence dans sa partie humaine et terrestre, Jésus doit être étudié comme Homme-Dieu.

D'où, la connaissance générale de Jésus est la science essentielle qui devra nous conduire à celle de son Sacerdoce.

(rva^ii^g,^

CHAPITRE PREMIER

9

De rimportance capitale

de la connaissance de Jésus

le Verbe incarné

CHAPITRE PREMIER

De l'intpertance capitale

de la connaissance de Jésus

le Verbe incarné

e La vie éternelle consiste à voas connaître, vous, seul vrai Dieu, et Celui que vous avez en- voyé, Jésus-Christ. »

Jean, XVII, 3.

Quand on considère attentivement ce qu'est Jésus, d'où II vient, oia II nous conduit et, en outre, la place qu'il tient dans le plan divin, dans la constitution même de l'humanité, dans la vie des âmes et dans les gloires de l'éternité, on ne peut pas ne point Lui décerner la première place dans les intelligences et dans les cœurs. Le con- naître devient l'obligation suprême des hommes sur la terre et l'occupation éternelle des Bien- heureux dans la gloire ^.

* « Dieu notre Sauveur, veut que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité. » I Tim., ii, 3. 4. Or Jésus nous dit : « Je suis la vérité (Jean, xiv, 6) ; Croyez en moi (Ibid., 1); Celui qui croit en moi a la vie éternelle (Jean, m, 47). »

28 GONNAISSAN'CE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

Une vie qui s'écoulerait tout entière dans cette étude sacrée et aimée, serait une vie admirable- ment employée et qui aurait pour conséquence, ici-bas une sainteté peu commune, et au ciel un degré suréminent de gloire. Tous, sans doute, ne peuvent consacrer le même temps à cet impor- tant travail, mais tous cependant doivent s'y livrer ; aucune excuse ne saurait jamais les en dispenser.

Pour le bien comprendre, nous en étudierons les motifs les plus importants, mais surtout nous demanderons à Jésus, par l'intercession de sa divine Mère, de nous éclairer, de nous donner l'intelligence de ce devoir capital et de nous pé- nétrer jusqu'au fond de l'âme du désir de Le con- naître, de l'obligation de L'aimer par-dessus tout et de la volonté arrêtée de Le servir dans l'obéis- sance et la fidélité.

l. La connaissance de Jésus est une science indispensable

Il y a sur cette terre bien des sciences sans valeur intrinsèque et beaucoup d'autres qui ne sont pas également utiles à tous ; il en est aussi dont l'obligation ou l'utilité ne sont que passa- gères, ou qui n'influent que très indirectement sur l'ensemble de la vie.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 29

Il ne peut en être ainsi quand il s'agit des choses éternelles. Nous sommes tous faits pour Dieu et nous nous en allons tous vers notre éternité. Il n'y a qu'une voie pour y parvenir, et c'est Jésus : Ego sum Via ^ ; de même, il n'y a qu'une vérité qui renferme toutes les autres, et c'est Jésus : Ego sum Veritas - ; comme il n'y a qu'une vie, la vie de la grâce qui puisse nous conduire à la vie de la gloire, et c'est toujours Jésus : Ego sum Vita^.

Autant notre destinée est immuable, autant notre devoir d'y tendre sans cesse est essentiel. Or, nous ne pouvons avoir une intelligence exacte de notre destinée et des moyens mis à notre dis- position pour y parvenir, que si nous connaissons Jésus. Tant que nous L'ignorerons, nous mar- cherons en aveugles ; et, par contre, dans la me- sure où nous Le connaîtrons, nous assurerons et notre sanctification et notre salut éternel.

Nous pouvons être ignorants de bien des choses ; il ne nous est pas permis de l'être de Jésus. Maintenant qu'il est venu et qu'il s'est révélé à nous. Il est la Porte par laquellç il faut entrer". Il est le Pasteur qu'il faut suivre ■, Il est

1 Jean, xiv, 6.

2 Ibid.

3 Ib!d.

* « Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé. » Jean, x, 9.

5 « Je suis le bon Pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent et elles me suivent. » Jean, x, 14, 27.

30 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

le Chef qu'il faut écouter *, Il est le Maître qui doit nous enseigner^, Il est le Seigneur qui doit nous commander ', Il est la Lumière qui doit nous éclairer S II est la Grâce qui doit nous secourir^, Il est la Beauté qui doit nous ravir ", Il est l'Amour qui doit nous embraser ".

Si nous ne donnions point à cette connaissance approfondie de Jésus la place qu'elle doit occuper dans notre vie, nous manquerions au plus essen- tiel de nos devoirs. Aussi faut-il nous pénétrer de cette importante vérité : que nous sommes tenus, en tant que créatures et de par notre fdiation divine en Jésus, d'avoir de cet adorable Maître une connaissance exacte et pratique, qui influe sur l'ensemble de notre vie et nous conduise à la fin pour laquelle nous sommes créés.

La connaissance de Jésus n'est facultative pour personne ; elle est une nécessité qui s'impose à

1 « Dieu a mis toutes choses sous ses pieds, et il l'a établi che/ suprême sur toute l'Eglise. » Ephes., i, 22.

2 « Vous n'avez qu'ww seul Maître, le Christ. » Matth., xxiii, 10.

3 « Voiti mon Fils bien-aimé, écoutez-Le. » Luc, ix, 35.

* « Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » Jean, i, 9.

'■> « La loi a été donnée par Moïse; la grâce et la vérité ont été faites par Jésus-Christ. » Jean, i, 17.

* « Il est la splendeur de la gloire de Dieu, et \ empreinte de sa substance. » Hebk., i, 3. « J'ai été saisi par le Christ Jésus. » Phil., m, 12.

■^ « \J amour du Christ nous presse. » II Cor., v, 14.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 3l

tous et qui découle essentiellement de notre con- dition de créature humaine. Nous ne pouvons répondre aux desseins de Dieu sur nous et arriver à la perfection à laquelle nous devons tendre par l'intime de notre être, sans Jésus, sans sa con- naissance et, par voie de conséquence, sans Lui rendre les devoirs auxquels II a droit.

Le méconnaître, serait nous condamner à notre perte éternelle. L'ignorer, serait le plus grand malheur qui puisse nous arriver '. Ne point com- prendre l'importance souveraine de cette science suréminente, serait créer des vides profonds dans notre âme, nous exposer à tous les dangers, para- lyser notre vie et nous vouer aux pires erreurs. A nous plutôt de nous écrier, comme Saint Paul, dans la vivacité de notre foi et l'ardeur de notre amour : « Oui, tout me semble moins que rien au prix de la science du Christ Jésus, mon Seigneur » ^.

Il est une erreur spéciale qui malheureusement se rencontre assez souvent parmi les personnes de piété, c'est celle de croire que, pour servir

^ « Vous vous êtes approchés du médiateur d'une nouvelle alliance, Jésus. Prenez garde de refuser d'entendre Celui qui parle ; car si ceux qui ont refusé d'entendre Celui qui parlait sur la terre n'ont pas échappé, à plus forte raison n échapperons- nous pas, si nous nous détournons de Celui qui nous parle du ciel. » Hebr., xn, 22, 24, 25.

2 Phil., III, 8.

32 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

fidèlement Jésus et pour faire des progrès dans la vertu, il suffise de connaître vaguement Jésus, de faire beaucoup de prières vocales et de s'ac- quitter de divers exercices de dévotion, sans se mettre en peine d'étudier Jésus, de chercher à Le mieux connaître et d'acquérir de cet adorable Maître une science qui nous Le révèle dans toute sa beauté et nous attache irrévocablement à Lui par un amour éclairé et généreux.

La connaissance de Jésus est d'autant plus nécessaire que l'on fait davantage profession de Le servir et de L'aimer par une vie plus exem- plaire. 11 n'y a pas de vertus sérieuses et solides qui ne soient calquées sur celles de Jésus ; il n'y a pas de vie foncièrement chrétienne qui ne s'ali- mente à la source de toute vérité et de toute sain- teté, Jésus ; il n'y a pas d'amour stable et vrai de Jésus, qui ne repose sur son éternelle charité et ne s'inspire des preuves divines qu'il nous en a données. Toutes choses qui supposent, non une connaissance superficielle de Jésus, mais une étude attentive, réfléchie et soutenue.

Si on se préoccupait davantage d'étudier Jésus dans ses divines perfections, dans ses mystères, dans sa vie mortelle et dans sa vie eucharistique, il y aurait moins de simples dévots mais bien plus de chrétiens sérieux et d'âmes vertueuses.

Cherchons donc à éclairer notre piété et à éta-

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 33

blir nos convictions religieuses sur une connais- sance approfondie de Jésus. A mesure que cette science s'affermira dans notre âme, nous avan- cerons dans la vertu. Plus nous aurons de Jésus une connaissance développée, plus nous L'ai- merons ardemment et voudrons le Lui prouver par une générosité plus grande à son service et par une imitation plus fidèle de ses vertus.

Demandons tous les jours à Jésus de nous attirer à Lui et de nous montrer combien est douce et suave l'obligation de Le connaître et de L'aimer.

II. Jésus est la révélatiop de la Divinité

Nous sommes d'autant plus tenus de connaître Jésus, que c'est par Lui que nous allons à son divin Père et que nous connaissons la très sainte et très adorable Trinité.

Jésus est venu manifester aux hommes les grandeurs, les perfections infinies et l'éternelle charité de Dieu '. Jusque-là l'humanité n'avait qu'une notion vague et incomplète de la Divinité; elle n'en connaissait qu'imparfaitement les mys- tères, elle ne l'avait entrevue que de loin, elle

1 « Nul n'a jamais vu Dieu, mais le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a fait connaître. » Jean, i, i8.

34 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

n'en avait point éprouvé tout l'amour et toute la bonté. Il lui avait manqué une bouche divine qui lui révélât à découvert les mystères cachés, un Cœur tout de feu divin consumé qui palpitât dans la poitrine d'un Dieu, une personnification vi- vante de la Divinité qui fût une révélation cons- tante des perfections divines et de l'éternelle Charité.

Jésus apparaît et les voiles tombent ; Jésus des- cend jusqu'à l'homme et II l'élève jusqu'à Dieu ; Jésus parle, et la vérité se fait jour; Jésus aime, et 11 embrase les cœurs ; Jésus montre le ciel, et II nous fait entrevoir les splendeurs de la béatitude.

Jésus se couvre des dehors de notre humanité ', mais II prouve qu'il est Dieu tout autant qu'il est Homme. Il nous parle de son Père qui L'engendre de toute éternité- et qui prend en son Fils ses divines complaisances '. Il nous enseigne qu'il ne fait rien sans lui et qu'il est venu pour accomplir ses adorables Volontés '. Il nous apprend que son

' << II s'est anéanti lui-même, en prenant la forme d'esclave, en devenant semblable aux hommes, et en se montrant sous l'apparence d'un homme. » Phil., n, 7.

■-' « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde. » Jean, xiv, 28.

« Je suis le Fils de Dieu. » Jean, x, 36.

« Moi et le Père nous ne sommes qu'un. » Jean, x, 3o.

•' « Une voix se fît entendre du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je me suis complu. » Luc, m, 22.

* « En vérité, en vérité je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, si ce n'est ce qu'il voit faire au Père ; car tout

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSLS 35

bonheur est de révéler son divin Père et de lui gagner des âmes'. Il aspire à les lui donner toutes; mais II nous dit clairement que pour aller à son Père il faut passer par Lui, que personne ne connaît le Père si Lui, le Fils, ne le lui a révélé, ni le Fils si le Père ne le lui a appris-.

Jésus nous parle encore du Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils, fruit divin et subs- tantiel de leur mutuel amour, de sa mission qui viendra compléter la sienne, et de ses opérations divines dans les âmes \

Admirable enseignement qui nous ouvre des horizons immenses et sublimes sur les relations ineffables des trois Personnes divines.

Comment, dès lors, ne serait pas essentielle et indispensable la connaissance de Celui par qui seul nous pouvons acquérir la notion de sem- blables mystères ; surtout, lorsque nous savons

ce que le Père fait, le Fils le fait pareillement. » Jean, v, tg. « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » Jean, v, 3o.

<< Je vous ai glorifié sur la terre... J'ai fait connaître votre nom aux hommes et je le leur ferai connaître. » Jean, xvii, 4, 6, 26.

- i< Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. » Matth., xi, 27.

" « Mais le Paradet, l'Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera touter choses, et i>oits rappellera tout ce que je vous ai dit. » Jkan, xiv, 26.

36 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

que Dieu le Père ne L'a envoyé au monde que pour lui faire ces divines révélations.

Avant la venue de Jésus, l'humanité allait à Dieu par des connaissances vagues et générales ; devant la Majesté suprême, elle se tenait dans une attitude de respect qui s'alliait très bien à son devoir d'adoration, mais qui ne répondait pas suffisamment à son besoin d'amour. De son côté. Dieu, qui n'avait pourtant cessé de pardonner à son peuple sans cesse infidèle, après toutefois l'avoir souvent châtié, n'avait pas révélé son amour aux hommes dans toute son intensité.

Pour satisfaire ce double besoin d'amour de la part de Dieu et de ses créatures, il fallait attendre l'apparition de Jésus. Jésus vient et II concrète en Lui les notions anciennes sur la Divinité, en les complétant par des révélations nouvelles qui constitueront jusqu'à la fin des temps l'admirable doctrine d'une religion parfaite. Maintenant que Jésus est venu et qu'il nous a enseignés, nous n'avons plus rien à attendre, nous possédons la Vérité intégrale et l'Amour incréé sous sa forme la plus palpable et la plus attrayante *.

Mais puisque Jésus est le centre de tout, nous

* « Père, j'ai consommé l'œuvre que vous m'avez donnée à faire... J'ai manifesté votre nom aux hommes... Maintenant ils connaissent que tout ce que vous m'avez donné vient de vous... Ils ont cru véritablement que je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m'avez envoyé. » Jean, xvm, 4, 6-8.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JESUS 3~

sommes obligés d'aller à Lui ; nous ne pouvons pas, comme dans l'Ancien Testament, nous con- tenter d'un culte imprécis de l'Eternel et faire du Jéhovah des Hébreux notre Dieu inaccessible ; nous possédons Dieu avec nous, l'Emmanuel s'est fait notre compagnon d'exil, notre Maître et notre divin Modèle. C'est par Jésus que Dieu nous a parlé S c'est en Jésus qu'il s'est révélé -, c'est par le Cœur de Jésus qu'il nous a aimés", c'est par le sang de Jésus qu'il nous a sauvés^. Pour avoir de Dieu une notion exacte et pour comprendre l'immensité de son amour, nous devons donc connaître Jésus et concentrer en Lui toutes les ardeurs de notre cœur.

* « Après nous avoir parlé dans les siècles écoulés par ses pro- phètes, Dieu nous a enfin parlé par son propre Fils. » Hebr., i, 2.

■- « Celui qui me voit, voit celui qui m'a envoyé. » -Jean, xii, 45.

« Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne me con- naissez pas ? Philippe, celui qui me voit, voit aussi le Père. » Jean, xn-, 9.

3 « Dieu n'a pas envoyé son Fils unique dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Jean, iii, 17.

« Père juste, je leur ai fait connaître votre nom... afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux. » Jean, xvii, 26.

■^ « Dieu le Père nous a rendus agréables à ses yeux en son Fils bien-aimé. C'est en lui que nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon les richesses de sa grâce. » Ephes., I, 6, 7.

« Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui ; il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. » Col., i, 19, 20.

38 CONNAISSANCE DE jÊSL'S I.E VERBE INCARNE

Notre premier et doux devoir est de L'étudier avec un zèle constant et un enthousiasme tout divin. La seule pensée qu'en Le connaissant nous acquerrons la science de tout ce qu'il nous est le plus important de savoir au ciel et sur la terre, doit nous exciter à poursuivre généreusement notre étude de Jésus et à nous passionner pour Celui que nous ne posséderons pleinement que quand nous Le connaîtrons parfaitement et L'ai- merons sans mesure et sans fin.

III. La vie éternelle consiste dans la connaissance de Jésus

La fin de tout homme venant en ce monde est de parvenir à la vie éternelle. Nous ne sommes point sur la terre pour y rester ; nous marchons vers un au delà qui n'est point de ce monde et qui dépasse les limites du temps '. Outre qu'il y a en nous des aspirations et des désirs qui échappent au contrôle de notre volonté et qui s'imposent indiscutablement à elle pour la faire soupirer, même inconsciemment, après un bon- heur que la terre et les créatures ne peuvent

' « Nous n'avons point ici-bas tie detucurc /)ennaneiile, mais nous cherchons celle qui est à venir. » Hebr., xni, 14.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 39

donner ', nous ne pouvons échapper à l'empire universel de la mort, qui, dans les desseins de Dieu, n'est que le commencement d'une vie nou- velle mais éternelle.

La vie du temps est donc éphémère et passa- gère ; un rien nous l'enlève, la brise la plus légère souvent nous la ravit, comme la plume que le vent emporte. Si nous ne sommes pas faits pour vivre ici-bas dans cette demeure instable de la vie du temps, nous ne le sommes pas davantage pour nous attacher à rien de ce qui passe et s'évanouit. Notre vraie demeure est dans le ciel, notre vraie vie est en Dieu -'.

Par conséquent, tout ce qu'il y a de grand dans notre création, tout ce qu'il y a de miséricordieux dans notre rédemption, tout ce qu'il y a de divin dans notre appel à la gloire, tout ce qu'il y a d'inefifablement tendre dans notre union à Dieu, se trouve compris et renfermé dans la vie éter- nelle qui nous met en possession définitive de

' « Nous sommes les maîtres de nos actions, dit saint Thomas, en tant que nous pouvons choisir une chose ou une autre. Or, le choix ne peut s'appliquer à la fin, et ne s'applique qu'aux moyens qui conduisent à la fin. Le désir de la fin dernière n'est donc l>as une des choses dont nous soyons les maîtres. » S. Thom., I p., q. 82, a. 1, ad 3.

2 « Nous savons en eflFet que si cette maison de terre que nous habitons est détruite, nous avons un édifice qui vient de Dieu, une maison qui n'est point faite de main d'homme, mais qui est éternelle dans les deux. » II Cor., v, 1.

40 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

Dieu et nous livre éternellement à ses divins embrassements.

Dans le ciel, plus d'ombre ni de mystère, plus de tristesse ni de larmes', plus de doute ni de défaillance, plus de foi mais la vision, plus d'es- pérance mais la possession, plus de désir mais la pleine satisfaction de toutes nos aspirations'^.

C'est Dieu vu à découvert, compris sans raison- nement, voulu sans effort, aimé sans mesure, possédé sans fin ^.

Et tout cela est renfermé en Jésus ; la connais- sance de Jésus nous le donne. « La vie éternelle consiste, a-t-Il enseigné Lui-même, à connaître Dieu et Celui que Dieu a envoyé, Jésus-Christ *. » Enseignement profond, d'une portée sans limites et qui nous ouvre des horizons infinis sur notre destinée et sur la facilité avec laquelle il a plu à la Toute-Puissance divine de nous y conduire.

' « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort n'exis- tera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car ce qui était autrefois a disparu. » Apoc., xxi, 4.

2 « Quand nous serons parvenus à la béatitude parfaite, nous n'aurons ftlus rien à désirer, parce qu'alors nous jouirons plei- nement de Dieu, et que nous rencontrerons dans cette jouissance tous les autres biens que nous aurons ambitionnés. » S. Thom., Il II, q. 28, a. 3.

3 « Nous voj'ons maintenant à travers un miroir, en énigme ; mais alors nous verrons face à face. Maintenant je connais en partie ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. » I Cor., XIII, 12.

'' Jean, xvii, 3.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 4I

Rien n'est grand et important comme notre salut éternel, rien n'est digne d'envie et divin comme cette vie éternelle à laquelle nous sommes appelés et qui comprend, avec les splendeurs de la gloire divine, le bonheur indicible de la pos- session de Dieu dans l'union sans fin. Lorsque nous serons arrivés à la connaissance parfaite de Jésus, nous posséderons tous ces biens à la fois ^. L'essence même de cette vie éternelle et bienheu- reuse consiste dans la connaissance de Jésus ; cette connaissance nous donnant et l'intelligence du mystère de la Très Sainte Trinité, fondement et origine de tous les autres mystères, et la science du Verbe Incarné se faisant le Sauveur des hommes et se constituant leur éternelle récompense.

Jésus est une manifestation tellement complète de la Divinité, Il réunit si parfaitement en Lui toutes les communications de Dieu à l'humanité et toutes les destinées éternelles de l'âme hu- maine, que Le connaître dans toute sa splendeur c'est posséder Dieu, c'est le comprendre, c'est l'aimer, c'est être absorbé en lui dans une union

1 C'est la pensée qu'exprime Saint Thomas, quand il fait con- sister le bonheur suprême dans la science de Dieu : « Si une intelligence créée ne voyait que Dieu, qui est la source et le principe de tout être et de toute vérité, son désir de savoir serait tellement rempli qu'elle ne chercherait n'en autre chose et qu'elle serait heureuse. » S. Thom., I p., q. 12, a. 8, ad 4.

42 CONNAISSA.N'CE I)E JESUS LE VERBE INCARNE

ineffable; et cela dans la perfection suprême, sans possibilité d'accroissement, et dans une stabilité éternelle, sans interruption et sans fin.

Si la connaissance parfaite de Jésus nous donne ainsi là-haut la vie éternelle, les efforts faits sur la terre pour l'acquérir doivent conséquemment nous faire participer à l'avance aux biens et à la félicité de la Patrie'.

Connaître Jésus, l'envoyé du Père, le Verbe incarné, c'est donc tout le bonheur du temps et tout le bonheur de l'éternité. Kt puisque la vie éternelle consiste à I.e connaître, et que c'est le souverain Bien, nous ne pouvons pas ici-bas négliger cette connaissance sans manquer à notre devoir le plus sacré. Ne point nous en soucier dénoterait une indifférence inconcevable et équi-

' Le même saint Docteur met en première ligne la connaissance de Jésus le Verbe incarné, comme moyen d'arriver à la science et à l'amour des choses divines et éternelles : « Les choses qui appartiennent à la Divinité, dit-il, sont par elles-mêmes les plus capables d'exciter l'amour, et par conséquent la dévotion, parce qu'on doit aimer Dieu par-dessus tout. Mais la faiblesse de notre nature fait que comme nous avons besoin de signes sensibles pour arriver à la connaissance des choses divines, de même il nous faut des choses qui frafjfjent nos sens pour exciter en nous \ amour divin ; et la première de toutes ces choses est l'Hi^MANmi DU Christ, dont il est dit dans une Préface (celle de Noël) qu'elle a eu lieu pour qu'en connaissant Dieu visiblement, nous soyons portés par lui à Vantour des choses invisibles. C'est pouiquoi ce qui appartient à Xhumanité du Christ excite en nous d'une ma- nière presque sensible, la dévotion la plus vive. » S. Thom., II II, q. 82, a. 3, ad 2.

IMPORTAiNCE DE LA CONNAISSANCE DE JESUS 40

vaudrait, autant qu'il est en nous, à un mépris et à un refus de la vie éternelle, de tout ce qui la cons- titue et du bonheur sans fin dont elle est le gage.

IV. Jésus est le centre de rhistoire du monde

Pour mieux comprendre l'importance souve- raine de la connaissance de Jésus, il suftit de considérer la place que Jésus tient dans l'huma- nité, le rôle qu'il a joué dans l'histoire du monde, et l'influence qu'il exerce sur les nations et sur les individus.

Jamais homme n'a opéré ce qu'a fait Jésus, jamais conquérant n'a tant bouleversé les em- pires, jamais chef d'armée n'a conduit tant de soldats à la victoire, jamais héros n'a opéré plus de merveilles ni conquis plus de lauriers.

Jamais créature n'a plus honoré l'humanité, jamais prophète n'a été plus écouté, jamais thau- maturge n'a plus émer\ eillé, jamais génie n'a été plus grand dans autant de simplicité, et jamais être n'a été tant aimé.

Mais surtout jamais humain ne s'est plus appro- ché de la Divinité, jamais luortel n'a plus parlé d'immortalité, jamais vie terrestre n'a plus res- semblé à l'éternité.

44 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

La raison en est que Jésus n'est pas de la terre, mais qu'il vient du ciel ; Il n'est pas simplement homme, Il est Dieu. Sous des dehors pauvres et misérables, Il cache la beauté et la richesse des cieux ; sous l'enveloppe de notre fragile humanité, Il voile la gloire extérieure de sa Divinité; sous le couvert d'une vie toute de simplicité. Il se consume dans un brasier d'éternelle charité ; sous l'apparence du Fils de l'Homme, Il demeure le Fils de Dieu 2.

Aussi son action divine et cachée se fait-elle sentir autour de Lui, agit-elle au loin, passe-t-elle les mers, embrasse-t-elle le monde et exerce-t-elle sur les générations de tous les temps cette in- fluence universelle à laquelle ne résistent ni les hommes ni l'espace ni la durée -K

Jésus a changé l'orientation du monde. A sa venue, les peuples d'Orient se sont mis en branle ;

1 « Je suis descendu du cie/. » Jean, vi, 38,

2 « (Jésus-Christ) étant Dieu par nature, n'a pas estimé que ce fut pour lui une usurpation en se faisant égal à Dieu ; mais il s'est anéanti lui-même en prenant la nature de l'esclave, en devenant semblable aux hommes, en se montrant j<)//j l'appa- rence d'un homme, rt Phil., ii, 6, 7.

3 « C'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. i> Phil., ii, 9-11.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 45

à sa mort, la terre a fléchi sur la base et du sang qui coulait de la Croix une sève nouvelle de vie divine a couru dans les veines de l'humanité. Pendant des siècles attendu, Jésus a changé les soupirs de son peuple dans les transports de joie et d'amour qui ont éclaté de toute part et qui ont lancé les âmes, à sa suite, dans la voie du renon- cement et du sacrifice, à la conquête de la sainteté. Le monde entier a connu la renommée du divin Crucifié. Des millions de martyrs ont donné pour Lui leur sang ; des multitudes, éprises de charité divine, ont peuplé les déserts et les cloîtres ; les saints, fidèles imitateurs de leur Maître, se sont multipliés sur tous les points du globe. Il s'est levé des armées de croyants et d'admirateurs, et le nom de Jésus a rempli l'univers.

Jésus est devenu le point de mire de l'humanité, le sujet des études les plus approfondies, l'objet de l'admiration quasi universelle, l'objectif des arts et l'inspiration des génies. On a voulu tout connaître de Jésus et on a scruté sa vie, pesé ses paroles, médité ses enseignements, apprécié ses moindres actes. On a vécu de son souvenir, on s'est inspiré de sa doctrine, on s'est fait les fidèles observateurs de ses commandements et les glo- rieux défenseurs de sa Personne adorable.

De tout temps Jésus a conservé une telle place dans l'humanité, qu'à aucune époque de l'histoire

46 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

on n'a cessé de s'occuper de Lui. Jamais homme ne fut plus estimé et incompris à la fois, plus écouté et plus combattu, plus aimé et plus haï. Vieille histoire des misères humaines, la vertu coudoie le crime ; vieille lutte de l'enfer contre le ciel, Satan s'acharne toujours contre ce qu'il y a de plus pur et de plus saint.

Jésus s'était levé dans le monde comme un signe de contradiction '. Au cours de sa vie, et même en face de ses plus grands miracles, les avis étaient partagés à son sujet ; les uns l'appe- laient bon et les autres méchant, les uns le confes- saient Dieu et les autres attribuaient à Béelzébud les merveilles qu'il opérait-. Depuis, il en a tou- jours été ainsi ; mais cette ingratitude et cet aveuglement des hommes n'enlèvent rien au rôle prépondérant que Jésus joue dans le monde. Et l'on peut dire en toute vérité, en parlant de Lui, que jamais homme n'a été plus contredit et jamais Dieu plus adoré.

Avec Jésus un monde nouveau a, en vérité, commencé ; aussi, les années de l'ère chrétienne

* « Voici que cet enfant est établi... comme un signe de contra- diction, » Luc, n, 34.

'^ « Il y eut encore une diz'ision parmi les Juifs à cause de ces paroles. Beaucoup d'entre eux disaient : II est possédé du dé- mon, et il a perdu le sens : pourquoi l'écoutez-vous ? D'autres di- saient : ce ne sont point les paroles d'un homme possédé du démon, le démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles? » Jean, X, 19-21.

IBIPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 47

se comptent-elles à partir de son avènement.

Jésus est vraiment le sommet de l'histoire du monde et le soleil qui en éclaire les deux pentes. Pendant quatre mille ans, l'humanité s'est dirigée vers Lui ; et depuis sa venue, l'humanité vit de Lui et, sous sa conduite, continue sa marche vers l'éternité.

Pour que Jésus ait opéré un tel changement dans le monde et ait déterminé un semblable mouvement dans les esprits et les cœurs, c'est qu'il est à Lui seul tout ce qu'il est venu mani- fester, toutes les merveilles qu'il a accomplies, toutes les beautés qu'il a révélées, toutes les vérités qu'il a enseignées, tout l'amour qu'il a prodigué.

Le connaître est une science qui s'impose, science nécessaire mais toute de beauté, de sain- teté et de charité.

V. Jésus, le Législateur des peuples

Jésus a pris dans le monde la place qu'il oc- cupe non seulement par l'éclat de ses miracles et l'ascendant de sa sainteté, mais encore par l'au- torité divine de sa mission et ia sublimité de sa doctrine. Descendant du sein du Père, Il apportait à l'humanité, avec la Sagesse éternelle, les trésors

48 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

cachés de la Divinité. Il venait parler aux hommes un langage céleste et leur enseigner tout un code de vérités divines, pour les orienter sûrement et efficacement vers leur fin dernière.

Principe de l'éternelle Vérité, et dominateur suprême de tous les êtres sortis de ses mains, Jésus apparaissait au milieu de ses créatures, non comme un rhéteur qui vient solliciter l'admi- ration, l'estime et l'approbation, mais comme un Souverain qui visite son peuple, organise plus solidement sa constitution, lui trace des devoirs et lui impose des lois K

L'humanité avait dévié de son orientation pre- mière ; privée des secours et des avantages de son ancienne condition, exposée à tous les maux qui sont la conséquence du péché, elle marchait quasi irrésistiblement vers l'abîme. Pour la rele- ver et la rendre à sa sainteté originelle, il fallait des lois rectificatrices et des commandements nouveaux. Jésus vient les promulguer solennel- lement; et II le fait sans le concours ni des sa- vants ni des puissants.

Il parle et II prétend être écouté ; Il affirme et aucune de ses paroles ne doit être discutée ; Il légifère et II veut que tous se soumettent et

« Le Père aime le Fils et il a tout remis entre ses mains. » Jean, m, 33.

« Toute fiuissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations. » Matth., xxvmi, 18,19.

IMPORTA>XE DE LA CONNAISSAN'CE DE JÉSUS 49

obéissent. Il a des préjugés à renverser. Il n'en tient aucun compte ; Il rencontre des adversaires puissants et des ennemis acharnés, Il méprise la puissance des uns et la malice des autres. Sans s'attarder à aucune considération humaine, malgré l'humilité de sa condition et la sévérité apparente de sa doctrine, Jésus promulgue sa loi et II en fait la règle universelle de tous les hommes '.

Tout autre que Jésus eût parlé dans le désert et n'eût gagné que de rares adeptes. iMais la parole de Jésus est créatrice et son autorité est souve- raine - : l'humanité s'est courbée sous le joug divin, elle a accepté cette loi qui lui venait du ciel, et elle s'est appliquée à observer toutes les volontés de son divin Législateur.

Pour juger sainement des choses, pour appré- cier les événements humains, pour comprendre la .conduite de la divine Providence, pour avoir l'intelligence de ses devoirs et la force de les accomplir, pour employer les moyens de salut, pour apprendre à se vaincre et pour marcher en toute circonstance dans la voie qui conduit au ciel, il n'y a qu'à recourir à Jésus, à consul-

' « Allez dans le monde entier, et prêchez l'Evangile à toute créature. Qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; qui ne croira pas, sera condamné. » Marc, xw, i5, i6.

- <i Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Matth., xxjv, 35.

DO CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

ter sa loi et à relire ses divins enseignements'. Et c'est cette loi nouvelle, apportée à tous les peuples par l'humble Nazaréen, le fils du charpentier et le Crucifié du Calvaire, qui a transformé le monde. La voix de Jésus a retenti par toute la terre et elle a gravé dans le cœur même de l'humanité, en caractères ineftaçabies comme sur le granit, les enseignements divins qui appellent les âmes au ciel et sauvent les nations.

Un semblable Législateur qui impose aussi sou- verainement sa loi, qui exerce sur l'humanité un tel empire de sagesse et de vérité, et dont la doctrine n'a jamais varié, ne peut pas ne pas tenir dans notre vie la place prépondérante. Pour apprécier sa doctrine, il nous faut Le connaître Lui-même ; pour nous soumettre joyeusement à sa loi, il faut savoir d'où II vient, II va et oif 11 nous conduit.

Connaître Jésus, c'est croire en Lui et c'est déjà vouloir tout ce qu'il veut. Plus notre connaissance de Jésus sera parfaite, et plus nous vivrons de Lui et de ses divines volontés.

' « En effet, la //// de la loi, c'est le Christ, pour la justification de tous ceux qui croient. Aussi Moïse a-t-il écrit, touchant la justice qui vient de la loi, que quiconque la pratiquera v trouvera la vie. » RoM., x, 4. 5.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 5l

VI. Jésus, le Maître absolu des cœurs

Jésus n'est pas venu seulement subjuguer les esprits et émerveiller les hommes, Il est venu surtout parler aux cœurs et leur faire entendre un langage capable de les émouvoir et de les ravir.

Tout imprégné de la divine Charité puisée au sein de l'Eternel, Il se révèle à l'humanité, d'abord dans une douceur et une candeur telles qu'il est difficile de résister à ses charmes, puis dans des bontés si grandes et des miséricordes si tendres que le cœur s'ouvre tout naturelle- ment à son amour, et enfin dans des excès tels d'amour et de sacrifice que pour ne pas Le payer de retour il faudrait être des misérables et des criminels '.

Jésus est venu avant tout parler aux hommes d'amour et de bonté, de dévouement et de charité. Sa vie tout entière prêche l'amour qu'il nous porte. Il se fait l'un de nous pour nous approcher de plus près ; 11 vit notre vie, nos nécessités, nos peines et nos travaux ; il souffre pour nous sou-

* « Mais lorsque la bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour pour les hommes ont paru, il nous a sauvés, non à cause de nos œuvres de justice, mais en vertu de sa miséricorde. » TiT., III, 4, 5.

52 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

lager dans nos souffrances, et 11 meurt pour nous apprendre à mourir'.

Les miracles qu'il multiplie, les larmes qu'il sèche, les malades qu'il guérit et les consolations qu'il sème dans les cœurs : tout porte l'empreinte de l'amour qu'il a voué aux hommes et dont II cherche à leur donner des preuves sans nombre.

La doctrine qu'il enseigne est une doctrine de charité, et ses invitations les plus pressantes sont pour nous gagner à son amour, pour nous enga- ger à mettre en Lui notre confiance -, à nous reposer sur Lui •' et à établir notre demeure dans son Cœur ^.

Et quand Jésus aura épuisé en quelque sorte tous les moyens de manifester l'amour qui Le presse. Il donnera sa vie et versera tout son sang^-.

' « La vie du Christ, dit Saint Thomas, a être telle qu'elle convînt à la fin de l'Incarnation pour laquelle il est venu dans le monde. Puisque le Christ est venu en ce monde pour mani- fester la vérité et sauver les pécheurs, et que par lui nous avons accès vers Dieu, il a été convenable qu'il menât ici-bas une vie sociale ; cependant il a mené pendant un temps la vie solitaire, pour donner l'exemple de l'une et de l'autre. » S. Thom., III p.. q. 40, a. 1.

2 « Ayez confiance, c'est moi, ne craignez point. » Marc, vi, 5o.

•'' « Que votre cœur ne se trouble point. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Jea>, xiv, i.

'■ « Demeurez dans mon amour. » Jean, xv, 9.

■'' « Personne n*a un amour plus grand que celui qui donne sa vie pour ses amis. » Ibid., i3.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 53

L'humanité ne s'est pas trompée aux accents de ces protestations d'amour du Verbe incarné; elle a compris combien elle était aimée et, en Le payant de retour, les battements de son cœur lui ont vite fait comprendre jusqu'à quel point elle était à l'unisson de Jésus son Bien-Aimé. Jésus avait allumé l'étincelle et le monde devint bientôt un brasier *. Les âmes s'attachèrent aux pas de Jésus, les foules subjuguées accoururent vers Lui, les cœurs tout brûlants de charité se vouèrent, à son exemple, aux sacrifices et aux immolations -.

Partout se trouve Jésus, il y a des cœurs qui Lui tiennent compagnie ; partout oij Jésus fait entendre sa voix, il y a des cœurs qui L'écoutent ; partout Jésus appelle, il y a des cœurs qui répondent à ses avances ; partout Jésus en- seigne, il y a des cœurs qui s'instruisent; partout Jésus est triste, il y a des cœurs qui Le con- solent ; partout Jésus est méconnu, il y a des cœurs qui réparent ; partout Jésus est outragé, il y a des cœurs qui expient; partout Jésus est crucifié, il y a des cœurs qui recueillent son sang pour qu'aucune goutte n'en soit perdue. Partout Jésus se cache, il y a des cœurs qui Le cherchent; partout Jésus se donne, il y a

* « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que veux-je, sinon qu'il s'allume ? » Luc, xn, 49.

2 « Et moi, quand j'aurai été élevé de terre (crucifié), '^attirerai tout à moi. » Jean, xii, 32.

54 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

des cœurs qui se livrent; partout Jésus se révèle, il y a des cœurs qui en sont ravis; par- tout où Jésus se communique dans l'amour, il y a des cœurs qui L'aiment et n'en veulent point aimer d'autre.

Jamais être sur cette terre n'a été tant désiré, tant recherché, tant aimé que Jésus. Pour Le posséder, les âmes se dépouillent de tout ; pour jouir de Lui, elles volent à tous les sacrifices; pour Lui appartenir plus complètement, elles s'immolent elles-mêmes; pour L'aimer plus pure- ment, elles font le vide en elles et se contentent de Lui.

Jésus prêche le renoncement et la pénitence', et l'on court quand même après Lui ; Il appa- raît chargé de sa Croix et II invite à Le suivre-, et des multitudes innombrables gravissent le Cal- vaire à sa suite ; Il prodigue les souffrances et les épreuves. Il demande jusqu'à la vie, et malgré les ténèbres de l'esprit, les déchirements du cœur et les angoisses de l'âme, le nombre de ceux qui L'aiment s'en va croissant.

Depuis dix- neuf siècles, que de générations L'ont prié à genoux, que de bouches L'ont chanté,

1 M Faites pénitence. » jMatth., m, 2. « Si vous ne faites péni- tence, vous périrez tous. » Luc, xni, 3.

2 « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui- même et porte sa croix chaque jour, et me suive. » Lvc,

IX, 23.

IMPORTA>'CE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 55

que de cœurs L'ont aimé, que d'âmes L'ont imité, que d'existences Lui ont été consacrées, que de vies Lui ont été immolées ! Jésus exerce sur l'humanité comme un divin empire d'amour ; et, quoique bien des cœurs Lui soient infidèles, l'armée innombrable de ceux qui L'aiment a couvert le monde.

Jésus est vraiment le Maître absolu des cœurs, et II mérite d'être connu et honoré comine tel. L'ignorer, serait presque la négation de la vie des âmes. Mais une connaissance vague n'est point suffisante. Si le cœur de l'humanité est ainsi rivé à celui de Jésus et vibre à l'unisson de ses sen- timents d'amour et de générosité, il nous faut savoir pourquoi Jésus est un tel ravisseur et quels sont ses titres à l'adoration et à l'amour des âmes.

VII. Jésus, la rè^lc inflexible des volontés humaines

Quand on a éclairé l'esprit et gagné le cœur, on n'a pas tout fait. Il y a dans l'homme une fa- culté supérieure qui couronne les autres et les détermine au bien ou au mal : c'est la volonté.

La volonté par elle-même est libre et du do- maine absolu et exclusif de l'individu. Si elle

56 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

cessait de l'être, les actes qu'elle poserait ne seraient plus des actes humains et ne pourraient, par conséquent, lui être imputés. La condition essentielle pour que la volonté porte l'entière responsabilité de ses actes, c'est qu'elle s'exerce librement et qu'elle ait la conscience exacte de ce qu'elle fait.

Mais si la volonté ne doit être ni ignorante ni violentée, il ne s'ensuit pas qu'elle ne puisse être trompée et influencée. Elle est naturellement attirée par ce que lui montre l'esprit et lui sug- gère le cœur ; et si ces deux autres facultés l'in- fluencent pour le bien ou pour le mal, la volonté incline à se laisser entraîner, quoiqu'elle garde toujours sa puissance de résistance et son indé- pendance intrinsèque.

C'est ainsi que les milieux, les personnes et les choses influent souvent sur la volonté, comme d'ailleurs le tempérament, le caractère, les habi- tudes, le genre de vie.

La première de toutes les influences plus ou moins actives qui mettent en branle la volonté, plus agissante que les autres et qui pèse d'un plus grand poids : c'est la conscience. La con- science rectifie non seulement les impressions des sens et les erreurs d'esprit ou de cœur, mais elle prédispose la volonté à la rectitude, elle l'avertit, la dirige, la stimule, la retient, l'approuve, la

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS J"]

désavoue au besoin et la ramène au devoir *.

Ce que fait la conscience à l'égard de la volonté, Jésus le fait à son tour à l'égard de la conscience. C'est Lui qui y met cette rectitude pour le bien, ce sentiment du devoir, cet instinct naturel du vrai et du beau, du bon et du juste, ces impres- sions de vertu, ces inquiétudes d'infidélité et ces tourments du remords.

Parla conscience, Jésus agit indirectement sur la volonté, comme II le fait d'ailleurs par les autres facultés de l'âme sur lesquelles II exerce son action sanctificatrice. Ses opérations divines sont toutes coordonnées pour favoriser l'exercice de la volonté d'après les règles inflexibles de la vérité, du devoir et de la morale chrétienne.

En donnant sa doctrine au monde, Jésus a imposé des devoirs sacrés qu'aucune créature ne

1 « On dit que la conscience est un témoin, un lien, un ins- tigateur, un accusateur, un remords, un reproche, etc. Tous ces mots indiquent l'application que nous faisons de notre science ou de nos connaissances aux choses que nous taisons. En effet, cette application a lieu de trois manières : d'abord quand nous reconnaissons que nous avons fait ou omis quelque chose, d'après cette parole de l'Ecclésiaste : « \'otre conscience sait que vous avez souvent dit des malédictions contre les autres » ; dans ce cas, la conscience est un témoin. En second lieu, quand nous jugeons suivant notre conscience qu'une chose doit ou ne doit pas être faite ; alors la conscience est un lien ou une instigation. Enfin, quand nous jugeons qu'une chose qui a été faite est bonne ou mauvaise, c'est ainsi que la conscience ex- cuse, accuse ou qu'elle a des remords. » S. Thom., I p., q. 79, a. i3.

58 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

peut transgresser inipunéinenl. Les volontés hu- maines ont été orientées plus fortement vers la pratique des obligations essentielles ou vers l'ac- complissement de devoirs nouveaux ; un joug doux et suave leur a été imposé', non pour leur enlever leur liberté, mais pour l'éclairer et la diriger.

Chacun reste libre de se soumettre ou de dé- sobéir ; néanmoins devant ses yeux se dressent les obligations sacrées imposées par le Sauveur des hommes et le divin Législateur. La conscience y lit sa règle de conduite et l'âme comprend qu'elle doit y conformer sa vie -'.

Chacune des paroles de Jésus est un enseigne- ment et un précieux secours. Jésus a parlé avec autorité et II a prétendu exercer sur les volontés humaines ce prestige souverain de l'action divine qui n'enlève point à l'âme son mérite, mais qui l'attire doucement et impérieusement à l'accom- plissement de tous ses devoirs dans la justice et la vérité, dans la pureté et l'amour.

Jésus est le seul qui ait jamais pu s'emparer ainsi des âmes et devenir la règle infaillible de leur conduite. Il est pour le monde une vérité

1 « Mon jouj{ est doux et inoii fardeau Icijcr. » Mattii., xi, jo. - « La loi lie l 'esprit Je vie en Jésus-Christ m'a délivré de la loi du péché et de la mort. » Rom., viii, 3.

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DE JESUS 39

suprême que l'on consulte sans cesse ', une lu- mière dont la clarté guide dans toutes les voies -, un point de ralliement toutes les consciences se donnent rendez-vous '■'■, un code vivant de jus- tice et de sainteté', une volonté souveraine dans laquelle se moulent toutes les volontés humaines pour marcher vers le terme final dans la paix et le bonheur".

A écouter Jésus, on ne peut se tromper; à Le suivre, on ne peut errer ; à croire en Lui, on ne peut dévier ; à espérer en Lui, on ne peut être déçu.

Sa volonté ne peut être mise en parallèle avec

' « Je suis la vérité. >> Jean, xiv, 6.

« Je suis né, dit Jésus à Pilate, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » Jean, x^^II, Sy.

■^ « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » Jean,

VIU, 12.

'•-' « Soumettez-vous donc à Dieu... 11 n'y a f\\xun seul légis- lateur et juge : c'est celui qui peut perdre et sauver. » Jac, IV, 7, 12.

'' « La grâce de Dieu notre Sauveur s'est manifestée à tous les hommes ; nous enseignant à renoncer à l'impiété et aux convoi- tises mondaines, pour que nous vivions sobrement, et juste- ment, et pieusement dans ce siècle. » Tit., n, il. 12.

•"' « Que le Dieu de la paix, qui a ramené d'entre les morts celui qui, par le sang de l'alliance éternelle, est devenu le grand pas- teur des brebis, notre Seigneur Jésus-Christ, vous rende capables de tout bien, afin que vous fassiez sa volonté, en opérant en vous ce qui lui est agréable, par Jésus-Christ, auquel soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen. » Hebr., xni, 20, 21.

6o CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNE

aucune autre. Il suffit qu'il exprime un simple dé- sir, pour qu'on coure au-devant de sa réalisation.

C'est ainsi que Jésus met le couronnement à sa divine influence dans le monde, et qu'il crée à tous les hommes l'obligation rigoureuse et sacrée de Le connaître, de L'étudier, de L'aimer et de Le servir.

Que la science de Jésus soit notre science su- prême ! Faisons-en le centre, le bonheur et la perfection de notre vie. Passionnons-nous pour Lui, comme II a daigné se passionner pour nous.

A Jésus, la Science et la Sagesse éternelles

O mon divin Jésus,

Vous connaître et Vous aimer

est une douce loi de l'humanité

et une félicité ine^able dans l'éternité.

Vous me parlez de Sagesse et de Sainteté,

Vous me montrez des trésors de Science et de Charité,

Vous me révélez les secrets de la Divinité.

Par Vous les esprits sont éclairés,

les cœurs embrasés et les volontés rectifiées.

Le monde entier est à vos pieds.

Vous le dominez par la puissance de votre bras,

l'autorité de vos enseignements,

la justice de vos lois et l'équité de vos jugements.

Vous ravissez les coeurs

par les charmes souverains de votre amour,

et Vous passionnez les âmes

avides de Vous contempler pour Vous mieux connaître,

éprises des beautés divines

dont Vous êtes l'éternel foyer.

Il su^t de Vous connaître pour posséder toute science.

Il sufît de Vous aimer

pour être souverainement heureux.

Il su^t de Vous posséder, pour goûter sur la terre

la joie des Bienheureux.

CHAPITRE DEUXIÈME

De la sublimité de la connaissance de Jésus

CHAPITRE DEUXIEME

De la sublimité de la connaissance de Jésus

Tout me semble moins que rien au prix de la connaissance de Jésus- Christ mon Seigneur (Phil., III, 8), en qui sont cachés tous les trésors de sagesse et de la science (Col., II, 3). »

D'après ce qui précède, nous pouvons déjà conclure que la connaissance de Jésus est la con- naissance la plus nécessaire et la plus fondamen- tale ici-bas, puisque en elle-même elle est la connaissance de l'Être qu'il nous est le plus utile de connaître pour arriver à notre fin, et qu'ensuite elle est la vraie et unique science qui remplit le ciel et fait là-haut la félicité éternelle des Bien- heureux.

Mais pour avoir de cette connaissance une in- telligence plus exacte et plus complète, il faut considérer la Personne même du Verbe incarné et chercher à saisir en Lui tout ce qu'il y a de divin dans son essence, dans sa mission, dans ses

66 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

œuvres et dans son éternelle glorification. La connaissance de Jésus s'élève alors à la hauteur de ses divins Mystères ; on comprend qu'il ne puisse y avoir sur cette terre une science plus sublime et plus divine.

I. Jésus, Verbe de Dieu

Pour connaître pleinement Jésus, il faut re- monter à son origine. Avant de naître dans le temps, Il existait déjà et II existait de toute éter- nité. Son existence n'était pas une existence contingente, mais une existence nécessaire et indispensable ; elle n'était pas davantage une existence à commencement, mais une existence sans commencement comme sans fin.

Nécessaire et éternel dans sa nature divine, le Verbe est la seconde Personne de la Très Sainte Trinité. Engendré éternellement par le Père ', Il est son image parfaite et substantielle, dans la- quelle le Père se reconnaît essentiellement et s'aime divinement '-. Le Fils, recevant tout du Père, auquel II doit d'être éternellement engen- dré dans l'essence de ses perfections divines,

^ « Je suis sorti du Père. » Jean, xvi, 28.

- « C'est lui qui est Vitnage du Dieu invisible (Col., 1, i5), la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance (Hebr., i, 3).»

SUBMMfTÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 67

l'aime du même amour infini dont II est aimé ; et de cet amour mutuel et divinement ineffable du Père et du Fils procède le Saint-Esprit.

Connaître Jésus, le Verbe Eternel, c'est donc pénétrer dans les profondeurs de l'essence divine. C'est se rapprocher de la Divinité autant qu'il est donné à une simple créature de le faire ; c'est lever le voile des mystères cachés dans le sein de Dieu ; c'est entrevoir des abîmes insondables de beautés et de perfections ; c'est contempler des océans de bonheur et de délices ; c'est être attiré par des charmes infinis ; c'est pressentir des dou- ceurs ineffables et d'éternelles suavités.

L'éternité ne sera pas de trop pour contempler et adorer de telles sublimités. Et pourtant, quand nous avons Jésus, nous les possédons toutes. En Lui nous pouvons les étudier et les contempler de plus près ; Il est venu pour nous les révéler et nous faire ainsi goûter par anticipation les joies éternelles de la Patrie '.

Avant de Le considérer sous d'autres aspects, Jésus veut que nous Le connaissions dans son essence divine. Lorsque nous aurons bien com- pris que Jésus est tout parce qu'il est Dieu, qu'il est infiniment parfait et infiniment aimable, qu'il est souverainement bon et juste, qu'il est infini

* « Dieu nous a donné la vie étemelle et cette vie est dans son Fils. » I Jean, v, 11.

68 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

en miséricorde comme en sainteté, qu'il est la beauté suprême et la charité par essence : nous aurons acquis la science primordiale ; nous re- connaîtrons que Jésus a des droits imprescrip- tibles aux hommages, à l'adoration et à l'amour des hommes ; nous nous ferons ses disciples et nous nous efforcerons d'avoir de Lui une con- naissance admiratrice et amoureuse, qui nous enchaîne à son adorable Personne et nous fasse trouver notre suprême bonheur à Le contempler et à L'aimer.

Dans toutes nos considérations subséquentes sur Jésus, nous ne devrons jamais perdre de vue qu'il est Dieu, et que tout ce qu'il fait comme tout ce qu'il dit est inspiré et vivifié par l'esprit divin qui L'anime et par la charité divine qui Le consume.

H. Jésus, Verbe incarné

Ce Verbe de Dieu, qui existe de toute éternité dans le sein du Père, est le même que le Verbe incarné qui prend naissance dans le sein de Marie. Tout ce qu'il y a d'adorable et d'infiniment parfait dans le Fils éternel de Dieu, nous le re- trouvons et l'adorons dans le Fils mortel de Marie.

La Divinité, dans ce mvstère, s'est abaissée

SUBLIikUTÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 69

jusqu'à notre bassesse ; l'Infini s'est renfermé dans des limites ; l'Eternel s'est rapetissé aux dimensions de la durée ; l'infiniment Parfait s'est réduit à l'infirmité ; le Créateur s'est fait créature et le souverain Seigneur est devenu esclave.

Le Dieu sans commencement est apparu sur la terre à une époque déterminée, sous une forme nouvelle, et II a commencé à exister dans l'hu- manité, comme le font tous les hommes. Le Dieu principe de toutes choses a voulu dépendre d'une créature pour devenir homme. Le Dieu qui demeure dans les siècles des siècles s'est fait mortel, Il a pris une vie qu'il devra un jour abandonner.

Jésus porte en Lui toutes les perfections de l'Eternel ; Il est vraiment Homme, mais II ne cesse pas d'être Dieu. Se suffisant pleinement à Lui-même, en tant que Dieu, Il est obligé de dé- pendre en tant qu'Homme. Sous des dehors de pauvreté et d'humilité. Il continue quand même d'être l'objet des complaisances de son divin Père. Et Lui, qui jouit constamment de la vision béati- fique. Il tempère sa gloire et voile sa majesté'.

' Quand Jésus, dans l'Evangile selon saint Jean, dit « Per- sonne n'a vu le Père, mais celui qui est de Dieu, celui-là a vu le Père » (vi, 46), et plus loin : « Moi, je dis ce que j'ai vu auprès de mon Père » (viii, 38) ; il rend témoignage comme homme et fait allusion à la vision béatifique. Car voir le Père c'est jouir de la vision intuitive de l'essence divine : ce qui convenait à l'àme

yO CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

En apparence c'est un homme qui parle et qui agit ; en réalité c'est un Dieu qui vit.

Pour réduire à un tel excès d'abaissement une aussi sublime grandeur, pour harmoniser ainsi l'existence divine avec les nécessaires humilia- tions de l'existence humaine, pour restreindre de la sorte les perfections infinies d'un Dieu aux dimensions étroites d'une vie terrestre, il fal- lait une intervention divine directe ; il fallait la Sagesse de Dieu lui-même pour concevoir une

de Jésus à cause de son union intime et parfaite avec la Personne du Verbe, par l'union hypostatique. Cette vision de Dieu toute- fois était limitée à l'âme de Jésus, et Saint Thomas dit à ce sujet : « Par la vertu de la divinité du Christ la béatitude était contenue dans l'âme, de manière qu'elle ne rejaillissait pas sur le corps, et qu'elle ne détruisait ni sa /}assibiiité ni sa mortalité. Pour la même raison, la délectation de la contemplation était retenue dans l'âme, de telle sorte qu'elle ne s'étendait pas aux facultés sensitives et qu'elle n'excluait pas la douleur l?liysiquc.n S. Thom., III p., q. i5, a. 5, ad 3.

Dans un autre passage, il tire une raison de convenance de cette vision béatiiique en Jésus limitée à son âme, en ce que son âme était unie immédiatement au Verbe, tandis que son corps ne l'était que par l'intermédiaire de l'âme : « Par un ordre spécial de la volonté de Dieu, il est arrivé dans le Christ que la gloire de l'âme avant la passion ne rejaillissait pas sur le corps, afin qu'il obtînt ])lus honorablement la gloire corporelle quand il l'aurait méritée par ses souffrances, mais il ne convenait pas t|ue la gloire de l'âme fût ainsi différée, parce que l'âme était unie directement au Verbe. Par conséquent il était convenable qu'elle fût remplie de gloire par le Verbe lui-même ; tandis que le corps était uni au Verbe par X intermédiaire de l'âme. » S. Thom., III p., q. 49, a. 6, ad 3.

SUBLIMITE DE LA CONNAISSANCE DE JESUS 7I

telle merveille, et sa Puissance illimitée pour la réaliser.

Jamais aucun esprit créé n'aurait pu imaginer un mystère si élevé qui dépasse les conceptions de tout entendement humain. De toutes les ma- nifestations de la Divinité, il n'en est pas de comparable à celle-là. La distance qui sépare Dieu de l'homme, le Créateur de l'œuvre de ses mains, le souverain Bien de la créature desti- née à en jouir est tellement infinie, qu'avec nos seules forces naturelles il nous est impossible de la parcourir.

On saisira plus facilement le concept de Dieu en lui-même, que celui de Dieu fait Homme. Il y a dans cette idée des termes qui semblent s'ex- clure et des notions qui semblent se détruire mu- tuellement. Ce mystère contient tant de choses qui font contraste, que l'âme tombe à genoux et qu'elle sent le besoin de se taire pour adorer silencieuse et recueillie d'aussi sublimes mer- veilles.

N'y aurait-il à étudier en Jésus que ce mystère incomparable, que nous devrions en être sou- verainement heureux et nous passionner pour mieux connaître Celui que, dans les décrets éter- nels, la Trinité Sainte a donné à la terre, que Dieu le Père a envoyé à l'humanité coupable et que l'Amour incréé a fait l'un de nous afin qu'il

"2 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

s'assimilât plus intimement notre nature et, par là, la réhabilitât plus parfaitement '.

Oh ! comme nous sommes grandis, nous les enfants des hommes, par ce fait de l'Incarnation du Verbe ! Comme notre humanité, auparavant si vile et si rabaissée, est maintenant honorée et glorieuse ! Jésus en est l'honneur impérissable et la gloire immortelle. En s'unissant à la nature humaine, Il lui a octroyé des titres de noblesse divine, Il l'a associée à ses gloires éternelles et Il a déposé en elle des germes de résurrection et des promesses d'immortalité.

Plus nous posséderons la science de Jésus, Verbe incarné, plus nous nous élèverons dans les sublimités des mystères éternels et dans les hauteurs inaccessibles de la Divinité. Puisse cette étude devenir la grande préoccupation de notre vie !

III. Jésus, Sauveur du Retire humait)

Lorsque, dans le conseil éternel des trois Per- sonnes divines, l'Incarnation du Verbe tut dé- crétée, c'était en prévision de la chute future de l'homme et de sa complète réhabilitation. Dieu

' « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. » I Jean, iv, g.

SUBLIMITE DE LA CONNAISSANCE DE JESUS '5

aurait pu abandonner l'homme à sa désobéissance et le punir irrévocablement, comme il l'avait fait pour les anges rebelles dans le ciel ; il ne l'a pas voulu et sa miséricorde, au contraire, s'est ma- nifestée à son égard d'une façon merveilleuse '.

Pour purifier le genre humain de sa souillure originelle et pour le rétablir dans ses droits pri- mitifs à la gloire et au bonheur éternels, il fallait un Sauveur et un mode déterminé de réhabilita- tion. L'amour et la miséricorde furent poussés à des limites que seul un Dieu peut atteindre, et il fut arrêté que ce Sauveur serait une des trois

* En traitant les hommes avec plus de miséricorde qu'il n'avait traité les anges, Dieu n'a blessé aucunement la justice, ces deux attributs en lui étant infiniment parfaits et n'étant soumis â d'autre loi que celle de sa volonté absolue et éternelle. D'ailleurs, comme l'explique fort bien Saint Thomas, Dieu est libre de faire ses dons à qui il lui plaît ; et c'est en cela que notre reconnais- sance doit être sans bornes, nous qui avons été si gratuitement aimés et si raiséricordieusement pardonnes. << Dieu agit par misé- ricorde sans aller contre la justice, mais en faisant quelque chose de plus qu'elle ne demande. Aussi, celui qui donne deux cents deniers à un homme auquel il n'en doit qu'un cent, n'agit pas contre la justice, mais il agit avec libéralité et miséricorde. Il en est de même si l'on pardonne à quelqu'un l'offense qu'on en a reçue. Car celui qui remet une offense fait une sorte de don. C'est pourquoi Saint Paul appelle la rémission des offenses une donation : « Vous donnant (c'est-à-dire pardonnant) mutuelle- ment, comme Dieu aussi vous a donné dans le Christ » (Eph., IV, 32). D'où il est manifeste que la miséricorde ne détruit pas la justice, mais qu'elle en est la plénitude. C'est ce qui fait dire à Saint Jacques (n, i3) que la miséricorde surpasse la justice. » S. Tho.m., I p., q. 21, a. 3, ad 2.

74 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

Personnes divines et qu'il expierait les péchés de l'humanité par l'effusion de son Sang'.

Jésus vient donc pour mourir. Il a besoin d'une vie pour la perdre, et II naît; Il a besoin d'un Sacrifice pour nous sauver, et II meurt. Il Lui faut du sang pour nous purifier, et II en fait couler dans ses veines. 11 Lui faut un corps pour en faire une Victime, et II l'offre en holocauste.

L'objectif de sa vie, c'est sa mort. « Son heure », comme II l'appelle -, c'est celle II pourra donner

* Quoique nous ne donnions que dans la deuxième partie de cet ouvrage, intitulée : o De la Condition de l' Homme-Dieu », les raisons diverses du choix de la Personne du Verbe dans le mystère de l'Incarnation, il peut être utile à la piété d'indiquer ici déjà les deux principales raisons qu'en donne le Docteur angélique.

Raison tirée de la création. « La première création, dit-il, s'est faite par la puissance de Dieu le Père, au moyen du Verbe. Par conséquent, la création nouvelle a être faite aussi par la puissance du Père, au moyen du Verbe, pour qu'elle répondît à la première, d'après ces paroles de l'Apôtre (II Cok., v, 19) : « C'est Dieu qui par Jésus-Christ a réconcilié le monde avec lui. »

Raison tirée de l'exemplaire divin. « Il est convenable que les choses qui se ressemblent s'unissent. Or le Verbe de Dieu, qui est son concept éternel, est la ressemblance exemplaire de toute la création. C'est pourquoi comme les créatures ont été établies dans leurs propres es|>èces, mais d'une manière chan- geante, par la participation de cette ressemblance, de même il a été convenable que la créature fût réparée relativement à sa per- fection éternelle et immuable, par l'union du Verbe avec elle. Car si un objet d'art vient à être dégradé, l'artisan le restaure par la forme ou la conception d'après laquelle il l'avait d'abord produit.» S. Thom., III p., q. 3, a. 8, ad 2.

- « Mon heure n'est pas encore venue » dit Jésus à ses dis-

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS "jS

sa vie pour ceux qu'il aime. La réalisation de tous ses désirs les plus ardents, c'est de parvenir à ce moment suprême, où, accablé de tristesse ', ago- nisant de douleur, couvert de plaies, meurtri de coups, baigné de sang'^, abreuvé d'humiliations et d'outrages, plongé dans d'insondables amer- tumes, submergé dans de mortelles angoisses, abandonné de Dieu - et des hommes, Il pourra subir le dernier supplice et mourir dans l'igno- minie pour prouver au genre humain tout entier son amour indicible et ses infinies miséricordes^. Voilà nos péchés ont réduit le plus beau des enfants des hoinmes, la gloire d'Israël, le thau- maturge du monde, le semeur de miracles, le tout-puissant commandant aux éléments et ar- rachant les trépassés aux bras de la mort, le prophète hier encore acclamé avec enthousiasme^

ciples. Jean, vu, 6. « Mon heure est proche, fait-il dire au propriétaire du cénacle, je ferai la Pâque chez vous avec mes disciples. » Matth., xxvi, i8.

1 « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » Matth., xxvi, 38.

2 « Pilate... après avoir fait flageller Jésus, le livra pour être crucifié. » Marc, xv, i5.

3 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Matth., xxvn, 46.

^ « Dieu a fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. » Rom., v, 8, 9. ,

5 « Hosanna au Fils de David ; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ; hosanna au plus haut des cieux. » Matth., XXI, 9.

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et aujourd'hui devenu l'objet de la haine et des vociférations de la foule '.

Comment expliquer une telle lin après une semblable vie, une mort aussi cruelle et aussi humiliante venant couronner une existence di- vine dans un corps passible et mortel, si ce n'est par un acte formel de la volonté de Jésus se cons- tituant librement et volontairement la rançon du genre humain vis-à-vis de la justice divine?

Autant Jésus est adorable en descendant du séjour de la gloire pour entrer dans l'humanité, autant II l'est en sortant de ce monde par cette voie ensanglantée la souffrance L'a réduit à n'avoir plus figure humaine et à ressembler à un lépreux et à un ver de terre -.

Quel abîme de considérations dans cet ineffable mystère la plus sublime Majesté est réduite à la plus désolante misère, Jésus, l'adorable Fils de Dieu et l'ineffable Fils de Marie, n'est plus qu'un Crucifié que l'on regarde avec compassion et que l'on voit mourir en pleurant !

Ah ! quelle science que celle de Jésus Crucifié,

' i< Mais toute la foule criait à la fois : Enlevez- le... Mais ils criaient plus fort : Crucifiez-le, crucifiez-le ! » Luc, xxiii, 18, 2 1. , ^ « Il n'a ni apparence d'homme, ni beauté... nous l'avons pris pour un lépreux... » Isaie, lui, 2, 4.

« Je ne suis plus qu'un ver de terre et non un homme. » Ps. .\xi, 7.

SUBLIMITE DE LA CONNAISSANCE DE JESUS 77

de Jésus Sauveur venant éclairer le mystère de Jésus Verbe incarné ! Science nécessaire et suré- minente, qui nous donne l'intelligence de l'éco- nomie du plan divin dans le salut du monde'. Si nous possédions cette science, nous pourrions nous passer de toutes les autres. Saint Paul se glorifiait de n'en point connaître d'autre, et il est le Docteur des nations -. Passons plutôt pour des ignorants par ailleurs, mais soyons savants de cette science qui est la véritable sagesse.

IV. Jésus, vainqueur de la mort

Par une permission divine, la mort a fait son œuvre en Jésus. Le Verbe incarné, crucifié à un gibet, a senti ses forces L'abandonner et sa vie se retirer. Dans un dernier soupir. Il a cessé de vivre et II est tombé dans la mort. Il avait épuisé toutes les souffrances, essuyé tous les outrages, versé jusqu'à la dernière goutte de son Sang. Ce

« Je veux que vous soyez consolés, instruits, dans la charité, de toutes les richesses de la plénitude de l'intelligence, de la connaissance du mystère de Dieu le Père et du Christ Jésus, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. » Col., Il, 1-3.

- « Je n'ai pas jugé savoir autre chose parmi vous que Jésus- Christ et Jésus-Christ crucifié. » I Cor., ii, 2.

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n'était plus qu'un cadavre cloué à une Croix. Le triomphe de l'enfer paraissait complet ; Satan avait eu raison du Fils de l'homme et il L'avait pour toujours réduit à l'impuissance totale de la mort.

C'était la dernière humiliation que Jésus vou- lait subir aux yeux des hommes. Toute sa doctrine comme toutes ses promesses étaient ensevelies dans le tombeau ; et la mort avait couvert d'un voile funèbre les espérances de tous ceux qui croyaient en Lui '.

Il fallait attendre l'explication du mystère. Jésus ne tarda pas à parler, et à parler en Dieu. La mort n'avait sur Lui que l'empire qu'il avait bien voulu lui donner"^. Quand l'heure fut venue, Il la chassa loin de Lui et reprit la vie qu'elle Lui avait ravie. Aux ténèbres du tombeau succédèrent les gloires de la résurrection. Les ombres du mys- tère se dissipèrent et Jésus apparut au monde plus beau, plus vivant et plus éclatant que jamais. Il entrait dans une phase nouvelle, celle de sa gloire. Sa mission accomplie sur la terre, Il pré-

^ Les disciples, sur la route d'Emmaûs, ne disaient-ils point : « Nos princes l'ont livré pour être condamné à mort : ils l'ont crucifié ; et cependant nous espérions que c'était //// qui devait racheter Israël. » Luc, xxiv, 20, 21.

2 « Personne ne me ravit la vie, mais ;'e la donne de moi- même ; j'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la re- prendre. » JliAN, X, 18,

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 79

parait maintenant son retour dans le sein de son Père, d'où II n'était descendu que pour dire aux hommes combien II les aimait et le leur prouver par l'effusion de son Sang.

Tout à l'heure, Il disparaîtra pour ne plus revenir qu'à la fin des temps ' ; mais auparavant Il consolera et fortifiera ses Apôtres, Il leur don- nera ses dernières instructions et les assurera de nouveau de sa divine assistance jusqu'à la con- sommation des siècles -. Et quand II leur aura fait ses derniers adieux, qu'il les aura bénis ten- drement et qu'il aura jeté sur sa divine Mère un dernier et ineffable regard de tendresse, Il s'élè- vera dans les airs et s'envolera dans les Cieux -^

Doux et glorieux mystère venant couronner tous ceux du passé et les immortaliser dans un éternel présent.

En remontant au ciel, Jésus y a amené avec Lui l'humanité qu'il était venu racheter et qui, depuis le péché, était exclue du royaume de la

^ « Ce Jésus, qui du milieu de vous a été élevé dans le ciel, viendra de la même manière que vous l'avez vu aller au ciel. »

ACT., I, 11.

2 « Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. » Matth., xxviii, 20.

' « Puis il les conduisit vers Béthanie et, ayant levé les mains, il les bénit. Et il arriva, tandis qu'il les bénissait, qu'il se sépara d'eux, et // était enlevé au ciel. » Luc, xxiv, 5o, 5i.

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gloire \ Son œuvre était accomplie, la justice divine avait reçu pleine satisfaction, le ciel et la terre s'étaient rapprochés, la Divinité et l'huma- nité s'étaient donné le baiser de paix -, et les âmes purifiées par le Sang de la divine Victime fai- saient, avec leur Sauveur, leur entrée triomphale au séjour des Bienheureux.

L'humanité régénérée rendait au ciel le Dieu qu'elle en avait reçu. Et Jésus s'en retournait vers son Père, revêtu de la nature humaine qu'il s'était irrévocablement unie et emportant comme tro- phée de son amour les plaies de son supplice devenues désormais les sources éternelles de sa gloire \

* « Jésus montant au ciel a amené la captivité captive. » Eph., IV, 8.

2 « Voici que toutes choses sont renouvelées. Tout est selon Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ... car Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde. » II Cor., v, 17-19.

•' « Ces cicatrices qui sont restées dans le corps du Christ, nous dit Saint Thomas, ne sont ni une corruption, ni un défaut, maïs elles mettent le comble à sa gloire, selon qu'elles sont les in- signes de sa vertu ; et à l'endroit même des plaies on verra briller une splendeur toute spéciale. » S. Thom., III p., q. 54, a. 4, ad 1.

Dans le corps de l'article, il donne avec une grande piété les raisons pour lesquelles l'âme de Jésus, dans sa résurrection, reprit son corps at>ec ses' cicatrices : i" A cause de la gloire du Christ lui-même. En effet, Bède observe (Sun. Lie, cap. 97) qu'il n'a pas conservé ses cicatrices parce qu'il était dans l'impuis- sance de les guérir, mais qu'il l'a fait pour porter toujours avec lui les marques de son triomphe et de sa victoire. 2" Pour affermir les cœurs de ses disciples à l 'égard de sa foi dans sa

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 8l

Pour comprendre tout Jésus, il faut Le suivre dans les phases diverses de sa vie terrestre, en considérer attentivement les actes, en étudier tous les aspects, en approfondir les raisons, et chercher à saisir les relations et l'harmonie divine qui existent entre ses divers mystères.

Plus nous aurons compris Jésus incarné, Jésus souffrant et Jésus mourant, et plus nous aurons l'intelligence de Jésus ressuscité et glorieux.

V. Jésus, toujours présent dans l'Eucharistie

Jésus était venu parmi les hommes, non parce qu'ils le méritaient, mais parce que Lui les aimait. S'il les quitte visiblement après sa mort, ce n'est

résurrection. 3 Afin qu'en suppliant son Père pour nous, il lui montre quel genre de mort il a souffert. 4" Pour faire voir à ceux qu'il a rachetés par sa mort, en leur mettant sous les yeux les marques de son supplice, avec quelle miséricorde il est venu à leur secours. 5 ' Pour faire voir, au jugement, la justice de l'arrêt qu'il portera au sujet des damnés. Car, comme il les a montrées à Thomas qui ne voulait croire qu'à la condition de les toucher et de les voir, de même il les montrera aussi à ses ennemis, afin qu'après les avoir convaincus, il leur dise : Voilà l'homme que vous avez crucifié ; vous vovez les blessures que vous lui avez faites ; vous vovez le côté que vous avez percé; il a été ouvert par vous et à cause de vous, et cepen- dant vous n'avez pas voulu y entrer. » Ibid.

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pas pour les abandonner, mais uniquement parce que sa mission est accomplie ^ Il prétend si peu les délaisser, qu'il invente un moyen divin pour ne point s'en éloigner.

Ce n'est pas que les hommes eussent gagné son cœur par leurs procédés et qu'il voulût les en ré- compenser, lorsque, au contraire, ils ne L'avaient que trop méconnu et avaient poussé la malice jusqu'à Lui ravir une vie qu'il n'avait prise que pour la dépenser à leur service. Mais Jésus les aimait quand même, et uniquement parce qu'il voulait les aimer. Et les aimant jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusqu'aux dernières limites de l'amour, 11 institue, au moment mêine 11 va mourir, un Sacrement nouveau, plus auguste et plus saint que tous les autres, qui Lui permettra non seule- ment de vivre toujours dans l'humanité, mais en- core de se multiplier à l'infini sur tous les points du globe, partout il y aura des hommes à ai- mer, des cœurs à soulager, des âmes à sauver et à sanctifier-.

* « J'ai achevé l'œuvre que vous m'avez donnée à faire. Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils. » Jean, xvii, i, 4.

2 II est facile de comprendre que le Sacrement de l'Eucharistie est le plus auguste et le plus excellent de tous les sacrements ; le témoignage du Docteur angélique nous éclairera néanmoins davantage. « Absolument parlant, dit-il, le Sacrement de l'Eu- charistie est le plus excellent de tous les sacrements. Ce qu'on peut rendre évident de trois manières :

« 1" Par ce qu'il renferme. - Car le Christ est substantiel-

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 83

L'Eucharistie, instituée au soir de la Cène, lorsque sonnait la première heure de sa Passion ', nous donne Jésus dans toute la réalité de sa Per- sonne divine, enrichi des mérites infinis de sa Passion et de sa mort, et tout empourpré de l'im-

lemetit contenu dans le Sacrement de l'Eucharistie, tandis que les autres sacrements renferment une vertu instrumentale qui est une participation du Christ. Or, ce qui existe par essence l'emporte toujours sur ce qui existe par participation.

« 2" Par le rapport que les sacrements ont entre eux. Car tous les autres sacrements paraissent se rapporter à celui-là comme à leur fin. En effet, il est évident que le sacrement de Xordre se rapporte à la consécration de l'Eucharistie, et le sacre- ment de baptême à sa réception. On est fortifié par la con- firmation pour qu'on ne soit pas excité par la crainte à s'éloigner de ce Sacrement ; la pénitence et \ extrême-onction préparent l'homme à recevoir dignement le corps du Christ ; enfin le mariage se rapporte, du moins par sa signification, à ce Sacre- ment, en ce sens qu'il signifie l'union du Christ et de l'Eglise, dont Yunité est figurée par le Sacrement de l'Eucharistie. D'où l'Apôtre dit (Eph., v, 32) : « Ce Sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et dans l'Eglise ».

« S'' Par le rite des sacrements. Car presque tous les sacre- ments sont consommés dans l'Eucharistie, comme le dit Saint Denis. Ainsi ceux qui ont reçu les ordres communient, aussi bien que ceux qui ont reçu le baptême, s'ils sont adultes. » S. Thom., ni p., q. 65, a. 3.

■• « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir. » Luc, xxu, i5. « Or, pendant qu'ils soupaient (la nuit il était livré, ajoute Saint Paul, I Cor., xi, 23), Jésus prit du pain et le bénit et le rompit et le donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Et pre- nant le calice il rendit grâces et le leur donna, disant : Buvez- en tous ; car ceci est mon sang, le sang du Nouveau Testament qui sera répandu pour un grand nombre en rémission des pé- chés. )) Matth., xwi, 26-28.

84 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

mense et divine charité qui brûle son Cœur au moment de l'offrande de son suprême Sacrifice.

Ce n'est plus Jésus souffrant, mais c'est tou- jours Jésus aimant, Jésus couronnant toutes ses souffrances par le don suprême de Lui-même. Ce n'est pas Jésus mourant, puisqu'il est ressuscité à une vie qu'il ne peut plus perdre et qu'il a rem- porté sur la mort une éternelle victoire ' ; mais c'est Jésus voulant nous rappeler constamment le souvenir de sa mort sur le Calvaire '^ et, pour cela, prenant un état qui ressemble extérieurement à la mort et renouvelant son existence eucharistique dans l'acte du Sacrifice mystique mais réel ac- compli à l'autel, reproduction exacte et essentielle de son Sacrifice sanglant offert sur la Croix.

Ce n'est pas Jésus glorieux dans tout l'éclat extérieur et visible de sa gloire, mais c'est Jésus vivant et à jamais glorifié, voilé cependant par les ombres du Sacrement.

Ineffable Mystère, le plus étonnant en amour et en anéantissement. Ce n'est plus un Dieu de Ma-

' « Le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus, /n mort n'aura plus d'empire sur lui. » Rom., vi, 9.

■■' « Faites ceci en mémoire de moi. » Luc, xxii, 19. « Toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. » 1 Cor., xi, 26.

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 85

jesté qui se manifeste, ni même un être humain qui se meut et agit ; c'est une chose inerte qui n'a ni attrait ni beauté, qui semble impuissante et qui ne donne jamais aucun signe de sensibilité et de vie. L'amour L'a réduit à une apparence de mort, pour se mettre davantage à notre portée, se laisser approcher plus facilement, ne point nous terrifier par sa Majesté, se faire plus complète- ment notre propriété et devenir la nourriture de nos âmes.

Ce morceau de pain que voient mes yeux n'est pas du pain ; mes sens me trompent, mais ma foi me dit que c'est Jésus. Jésus dont les divins excès d'amour ne connaissent point de bornes ; Jésus qui ne se tait que pour me parler plus éloquem- ment dans l'intime de l'âme; Jésus dont je ne vois pas la physionomie, mais qui me laisse en- trevoir ses divins attraits et ses infinies beau- tés ; Jésus qui ne vient pas vers moi, mais qui m'appelle sans cesse tout près de Lui ; Jésus qui ne me dit pas son amour, mais dont je pressens la divine charité aux ardeurs dont II embrase mon cœur.

Et ce Jésus-Eucharistie, je Le possède autant que Le possèdent les Bienheureux. Il est à moi ; Il s'est fait Sacrement pour mon amour ; je puis disposer de Lui, Le visiter à toute heure, m'en nourrirchaque jour, passer mes jours et mes nuits

86 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

à ses pieds, entretenir avec Lui un doux com- merce d'amour et d'intimité, établir entre Lui et moi des relations continues de pensées, de senti- ments, de désirs et de volontés.

Comme la vie s'illumine de douces clartés et de joies ineffables, en face de l'Eucharistie! Comme la terre change d'aspect, lorsque l'on pense à la présence de Jésus parmi nous ! Comme les créa- tures paraissent petites en promesses de bonheur et de fidélité, à côté de Jésus dont l'amour ne change pas et dont l'amitié n'a jamais faibli ! Comme le cœur est vite fatigué des affections terrestres, lorsqu'une fois il a goûté aux douceurs et aux suavités de l'amour eucharistique ! Comme l'exil, l'on pleure, a pourtant des charmes, lorsque l'on considère que Jésus est toujours pour nous renouveler les joies du Paradis ! Comme le ciel paraît moins loin, quand la vie s'écoule à l'ombre des Tabernacles et que l'on s'habitue à regarder l'éternité à travers l'Eu- charistie ^ !

On comprend que les âmes se laissent ravir par les attraits enchanteurs de ce Sacrement qui transforme la vie en des douceurs comme on en

' « Dieu des vertus, qu'ils sont aimés tes tabernacles ! »

Ps. LXXXIII, 2.

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 87

goûte dans les cieux '. Il y a une action directe et personnelle de Jésus qui s'exerce présentement sans recours au passé et sans vision d'avenir. L'Eucharistie est à elle seule tout Jésus : Jésus aussi complet dans sa double nature divine et humaine en l'unité de Personne que pendant sa vie mortelle ^ ; Jésus aussi réellement et substan- tiellement présent qu'au ciel II réside au mi- lieu des Anges et des Saints.

Le vrai Jésus de la terre, c'est le Jésus de l'Eucharistie. Il ne nous suffirait pas de connaître Jésus dans ses autres états, si nous négligions celui-là ; notre science de Jésus serait incomplète et découronnée, si l'Eucharistie ne venait pas nous révéler cette Présence permanente et vitale de Jésus qui en a fait le résumé de ses merveilles et l'apogée de son amour.

Le meilleur moyen d'avoir de Jésus une con- naissance complète, c'est donc de L'étudier au Très Saint Sacrement. Faisons-en le principal objectif de notre vie.

* « Personne ne saurait exprimer la suavité de ce Sacrement, au moyen duquel nous goûtons la douceur spirituelle à sa propre source. » S. Thom., vi" leç., Off. du S' S.

2 « Quoi de plus admirable que ce Sacrement ? C'est le Christ Dieu et homme parfait qui est contenu sous les espèces d'un peu de pain et de vin. » S. Thom., v leç., Off. du S' S.

88 co^NAISSA^cE de jésus le verbe incarné

VI. Jésus, souverain Ju^c des vivants et des morts

La vie terrestre et mortelle de Jésus est ter- minée ; Il est remonté dans sa gloire, emportant avec Lui tout ce qu'il avait pris dans la nature humaine et tout ce qu'il avait puisé antérieure- ment dans le sein de son Père. Ce n'est plus seulement un Dieu qui, pour ainsi parler, repa- raît dans l'Eden, c'est un Homme-Dieu qui a accompli sur la terre sa mission divine et qui vient prendre possession d'un royaume qui Lui a été préparé avant la constitution du monde et II doit régner dans les siècles des siècles '.

iMais l'Incarnation et la Rédemption du Verbe ont valu à Jésus des droits essentiels sur l'huma- nité -. Les hommes, qui Lui appartenaient déjà

^ « La suréminente grandeur de sa puissance, dont nous, les croyants, avons éprouvé l'irrésistible force, le Père de la Gloire l'a déployée dans le Christ en le ressuscitant d'entre les morts, en le faisant asseoir à sa droite dans les deux, au-dessus de toute Principauté, de toute Puissance, de toute Vertu, de toute Domination et de tout nom qui peut être nommé non seulement dans ce siècle, mais dans celui qui est à venir. // a mis tout sous ses pieds. » Eph., i, 19-22.

2 « Père... glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie; comme vous lui avez donné puissance sur toute chair, afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés. » Jea.n, xvii, 1, 2.

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSA>'CE DE JÉSUS 89

par droit de création, Lui appartiennent en plus par droit de conquête ; ils ne sont pas seule- ment l'œuvre de ses mains, ils sont le prix de son Sang. Il a payé leur rançon à la justice di- vine et, par là, ils sont devenus sa propriété. Il a fermé pour eux les portes de l'enfer et leur a ouvert celles du ciel ; en les arrachant ainsi des mains de Satan, Il a mérité de pouvoir disposer d'eux et, en les introduisant dans le séjour des Bienheureux, Il s'est réservé de les couronner Lui-même '.

C'est à Lui, à titre de Sauveur, de Conquérant et de souverain Seigneur des vivants et des morts, qu'il appartient de donner à chacun la place qui lui revient -, de récompenser les vertus et de punir les péchés, de glorifier dans les saints la fécondité de ses mérites et de ses grâces, et de

' « Rendons grâces à Dieu le Père... qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption par son sang et la rémission des péchés... Car en lui toutes choses ont été créées dans le ciel et sur la terre... tout a été créé par lui et pour lui... car il a plu à Dieu que toute plénitude résidât en lui ; il vous a réconciliés maintenant par la mort de son Fils en son corps charnel, pour vous faire paraître devant lui saints, sans tache et irrépréhensibles. » Col., i, 12-14, ^6, 19, 22.

^ « En vérité, je vous le dis, lorsqu'au jour du renouvellement le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez aussi sur douze trônes et vous juge- rez les douze tribus d'Israël. » Matth., xix, 28.

90 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

vouer à la malédiction éternelle dans les damnés l'abus qu'ils ont fait de son Sang '.

Jésus, Verbe de Dieu, est éternellement toute sainteté et toute charité. Jésus, Verbe incarné, est toute bonté et toute miséricorde. Jésus, Sau- veur et Rédempteur régnant dans la gloire, est tout amour et toute justice. Dans le sein de l'Eter- nel, Jésus contemplait et aimait ; sur la terre. Il aimait et pardonnait ; au ciel. Il aime et II juge.

Ses jugements sont justes et sans appel. Tous doivent passer devant son tribunal et subir ses sentences -. Il rappelle aux uns et aux autres tout ce qu'il a fait et souffert pour eux, et II exige inexorablement le fruit des talents qu'il leur a confiés et du Sang précieux qu'il a versé '. Dans son amour, il embrasse les élus ^ ; dans

' « Or quand le Fils de l'honinie viendra dans sa majesté... toutes les nations seront assemblées devant lui. // séparera les uns des autres. » Matth., xxv, 3i, 32.

« Ceux qui auront fait le bien ressusciteront à la vie ; mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour la condamna- tion. » Jean, v, 29.

■^ « Le Père ne juge personne ; mais // a remis au Fils tout pouvoir de juger, afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. » Jean, v, 22, 23.

■' « Or il arriva qu'il revint après avoir pris possession de son royaume ; et il fit appeler les serviteurs auxquels il avait donné de l'argent, pour savoir combien chacun l'avait fait valoir. » Luc, XIX, i5.

'' « Venez, les bénis Je mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde. » Matth., xxv, 34.

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 9I

sa fureur, Il maudit et rejette les réprouvés '. C'est parce que Jésus est tout aussi bon qu'il est juste, tout aussi aimant qu'il est saint, qu'éter- nellement il y aura des âmes qui jouiront de Lui dans un bonheur sans limites, et d'autres qui en seront à jamais éloignées dans un malheur sans fin.

Nous sommes faits pour le bonheur, parce que nous sommes faits pour la possession éternelle de Jésus. Il ne tient qu'à nous d'assurer notre éternité. De son côté, Jésus a fait tout ce qu'il devait faire ; c'est à nous à faire fructifier ses dons et ses grâces et à mettre notre vie à l'unis- son de l'amour que Jésus nous porte et des de- voirs que nous avons contractés envers Lui.

Pour cela Jésus doit être notre étude cons- tante. Plus nous Le connaîtrons et plus nous L'aimerons ; plus nous L'aimerons et plus nous L'imiterons ; plus nous L'imiterons et plus nous assurerons notre salut éternel et mériterons d'en- tendre les paroles d'éternelle félicité qui tombe- ront de sa bouche divine, à l'heure des récom- penses finales : « Venez, ô les bénis de mon Père ! »

Si nous croyons à Jésus et si nous L'aimons,

' « Retirez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. » Matth., xxv, 41.

92 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

mettons-nous en mesure de jouir de sa divine compagnie dans l'éternité. Qu'après avoir été notre Juge, Jésus soit notre ineffable récompense dans les siècles des siècles ! Qu'après L'avoir étudié ici-bas avec amour, après avoir reconnu tous ses droits, adoré toutes ses volontés, corres- pondu à toutes ses grâces et nous être épuisés à Le servir et à L'aimer Lui seul, nous puissions Le contempler dans ses divines splendeurs et ses gloires éternelles !

A Jésus, dans ses ine^ables ivlyslères

O mon adorable Jésus,

je parcours avec admiration

les voies par Vous a conduit votre amour

et j'honore à l'avance, dans chacun de vos états,

votre divin Sacerdoce.

Prêtre adorable dans les décrets de l'auguste Trinité,

Vous Vous êtes fait Homme

pour pouvoir fournir une Victime à votre Sacrifice.

Prêtre tout-puissant,

Vous avez exercé votre o^ce de Sacrificateur

en répandant sur le Calvaire

le Sang de l'auguste Victime.

Prêtre tout d'amour et de charité.

Vous avez baigné dans le Sang de l'Agneau

les âmes que Vous étiez venu sauver.

Prêtre immortel.

Vous avez rendu à la vie la Victime

que Vous aviez immolée et dont Vous avez fait

le trophée de votre éternel Sacerdoce.

Prêtre toujours aimant et toujours sacrifiant.

Vous avez transformé les autels en autant de Calvaires,

d'où le Sang du Sacrifice

ne cesse de couler sur le monde.

Prêtre glorieux et éternel,

Vous régnez au ciel et Vous y êtes acclamé

comme le Roi immortel des siècles.

Je Vous bénis, je Vous adore et je Vous aime.

CHAPITRE TROIâlÈWE

De la nécessité de l'étude de Jésus

CHAPITRE TROISIEiME

De la nécessité de Tétude de Jésus

6 Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité. Car il y a un seul Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jésus-Christ, qui s'est donné lui- même pour la rédemption de tous. » / Tim.. II, 3-6.

Jésus ne peut être tout ce qu'il est et avoir fait pour l'humanité ce qu'il a fait, sans qu'une néces- sité s'impose à tout esprit humain de chercher à approfondir toujours davantage les trésors de science cachés en Celui qui, étant déjà le Créa- teur de l'humanité, s'est fait son Sauveur et de- meurera éternellement son Seigneur et son Tout dans les siècles des siècles.

Il est impossible que Jésus ne soit pas connu, Lui qui est l'unique science ; il est, par consé- quent, inadmissible qu'il ne soit pas étudié et qu'il ne devienne pas la principale et la plus

98 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

sacrée des préoccupations. Toutes les autres études doivent céder le pas à celle-là '. Lors même qu'il y en aurait d'étrangères, imposées par nos devoirs d'état, celle qui devra toujours tenir la première place en importance et en appli- cation, c'est la science de Jésus, cette science suréminente qui nous met en face des vérités immuables et nous parle d'éternité.

' Voici ce que Saint Thomas dit de la science sacrée en général, et qui s'applique éminemment à notre sujet. Que pouvons-nous trouver, en effet, dans la science sacrée de plus élevé, de plus beau, de plus attrayant, de plus pratique et de plus sanctifiant que la science de Jésus qui nous révèle tous les mystères du temps et de l'éternité ?

« La science sacrée est la f>liis noble de toutes les sciences. Spéculative sous un rapport et pratique sous un autre, elle sur- passe toutes les autres sciences, tant spéculatives que pratiques. En effet, parmi les sciences spéculatives, l'une peut l'emporter sur l'autre, soit en raison de sa certitude, soit en raison de la dignité de son objet. Sous ce double rapport la science sacrée est supérieure à toutes les autres sciences spéculatives.

« Elle l'emporte d'abord pour la certitude, parce que les autres sciences ne doivent leur certitude qu'à la lumière naturelle de la raison humaine qui est faillible, tandis que la science sacrée tire sa certitude de la lumière de la science divine qui est infaillible.

« Elle l'emporte encore pour la dignité de son objet, parce qu'elle s'occupe principalement de choses qui surpassent par leur élévation la raison humaine, tandis que les autres sciences ne considèrent que ce qui est de son domaine.

« Quant aux sciences jiratiques, la plus noble est celle qui ne se rapporte à aucune autre fin ultérieure (ou celle dont la fin est plus élevée). Or la fin de la science sacrée, au point de vue pratique, est le bonheur éternel vers lequel tendent toutes les autres sciences pratiques comme vers leur fin dernière.

« D'où il est évident que, sous tous les rapports, la science sacrée est plus noble que les autres. » S. Thom., i p., q. 1, a. 5.

NÉCESSITE DE L ETUDE DE JÉSUS 99

Ce doit être une vérité de principe qui régisse notre vie, une nécessité qui nous devienne douce et suave par l'amour avec lequel on l'accepte, une occupation pleine de charmes à laquelle on se livre avec joie et avec zèle.

Puissions-nous nous enthousiasmer pour une science qui fait ici-bas la passion des saints, et au ciel la joie des Bienheureux ' !

I. L'étude de Jésus, devoir essentiel et primordial

La connaissance de Jésus étant indispensable à notre salut, nous est donnée de diverses manières. Jésus s'est révélé Lui-même et II nous a laissé pour nous instruire, avec l'histoire de sa vie et le traité de ses enseignements, le inagistère de la Sainte Eglise qui continue de nous enseigner-.

C'est beaucoup d'avoir puisé la science à la source de la vérité, d'avoir pour ainsi dire palpé l'amour de Jésus pour nous et de pouvoir lire

' « Croissez donc dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui la gloire et maintenant et jusqu'au jour de l'éternité. » II Pierre, m, iS.

- « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant... et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. » Matth., xxviii, 19, 20.

100 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

constamment dans le grand livre de sa vie, sont écrites avec du sang les pages les plus su- blimes de l'épopée divine de l'Homme-Dieu.

C'est beaucoup d'avoir reçu en héritage le code complet des enseignements de Jésus relatés dans le Nouveau Testament et la Tradition, et de n'avoir qu'à l'ouvrir pour y trouver une doctrine toute céleste et éclairer d'une lumière toujours renouvelée notre science croissante de ce Jésus, notre adorable Maître.

C'est beaucoup, pour continuer à nous ensei- gner et pour maintenir notre foi dans les règles infaillibles de la vérité, d'avoir une Eglise qui remplisse auprès de ses enfants le rôle d'une éducatrice vraiment maternelle.

C'est beaucoup surtout et c'est divinement beau et fructueux de posséder en Personne, à ses côtés, sous les voiles du Sacrement, ce même Jésus que nous sommes tenus de connaître et d'aimer, dont la connaissance est une des lois les plus impérieuses de l'humanité, et qui ne s'est fait Eucharistie que pour se révéler plus amoureuse- ment à nos âmes.

Et cependant cela ne suffit pas, pour satisfaire à nos obligations sacrées. Quand il s'agit de Jésus, nous ne pouvons nous contenter de ce que nous avons appris d'une manière vague et impré- cise ; encore moins d'une science insuffisante,

NÉCESSITÉ DE L ETUDE DE JESUS 101

comme il arrive souvent des connaissances que nous avons plutôt effleurées, sans les avoir étu- diées ni mûries par la réflexion.

Jésus est une source trop profonde, un champ trop vaste, une beauté trop idéale, une grandeur trop élevée, une perfection trop grande et une science trop divine, pour que, sans en faire l'ob- jet constant de nos études et de nos amoureuses investigations, nous puissions en avoir une con- naissance relativement parfaite.

Ce devoir, le premier de tous, s'impose à nous et parce que Jésus est une mine inépuisable à exploiter, et parce que Jésus ne se révèle qu'aux âmes qui ont faim et soif de Lui. Savoir ce qui a rapport à Jésus n'est qu'une partie incomplète de notre science ; il nous faut connaître Jésus en Lui-même. Pour avoir l'intelligence de ses ensei- gnements, il ne nous suffit pas de les voir énon- cés, mais il faut pénétrer dans la pensée de Jésus et les étudier à la lumière de sa vérité. Pour comprendre les actes de sa vie, il nous faut autre chose que d'en connaître les détails, il nous est nécessaire de savoir les sentiments qui les lui ont inspirés et le but qu'il s'y est proposé '. Tous les mystères comme toutes les phases de la vie de Jésus ont un sens profond et caché qui

' « Ayez en vous les mêmes sentiments dont était animé le Christ Jésus. » Puil., u, 5,

102 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

ne se saisit que dans l'étude et la réflexion '.

Ce serait une profonde erreur de croire qu'une attention médiocre sur les enseignements et les mystères de Jésus puisse nous suffire, et ce serait un grand malheur de nous en contenter. Nous sommes faits pour le ciel, et il n'y a pas de ciel sans la connaissance parfaite de Jésus. Sur la terre, nous préparons notre éternité, rien ne s'obtient sans peine. Dès lors, même pour les choses les plus essentielles, il nous faut peiner, nous imposer des sacrifices et persister dans nos efforts.

Il est dans l'ordre que nous arrivions peu à peu à une connaissance plus grande de Jésus; cela dépend de nos eff^orts personnels, de notre soin apporté à l'acquisition de cette science, et de notre zèle à en poursuivre vaillamment l'étude constante et assidue. Il importe souverainement que nous nous pénétrions de l'obligation de ce devoir et que, mettant notre vie en harmonie avec nos convictions, nous nous consacrions plus que jamais à l'étude sérieuse et soutenue de Jésus, de ses perfections, de ses mystères, de sa vie, de ses enseignements, de tout ce qu'il est en Lui-

^ « Le mystère qui a <5té cach<î aux siècles et aux générations, mais qui maintenant a été manifesté à ses saints... c'est le Christ... c'est lui que nous annonçons, reprenant, instruisant tout homme en toute sagesse. » Col., i, 26-28.

NECESSITE DE L ETUDE DE JESUS

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même et de ce qu'il est pour les âmes sur la terre et pour les Bienheureux dans la gloire.

Soyons avant tout des âmes de devoir, et pour cela devenons savants dans la science de Jésus.

II. L'étude de Jésus, lumière et vérité pour l'esprit

L'homme vit de désirs, l'âme de pureté, le cœur d'affection et l'intelligence de vérité. Le besoin le plus intime de notre être est la possession du souverain Bien dans la connaissance parfaite, l'amour suprême, l'adhésion totale et l'union éter- nelle Chacune de nos facultés s'unit à Dieu sui- vant sa nature, et chacune, pour être pleinement satisfaite, doit atteindre le degré de perfection qui lui convient.

La première opération de notre âme, avant d'aimer et de vouloir, est de connaître. On n'aime pas une chose inconnue, et la volonté ne se dé- termine pas si elle n'est point mue par le cœur. C'est parce qu'une chose est entrevue et se pré- sente à l'esprit, que notre âme se met en mouve- ment '. Il s'établit, dès lors, des relations étroites

* « Le bien, dit Saint Thomas, est la cause de l'amour pris objectivement. Or, le bien n'est l'objet de l'appétit qu'autant qu'il est perçu. C'est pourquoi l'amour exige la perception du

104 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNÉ

entre l'intelligence et l'objet de ses considéra- tions ; et ce serait violenter l'intelligence que de lui soustraire la vérité qu'elle cherche h con- naître et à approfondir. Le travail d'assimilation qui s'opère alors est pour l'esprit un exercice né- cessaire, en même temps qu'une véritable nour- riture dont il s'alimente.

Or, il faut établir en principe que l'élément essentiel de l'esprit humain est un élément divin, et que, fait pour connaître Dieu, l'esprit doit trou- ver en lui d'abord la satisfaction pleine et entière de ses désirs et de ses aspirations. Jésus tient donc, de ce fait, la première place dans les con- naissances humaines ; Il doit être avant tout l'ob- jet de nos considérations et de nos études. Notre intelligence lîe serait jamais satisfaite si on ne lui offrait que des vérités relatives et des connais- bien que l'on aime. Ainsi Aristote dit que la vision corporelle est le principe de l'amour sensitif. De même la contem[}lation de la beauté ou de la bonté spirituelle est le principe de l'amour spirituel. La connaissance est donc la cause de l'amour, par la raison qu'on ne peut aimer le bien qu'autant qu'on le connaît. » S. Thom., I, II, q. 27, a. 2.

S'élevant jusqu'à la considération de la Sainte Trinité, dont nous portons les vestiges dans notre âme, il dit ailleurs excellem- ment : « Les processions des Personnes divines se fondent sur l'acte de l'intelligence et sur celui de la volonté. Car le Fils pro- cède de l'entendement comme Verbe, et le Saint-Esprit de la volonté comme amour. Par conséquent dans les créatures raison- nables, où il y a intelligence et volonté, on trouve une image de la Trinité, car il y a en elles un verbe gui est conçu et un amour qui procède. » S. Thom., I p., q. 4S, a. 7.

NÉCESSITÉ DE l'ÉTUDE DE JÉSUS 105

sances purement terrestres. Faite pour la science incréée et la vérité essentielle, elle aspire d'ins- tinct vers des réflexions supérieures qui la rap- prochent de la Divinité, en laquelle seule elle se reposera éternellement.

Sur cette terre le faux coudoie fréquemment la réalité, l'erreur se pare souvent des appa- rences de la vérité. Bien des esprits s'y laissent prendre et plus d'une intelligence a été faussée par des dehors trompeurs et des vanités menson- gères. Que de sciences vaines dans le monde, que d'esprits fourvoyés dans l'erreur, que de tra- vaux intellectuels sans valeur surnaturelle, que de connaissances sans résultat pour les choses éternelles, que de prétendues vérités qui ne re- cèlent que mensonge et vanité !

Au-dessus de ce dédale des frivolités de l'esprit humain, plane une vérité inattaquable et essen- tielle, stable et éternelle : et c'est Jésus ! Jésus en qui toute vérité prend sa source S qui donne à chaque chose sa valeur - et harmonise tout en ce monde avec Lui-même qui est la raison essen- tielle de toutes choses -^ Jésus qui apparaît dans

* « La grâce et la vérité ont été faites par Jésus-Christ. » Jean, i, 17.

2 « Toutes choses sont en Lui, et par Lui, et pour Lui. » Col., I, 16, 17.

3 « Il est tout dans toute chose. » Col., m, 11.

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l'humanité comme le roc immuable de l'éternelle vérité sur lequel viennent se briser les unes après les autres toutes les erreurs humaines '. Jésus qui a fait l'intelligence de l'homme sur le modèle de la sienne, parce qu'il l'a destinée à faire de ses perfections adorables l'objet de ses éternelles contemplations.

Fait pour la vérité, l'esprit est fait pour la lumière. La vérité en elle-même est lumière. Vue dans son essence, comme nous la verrons au ciel, elle est une clarté qui éblouit. Pour être bien comprise ici-bas, elle demande d'être vue sans ombre ; et c'est pourquoi il nous faut faire tant d'eftorts pour la considérer dans toute sa beauté.

Hélas ! sur cette terre, tout n'est pas toujours clair et lumineux ; il s'élève de notre mauvais fond, comme de la condition même de notre exis- tence terrestre, bien des vapeurs sombres qui obscurcissent notre ciel ; notre esprit est parfois envahi par d'épais brouillards, c'est dans les té- nèbres, et comme à tâtons, qu'il cherche la vérité.

1 « C'est pourquoi il est dit clans l'Ecriture : Voici que je mets dans Sion la l)ierrc angulaire choisie, précieuse ; et celui qui croit en elle ne sera pas confondu... mais pour les incrédules, la pierre qu'ils ont rejetée dans la construction, elle est devenue la tête de l'angle, une pierre d'achoppement, une pierre de scan- dale pour ceux qui se heurtent contre la parole et qui ne croient point. » I Pierre, ii, 6-8.

NÉCESSITÉ DE L ÉTUDE DE JÉSUS IO7

Si l'orgueil se met de la partie, c'est la nuit noire et profonde qui nous enveloppe.

Pour sortir de ces ombres et de ces ténèbres, il faut une lumière assez vive qui projette ses feux sur ces nuages amoncelés, qui les pénètre et les dissipe : cette lumière, c'est Jésus '. Aussi, l'esprit se tourne-t-Il vers Lui dans un regard suppliant et cherche-t-Il à ne considérer toutes choses que dans sa lumière et sa vérité.

Quelle paix et quelle sécurité de savoir que Jésus est l'unique Vérité, qu'il s'offre constam- ment à nos contemplations ; bien plus, qu'il nous fait un devoir sacré et absolu d'aller à Lui, de Le considérer, de trouver notre bonheur à Le con- templer et de ne jamais nous lasser de L'étudier et de L'aimer !

III. L'étude de Jésus, besoip du cœur

Cette nécessité nous sommes d'étudier Jésus pour en acquérir une sérieuse connaissance ne doit pas être une obligation qui nous pèse et nous ennuie, mais bien plutôt une joie qui nous dilate et une douce satisfaction qui récrée notre âme.

Ce serait un non-sens d'avoir comme objet de

* « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes... et la lumière luit dans les ténèbres... » Jean, i, 4, 5.

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sa connaissance un Etre aussi souverainement parfait et infiniment aimable que Jésus, et de n'être pas heureux de se livrer à l'étude d'une science aussi sublime. Et c'est pourquoi le cœur a un rôle important à jouer dans l'acquisition progressive de la connaissance suréminente de Jésus. Non seulement il ne peut pas être négligé, mais, au contraire, il doit être appelé au secours de l'intelligence, et il le réclame.

Notre cœur a besoin de se fixer à un centre d'affection, comme notre esprit à la vérité. Il cherche instinctivement un objet qui le satisfasse pleinement et le délivre de ces douloureuses al- ternatives de désirs et de repos, d'agitations et de paix, d'espérances et de déceptions, auxquelles il est si fréquemment exposé. Le monde et les créatures lui ont présenté bien des jouissances, oflfert plus d'une satisfaction, donné bien de douces assurances et promis de soi-disant inévi- tables bonheurs. Un moment ébloui et trompé, le cœur s'est abandonné aux mirages et aux illu- sions ; mais le vide n'a pas tardé à se faire sentir en lui, il s'est aperçu de ses erreurs et il a été effrayé de tant de mensonge dans tant de fra- gilité '.

C'est alors que tournant ses regards du côté du

* « Et j'ai vu, dit le Sage, que tout était vanité et affliction d'esprit, que rien n'est stable sur la terre. » Eccl., ir, 17.

NÉCESSITÉ DE l'ÉTUDE DE JÉSUS IO9

ciel, il a aperçu Jésus offrant à son tour l'amour et le bonheur, mais un amour qui purifie et un bonheur qui demeure. Faisant contraste avec les créatures qui promettent sans donner ou qui donnent pour ensuite reprendre, Jésus ne pro- met que ce qu'il donne et II ne reprend jamais ce qu'il a une fois donné.

Ce qu'il promet, ce sont des joies ineffables dans un amour tout divin ; ce qu'il donne, c'est Lui-même, la source de nos joies et l'objet de notre suprême amour. A L'aimer, le cœur ne se fatigue jamais ; à espérer en Lui, le cœur n'est jamais déçu ; à Le posséder, le cœur est pleine- ment satisfait.

Quand une fois Jésus s'est révélé au cœur à la recherche du bonheur et que son amour l'a ravi, le cœur se nourrit et s'alimente sans cesse à cette source inépuisable de la charité ; il se remplit de l'amour de son Bien-Aimé, et il peut ensuite sans inconvénient donner de l'affection aux créatures et en recevoir d'elles. Les forces vives du cœur se trouvent vivifiées par une vitalité toute divine qu'elles puisent en Jésus et, sous cette influence bienfaisante et sanctificatrice, elles donnent aux amitiés et aux amours de ce monde un caractère de surnaturel qui en fait comme le rayonnement de l'amour divin.

Le cœur heureux et satisfait d'avoir trouvé un

110 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

centre divin à ses affections, avec la sécurité de n'être jamais ni trompé ni abandonné, et sûr de trouver toujours en Jésus la réalisation de ses plus intimes aspirations, désire tout naturelle- ment avoir de Celui qu'il aime la connaissance la plus grande possible.

Pour le cœur, constater qu'il n'est pas trompé et qu'il peut se reposer sur la sincérité et la fidélité de Celui qu'il aime, c'est le forcer à étudier et à approfondir les qualités, le caractère et les mœurs de l'objet de son amour. S'il ne cherchait à Le connaître, il ne L'aimerait pas véritablement ; et s'il ne Le connaissait pas, il ne pourrait pas L'ai- mer comme II le mérite.

L'étude attentive et soutenue de Jésus devient donc un besoin irrésistible du cœur. Plus Jésus sera connu et compris, et plus II sera aimé. Le cœur n'ayant point d'autre ambition que d'aimer, il voudra mieux connaître Jésus pour L'aimer toujours plus. Cesser d'étudier Jésus serait ralen- tir les élans du cœur qui ne pourrait plus s'envoler vers Lui, puisque son amour est fondé sur la con- naissance de Celui qu'il aime ; et quand il s'agit de Jésus, Le connaître et L'aimer c'est tout un'.

^ Jésus nous dit dans l'Evangile : « La vie éternelle consiste à vous connaître, vous seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Clirist » (Jean, xvii, 3). Cette connaissance ne peut être naturellement qu'une connaissance toute d'amour. En effet, Jésus nous dit encore que le grand moyen de Le connaître

NÉCESSITÉ DE l'ÉTUDE DE JÉSUS 111

IV. L'étude de Jésus, rè^le et 41*^^^ d^^ vertus

Les devoirs essentiels de Tâme humaine ne consistent pas seulement à contempler la vérité et à s'éprendre d'admiration et d'amour pour elle. Cette connaissance supérieure toute de lumière et d'amour, qui fait de Jésus l'objet suprême des opérations de l'esprit et la souveraine attraction des sentiments du cœur, exige, pour être complète et fructueuse, de se traduire pratiquement dans la vie par l'imitation de son divin Modèle.

Jésus ne serait ni sagement connu ni sincère- ment aimé, si l'on se contentait de croire en Lui et de prétendre L'aimer, sans se préoccuper de satisfaire ses désirs les plus ardents et de ré- pondre à ses divins appels.

Jésus veut être connu, et c'est pourquoi il faut nous appliquer à L'étudier. Jésus veut être aimé, et c'est pourquoi il faut dégager notre cœur de tout ce qui pourrait nuire à notre amour. Jésus veut être imité, et c'est pourquoi sa connaissance comme son amour sont une invitation constante et créent une obligation rigoureuse à marcher

c'est de L'aimer, car 11 se révèle clans la mesure on L'aime : « Celui qui m'aime sera aimé par mon Père, et moi je l'aimerai, et /e me manifesterai à lui» (Jean, xiv, 2i). Donc, connaître Jésus c'est L'aimer, et L'aimer c'est Le connaître.

112 CO?(NAISSAr<CE DE JÉSUS LE VERBE IRCARMÉ

sur ses traces et à faire de ses vertus la règle in- flexible de notre vie •.

Si Jésus ne s'était pas fait notre modèle, si sa volonté formelle n'était pas que le disciple soit la copie fidèle du iMaître, si la simple logique ne nous commandait pas de faire l'harmonie parfaite entre nous et Celui qu'un devoir sacro-saint nous oblige à étudier et à aimer, nous aurions peut- être pu nous contenter d'une science spéculative et d'un amour égoïste plutôt de jouissance que d'imitation. Et encore, nous nous demandons ce que pourrait bien être une semblable étude en face d'une perfection si facile à copier, un tel amour de réserve à l'égard d'une charité qui ne demande qu'à se communiquer et à fusionner.

Mais Jésus ne nous a pas laissés dans le doute et l'incertitude; Il nous a exprimé clairement sa pensée, formulé sans détour ses désirs, imposé expressément ses volontés. Rien n'est plus formel que la loi et les enseignements de Jésus relative- ment h notre salut et à notre sanctification per- sonnelle. Il fait de notre fidélité à son service le

' « Que la grâce et la paix croissent en vous /jar la connais- sance Je Dieu et du Christ Jésus notre Seigneur. Ainsi tous les dons de sa puissance divine qui contribuent à entretenir en nous la vie et la pieté, nous ont été communiqués en nous fai- sant connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu. » II Pierre, i, 2, 3.

NÉCESSITÉ DE l'ÉTUDE DE JÉSUS 1l3

sujet de ses entretiens les plus fréquents et de ses instances les plus pressantes. Tout, dans ses en- seignements, aboutit à une révélation plus grande et plus précise de Lui-même, et en même temps à une obligation toujours plus accentuée pour nous de L'écouter, de Le suivre, de nous inspirer de sa doctrine, de profiter de ses instructions, de nous nourrir de sa vérité, de nous embraser de son amour, de prendre notre croix à sa suite, de pratiquer toutes les vertus dont II nous donne l'exemple, d'être saint comme II l'est Lui-même, d'établir notre demeure dans son amour et de ne faire qu'un avec Lui dans l'unité d'esprit, de cœur et de volonté '.

^ Nous groupons ici quelques-unes des paroles de Jésus qui sont un commentaire touchant de ce que nous disons plus haut ; ces citations sont à elles seules toute une méditation.

« Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » Jean, vi, 38.

M Moi et mon Père nous sommes une seule chose. » Jean, x, 3o.

« Tout ce qu'a le Père est à moi. » Jean, xvi, i5.

« La parole que vous avez entendue n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé, du Père. » Jean, xiv, 24.

« Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » Jean, VI, 64.

« Je suis la voie, la vérité et la vie. » Jean, xiv. 6.

« iMoi, la lumière, je suis venu en ce monde afin que qui- conque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. » Jean, XII, 46.

« Qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envové a la vie étemelle. » Jean, v, 24.

« Croyez en moi. » Jean, xiv, 1. « Venez, suivez-moi. Matth., XIX, 21.

114 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

En étudiant Jésus, l'âme entend constamment des échos de ses divins enseignements ; et plus elle met sa vie à l'unisson de celle de son divin Maître, plus aussi elle a soif de Le mieux con- naître pour L'imiter de plus près, et de L'aimer plus ardemment pour trouver ensuite dans son amour une générosité plus grande et marcher sur ses traces et à Le faire revivre en elle.

Notre existence sur cette terre n'a de valeur et n'est désirable que dans la mesure nous nous efforçons de la rendre méritoire et fructueuse pour le ciel. Ce doit être notre principal ob- jectif. La gloire même de Jésus en dépend, puis- qu'il daigne la trouver dans le couronnement de ses élus. Il nous appartient essentiellement de la Lui donner par la sainteté de notre vie et, dès

« Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. » Jean,

XIII, 16.

« Celui qui ne prend pas sa croix et ne nie suit, n'est pas digne de moi. » Matth., x, 38.

<< Si vous m'aimez, observez mes commandements. » .Iean,

XIV, i5.

€< Celui qui m'aime sera aimé par mon Père, et moi je l'aime- rai, et je me manifesterai à lui... et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. » Jean, xiv, 21, 23.

« Demeurez en moi et moi en vous. » Jean, xv, 4.

« Celui qui demeure en moi et moi en lui porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez, rien faire. » Jean, xv, 5.

« Demeurez dans mon amour. » Jean, xv, 9.

« Si vous gardez mes commandements vous demeurerez dans mon amour, comme j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour. » Jean, xv, 10.

NÉCESSITÉ DE l'ÉTUDE DE JÉSUS 1l5

lors, par une étude approfondie de son adorable Personne. Concentrons sur ce point capital et essentiel tous nos eflforts de vertus et toutes les énergies de notre âme.

V. L'étude de Jésus notre bonheur sur la terre

Jésus a attaché à la connaissance et à l'amour de Lui-même des joies spéciales et un bonheur incomparable. Il est d'ailleurs impossible de con- templer de telles beautés et d'aussi sublimes perfections, sans éprouver une satisfaction sur- naturelle et une jouissance intime qui rendent en même temps, par contre-coup, notre connais- sance plus douce et notre amour plus ardent.

Rien ici-bas n'est plus digne de nos études et de notre attachement que Jésus ; rien également ne met plus de lumière dans notre esprit ni plus d'ar- deur dans notre cœur, que la science de Jésus. Par conséquent, rien ne nous met davantage dans la perfection de nos facultés et dans notre fin essentielle. Le seul fait de trouver ainsi en Jésus connu et aimé la pleine satisfaction de nos désirs et de nos ambitions, c'est déjà être souveraine- ment heureux ^

^ « On ne désire une chose, dit Saint Thomas, et on ne se

Il6 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNK

Nous ne pourrons jamais trop apprécier cette grâce. Jésus aurait pu mettre notre bonheur prin- cipal dans un moyen moins attrayant et dans une occupation moins douce; et, en cela, Il se montre plein de bonté à notre égard et II donne à notre obligation de Le connaître et de L'étudier un caractère de particulière tendresse.

Etant faits pour le bonheur, nous le désirons et le cherchons'; instinctivement, en tout ce que nous désirons, aimons et faisons, nous avons en vue une jouissance et un bonheur que nous vou- lons nous procurer. Nous nous trompons souvent, nous ne savons pas toujours distinguer les vraies joies des fausses, nous mettons notre satisfaction dans ce qui ne le mérite pas, nous prenons pour

porte vers elle avec ardeur qu'autant qu'on en a préalablement la connaisssance. Les hommes étant destinés par la providence de Dieu à un bien plus élevé que celui que leur faiblesse peut goûter ici-bas, il a fallu que leur esprit fût élevé à un ordre de vérité supérieur à celui que leur raison peut atteindre, afin d'ap- prendre par même à désirer et à rechercher avec ardeur un bien qui surpasse tout le bonheur de la vie présente. » S. Thom., Contra Gentes, lib. I, c. 5.

Comme ce bien qui surpasse tout bonheur terrestre est contenu en Jésus, dont la connaissance constitue la vie éternelle, Le connaître ici-bas c'est être heureux d'un bonheur qui ressemble à celui du ciel.

« Par le mot de bonheur on entend la perfection dernière de la créature raisonnable ou intelligente. De là, il arrive que tout être désire naturellement le bonheur, parce que tout être désire sa perfection dernière. » S. Thom., I p., q. 62, a. 1.

NECESSITE DE L ETUDE DE JESUS II7

le bonheur vrai ce qui n'en a que l'apparence ; nous courons même volontairement parfois après des joies mensongères et nous oublions les éter- nelles ; nous voulons à tout prix trouver un bon- heur durable il ne peut être qu'éphémère ; nous varions nos joies suivant nos impressions du moment et au gré de nos caprices ; et nous gaspillons ainsi notre vie dans de vaines re- cherches et dans des rêves irréalisables, la vanité, l'illusion et l'inconstance se donnent la main pour nous tromper sur les notions essen- tielles du bonheur chrétien.

Voilà pourquoi il y a tant de malheureux, et pourquoi nous l'avons été souvent nous-mêmes. Voilà pourquoi aussi Jésus a voulu attacher, à la science que nous avons de Lui et aux efforts que nous faisons pour l'acquérir, des joies pures et saintes qui surpassent toutes les autres joies de la terre '.

Si les mondains connaissaient ce secret et pou- vaient apprécier ce trésor, les plaisirs du monde seraient vite délaissés, les joies terrestres seraient bientôt méprisées, et le bonheur, puisé à sa véri-

^ « O Dieu, s'écrie Saint Augusrin, qu'il est malheureux l'homme qui sait tout et qui cependant vous ignore ! Mais qu'il est heureux celui qui vous connaît, quand même il ignorerait tout le reste ! Celui qui vous connaît et qui connaît aussi les autres choses, n'est pas plus heureux à cause d'elles ; il n'est heureux qu'à cause de vous. » Co.nf., lib. v, cap. 4.

ilS CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

table source, n'aurait plus d'autre objectif que la science et l'amour de Jésus.

Il nous faut admirer la sagesse et la bonté de Jésus dans le mode qu'il choisit pour nous rendre heureux. Il n'en pouvait trouver ni de plus élevé, ni de plus beau, ni de plus doux. Il a attaché notre bonheur à son adorable Personne. Tant que nous n'allons pas jusqu'à Lui, nous ne sommes pas heureux ; tant que nous ne Le possédons pas, nous ne sommes pas satisfaits ; tant que nous n'avons pas de Lui une connaissance parfaite, nous sentons un besoin irrésistible de L'étudier toujours ; tant que notre amour ne nous unit pas pleinement à Lui, nous soupirons après des ar- deurs plus grandes et une union plus étroite.

Jésus devient un aimant qui nous attire, un centre tout converge dans notre vie, une lu- mière où s'éclaire notre intelligence, un foyer s'embrase notre cœur, une énergie se fortifie notre volonté, une source se puise la vertu, une beauté qui nous éblouit, un idéal qui nous ravit, une divine passion qui nous consume*. Non, non, il n'y a pas sur la terre de bonheur

' « Ma vie à moi, c'est le Christ ; mourir m'est un gain : je suis travaillé par deux passions, le désir profond de mourir et d'être avec le Christ, et certes ! c'est de beaucoup ]-)rcférable ; et le désir de demeurer dans ma chair pour votre salut. » Phil., I, 21, 23, 24.

NECESSITE DE L ETUDE DE JESUS 119

comparable à celui d'une âme qui ne connaît plus que Jésus, qui n'aime plus que Jésus, qui ne veut plus que les volontés de Jésus, et dont la vie s'écoule à fixer Jésus, à L'étudier, à Le contem- pler et à Le désirer dans les divines ardeurs d'un amour sanctificateur qui, à la fois, lui révèle Jésus et l'unit indissolublement à Lui '.

VI. De la connaissance parfaite de Jésus dépend notre bonheur éternel

Les choses de la terre ont d'autant plus de valeur qu'elles ont des relations plus étroites avec les choses éternelles. Or, il n'en est aucune qui soit unie plus essentiellement au bonheur éternel que la connaissance de Jésus. Au ciel,

' Cette vérité est appuyée sur la nature même du vrai bonheur qui est fondé tout entier sur l'amour, le bonheur surnaturel n'existant pas sans la grâce, et la grâce impliquant la charité. C'est jxjurquoi Saint Thomas dit, en parlant des anges, que « ce n'est pas en se tournant naturellement vers Dieu que l'ange a mérité la béatitude, mais que c'est en se fKîrtant vers lui par un sentiment de charité, ce qui s'est fait par la grâce ». S. Thom., I p., q. 62, a. 4, ad 2.

Dans l'article suivant, en indiquant la charité comme principe du bonheur étemel, il confirme ce que nous disons du bonheur terrestre, à savoir qu'il se mesure au degré de notre amour jx)ur Jésus. « L'homme peut mériter la béatitude par un acte unique, puisqu'il suffit que l'homme soit transformé par un acte de charité pour mériter le bonheur éternel. » Ibid., a. 5.

120 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

cette connaissance est parfaite, sans ombre ni défaillance ; et elle procure aux Bienheureux une jouissance d'autant plus grande que sur la terre ils se sont appliqués avec plus de zèle et d'amour à l'acquérir et à y conformer leur vie.

Si les Docteurs, au ciel, portent une auréole spéciale et, suivant ce que nous dit Jésus, s'ils sont élevés en gloire en proportion de leur science', il faut nécessairement en déduire que chaque degré nouveau que nous acquérons dans la connaissance de Jésus, qui est la science par excellence, nous mérite un degré de gloire pro- portionnel dans le ciel -'. il ne tient donc qu'à nous de rendre notre éternité heureuse et glorieuse.

En concentrant tous nos efforts sur l'étude at- tentive et persévérante de Jésus, nous ouvrons à notre âme des horizons tout célestes, nous levons un coin du voile qui nous cache l'éternité, nous entrevoyons la gloire du ciel et nous pressentons déjà les joies ineflables de la Patrie, Jésus est vu à découvert dans les splendeurs de sa Divinité, II est honoré et adoré dans ses perfections in- finies, acclamé comme le seul Seigneur et Maître,

1 « Celui qui violera un de ces plus petits commandements et enseijjnera ainsi aux hommes, sera appelé très petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui accomplira et enseignera, sera apjielé grand dans le royaume des cieux. » Matth., v, 19.

2 « Ceux qui auront /a science brilleront comme la splendeur du firmament ; ceux qui enseignent aux autres la justice seront comme tics étoiles dans 1 éternité. » Dan., xii, 3.

NECESSITE DE L ETUDE DE JESUS 121

aimé dans des ardeurs incommensurables, pos- sédé comme le souverain Bien dans une union ineffable et sans fin '.

Quelle consolation de penser que tout ce que j'apprends de Jésus me vaudra un degré de gloire de plus dans l'éternité, que chacun de mes efforts pour Le mieux connaître sur la terre sera pour moi le sujet d'une joie spéciale dans le ciel, et que tout ce que je puis connaître de Jésus ici-bas fait partie de la science parfaite que j'aurai de Lui dans l'éternelle Patrie - ! Je goûte donc déjà par

i « Les bienheureux trouvent en Dieu trois choses: ils le voient; en le voyant ils le possèdent, et il est en leur f>ouvoir de le posséder toujours ; en le possédant ils jouissent de lui, comme de leur fin dernière qui remplit tous leurs désirs. » S. Thom., I p., q. 12, a. 7, ad i.

- Quant aux degrés divers de gloire et de bonheur dans la béatitude, Saint Thomas dit : « Par même qu'il faut une force d'intelligence infinie f)our comprendre Dieu, la créature qui le voit étant nécessairement finie, il y a entre l'infini et le fini quel qu'il soit une multitude infinie de degrés ; et c'est ce qui fait que les êtres raisonnables peuvent connaître Dieu d'une foule de manières, les uns plus, les autres moins clairement. Et comme la béatitude consiste dans la vision de Dieu, de même le degré de la béatitude dépend de la manière dont on le voit. » S. Thom., I p., q. 62, a. 9. Et ailleurs, il s'exprime encore plus clairement : « Quand on sera parvenu à la béatitude, chacun at- teindra le terme qui lui a été fixé par la prédestination divine, et il n'y aura plus lieu de tendre au delà. Quoique arrivé à ce terme, l'un se trouvera cependant plus rapproché de Dieu, et l'autre moins. C'est pourquoi la joie de chacun sera pleine par rapport au sujet qui jouit, parce que les désirs de chacun se- ront pleinement satisfaits. Néanmoins la joie de l'un sera plus

122 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE

anticipation une partie notable de mon bonheur éternel ; et voilà pourquoi la terre me paraît moins sombre, la vie m'est moins à charge, le ciel me semble moins loin et l'exil moins amer.

Voilà pourquoi aussi, malgré les tristesses iné- vitables de la vie, les ditîicultés qui m'entourent, les épreuves qui parfois m'accablent, et les souf- frances de tout genre qui toujours m'assaillent, je suis heureux quand même et je ressens une paix et une joie qui me viennent du ciel *.

Tant que j'aurai Jésus et que je pourrai L'étu- dier, je ne serai jamais malheureux. Tant que je L'aurai à mes côtés pour me diriger dans mes voies et me donner l'intelligence de ses divines perfections que je veux sans cesse contempler, je ne trouverai pas la vie trop longue. Tant que son amour réchauffera mon cœur et que sa connais- sance illuminera mon esprit, je ne marcherai ni dans les ténèbres ni dans l'abandon. Tant que Jésus ne cessera de m'aimer et de se révéler à mon âme ravie, je soupirerai après Lui, j'en ferai la passion de ma vie, mon idéal et mon Tout.

grande que celle de l'autre, parce qu'il participera plus pleine- ment à la béatitude divine. » II, II, q. 28, a. 3, ad 2.

Et puisque le bonheur éternel consiste dans la vision de Dieu, et que voir Dieu c'est le connaître, plus on le connaît ici-bas, plus on est heureux et plus on accroît à l'avance la somme de bonheur dont on jouira dans l'éternité.

' « Je surabonde de joie dans toutes les tribulations. »

II COK., VII, 4.

A Jésus, le divin idéal de ma science

O mon ineffable Jésus,

je comprends l'obligation sacrée

que Vous m'avez imposée,

de Vous connaître dans vos éternelles perfections,

pour Vous mieux comprendre ensuite

dans la sublimité de votre Sacerdoce.

Ce devoir, je l'embrasse avec joie.

Cette étude, je m'y livre avec amour.

Cette science de Vous-même, j'en veux faire

la gloire et le bonheur de ma vie.

Si je Vous connais bien, j'apprécierai mieux ensuite

pourquoi Vous êtes Prêtre.

Si je fais de votre Personne adorable

l'étude principale de ma vie,

je voudrai la compléter et la couronner

par la science de votre divin Sacerdoce.

Rien désormais n'aura pour moi autant d'attrait

que celui de Vous étudier,

de Vous connaître et de Vous aimer.

Oh ! enftammez-moi d'une sainte passion pour Vous,

Jésus, mon Sauveur et mon Prêtre adoré.

Illuminez mon esprit, réchau^cz mon cœur,

rendez-moi vertueux et saint,

afin de Vous mieux honorer,

de Vous connaître toujours davantage

et de Vous aimer sans fin.

CHAPITRE QUATRIÈME

De Famour à apporter dans l'étude de Jésus

CHAPITRE QUATRIEME

De Tamour à apporter dans l'étude de Jésus

« Que le Christ habite par la foi dans vos coeurs, afin qu'étant enra- cinés et fondés dans la charité, vous puissiez connaître l'amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. »

Eph.. 111, 17. 19.

Nous avons déjà acquis une grande science si nous avons compris l'importance capitale pour nous de la connaissance de Jésus ; cette science s'est divinement éclairée si nous l'avons entre- vue dans la succession admirable des Mystères de Jésus; enfin, nous nous en sommes assuré l'acquisition en nous pénétrant davantage de la nécessité de poursuivre l'étude de Jésus et d'en faire l'occupation principale de notre vie.

Néanmoins cela ne suffit pas pour rendre abon- damment fructueuse dans notre vie la connais-

128 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

sance sublime de Jésus. Tant que l'amour ne sera pas venu féconder notre étude, Jésus ne nous apparaîtra pas dans toute sa beauté et, dès lors, ne nous attirera pas à Lui comme II le désire et comme nous devons le vouloir nous-mêmes.

Toute science qui n'arrive pas jusqu'au cœur est une science incomplète ; elle orne l'esprit, mais ne détermine pas l'amour. Quand il s'agit de Jésus, c'est doublement vrai, parce que Jésus est charité et qu'il ne se révèle aux âmes que pour gagner leur amour*.

Il est donc souverainement important que nous étudiions Jésus avec notre cœur tout au- tant qu'avec notre tête. Chaque fois que nous avons de Jésus une connaissance nouvelle, notre cœur doit s'enflammer en proportion, afin de per- mettre à notre âme de s'unir plus intimement à l'objet de ses divines contemplations.

Considérons tous les moyens de rendre notre étude de Jésus une étude affectueuse, et n'en négligeons aucun.

* C'est ce qu'exprime le Docteur angélique : « Le Fils est le Verbe, non pas un Verbe quelconque, mais le Verbe qui pro- duit l'amour. C'est la pensée de Saint Augustin, quand il dit {De Trin., lib. IX, cap. x) : « Le Verbe que nous nous efforçons de faire comprendre est une connaissance unie à l'amour. » Le l'ils n'est donc pas envoyé dans le but de perfectionner l'intelligence de toutes les manières, mais dans le dessein de la préparer à produire des sentiments d'amour. » S. Thom., I p., q. 43, a. 5.

AMOUR A APPORTER DANS l'ÉTUDE DE JÉSUS I29

I. La connaissance de Jésus

doit infailliblement

nous conduire à sop amour

Jésus ne se révèle pas uniquement pour être ad- miré et adoré, l'admiration et l'adoration n'étant qu'une partie des devoirs que doivent Lui rendre les créatures. Jésus se révèle avec l'intention bien arrêtée d'agir dans notre cœur en même temps que dans notre esprit. Outre qu'il ne peut né- gliger en nous une faculté maîtresse comme celle du cœur, Il ne peut se contenter de donner de Lui-même une connaissance qui n'atteigne qu'une partie de notre âme, ni se priver de ce qui est le plus de nature à Le réjouir et à Le consoler : notre amour.

Jésus nous a faits à son image ; notre esprit est fait pour Le connaître, notre cœur pour L'aimer, notre volonté pour Le vouloir Lui seul. Pour Le vouloir, il faut L'aimer ; pour L'aimer, il faut Le connaître ; pour Le connaître, il faut L'étudier. De même que notre volonté est mue surtout par le cœur, et le cœur par l'esprit : de même toute connaissance de l'esprit doit déterminer un mou- vement du cœur, et tout sentiment du cœur doit agir sur la volonté.

l30 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

On peut donc poser en principe que la science de Jésus ne consiste pas seulement dans les con- sidérations qu'en fait l'esprit, mais encore et né- cessairement dans les sentiments du cœur en rapport avec la connaissance qu'en possède l'es- prit. Jésus ne serait vu, en quelque sorte, que par un côté de l'âme, s'il était simplement connu sans être aimé. La science vraie de Jésus est infailli- blement une science de vérité et d'amour. Plus on Le connaît et plus on L'aime ; et plus on L'aime, plus on veut Le connaître pour L'aimer encore davantage '.

Il n'est pas exagéré d'affirmer qu'une connais- sance de Jésus qui ne serait pas une connaissance à la fois intellectuelle et amoureuse, ne serait pas une véritable connaissance ; elle serait tellement superficielle qu'elle en serait illusoire, tellement incomplète qu'elle en perdrait sa valeur. Pour connaître Jésus vraiment, il faut Le connaître dans l'ensemble de ses perfections et de ses qua- lités ; Lui en nier une seule, c'est diminuer et affaiblir toutes les autres. Or, en Jésus, tout est si divinement aimable et adorable, qu'il est im- possible à qui Le connaît de ne pas L'aimer, en Lui-même et dans chacune de ses perfections.

* « Et nous avons connu / 'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » 1 Jean, iv, i6.

AMOCR A APPORTER DANS l'ÉTUDE DE JÉSUS l3l

S'il en était autrement, ce serait signe que Jésus n'a pas été compris. Car de même que Dieu s'aime infiniment et nécessairement parce qu'il se connaît parfaitement, ainsi toute âme qui connaît Jésus ne peut pas ne pas L'aimera

Dès lors, notre étude de Jésus, pour être en harmonie avec l'objet divin de notre science, doit nécessairement être une étude toute d'amour. Nous devons nous tenir en garde contre toute opinion contraire, qui nous ferait croire que l'on peut fructueusement étudier et connaître Jésus en ne faisant travailler que son intelligence et en réservant pour plus tard la part que le cœur doit y prendre. Outre que, dans ce cas, c'est en-

1 Cela est d'autant plus exact qu'avec une connaissance moindre l'âme pyeut posséder un degré très élevé d'amour, l'amour en soi pouvant atteindre à une {perfection plus grande que la connais- sance, selon ce que dit l'Ange de l'Ecole : « On requiert pour la perfection de la connaissance ce qu'on ne requiert pas pour la f)erfection de l'amour. La connaissance appartient à la raison..., et pour qu'elle soit parfaite il faut que l'homme connaisse en particulier tout ce qu'une chose renferme, ses parties, ses vertus et ses propriétés.

M Mais l'amour réside dans la puissance appétitive qui se rap- porte à l'objet selon ce qu'il est en lui-même. Par conséquent, pour que l'amour soit parfait, il suffit qu'on aime les choses selon qu'on les perçoit en elles-mêmes. C'est ce qui fait qu'on aime certains objets plus qu'on ne les connaît ; parce qu'on peut aimer parfaitement, quoiqu'on ne connaisse pas de même. On le voit surtout par les sciences, qu'on aime en raison de la con- naissance vague qu'on en a.

M II faut raisonner de même de l'amour de Dieu. » S. Tuou., 1, II, q. 27, a. 2, ad 2.

l32 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

lever à son étude une grande et précieuse par- tie de son charme, c'est aussi la réduire à un simple travail de tête qui desséchera peu à peu le cœur que l'on aura immobilisé et qui, laissant l'intelligence à ses seuls moyens, l'exposera à bien des dangers. Il y a eu des hérétiques qui possédaient beaucoup de connaissances et des impies qui étaient de grands savants : ils n'ont pas aimé Celui qu'ils ont étudié, ils n'ont voulu se servir que de leur intelligence lorsqu'ils de- vaient aussi appeler leur cœur à leur secours, et ils ont fait naufrage ; ils n'ont pas compris Jésus, parce qu'ils ne L'ont pas vu dans le jour sous lequel 11 se voit Lui-même et, ne tenant point à Lui par le cœur, ils L'ont ou nié ou abandonné.

Combien d'âmes, dans des voies moins téné- breuses, s'illusionnent elles-mêmes sur la valeur de leur science morale ou spirituelle ! Elles ont feuilleté bien des livres, elles connaissent la plu- part des auteurs qui ont écrit sur Jésus, ses Mys- tères, ses enseignements et ses œuvres, elles dissertent facilement sur toutes ces questions, elles prétendent parler avec autorité parce que leurs connaissances sont étendues et qu'elles ont toujours le mot juste pour donner une solution à toutes les objections ; mais, ayant négligé d'étu-

AMOUR A APPORTER DANS l'ÉTUDE DE JÉSUS l33

dier avec leur cœur et de mettre de l'aniour dans leurs travaux intellectuels, elles possèdent froi- dement une science qui réclame de la chaleur et de saintes ardeurs, et c'est pourquoi leur cœur s'atrophie à mesure que leur esprit se développe. Avec de l'amour, elles auraient beaucoup moins étudié et acquis bien plus de science vraie et utile ; sans amour, elles se sont épuisées dans leurs travaux et n'ont pu pénétrer dans le Cœur de Jésus qui est le centre nécessaire de toute science comme de toute charité.

Combien d'autres, sur un théâtre plus restreint et plus personnel, ont circonscrit leur piété dans des dévotions accessoires ou dans une connais- sance superficielle et insuffisante de Jésus. Elles ne se mettent pas en peine d'étudier leur divin Sauveur, et elles se contentent de notions vagues et parfois confuses qui leur mettent bien quelque chose dans la tête mais peu ou rien dans le cœur; elles regardent bien Jésus et s'approchent de Lui, mais elles ne Lui parlent pas parce qu'elles ne savent que Lui dire ; elles Lui rappellent bien des souvenirs qui Lui sont chers et qu'elles puisent dans les livres, mais jamais dans leur cœur, elles multiplient les prières qu'elles Lui adressent, mais avec des formules empruntées que leur amour n'a pas fécondées et qui souvent laissent

1^4 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

froids et le cœur qui les prononce et le Cœur de Celui à qui elles s'adressent.

C'est le cas d'un trop grand nombre d'âmes dévotes, qui accomplissent des actes répétés de religion, mais auxquelles l'amour ne révèle pas Jésus dans toute sa beauté et qui, à cause de cela, n'éprouvent point le besoin de L'étudier de plus près et ne sauront jamais se passionner pour Lui.

Combien aussi qui ne savent pas faire aimer Jésus en parlant de Lui ! Que d'enseignements parlés ou écrits qui ne trouvent presque aucun écho dans les âmes ! Combien d'admirateurs de la belle parole et combien peu d'imitateurs de Jésus ! Et cela, parce que trop souvent on se contente de parler à l'esprit sans s'adresser au cœur ; on orne son discours mais on ne le vivifie pas sufiisamment par l'esprit d'amour qui peut le rendre fructueux. S'il y a une chose triste à cons- tater, c'est de voir discourir sur les mystères les plus élevés, rappeler les actes les plus touchants de la vie de Jésus, faire le tableau des nom- breuses preuves d'amour qu'il nous a données et redire ses paroles les plus tendres, dans un langage dépourvu de sentiment et sans détermi- ner aucune émotion qui fasse vibrer les cœurs. Il serait si facile d'attirer les âmes à Jésus, si l'on

AMOUR A APPORTER DANS l'ÉTUDE DE JÉSUS l35

savait leur en parler avec amour. Mais pour cela, il faut L'avoir étudié avec son cœur et avoir pris l'habitude de mettre de l'amour dans tous ses travaux et dans tous les actes de sa vie.

Une résolution s'impose, ferme, énergique, solennelle : c'est de ne désirer connaître Jésus qu'afin de Le mieux aimer, c'est d'apporter dans •nos lectures et nos méditations un soin parti- culier à réduire en affections nos considérations, c'est de nous livrer avec un zèle infatigable à l'étude amoureuse de Jésus.

II. Notre étude de Jésus doit être à la fois spéculative et affective

De ce qui précède il suit naturellement que l'étude de Jésus, telle que nous devons la faire, ne peut être purement spéculative. Il faut donner à l'esprit sa large part, mais sans nier au cœur celle qui lui revient. D'ailleurs, tout en Jésus se prête admirablement à une étude affective qui rend notre connaissance plus profonde et plus sanctifiante.

Jésus n'a rien que de souverainement at- trayant ; tout en Lui élève, repose, pacifie et ré- conforte. Il est une beauté toujours nouvelle. Il possède des charmes irrésistibles, Il parle un

1^6 CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNÉ

langage céleste, Il purifie tout ce qu'il touche, Il calme toutes les douleurs, Il relève tous les courages, Il pacifie tous les cœurs. Il assure la victoire à tous les combattants et 11 est la récom- pense de tous les victorieux.

Il réunit en Lui toutes les amabilités comme toutes les perfections. Sa vie tout entière n'est qu'un tissu de bontés et de miséricordes. Son- cœur est un foyer d'amour et de tendresse.

Il appelle tous les hommes après Lui ', mais II les aide à Le suivre^. 11 impose des fardeaux et de- mande des sacrifices^, mais 11 donne la grâce pour les porter \ 11 réclame le cœur de ses enfants \ mais II leur offre d'abord le sien '•. 11 nous montre le chemin du cieP, mais II se fait notre guide"*.

* « Venez à ma suite. « Matth., iv, 19.

2 « Je ne vous laisserai pas orphelins, /'e viendrai à vous, » Jean, xiv, 18.

3 « Prenez mon joug sur vous. » Matth., xi, 29.

^ « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et/e vous soulagerai. » Matth., xi, 28.

•^ « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, et de toute votre âme, et de tout votre esprit. Voilà le plus grand et le premier commandement. » Matth., xxn, 37, 38.

6 « Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés le premier. » I Jean, iv, to.

' « Si quelqu'un veut venir après moi. qu'il se renonce, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Matth., xvi, 24.

8 « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » Jean, viii, 12.

AMOUR A APPORTER DANS l'ÉTUDE DE JÉSUS 1^7

Il nous reproche nos fautes ', mais pour nous les pardonner-. Il se constitue notre divin modèle^, mais II rend la vertu si aimable qu'on s'immole soi-même pour Le mieux imiter^.

Cette étude pratique de Jésus, qui se fait dans la douceur de son divin service et dans la con- templation de ses divins attraits, est une étude toute de suavité et d'amour. Le cœur est épris de Jésus et il veut Le mieux connaître ; il ne se contente pas de Le considérer succinctement et d'en avoir une connaissance superficielle, mais il cherche à pénétrer dans l'intime de Jésus et à saisir ces pensées, ses sentiments et ses désirs ; il considère chacune de ses perfections et médite sur tous ses mystères, mais il le fait avec une sainte avidité et une filiale tendresse ; il cherche à pénétrer le sens de chacune des paroles de son Maître, à entrer dans toutes ses intentions, à s'ins- pirer du même esprit, à être animé des mêmes sentiments, à poursuivre le même but, à agir

1 « Celui qui me méprise, et ne reçoit pas mes paroles, a un juge ; la parole que j'ai dite le jugera au dernier jour. » Jean, XII, 48.

2 « Mon fils, tes péchés te sont remis, » Marc, ii, 5. « Va en paix. » Luc, VII, 5o.

3 « Je vous ai donné l'exemple, afin que comme je vous ai fait, vous fassiez vous aussi. » Jean, \iii, i5.

* « Allons nous aussi pour que nous mourions avec lui. » Jean, xi, 16.

l38 CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ

avec la même perfection, à brûler des mêmes ardeurs et à se consumer de la jnême divine charité '.

Cette étude de Jésus, goûtée et sentie, ardem- ment désirée et amoureusement poursuivie, est la manière la plus sûre et la plus efficace d'arriver à une connaissance exacte et éclairée-. Elle de- vient un besoin du coeur, et tout ce que le cœur féconde est plus doux et pénètre davantage.

Il serait illogique que notre connaissance de Jésus ne soit pas une connaissance tout impré- gnée d'amour, et que le cœur reste étranger à une science qui est celle de l'amour éternel de Dieu pour les hommes *.

1 " Je ne cesse de rendre grâces pour vous, je prie afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous communique l'esprit de sagesse et de révélation Ijour le connaître ; qu'il vous donne les yeux illuminés du cœur, afin que vous sachiez et l'espérance à laquelle vous êtes appelés, et les richesses et la gloire de l'héritage qu'il a préparé aux saints, et la grandeur suprême de son pouvoir sur nous qui croyons. » Epu., I, 16-19.

' Les paroles suivantes de Saint Augustin se présentent ici naturellement sous notre plume : « On n'aime point ce qu'on ignore ; mais quand on aime ce que l'on a commencé à con- naître un peu, l'amour fait qu'on le connaît plus parfaitement. » S. Auc, Tract, xcvi.