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I.IVRE PREMIER. ■^« SOMMAIRE DU LIVRE PREMIER. TX7 £ £ u 8 , grand-prêtie de Cérè«, éleTo Numa, qui passe pour son fils. Fête de Cézèe. Tullus apprend à Numa quMl est fils de Pom- pilius , prince du sang des rois Sabias. II lui raconte Thistoire de sa mère Pompilia; Tenle- yement des Sabines; la mort de te» parents ; la guerre des Romains et des Sabins; TaUianee dea deux peuples ; Téducation de Kuma dana le temple de Cërès, et Tordre de cette dëesse de renvoyer à Rome. Numa descend au tombeau de sa merc. II se prépare à partir. Conseils du pontife. Adieux de Tullus et de Huma. lif vimfi i-oittrinyivtti Hej i^lirninifl I NUMA POMPILIUS. LIVRE PREMIER. JN o K loiu de la yîlle de Cures^ dans le J>ajs des Sabins^ au milieu d'une antique forêt ^ s'éleye un temple con- sacré à Gérés. Des ormes ^ des peu* * pliers y aussi anciens que la terre ^ om-* bragent le faîte de l'édifice ; le fleuvo Curese^ après en ayoir baigné les murs^ Ta serpenter ^ans les jardins de plu* sieurs maisons isolées y bâties autour de ce temple. Bans ces retraites sa- crées y chaque prêtre de la déesse ^ a-' yec sa femme et ses enfants^ passe ses jours à la prière^ au trayail^ ou dans le sein de la tendresse. Protégés par la diyinité qu'ils- honorent^ nourris par la terre qu'ils cultiyent^ aimés de Fépouse qu'ils rendent heureuse^ hé* nis de leurs enfants^ en paix ayec eux- 10 NUMA F0UFILIU5. mêmes, ils jouissent doucement de la Tie, sans craindre ni souhaiter la mort. Le vénérable Tullus commandoit à ces prêtres. A l'âge de quatre-vingts ans , il escerçoit la souveraine sacri^- cature avec tout le zèle d'un jeune homme , et toute l'indulgence d'un vieillard. Adoré de ceux qui vi voient avec luij) respecté -de tous les autres ^ il n'étoit craint que des méchants* Favori des dieux , ami des hommes , rarement il prioit pour lui ; c'étoit toujours pour la veuve ou pour l'or- phelin. Dès qu'un citoyen de Cures ^ dë& qu'un habitant de la campagne éprouvoit quelque infortune , qu'un ménage étoit désuni , ou que la con- corde n'éloit plus dans une famille 9 le père, l'époux, l'enfant malheureux m prenoit le chemin de la forêt sacrée : il venoit trouver Tullu» : pour peu qu*il eût tardé , Tullus seroit allé le chercher. Tullus écoutoit ses longues plaintes y ne se h^stàt jamais de Itfs entendre,. l'enconrageoit , le conso* loit, lui prodigaoit des secours, des conseils* L'infortuné s'en retournoi t, on moins triste, ou moins à plaindre. TuUus, ^i pensoît n'avoif rien fait, alloit se pvosteroer deyant la d^sse, et l'implorer pour ce malheureux. - TaUus Ji'avoit plus d'^use ; il rassemblodt toute sa tendresse sur son fils Numa. Le ciel sembloit vouloir récompenser' les yerhis du vieillard par les dons qu'il avoit prodigues au jeQnelKW!»iie# Numa toufehoit àpeine à sa seizième ann^e , et n'avoi t , de son âge , que les grâces et la douceur. Sou-« mis k son père , qu'il re^ectoit près» ^e à l'ëgal de Cërès, enflammé du désir de lui ressembler, il étudioit la morale en regardant les actions de Tullus. Méditant sans cesse les pré- ceptes de sa religion , il vouloit s'ins- truire encore des cérémonies du culte. 12 NlTirA VOUVJZIVS. •Les sacrifices, la prîere, occupoient ■tous ses loisirs ; sa tendcesse pour Tullus, son amour pour l'étude, ëtoient ses seules passions ; son ame , pure jBonune l'azur du ciel , ne distinguoit pas ses plaisirs de ses devoirs. Le jour de la fête de Gérés étoît arrivé. Chez les Sabins y cette fête r ne se célèbre point conune à Eleusis : TuUus avoit supprimé tous ces mys- tères cachés avec tant de soin , et si peu utiles au bonheur des hommes. La divinisé, disoit-il, qui se montre par -tout à nous, qui se manifeste à chaque instant dans les merveilles é- datantes de la nature , peut-elle exiger tant de secrets, tant d'épreuves, pour se communiquer aux mortels ? Doit-il être plus difficile de la remercier que de recevoir ses présents ? Non : Cérès aime tous les hommes, puisqu'elle le» nourrit tous. Le champ qu'elle cou- vre d'épis devient un temple pour Je 1r laboiiretir; et Ton doit adorerpartout Fanivers celle dont les bienfaits cou" vrent la terre. D'aprës cette id^ëe , TuUus, de eon* cert avec son roi , a ordonné la fête de Gérés. Chaque année, ayant de commencer la moisson y tous les la-* boureurs, parés de leurs plus beaux habits, se rassemblent dans la ville de Cures. C'est de là qu'ils partent pour aUer au temple. Les joueurs de ûûtes ouvrent la marche ; ensuite viennent de jeunes vierges, portant sur leurs têtes, dans des corbeilles ornées de fleurs , des offrandes pures pour la déesse. Les enfants des laboureurs marchent après elles , vêtus de robes blanches, couronnés de bluets, con- duisant le vorace animal qui se nour- rit des fruits du chêne. Cette troupe nombreuse, fiere de garder la victime, veut affecter une gravilé toujours dé- langée par leur joie bru jante. Leurs I. 2 pères lea suivent d'un pas tardif, en recommandant le ailenoe , et pardon-^ naùt d'être mal obéis. Gliaciin d'eux porte dans ses mains une gerbe, pré- mices de sa moisson. Les princes, les guerriers, le& magistrats, n'ont plus de rang dans ce grand jour, et cèdent le pas , avf c re^ect , à ceux qui lea ont nourris^. TuUus et ses prêtres êtoient yenus les attendre à l'entrée du bois sacré. Le jeune Numa , couronné de nar- cisses , yètu. d'une robe de lin , mar- che à* coté de Tnllus. Il le regarde , il apperçoit des pleurs que le yieillard Youloit cacheTi Plus afBigé du «lia- grin de son père, que s'il l'ayoitr«9«> senti lui-même, il n'ose, devant tant de témoins, et dans une cérémonie si auguste, se jetter dans sesbraspour lui demander le sujet de ses larmes; mais son silence , son air tendre et in- quiet, expriment assez son agîtatîon. L I V R E I. l5 Numa , toujours si attentif, si re- cueilli dans les cërëmonies religieu- ses , Kuma zw Yoit plus qu9 son père » ne songe qjBt^k lui » oublie toutes ses foBctions; ses yeux , qui cheisclient à pénétrer la cause des pleurs de Tul- lus, sont eux-mêmes obscurcis de larmes. On arrive au temple. Tullus sd prcksteme deyant la déesse ; et lui pré» sentant les prémices : JVTere des hu- mains , s'écrie-t-il , c'est toi qui fais croître ces gerbes, c'est ion père Ju- piter qui nous rend pieux et recon- noissanls. Dieux immortels , nous TOUS offrons vos propres bienfidts. Ne remettez pas nos offrandes; et que votre bonté suprême donne à nos cbamps l'abondance, à nos corps la force, à nos âmes la vertUt Après cette prière, Tullus ^pand Forge sacrée sur la Ticdme; il lui tourne la tête vers le ciel, l'immole, / l6 NUMA POMPILIVS. et la fait consumer toute entière. Le sacrifice acheyé, les laboureurs vont déposer leurs gerbes. Mes frères » leut dit Tullus , car tous êle& aussi prêtres de Cérës , ces dons appartien- nent à la déesse , c'est-à-dire aux in- digents. Les prêtres des dieux ne sont que les trésoriers des pauvres ; yous en êtes les bienfaiteurs. Konimez dono le yieillard d'entre vous qui doit veil- 1er avec moi pendant le cours de cette année 9 au soulagement des infortu- nés : il est juste que je vous rende compte des biens que vous me remet- tez pour eux. Les laboureurs , qui connoissent tous la vertu de Tullus ^ refusent de lui donner un collègue ; mais Tullus l'exige 9 et ce cboix finit la cérémonie. Numa brûloit d'impatience de se Toir seul avec son père. A peine Tul- lus est sorti du temple y que son ten^ ^« fils le serre dans ses bras* Moa LIVRE I. 117 père 9 lui dit-il , tous ayez des peiueff , et je les ignore ! Ah I je sens trop qu'à mon âge je ne puis espérer de les soulager : mais je peux du moins m'af^ fliger avec vous ; et j'ai besoin de pleu- rer dès que je vois couler vos larmes. Mon cher fils, lui répond Tullus, car je ne renoncerai jamais à ce doux nom, je n'ai que trop de sujets d'en répandre : je vais me séparer de celui que j'aime plus que ma vie. Vous vou- lez m'abandonner ? s'écria Numa tout tremblant. 1= Non , mon fils ; non, xn'on cher fils : c'esttoi, au contraire.... Il ne put achever , les sanglots lui cou- pèrent la voix. Il prit Numa par la main ; il l'entraîna dans l'endroit le plus retiré de la forêt : là ils s'assirent sur le gazon , et le vieillard lui dit ces paroles : Numa , vous n'êtes point mon fils...... A ces mots , une pâleur mor- telle se répand sur le visage du jeune *• l8 NU MA Ï0MP1LIU«. }iomine , sa main tremj^le dans celle de Tullus. Le grand-prêlre s'en apper- çoil 9 et , le serrant contre son sein» il se Lâte d'ajouter : Va , je serai tou- jours ton père ; ce nom m'est aussi cher qu'à toi. Mais appr^dsl'hisloire de ta naissance, counois à quelles hau- tes destinées tu es appelle parle ciel. Numa l'embrasse, et ne répond rien ; il écoute dans un profond silen- ce , il baisse les yeux ; son air semble dire à Tullus : Bien ne pourra rem- pla cer le bonheur d'être yo tre enfant. Mon fils, reprend le grand-prêtre , vous devez le jour à Pompilius, prince du sang^ de nos rois , et que ses rares vertus rendoient cher aux dieux et aux hommes. La belle Fompilia , do l'antique race des Hdraclides> ëtoit son épouse depuis dix ans. Rien ne manquoit à ce couple heureux que de voir naître un gage de leur tendre union : Pompilius le desiroit avec ar-> L I V R E I. ig deur ; la sensible Pompilia > qui ne for- moit jamais de vœux dont son époux ne fût l'objet y Pompilia yenoit tous les jours dans le temple se prosterner devant Cérës, baigner de larmes les marcbes de son autel, en demandant pour unique grâce le bonheur d'avoir un fils. Je la surpris dans le sanctuaire. £lle prioit avec tant de ferveur qu'elle ne m'apperçut pas ; je l'entendis pro- noncer ces paroles ; Bienfaisante Gè- res y si ton père Jupiter m'a 'destiné une longue vie 9 obtiens plutôt de lui que je périsse à la fleur de mon âge ^ mais que je laisse à mon époux un fruit de notre chaste amour* Oui, puis« santé immortelle 9 reprends tous les bienfaits que j'ai reçus, prive-moi de tous ceux que tu me destines ^ et donne - moi à leur place un enfant* Que j'entende ses yagissemens, que j c puisse le yoir^ le teiôr dans mesbras, 29 HUMA VOTÊTILIVS. le presser coBtre mon cœur 9 le cou* Trir de mes baisers, le présenter à mon ëpoux tout baigné des larmes du bon- henr ! que j'expire alors 5 j'expirerai mère, j'aurai assez yécu. O Cérès, si tu entends mes yobux, si tu m'accor^ des un fils , je jure sur cet autel de te le consacrer, de lui apprendre à bénir ton nomi aussitôt que sa langue pourra le prononcer, de le faire élever dans ce temple , où il te servira toute sa vie , où tu daigneras être sa mère, quand Poinpilia ne sera plus. Mes pleurs couloient en entendant cette prière. Je tombai à genoux au- près de Pompilia ; et, joignant mes yœux aux siens , je suppliai la déesse de nous exaucer tous deux. Hélas ! que ce bienfsdt fut pajé cher ! Peu de temps après, Pompilia vint m'annoncer qu'elle étoit enceinte. Qui pourrait exprimer les transports de sa joie ? ils approcboient du délire. 1. 1 V R E I. ai Huit lunes dévoient encore se renou* veller ayant l'heureux instant qu'elle attendoit , et tout ëtoit déjà prêt pour parer l'enfant qu'elle deroit avoir. Ja- louse et glorieuse du titre de mère, elle eût roulu que tout ce qui devoit servir à son fils fût l'ouvrage de ses seules mains : elle dëfendoit à ses es- claves de partagera vec elle le bonheur de travailler pour son fils. L 'espérance de le nourrir douhloît sa joie de le voir naître ; e t la tendre Pompilia, ivre d'a^ ■ mour maternel, venoit plus souvent aa temple pour remercier la déesse, qu'elle n'y étoit venue pour en obtenir l'objet de ses vœux. Elle touchoit enfin à ce neuvième mois désiré depuis si long-temps, lors- que ce Romulus, dont le nom ne vous est pas inconnu, fit répandre dans la Sabinie , que , pour consacrer sa ville de Rome , qui à peine é(oit achevée , il vouloit célébrer des jeux en Thon^ 22 NUMA POMPILIUS. neur du dieu Cousus. Vous savez ^ mon fils 9 combien ce dieu .est en yé- néiation parmi nous. Votzé pieuse mère n'auroit pas laissé échapper une occasion d'honorer les immortels^ elle voulut aller à ces jeux : le trop com* plaisant Fomipilius l'y conduisit. . lia plupart dé nos Sabins suÎYirent Fompilius. Nos femmes 9 nos filles ^ courureiit à Rome en habits de fête. Hélas ! nos braves citoyens étaient loin de soupçonner le piège : ils n'a- voient point d'armes. Ils entrent sans défiance dans le cirque, où Romulua présidoit sur un magnificpic tribunal. Leurs épouses, leurs filles, prennent place à côté d'eux. Impatientes de voir le sacrifice , elles cherchent des yeux * les victimes : c'étoient elles qui en dé- voient servir. A un signal de leur roi , les Romains tirent leurs épées et ferment toutes les issues. Les Sabines alarmées se jettent LITRE r. 43 dans les bras de leurs pères, de leurs frères , de leurs ëpouz ; mais les farou- ches soldats de Bomulus s'ëlancenf au milieu de l'arène ; et , le glaive à la xnain , les yeux ardents , menaçant les liommes , flattant les iènxmes , ils en-* lèvent les Sabines, comme des lonpS affames emportent des brebis trem- blantes. Vainement ces infortunées jettent des cris perçants et demandent la Bidrt ; vainement nos citoyens fu- rieux , oubliant «pi'ils sont sans dé- fense , se précipitent sur les ravisseurs^ les saisissent 9 luttent avec eux» leur arrachent leur*: épées, et rougissent la terre du sang romain : les Romains, plus nombreux, immolent ceux qui résistent, mettent en fuite tout le reste , vont cacher dans Home leur proie ; tandis que nos Sabins désolés, sanglants, couverts de blessures, ac- cablés de douleur et de honte , revien- nent à Qures annoncer cette affreuse 24 NVMi TonvtLivs. nouvelle et* préparer la vengeance/ . Dhs le premier instant du tumulte f ton père Pompilius , portant sa femme dans ses bras, avoit tenté de s'ouvrir un passage à travers les ravisseurs. Il touchoit à la porte du cirque, quand une cohorte romaine le poivsuit 9 l'ar* rête, luiarracHe son épouse. Pompi- lius jette un cri de rage et de déses- poir. Il s'est bientôt saisi d'une épée , et les Romains qui l'entourent sont déjà tombés sous-ses coups : il court, il frappe , il est frappé. Mais il rejoint Pompilia ; il immole son ravisseur ; il, reprend sa bien-aimée , la presse dans ses bras sanglants, la rassure y la con- sole 9 et malgré les Romains furieux , malgré les traits dont on l'accable, il fuit au-delà du^cirque, en embrassant ta malheureuse mère ^ en la rappellant à la vie , en se félicitant de l'avoir sau- vée. Ainsi la lionne de Numidie, lors* qu'elle apperçoit de loin l'imprudent i I V R ï I. a5 ehasseur qui lui emporte ses petits > furieuse , rugissante , l'œil plein dé sang et de feu , s'élance sur l'infortuné qui abandonne en vain sa proie ; elle l'atteint etle déchire y fait voler autour d'elle SÇ& membres palpitants : mais 9 son courroux faisant aussitôt place à sa tendresse , elle court à ses lion- ceauz , les caresse , pousse des cris de joie 9 passe et repasse sur eux sa lan- " gue encore sanglante , et se couchant pour en être plus prës 9 elle leur tend ses mamelles , tandis que ses muscles tremblent encore de la fureur qu'elle Tient d'assouvir. Tel étoit Fompilius. Malgré ses larges blessures, malgré son sang qui coule à gros bouillons 9 il arrive enfin dans ce temple. Il pose son doux far- deau au pied de l'autel de la déesse ; il supplie Cérès de sauver, de défen- dre celle qu'il met sous sa garde; sa prière achevée , épuisé de sang , do I- 3 26 NITHA POHPÏLITTS. fatigue, de douleur , il tombe «or le m^bre, et expire. Je fis aussitôt enlever ta mère. On la porta dans ma maison,' où elle re- prit ses^ens. Sa première parole fut le nom de Fompilius : elle demande son époux , elle veut le voir , elle veut aller ' le chercher. En vain }' espère la cal- mer , et lui cacher la mort de ton père , en l'assurant qu'il est prisonnier de& Romains : les pleurs que je rersoisy ses pressentiments, tout lui dit que' je la trompe. Elle pousse des cris dou- loureux ; elle rejette tout secoues ; et ^ s'ëchappant de nos bras , elle veut aller expirer Sur le corps de Pompilius. Tant de secousses , tant d^émotie^s ^ précipitçnt Tinstant où tu devois voir . le jour. Les douleurs del'enfantement la surprennent; les cruelles Jlithyes Tacc^blent de tous leurs maux ; elle j succombe : et le moment où tu reçus la vie fut celui de la mort de ta mero. LIVRE I. â7 A ces mots, ^uma se jette dans le sein de TuUus. I^e bon vieillard , qui sent ses cheveux blancs tout mouilles des^lannes du jeune homme, s'inter* rompt pour pleurer avec lui. Bientôt il reprend son récit : Se fis chercher une bounice qui pût rani- zaer ta frêle existence* car tusemblois^ en naissant, ne vouloir pas survivre à tes malheurs; tu poussois des cris la-> mentables, et ton visage livide seâi* blbit annoncer ton trépas. La femme d'un laboureur, la bonne Amyclée^ vint s'offrir ; ses tendres soins, encore plus que son lait, te conservèrent la vie« Alors je m'occupai des funéraillei de ta mère et de son époux. Je prépa- rai un bûcher ; je rassemblai les habi- tants de Cures et de nos campagnes : notre bon roiTaiius, vêtu de deuil ^ •les conduisoit. Soldats, citoyens , la- boureurs , tous pleuroient ton digne père 9 tous faisoieut des vœux pour â8 NUMA POMFZIiITTS. aovL fils. Le corps de Pompilhis fut brûlé à c6té de celui de son épouse. Je tecueîllis leurs cendres dans une urne d'argent ; cette urne fut déposée sur un tombeau , dans l'endroit le plus secret du temple^. Je le yerrai , mon père ! s'écria Numa : Je le verrai y ce tombeau ! il me sera permis d*y pleu- rer , et de toucher cette urne si chère. Oui) mx>n fils, lui dit le grand - prêtre , nous y descendrons aujourd'hui. La mort de tes parents fut vengée. Nos braves Sabins , indignés de l'ou- trage , prennent les armes, et, guidés , par Tatius , ils marchent vers la ville parjure. Les lâches ravisseurs n'osent venir au*devant de notre armée ; ils se renferment dans leurs murs. Tatius les assiège; bientôt, par un heureux hasard, il se rend maître de lacitadelle* Romulus , forcé de conobattre ou d'a- bandonner sa ville , vient présenter la bataille au pied de ce capilole qui doit riTRF I. 2g âit'OXi) rëgner sur l'univers. Tatius l'accepte ; et nos Sabins» brûlant de se baigner dans le sang de ces perfides , (^argent les troupes romaines ayec toute la force que la fureur peut ajou- ter au courage. Les ennemis sont rompus: mais Bomulus les rallie, Bo- mulus résiste seul aux Sabins. Il in- Yoqae à grands cris Jupiter Stator 3 et ce nom sacré et son exemple arrêtent ses guerriers mis en fuite. Les Ro- mains- chargent à leur tour; la honte enflamme leur courage; les^ lances se croisent 9 les boucliers se heurtent 9 l'horreur et le carnage augmentent > les combattants pressés ne peuvent avancer un pas qu'en marchant sur un ennemi'. La Tictoire, long-temps incertaine^ penche enfin du c6té de la jusliee. Notre yaiUant roi Tatius, et son in- trépide général Métius, percent une seconde fois le centre de l'armée ro- 3. 3o îfirMA POMPILI XTS. maine. IjQ. terre est jonchëe demorfâ : •les Sabips vont être yainqiieurs ; c^en est faitj dans. on moment , de Rome et de KomuluS) quand l'événement le plus imprévu vient nous arracher la victoire. Les Sabinesy ces mêmes femmes que les Romains avoient enlevées pen- dant les jeux consuels; les Sabines» les cheveux épars , les yeux noyés de larmes 9 les bras tendus, poussant des cris lamentables, se précipitent au milieu des combattants. Les épées, les javelots teints de sang, le tumulte, le carnage , rien ne les effraie. Arrêtez ! s'écrient -elles : arrêtez ! cessez une guerre plus impie que la guerre civile* Vous combattez pour nous, et chacun de vos coups nous rend veuves ou or- phelines. Si vous nous aimez, vous qui nous donnantes la vie^ n'immolez pas nos époux ; et vous , qui nous ayez juré une tendresse éternelle 9 épargnez LIVRE I. 3l ceux qui donnèrent le jour à yos épou- ses. Songez que nous portons dans notre sein les gages de votre réunion : Romains, vos femmes sont sabines; Sabins , vos petits-fils seront romains. Cessez donc de tous égorger, vous qui n'êtes plus deux peuples, vous qui ne formez plus qu'une seule famille s ou, si la soif du sang vous dévore, com- mencez par rompre , par détruire tous les liens qui doivent vous réunir : im- molez vos filles et vos femmes^ et sur leurs corps expirants acheyez de vous égorger. Ce spectacle, ces paroles, les pleurs, les cris des Sahines , chassent la colère de tous les cœturs. Les combattants s'arrêtent, se regardent, et sont sur^* pns de ne plus se haïr. L'épée de> meure levée sur celui qu'elle mena- çoit; le javelot reste suspendu ; la flè- che tombe de l'arc qui se détend sans la lancer: Les Sabines se jettent sur 32 NUMA PaHPILIUS^ ces armes f et les enlèvent sans effort à leurs pères ^ à leurs époux. Elles s'emparent de leurs mains ^ qu'elles couyrent de baisers et de larmes ; elles layent avec ces pleurs le sang dont ces mains sont souillées ^ elles parrien- nent à les joindre ensemble ; alors cha- que Sabine embrassant à la fois .un Romain et un Sabin^ ellesxapprochent ainsi les visages des deux ennemis^ et les forcent enfin à s'embrasser eux- mêmes* Dès ce moment ^ plus de guerre , plus de vengeance. Les rois se parlent ; ils conviennent que les deux peu- ples réunis n'en formeront désormais qtCuÀ seul ; que Tatius et Romulus , assis ensemble sur le même trône , partageront le souverain pouv(Mr. On jure la p^ix^ on immole des victimes à Jupiter^ au Soleil^ à la Tefre : les deux armées confondues se laissent conduire par les Sabines ^entrent dans tivR'ï I. 33 Borné aîh milieu des a^elaniatlonS;^ et paioiâseÂt plus fieres , plus glorieuses^ d'avoir ëlë yainoues pu* la tendresse^ (pie si eiles avoient triomphé par 14 fureur. Cependant tu croissois sous meîi yeux, et tu passois pour mon fils : je confinnôis moi-même une erreur qui s'accordoit avec mes sentiments com- me avec le vœu de ta mère. Dès J'âge de quatre ans tu me suivois dans le temple, revêtu de la robe d^initiéj tu portois dans tes foibles mains le vase d'or où l'on met l'encens. Ta dou- ceur, tes grâces, enchantoient nos prêtres, qui m'envioient tous le bon- heur de t'avoir donné le jour. Com- bien je l'ai désiré , ce bonheur ! De*- puis quinze ans, Kuma, je ne tiehs à la vie que poi» te chérir ; et quel que soit mon amour pour la vertu , si tu me vois la pratiquer avec zèle , c'est dans l'espoir, mon cher fils, que les dieux t'en récompenseront. 34 KIT M A P^HPXLIUS. 4 Je recueillis Henlôlle fruit dev soins que j'avois pris de toi* Des ta plus tendre enfance , tes qualités s'an- poncèrent. Jamais je n'ayoïs besoin de t'inspirer un- sentiment honnête : lous ëtoient nës dans ton cppur. Les principes de la morale se tsouvoient •grarés dans ton ame avant que je t'es eusse instruit ^ et la raison t'enseignoit tout ce que m'ayoit appris l'expérîeji- oe. S'il m'arrivoit^ pour t*ëpraurer, de te faire une question que j'imagi- nois difficile^ ta réponse étoif .toujours plus claire j plus précise^ que celleque j'ay ois préparée. Souvent, après avoir cru te donner une longue leçon de morale , tes courtes réflexions m'éclai- joient ; en finissant l'entretien y c'étoit l«n maître qui s'étoit instruit. Tu connus toutes les sciences de nos phi- losophes étrusques, et tu me'> disois : O mon père, que tout cela est peu de chose ! et ce peu laisse encore dés LIVRE I» > ■ 3S doutes ! La verla seule est certaine ; le lirre eo; est arec nous, c'est notre coeur : consultons -le à chaque action de notre y le, suivons toujours ce qu^il nous dit^ nous ne pouvons jamais nous égarer. Je t'emBrassois ayec transport ^ et je n'osois te louer. Je craignoispour toi le vice qui dépare toutes les qua- lité, qui eommence par les ternir, et finit presque toujours par les 'détruire r la yaiiité. O mon fils^ prends-y garde pendant tout le cours de ta vie ; sou- viens-toi Hen que c'est elle qui fait le plus de mal aux vertus y puisqu'elle 1^ empêche d'être aimables* ■ Ve te vojois avec complaisance ë- ckapper à ce péril. Chaque jour tu devenois meilleur, et chaque jour plus modeste. Trompe par la voix publi- que, snr^tout par mon proprecœur^ je me crojois ton père, et je «omptois abdiquer en ta faveur la souveraine 35 NUUA' F.0MPILXU5. sacrifioature : tous nos prêtées , tou9 nos citoyens.^ le prévoyoientftvec joie. Depuis trois jours ^ mon fils ^ un ora- cle cëlesle m'interdit cette espérance* Gérés ^ Gérés elle-même y m'apparoit toutes| les nuits ^ et m'ordonne d'une Toiz sévère de l'envoyer à Rome et de déclarer ta naissance. Vainement^ à genoux devant la déesse, j'ai osé lui parleïde mes craintes^ et rappellerle vœu de ta mère. Je n'ai point accepte ce vœu^ m'a répondu la fille de Jupi- ter; Numa ne sera point mon prêtre , ses destins l'appellent plus haut. Nu- ma ix^e servira -toieux sur un trône ^ qu'à l'ombre de mes autels : qu'il mar- che à Hoinie ; que ta tendresse pour lui ne s^oppose plus aux décrets du ciel. Voilà 9 mon fils , le sujet de ces lar- mes que vous m'avez vu verser per- dant lesacrifice. Il faut se soumettre , il faut nous séparer^ Numa : Gérés Tordosne^ nous devons obéir. £ I y A E I. 37 Le tendre Nuina y sans rendre à Tullus , le regarde en pleurant 9 leye les yeux au ciel , et paroit hésiter en- tre son père et les dieux : mais le veil- lard Tencourage; IVumase décide à partir. Il prend la main de Tullus , gu'il serre doucement dans les sien- nes : O mon père I lui dit-il , vous m'a- yez promis de me faire descendre au tombeau de Fompilius , de me lais- ser kaiser ayec respect l'urne qui con- tient les cendres de ma mère. Suis- moi 9 lui répond le grand-pré Ire ; dès ce moment je veux t'y conduire. Alors ils marchent vers le temple. Derrière l'autel de la déesse étoit une porte d'airain dont Tullus seul a voit la clef; il l'ouvre, il descend quelques degrés : Numa le suit en soupirant. Jla arrivent dans un souterrain éclairé par une seule lampe. Là sur un tom- beau de marbre noir, d'une sculpture simple et sans ioscri'ptioh j on voyoit I. ' 4 38 VUHAfOUPILIUS. une urne d'argent couverte d'un voile funèbre. A côte de l'urne étoient uu billet,une épée et des cheveux blonds • Kuma s'ëtoit mis à genoux en entrant dans le souterrain. Tullus soulevé doucement l'urne ; et la présentant au jeune homme : Mon fils y lui dit-il à voix basse y baisez ces restes sacrés ; touchez cette urne 9 qui renferme les cendres de la meilleure des mères et du plus tendre des époux. Ils ont les yeux sur vous dans cet instant, ils vous contemplent des champs éljsées , et préfèrent à tous les plaisirs immortels quiles environnent) le spectacle de la piété de leur fils. Numa ténoit dans ses bras l'urne qu'il baignoit de ses larmes. Il l'ap- prochoit de son cœur, et il lui sembloit que ces cendres si chères se rani* moient. Oh ! qu'il eut de peine à les rendre au pontife ! et comme ses mains suivoient l'urne , quand l'urne s^ éloigna de lui ! I. I V R E I. 39 Tullùs la remet sous le voile. Alors prenant 'l'épëe , le billet et les che- veux : Voici, dit-il à Numa , le glaive qui défendit votre mère et la patrie 9 qui jamais ne fut tiré parla colère^ et n'immola que les ennemis de l'état. Je vous le remets , mon £ls : faites-en le même usage. Que la puissante Gè- res 9 à qui je l'avois consacré 9 fasse tomber sous ce fer tous ceux qui me- naceront Vos jours ! Ce billet fut tracé par votre mère , à l'instant de son tré- pas : il est adressé au roi Tatius y et vous sera nécessaire pour occuper à sa cour le rang dû à votre naissance* Ces cheveux blonds^ai-je besoin de vous dir& que ce sont ceux de votre mère ? elle vint les offrira Cérèsle jour où elle obtint un fils* Numa^por^ tez-les toujours avec vous : les cœurs sensibles ont besoin de ces gages d'a- mqur et de piété. Apres ces paroles ^ ils sortent du 40 NUMÀ POMPILirs. 30U terrain. Numa retourne à la mai- son du grand-prétre^où il prépare tout pour son départ. Il quitte la robe tde lin^ prend- la toge 9 et paroit'plus beau shus ce vêtement. Le pontife le re- garde y et soupire : ce nouvel babit semble lui annoncer des dangers. Il éloigne cette idée , pour s'occuper de pourvoir à ce que rien ne manque à soniilj. Sa tendre prévoyance ie fait penser à des besoiiis qu'il n'aura-pos : il se dépouille pour l'enrichir ; et> dans la crainte d'un refus , il va ca-< cher, parmi les habits de Numa , le peu d'or qu'il a épargné. Loin de lui , j e n'ai besoin de rien^ disoit-il : quand il sera loin de moi^ tout lui deviendra nécessaire. Cependant l'instant omel appro.* che) le char qui doit conduire Numa est préparé. Tullus monte dans ce char avec son fils ^ il vcutl'accompa<« gner jusques ieiu-delà du bois sacré 3 t. I V R E I. 41 c'est alors que sa tendresse lui douno ces derniers conseils : Pardonne-moi^ mon ckerfils, par- donne-moi de tremUer , ente yo jant > si jeune encore, abandonner nos pai- sibles campagnes et l'asjle où ton in- nocence n'eût jamais couru de përil y pour aller habiter une ville redoutable même à l'homme le plus sage. Te Toilà sans expérience , sans guide 9 sans' conseil , sans ami ; car à ton âge on n'a point d'ami, on croit en avoir» et c'est un danger de plus : te voilà jette au milieu de deux peuples qm,, ''réunis par politique , sont divises par caractère , et se régardent toujours comme deux nations distinctes. La haine n'est point éteinte entre les Ro- mains et les Sabîns ; elle ne l'est point entre leurs monarques encore plus opposés que leurs peuples. Talius , le meilleur des rois, ton parent, ton sou- veçain , Tatius , qui fut notre idole 4- 4^ NUMAPOMTILIUS. tant qu'il régna parmi nous ^ bon ^ sensible^ ami de la paix y possède des vertus plus utiles qfie brillantes , il rend la justice^etil fait du bien : voilà sa vie. Bomulus ^ au contraire , (pii , pour acquérir des sujets'^ ouvrit un asjle au brigands , Romulus a con- servé les mœurs féroces du premier peuple qu'il commanda : passionné pour la guerre ^ dévoré d'ambition > tourmenté de la soif des conquêtes , il attaque et soumet tour- à- tour tou- tes les nations voisines de Home ; il n''èstime^ il ne chérit que ses soldats, ne sait que vaincre y et ne connoitpas d'autre grandeur. Hélas ! par une fatalité déplorable, un conquérant est plus admiré qu'un bon roi ; la véritable vertu éblouit moins que la fausse gloire. Tu ne les confondras point ^ Numa ; tu sehtiras combien Tatius est au-dessus de son collègue ^ tu u'abandonAeras pas le t I V R E I. 43 plus Juste des rois ^ le parent, Fami de ton père , le vengeur de Fompîlia, pour suivre un conquërant farouche y encore teint du sang de son frère , et dont Tafireuse trahison causa lamine de ton pays et le trépas d^ ceux à c[ui tu dois le jour. Mais la cour même de Tatiusestun séjour dangereux pour toi. Tu seras dans Home , dont les heUiqueux ci- toyens pardonnent tout à la jeunesse^ hors le manque de courage : et le cou- rage des combats n'est plus que féro- cité, quand il n'est pas joint à d'au- tres vertus. Tu seras valeureux , sans doute; le fils de Pompilius pourroit*il ne l'élre^as ? Mais tes mœurs , ces moeurs si pures^qui t'ont mérité la pro- tection de la déesse , les conserveras- tu, Numa? Crois-moi, je n'ai pas d'in- térêt à'te défendre le plaisir,je ne veux pas te parler le langage austère de mon âge , te peindre la volupté sous des 44 NUM A POMPILItrS. couleurs fausses 6t effrayantes ; non f mon SJs : la yoluptë a des charmes y la nature nous entraîne vers elle ; il faut combattre sans cesse pour lui ré- sister, et plus notre cœur est sensible y hélas ! plus il est, foible. Mais tu n'au- ras pas plutôt cédé 9 que le remords s'emparera de ton ame ; tu perdras cette doupe paix y cette estime , ce respect pour toi-mêxne, qui font le charme de la vie ; ton cœur humilié , flétri , n'aura plus la même énergie ^ le même amour pour le bien ; tu souf- friras en£nleplus grand dessupplices» celui de connoitre la vertu, et d'avoir pu Tabandonncr. Je n'ai jamais yu la cour, ^ ne puis te donner d'avis sur la manière de s'y conduire : mais je connoisles devoirs d'un homme ; et il faut être homme par-tout. Rends aux places éminentes le reçpect qu'on est convenu de leur accorder : rends à la vertu ^ dans tous I. I T li E I. 45 les états 5 le culte que la yertu mérite. Puis les méchants , sans paroitre les craindre : sois réservé , même avec les bons. Ne profane pas l'amitié , en prodiguant le nom d'ami. Fese tes paroles ; et réfléchis ayant d'agir. Sois toujours en garde contre ton premier mouvement, excepté lorsqu'il te por- te à secourir un malheureux. Hes- pecte les vieillards et les femmes s plains les fbibles; et sois le soutien de tous les infortunés. Si la déesse , comme je l'espère 9 te comble de prospérités , tu m'en ins- truiras: ces nouvelles prolongeront ma vie. Si le ciel vouloit t'éprouver par des malheurs^ reviens me trou- ver, 3En parlant ainsi , ils étoicnt arri-^ vés à la sctftie du bois sacré : c'étoitlà que Tullus de voit se séparer de Numa. Le char s'arrête : les yeux du jeun© hojmae se remplissent de larmes. Pu 46 NTJMA POMPI LIUS. courage ! lui dit le vieillard ; du con- rage ! Numa y nous nous reverrons , nous nous reyerrons bientôt : le tra* jet d'ici à Kon^e est court ; tu revien- dras au temple:nioi-mênie.« . Ah! mon père ! s'écria Numa fondant en lar-^ mes^ sans doute je vous reverrai : mais je ne vivrai plus avec vous ; mais je ne vous verrai plus à tous les instants de ma vie. hes longues matinées s'é^ couleront sans que mon père m'ait embrassé ; le jour finira sans que Nu- ma vous ait entendu* De quel bon- heur je jouissois auprès de vous ! je ne l'ai pas assez senti , je n'en ai pas assez remercié les dieux ! C'est à pré* sent... Allons, mon fils ^ interrompit Tul-» lus d'ane voix qu'il vouloit rendre sé- vère ^ obéissons à Cérès, et ne mu)r- murons pas contre elle. £h quoi ! je suis le plus vieux ^ je suis le plus.foi-* ble^ et c'est moi qui vous encourage ! L I V K E I. 4^ Crois-tu que je ne souffre pas autant que toi ? Penses - tu que mon triste cœur... ? A ces mots , sa voix s'éteint , sa force l'abandonne^ il tombe dans les bras de Numa,etl'arrose de ses pleurs. Mais reprenant sa gravité : Adieu , mon £ls , lui dit-il ^ vous reviendrez me voir dans peu de temps y ou j'irai moi-même vous chercher à Home. Adieu , n'oubliez pas Tullus. £n di- sant ces paroles , il s'éloigne , et reii- tre à pas précipilés dans la forêt. Numa, désolé , restç les bras ten- dus^ lui crie trois fois , adieu ! le suit de l'œil plus long-temps qu'il ne peut le voir ; et laissant flotter les rênes de ses coursiers ^ il prend le chemin de Borne. riN DU LIVRE PREMIER. SOMMAIRE- DU LIVRE SECOND. NUMA , parti pour Rome, a^anête ef «Vndott dans un bois ; il a un songe mysté- rieux. Il cntînue sa route. Description <îe la campagne de Rome , et de eette ville guerrière. Accueil que Tait Tatîu,s à Numa. Caraeterea de ce iion toi , de sa fille Tatia , do Romulas , et d'Hersilie , fille de Romulus. Numa ren- contre Hersilie ; il «^enflamme pour elle. Premiers eOets de sa passion. Retour et triomphe de Romulas. il! I ,1 LIVRE SECOND. NuMA s'ëloignoit à regret du lieu quil'avoit vu naîtjce^ mille pensëes douloureuses Fagîtoient. «Tabandon- ne mon père , disoit-il^dansFâge où il avoit besoin de ma tendresse : je renonce à des devoirs , à des loisirs doux à mon cœur : je quitte les com- pagnons^ les amis ^e mon enfance y pour aller habiter un pays où per- sonne nemi'aimera. Ah ! je sens bien que je n*y pourfai vivre ; je languirai comme un jeune olivier transplanté dans un terrein qui ne lui convient pas : le soleil et la rosée lui sont inu- tiles y ses feuilles flétries tombent le long de ses branches , ses racines ne prennent plus de nourriture; il a com- mencé de mourir en quittant la terre qu'il aimoit. Le jeune voyageur , accablé de ces I. 6 .1 * 5o 'WUMAPOMPÎLITTS. idëes^n'avoit encore fait que deux milles lorsqu'il entra dans un bois dont la fraîcheur invitoit au repos. Attire par le murmure d'un ruisseau qui serpentoit sous l'ombrage ^ il ar<» rête ses coursiers , les abandonne à deux esclaves , et remontant jusqu'à la source du ruisseau, il arrive aune fontaine consacrée à Pan. Il fléchit un genou devant la statue de cedieu^ lui demande la permission de se dés* altérer dans sa fontaine : après avoir rafraîchi ses lèvres brûlantes , il s'as- sied sur le gazon, et s'endort au bord de l'eau. Pendant son solnmeil, il eut un songe. Il lui sembla voir un char at- telé de deux dragons , qui voloit vers lui du haut de la nue. Dans ce char étoit la déesse Cérès , couronnée d'é- pis, portant une gerbe et une faucille. Elle vient sa placer sur la tête de Numa ; et le regardant avec des. yeux pleins de bonté : X.XY111: IL 5ï Fils de Fompilia^ lui dit-elle > j'ai- xnai ta mère 9 et je veille sur toi. Quel que soit le yœu que tu yas former ^ j*ai résolu de l'accomplir : parle, dis- moi ce que tu desires le plus;tùl'ob- tiendras à l'instant même. Ah! s'écria NvansL sans hésiter , que Tullus soit rajeuni , qu'il recommence une nou- yelle vie, et que jamais.. .^ Ta deman- de^ interrompt la déesse^ est au-dessus de mon pouvoir. Jupiter , Jupiter lui- même > ne peut prolonger d'un ins- tant les jours d'un simple miortel. hm «ruelles parques ne lui sont point f soumises : elles ont 'tranché le fil d« Persée , d'Hercule , des enlants les plus chérie du m^tre des dieux,quand le Destin, plus fort que laou père , a voulu quHls cessassent de vivre. For* me des vœux pour toi -même : en de« mandant ton bonheur > c'est deman-» der celui de Tullus. £h bien 1 favorable déesse ^ rendez^ 52 NUMA l'OMPILIVS. moi digne de lui 3 faites germer dans mon cœur les leçons de ce Ténërable vieillard; donnez moi la sagesse ; Tul- lus dit que c'est le bonheur. «Tavois préru ta demande , répond Cérës^et faipriéma sœur Minerve de te combler de ses dons. Ne t'at* tends pas cependant à devenir son fa- vori , comme le fut le fils d^Ulysse. Non , mon cher Numa ^ aucun mor- tel ne doit se flatter d'approcher du divin Tëlémaque. C'est le chef*d'œu- ^e de Minerve ; elle«lnême ifL^oseroit 9 tenter d'ëgaler son propre ouvrage» Mais heureux encore celui qui mar- chera d« loin sur ses traces ! heureux le jeune hétos sur qui la déesse lais-* sera tomber quelques regards , et qu£ occupera le second rang , quoique si éloigné de son modèle ! A ces mots 9 Numa se croit trans- porté dans le temple de Minerve. Il veut pénétrer jus^'à la dée^e y mais LIVRE H, 53 un nuage d^or lui ferme le sanctuai- re , et lui dérobe la vue de la divini- té. C'est en vain qu'il fait des efforts pour percer ce nuage ; c'est en vain cpi'il implore le secours de Céthst Cérès rejette ses prières , et lui fait signe d'écouter. Alors- Minerve parle du milieu de la nue; Numa tombe . à genoux, le visage prosterné sur la terre : il croit entendre la Sagesse y ' qui IHnstruit de tous ses devoirs ; il éprouve à la fois un saint respect et la douce persiiksion. Mais quand il relevé les yeux, pour rendre grâces à « la.déesse , le temple , le nuage ont dis- paru. Numa se trouve au milieu d'un bois, il ne voit plus qu'un berceau de verdure sous lequel une jeune nymi- phe , vêtue de blanc , assise sur le ga-- zon,lisoit attentivement. La paix, la candeur , reposoient sur son visage ; la modestie, la douceur, la majesté, l'en- TJronnoient : telle ou représcnteroit 5. 5% N U M A P O M P I L I U S. Astrée méditant le bonheur des liu- ^ maÎDS. Kuma $ qui se sent attiré vers cette njmphe par un charme irrésis- tible, demande à Cérès quel est cet oh* jet sibeau : Ci§rës lui nomme Égérie ; et tout disparoit à ce nom. La surprise, l'émotion , que ressen- tit J^uma^le réyeillerent. !&icoretout agité d\i songe mystérieux , il a peine à retrouver ses sens: il regarde autour de lui ; il ne voit que la fontaine de Fan , les arbres , le gazon , le ruisseau au bord duquel il s'est endormi. Ne f doutant pas cependant que le songe qu'il a fait ne lui ait été envoyé par Jupiter ^il adresse sea vœux au msù* tre du tonnerre , promet un sacriiîce à Minerve, à Cérès , sort du bois , et remonte sur son char. H marche j il traverse le pays des Fidénales, et arrive bientôt sur le ter- ritoire de Rome. Il le distingue aisé- ment de celui de ses voisins : les cam- I.ITRE II. . 55 pagnes y sont désertes ; les teires in- cnlies n'jr produisent que de Tivraie ; les troupeaux foibles, dispersés, jtrou» vent à peine leur nourriture : point de moissonneurs qui recueillent les présents de Cérès ; point de glaneuses qui suivent en chantant la famille du laboureur; point de berger qui, sur le penchant d'un coteau , tranquille ^r ses brebis que son chien fidèle enipê« che de s'écarter^ chante sur sa flûte la beauté d'Amaryllis^ ou les douceurs de la vie champêtre. Tout est triste , mdme^ silencieuz.Les villages dépeu^ plés n'offent que des femmes et des vieillards. Celle-ci pleure son époux, celle-là son frère ^ tués dans les oom* bats. Ici , c'est un père accablé parles années qui va mourir sans consola- tion et sans secours : il n'a plus d'en- fants ; le dernier vient de lui être en- levé pour servir dans l'armée de Ro- mulus. Ce vieillard au désespoir jette 56 NUMA POMPILIUS. des cris plaintifs, se meurtrit le vi- sage , arracHe ses cheveux blancs y et maudit les armes de son roi- Là , c'est une mère qui fuit avec le seul 61s qui lui reste ; elle est sûre qu'on viendroit l'arracher de ses bras : elle aime mieux quitter son pays, sa maison, le champ quilanourrissoit, pour aller mendier du pain chez un peuple qui lui lais- sera du moins son fils. Par-tout la tristesse, la pauvreté, la désolation ^ • étalent leur affreuse image ; et les s^-- \çU deRomulus, depuis que leur maî- tre connoit la gloire, ne connoissent plus ni le repos ni le bonheur. Odiûux immortels, s'écrioit Ku- ma , voilà donc ce peuple si fier , si envié de ^^^ voisins , et que s^s vic- toires rendent déjà si célèbre, si re- doutable \ le voilà malheureux y pau- vre y ce^t fois plus à plaindre que tous ceux qu'il a vaincus ! Tel est donc 1^ prix de la gloire î ou pluiôt , telle est 1. 1 Y R E I I. 57 la justice céleste ; les dieux ont youlu que les conquérants souffrissent eux* mêmes des maux qu'ils font , et qu'ils achetassent de leur infortune celle dont ils accablent leurs voisins. Numa comparoit alors en lui-mé* xne le bonheur dont jouissoient les paisibles Sabins, l'abondance, la gaie- té, qui régnoient dans leurs campa* gnes , avec le spectacle qui frappoit ses yeuXé II se rappelloit tout ce que Tullus lui ayoit dit de la guerre ^ il adressoit des vœux aux immortelis pour qu'ils fissent naître des rois pa- • ciâques ^ quand tout-à-coup l'aspect de Borne vie^^t frapper et étonner ses regards. Ce mont Palatin^ l'ancien asjrle des pâtres et des troupeaux, maintenant bordé de murailles , hé- rissé de tours menaçantes ; ces fossés larges et profonds qui en défendent l'approche ; ces remparts inaccessi*^ blea 5 et ce fameux capitole qui do<4 i 58 NUMAPOMPiLnrs. mine toute la yille ^ sur le haut du^* quel on distingue le temple de Jupi- ter y tout en impose à iTf uma : il re* garde , admire , et s'ayance. Les portes sont occupées par une foule déjeunes guerriers,couyert8d'ar« mes étincelantcS) appuyés sur leurs lances > la tête haute , et rejettant en arrière le panache qui ombrage leurs casques.Ils semblent déjà sayoirqu^ils doiyent soumettre le monde ; et leur air belb'queuz glace d'eifoi ceux mê« me qu'ils ne menacent pas. Numa pénètre dans la yille : par<-tout il yoit l'image de la guerre ; par -tout il en- • tend le bruit des armes^Ici , c'est une garde qu'on releye ; là 9 de jeunes sol" dats qu'on exerce : plus loin f l'on ac- coutume des coursiers au son aigu de la trompette. Les métaux coulent dans les fournaises ; les boucliers , les cuirasses, résonnent sur l'enclume; l'airain gémit sous les marteaux. Il LITRE II. 59 semble que tous les feux de TEtna soient allumés dans Borne, et que les C jclopes y travaillent à forger des cJiaines pour l'univers* Numa 9 peu accoutumé à ce bruit , éprouve une surprise mêlée d'effroi* Il est impatient de voir Tatius; il de- mande son palais : on le lui indique , il éloit dans le quartier de la ville le moins bruyant. Le bon Tatius éloi- gnoit de lui les soldats : il vouloit être aimé, et non gardé ; en tout temps 011 pouToit arriver jusqu'à lui , et l'on trouvoità sa porte plus de pauvres que de courtisans. Numa est admis devant le bon roi^ il prononce le nom de Tullus , et présente le billet de la malheureuse Pompilia. A peine Tatius l'a-t-il lu , que , jettant un cri de joie, il se pré- cipite au cou du jeune homme. O jour heureux pour moi ! s'éciie-t-il ; que ne dois-je pas au pontife qui me i 60 NtrMA POMPItltrs. rend le fils de mon plus tendre ami ! Oui, je reconnois bien les traits du brave Pompilius; y oiU ses jeuz^voilà son air doux et caressant. Tu m'ai' meras comme il m'aimoit ; jefespe- re y j'en suis certain. Ma vieillesse est réjouie de ta vue ; je me plaignois aux dieux de n'avoir qu'une fille^ les dieux m'envoient un fils. . £n disant ces paroles , il embrasse de nouveau Numa 9 et fait appeller Tatia , sa fille ; Tatia , moins remar- quable par sa beauté , que par sa dou- teur^ par sa modestie, par sa tendresse pour son père. Elle vient; Talius lui présente Numa: Voilà ton frère, dit-il; voilà celui que tu dois aimer comme le soutien et l'appui de ma vieillesse ; voilà le fils de Pompilius dont je t'ai si souvent parlé. O jours de mon bon- heur ! avec quelle rapidité vous vous êtes écoulés ! Numa , tu me le rap- pelles p ce temps où , tranquille dans ) rivAE II. 6i la Sabinie , roi chén d'un peuple que j'adoroîs, père , ëpouz, ami heureux, je voyois couler les années entre la mère de Talia , Pompilius et le, sage pontife. Ma famille , j'appellois ainsi mes sujets y n'ëtoit point assez nom- breuse pour et Bomûlus ne sait estimer que la va- leur. Sa fille y élevée par lui dans le tumulte des camps , sa fille n'a pu se défendre d'un peu de rudesse. Elle a l'orgueil de Junon , comme elle en a la' beauté ; et en acquérant le courage et la force de notre sexe ^ elle semble avoir perdu de la douceur , de la bon- té y qui sont le partage du sien. A présent que tu connois Romu- lus etHersilie , tu seras le maître de te fixer auprès d'«ux ou auprès de nous y dans leur camp ou dans mon palais. Je veux être ton ami 9 ton père, si tu me^permets ce doux' 90m; mais tu seras, toujours ton maître: pourvu que tu m'aimes^ et que tu sois heu-> reux, Talius sera content. Kuma renouvelle au bon roi l'as- surance de sa tendresse. Son cboiz est fait^ son parti pris irrévocable- LITRE II. &J ment : il ne veut jamais quitter l'ami de son père , le roi de sa nation, celui que Tullus lui a donne pour modeler Il lui répète cent fois que rien ne le fera changer^qu'il verra d'un œil d'in* différence et les appas d'Hersilie et la gloire de Romulus : il le jure par tous les dieux. La modeste Tatia entend avec joie ces sermen ls« ' Après quelques jours donnés à la tendresse de Tatius, Numa^ qui n'a pas oublié le songe qu'il a fait y ap- prend que le temple de Minerve est au milieu d'un bois sacré , appelle le bois d'Egérie. Surpris de cette con- formité avec ce qu'il a vu pendant son sommeil^ il court à ce bois peu dis- tant de Rome ; son cœur palpite en marchant sous les voûtes sombres de verdure. Un silence religieux y règne, le zéphyr agite à peine ces hêtres touf- fus, ces antiques peupliers qui élèvent leur têtes dans les nues 5 et l'on n'en* 6B NirMAPOUPii.ius. tend qne le murmure lointain de leurs rameaux pressés mollement l'un con- tre l'auâre. Numa s'avance yers le temple où il doit porter ses yœux. Son esprit in- quiet lui rappelle la n jmphe : il n'ose espërer de la reIrouTer; cependantses yeux la cherchent^ quand, sous un berceau de verdure^ semblable à celui qu'il a vu en songe ^ Numa découvre une guerrière , couchée sur le gazon , et profondément endormie. Sa tête désarmée a voit pour appui son bou- clier , son casque étoit auprès d'elle ; de longues boucles de cheveux noirs retomboient sur sa cuirasse ; et ren- doîent plus éblouissante, sa beauté majestueuse. Deux javelots repo~ soient sous sa main ; une riche épée pendoit à son côté; sa robe, retroussée jusqu'au genou , laissoit voir son co- thurne de pourpre , attaché avec une LIVRE II. 6g ' agraffa d'or. Ainsi la soeur d'ApoUon, après avoir Tuidé son canpioisdansla forêt d'£rymanthe,vient se reposersur Je sommet du Mënale; les nymphes, les dryades , veillent autour d'elle ; le zéphyr craint d'agiter les feuilles; et le visage de la déesse conserve^même pendant son sommeil y cet air sévère et belliqueux qui , loin d'altérer sa beauté, semble en relever l'éclat. Telle et plus belle encore étoit la guerrière. Numa la prend pour Pal- las : il tombe à genoux devant elle , veut prononcer des vœux, et ne peut retrouver l'usage de la parole. Sa lan- gue est attachée à son palais; sa bou- che reste à demi ouverte; ses bras de- meurent étendus vers celle qu'il con- templé ; ses yeux fixes et éblouis la regardent sans mouvement. D^ns cet instant , la guerrière se réveille, elle apperçoit ^uma:aussitôt 7© NTTMA POMPILÎXTS. elle est debout. Déjà son casq[ue ter-* rible couvre sa tête, déjà elle agite ses javelots ; et sa voix haute et mena- çante fait entendre ces paroles : Qui ^e tu sois, jeune téméraire , qui viens troubler mon sommeil , rends grâces au destin qui t'offre à moi désarmé. Si tu pouvois te défendre ^ ce bras pu* niroit Ion audace. O déesse , lui répond Numa , ap« paisez votre courroux ; j'allois dans votre temple vous offrir mon cœur et mes vœux : je vous ai vue, mes genoux tremblants se sont dérobés sous moi. La présence d'une divinité terrasse un malheureux mortel ; et si c'est un crime de contempler une déesse, son- gez que mes yeux éblouis n'ont pu soutenir votre vue. Ces paroles firent évanouir la co' 1ère de l'amazone. Elle baisse la poin* te de ses javelots et regarde Kumaea LIVRE IL 71 souriant: Hassurez-vous^ lui dit-elle , je ne suis point une divinité. Le grand Romulus est mon père ; je vais an- noncer à Borne la victoire qu'il vient de remporter. Continuez votre che- min vers le temple : allez, jeune hom- me^ allez demander pardon à JV^er- re d'avoir cru la voir en me voyant. A ces mots ^ elle frappe sur sou bouclier : ce bruit fait venir sa suite. On lui amené son superbe coursier ; elle s'élance sur son dos^ lui fait sen- tir l'aiguilloq ^ et fuit plus vite que le vent. Kuma demeure immobile , inter- dit, frappé d'une surprise , d'une ad« mîration qu'il n'a jamais éprouvée. Ses regards suiventHersilie aussi long- temps qu'ils peuvent la distinguer; elle a disparu , qu'ils la suivent enco- re. Mille pensées confuses remplis- sent son ame ^ tontes ses idées se pré- 72 NUMA POMPILIUS . sentent à la fois à son esprit. Il citer- che à sortir de ce trouble ; plus il fait d'efiForts, plus son trouble augmente. Ses yeux reviennent sur cette place qu'Hersiliea occupée ; ils ne peuvent s'en détourner : Numa croit l'y voir encoi^ ; il croit encore l'entendre. Chaque mot qu'elle a dit retentit à son oreiUe; chaque geste qu'elle a fait lui est retracé par son imagination. Cet air grand et majestueux, cette taiUe si haute et si noble , et ces longs cheveux noirs ^ et ces traits si fiers et si beaux ^ tout est présent à Numa. Lbur image plusbelle encore s'est gra- vée au fond de son cœur, elle se ré- iléchit dans tout ce qu'il voit. Ah ! le voilà expliqué , s'écrie-t-il, ce songe qui m'a voit tant frappé ! Je suis dans le bois d'Égérie ! voilà le ber- ceau que j'ai vu ; et cette beauté cé- leste 9 dont les alfraits m'ont ébloui , LIVRE IL 73 ^est Hersîlie : n'en doutons point O "Hersilie ! Hersîlie ! Que j'aime à pro- noncer ce nom ! Bans le trouble af- freux qui m'agite^ mon ame ne sent un peu de calme qu'à l'instant où je nomme Hersilie. Eh ! e% ac- tions : son cœur 9 son esprit , sa mé- moire, toutes s^^ facultés lui suffisent à peine pour Hersilie ; son cœur ne , peut plus produire d'autre sentiment que Tamour. O malbeureux jeune bomme, il n'est donc plus d'espérance ! Un seul jour, un seul moment a détruit le fruit de tant d'années de leçons. Le Toilà, ce favori de Cérès, ce fils de FompiHa , cet élevé 4u vénérable Tul- lus , cet exemple de sagesse réservé à de si bautes destinées^ le voilà deve- nu le jouet d'une passion effrénée > l'esclave de désirs insensés ! Il rejette tous les dons que lui prodiguoit le 78 NUMA POMPILIUS. cîel , pour courir après une vaine ap- iJarence de bonheur, qui fera le tour- jnent'de sa vie. Son courage est abat- tu', son esprit aliéné ; son corps a per- du sa force : il n'a ni vertu ni raison ; ii va périr , comme un frénétique y sans connoitré le mal qui le fait expirer. Cependant Romulus , vainqueur des Antemnates ^ ramenoit à llome son armée : il a voit tué de sa main le roi Acron , son ennemi. £e peuple ro- main luipréparoitun tridinplièqùi de- voit servir de modèle à ceux que Ton accorda depuis aux vainqueurs de iumvers. Le roi Tatius, h là tête (ïe tous les citoyens vêtus dé blanc, vient au-de- vaut de son collègue. Le feu brûle déjà sûr l'autel de Jupiter Fér^trien ; les pbntifes^ lés aruspices^ attendent le triomphateur, avec des palmes dans lés mains. Le chemin qui mené au ri V R E 1 1. 7g capltole est par- tout jonché de fleurs • les portes des maisons sont ornées de couronnes : les femmes romaines, en habits de fêtes^ portant leurs enfants dans leurs bras, les pressent contre leurs visages , excitent leur joie par de tendres caresses, et leur répètent cent fois qu'ils vont revoir leurs pè- res vainqueurs. Bientôt on découvre de loin les brillantes aigles ; on entend déjà les trompettes : mille acclamations leur répondent. L'armée s'avance ; et Ton distingue le^rand Romulu^, debout sur un char magnifique. Quatre cour- siers^ blancs comme la neige , sont attelés de front à ce char : à leur air fier, à leurs hennissemens, on diroit qu'ils s'enorgueillissent des exploits de leur maître. Revêtu de la robe triom- phale, le front ceint d'une couronne de laurier , Homulus porte dans ses 8o NUMA FOMFXLIUS. Bras un chêne qu'il a taillé, et auquel sont appendues les armes du roi A-. cron : ce poids énorme ne fa ligue pas le triomphateur. Devant lui marche la famille du roi vaincu, velue de deuil j portant des fers^ baissant des yeux noyés de larmes. Une foule d'es- claves^ courbés sous le poids dul>u- tin y entoure le char du vainqueur ; ses braves légions le suivent, en pous- sant des cris de joie ; et les échos d'a- lentour répètent en longs accents la gloire de Komulus. Il s'avance : il monte au Capitole, au travers d'un peuple enivré de ses succès. Arrivé au temple de Jupiter, il s'élance de son char^ sans avoir quitté'le chêne : la terre gémit de son poids ; les armes d' Acron se choquent , et retentissent au loin. Bomulus mar- che à l'autel ; il dépose son trophée devant la statue du dieu. O Jupiter, iiVRE IL 8i s'ëcrie-t-îl^ reçois les premières dé- pouilles opimes que les Romains te coosacrent ! fais que ce beau jour soit à jamais marqué dans les fastes de mon peuple ; qu'il se renouvelle sou- vent; et que mes descendants^ à mon exemple^ appendent à ces voûtes sa- crées les dépouilles de l'univers ! Après ces paroles^ il saisit un tau- reau furieux^ que vingt sacrificateurs pouvoient à peine contenir : le roi ^ d'une main^ l'entraîne à l'autel, le fait tomber sur les genoux > arrache quel- ques poils de son large fronts l'immo- le; et les prêtres acheventle sacrifice. Quand la victime est consumée , Komulus sort du temple; et s'adres- sant à ses soldats : Romains^ leur dit-il^ qu'est-ce qu'une victoire , tant qu'il reste des ennemis ? Les Antemnates sont défaits; mais les Volsques^ mais les Herniques^ et ces braves Marses^ Ca NTTMA POMPILIirs. seuls dignes de vous coiiibàttrë) n'ont pas encore reçu le joug. l'eiSéz-vous prêts à marcher contre eux. Kous triomphons aujourd'hui , demain nous irons mMter un triomphe. Demain» je vous mené contre les Marses y au secours des Campaniens mes allies. Homains, je vous donne ce jour tout entier pour emhrasser tos femmes et vos enfants : mais dès (pie la hrillante aurore paroîtra sur son char vermeil » soyez en armes au champ de Mars: votre foi s'y rendra le premier, et nous irons apprendre à l'Italie que des> vain(pieurs n'ont jamais Besoin de repos. Toute l'armée répond par des cris de joie. Les légions portent leurs ai- gles dans le palais de Homulus; une garde choisie veille siir ce dépôt sa* cré, tandis que lés soldats, rendus à leurs familles, reçoivent les emhras*» XZTS.E II. 83 sements de leurs mères, de leurs ë- •pousesy et que la tendresse et l'amour se félicitent d'arracher un jour à la gloire. • XIV J3V ilVRJE SECOND. SOMMAIRE DU LIVRE TROISIEME. N n K A , brûlant d*amoar ponx Henili^y veut la anivre dana les oombata. Tatiua lui donne dea armes , et va le présenter à Tamiëe. Transports des vieux soldats aabina en voyant le fils de Pompilius. Tarins veut le suivre à la guêtre; mais le peuple, conduit par Tatia, fait changer cette lësolution. Départ et marche de Tarmëe. Romulus joint son allié le roi de Cam- pante. Description du camp de ce prinoe. Ro- mains se sépare de lui. Arri^ et discours dea ambassadeurs des Uaraes. LIVRE TROISIEME, LjIë triomphe de Romnlns achera d'eniyrer Numa. Son ame, àéJB en proie à tons les feux de l'amour, s'en- flamme encore au nouyeau spectacle ^i la rayît. La gloire , avec tout son éclat 9 vient se présenter à lui , comme le plus sûr moyen de mériter Hersilie. A peine a-t-il conçu cet espoir , que Nama brûle d'être un héros ; et deux: passions y dont l'une sufBt pour trans- porter une grande ame^ se réunissent et embrasent son jeune cœur. Tatius rentre dans son palais. Nu- ma le suit en soupirant. Il voudroit tout lui révéler ; mais il craint les re- proches du bon roi : il le regarde^ et se tait. Gomme on voit un enfant ti- mide suivre sa mère à pas inégaux y la retenir doucement par son voile , fixer sur elle des yeux no jés de pleurs , I. 8 -\ 86 KUXA PQMPII.IirS. et lui demander , sans rien dire , de le porter dans ses bxas : ^insi Niujia soi- Yoît Tatius. Le bon toi s'azn^te » et lui ouvre aon seif : l^arle^ i^ioii filsj lui dit-il; que puis-je faire pour toi? Tes désirs seront satis&its pour peu cpi'Us soient en ma puissance. Olnon pçre, lui r^po|i4 l^m^a , Id ciel ifi'est témoin que je parlois d^a- "pjçhs mon çoQur, quand je fpnnois le projet de coiittaprçr ma vie entière à prendre sqin de votre vieUlesse, à m*ef- forcer d'^cqu^rir vos yertilB : mais j'ai ru tnomptier lUmi^luSy et j'ai senti paître dans mon ame un sentiment qui m'étoit incç^nn. L'amour de la gloire m'enÇaniime, la soif d^i com- bc^ts me dévore. Oui, je 91Û9 de votre sang, je si^s^lefils^ de foipapilius. A mon âge , vous çt moja père saviez 4^ja gagné d^es batailles; à i^çuo^ é^ge, voiu aviex ceiat^ostç^e^de cekurie; 4o«t tIVRE III. 87 )é stài àfkâdê; ëi moi, fils ineounU da htayë Pômpilias, moi , le panrent , Tami du yaillânt roi dès SaBf ns, je n'ai encore îiïàmolé que dès victimes. ! O mon p^rè, f embrasse vos genoux y permette! que je vous imite ; souffrez que je suive Ronnilus^ qtit je devienne nn hëro^/^cotàme vous et comme mon peré. 1$^ ^ononçant ces paroles , il se jette aux pîeds du vieillard , et baisse la tête pour cacbér sa rougeur. Bassure-toî, lui dit Tatius, je tô pardonnereîs même une faute ^ corn* ment pourrois- je té punir d*uli senti- ment que j'estime? fîëlas ! ma ten- dresse pour toi mi'auroit fait préférer sans doute d'e te rôit couler une vie paisible, à l'abri de mon trône , et danS mtm sein paternel : ihai^ je suis Sabïù ; éomme toi, je sais combien la gloire 9 de cbarmes. Numa, ton courage me plait ; je verse pourtant des pleurs , ea 88 NUai^A POMPILZUS. te voyant ai jeune encore youloîr ^f* fronter les hasards de la guerre la plus dangereuse que Romulus ait entre* prise ; car ^ je ne yeux pas te le cacher, les ennemis qu'il a vaincus ne sont rien auprès de ceux qu'il va comhat- tre. Les terribles Marses, indomlës jusqu'à ce jour, sont des sauvages d'une taille gigantesque et d'une force prodigieuse : ils sont armés de mas- sues semblables à celles du grand Al- cide ; et l'on dit qu'ils trempent leurs flèches dans des herbes venimeuses, nées sur les bords de l'Aveine. Cha- que blessure donne la mort : et quelle douleur pour moi...! Quelle gloire^ interrompt Numa en se relevant, quel bonheur pour vo. tre fils d'apprendre ce noble métier contre de si dignes adversaires ! Vous Tojez à présent que je suis le favori des dieux , puisqu'ils m'inspirent de fuivre Komulus, au moment où Ro« LZYKE II !• ^ XBuIus ya couiir les plus grands périls* O mon père ^ c'en est fait: ce que vous Tenez de m'apprendre me détermine ; et l'honneur vous fait une loi de me laisser voler aux combats. En achevant ces mots 9 une flamme céleste brille dans ses jeux ; l'accent de sa voix devienlplus fort ^ plus éner- gi(pie ; sa taille ^ tous ses mouvements , prennent un air de noblesse et d'au- dace : tel Achille , déguisé en femme parmi les filles de Lycomede^ s'élança sur l'épée qu'tJljsse fit briller à ses yeux y et découvrit son sexe et son courage par un transport involon- taire. A ce mouvement de Numa ^ Ta- tius éprouve lui - même une émotion dont il n'est pas maître : Oui > mon fils 9 s'écrie-t-il pleurant de joie : tu iras combattre les Marses , et ton père t'accompaguera. Oui^ je te guiderai dans les batailles; je te donnerai les G. 90 NU M A POMPtilUS. premières leçons de l'art des hêrog, Kepesse pas que la vieillesse ait é- pmsë toutes mes forées : éelte mais peac encore lancer un jarelot : ee bras peut soutenir un bouclier. rTestc»*^ piusyieux qtie moi ^ ap;[ffénoit à> vain- cre à son cher Antilo^ft^ : je ne VAvtx pas Nestor jmaisiln'aimoitpasmieux son -fils. Il dit : Nnma se jette dans ses htfÊs ; il est prêt à lui dëcoiiTrir sa passion pour Hersi'He ; mais, dans la crainte d'afioîblir l^esliine du hoSk roi en lui aTOuant que la gloire ne règne pas- senle es son cemr , il remet à un- au- tre temps un aveu si difficile. Tatiusy occupé de iùû nonyeau projet , court redemandisr aux pitoes de Jupiter ses vieilles armes , qu'il a- voit consaevées au* dieu; Il les revoit avec les mêmes transports qu'il ^prou- voit dans sa< jeunesse. O Jupiter, s'ë- crie-^•il^ ai le sang de mes nombreuses tïVRE III. gi TictiUiés a ruisselé sur tes autels, sî inôn coerur ne t'a jamais ofiTensé, mê- fné par* dés pensées criminelles^ rends^ moî^rends^moî jpour tpielques instants là fotcife que j'aVois aati^ois , i^and lé Êuronche Bliamnës vint attaquer les Sabins, àla tètêf défses Hernîques. Il méprisa ma jetînesse^ il me défia au combat; et me lançant im énoïme^ javelot ■, qu'aùeï^ Homme* d'aujour- d'hui rie pDurroït lancer, il crut fixer' xitùn corps à là terré ; mais j*évîf âî ce €n>up terrible ; je me précipitai sur' Hlrâmnës^ et trois fois j'enfoùçai dans «on flanc nton épée toute fuman(6. O Jupiter, encore queli^ues jours de' gloire, je descendrai content dans le toiïibeati!* Tels sout les vœux de Tatius. Sa fille est à peine instruite de son des- sein , qu'eïle vient le supplier d'y re-' nonce)*. Ses prières, ses larmes sont vaines rl'infortunéeTatia voit détruire 92 NU MA F0HPILXÙ5. dans im moment toutes les illusions de bonheur qu'elle s'étoit formées. £lle ne s'est que trop app^çue de la passion de Numa : sans se plaindre > sans s'avouer à elle-même ses cha- grins^ en pleurant le départ d'un pare y elle pleure encore d'autres douleurs. Kuma ue songe qu'à Hersilie et aux apprêts de son dëpart. Il n'a point d'armes ; l'épée de Pompilius est la seule qu'il possède. Tatius Ta choisir lui-même dans les arsenaux deHo- mulus une cuirasse étincelante dont le métal est incrusté d'or. Le casque^ encore plus magnifique^ est surmonté d'un sphinx d'un admirable travail ; deux panaches couleur de pourpre flottent au-dessus de ce sphinx. Le bouclier^ composé de sept cuirs do bœuf revêtus de quatre feuilles d'or, d'argent > de cuivre et d'étain^ fut fait jadis pour le roi Procas par l'habile JÉgéon , qui représenta sur ce bouclier l'histoire du pieux Énëe. Zr Z V R E III. ^3^ Content de ces armes ^ Tatius les fait porter devant Numa : elles ren- dent un son terrible qui glace d'effroi ceux quii*entendent, et redouble Far- deurdu jeune bëros. r^uma les con- temple", les toucbe ; il se plaît 'à les faire retentir : il en est bientôt cou- vert ; sa beauté naturelle en reçoit un nouvel éclat. Son cœur palpitç sous Fairain , ses yeux brillent du feu du courage : tel un jeune coursier , qui du milieu des prairies entend pour la première fois la trompette, levé sa tête orgueilleuse , ouvre ses naseaux fumants, dresse sa crinière ondoyan- te, et répond par des hennissements aux sons belUipeus qui frappent son oreille. La nuit, trop lente au gré de Nu- ma , vient enfin répandre ses voiles; et le sommeil ne peut fermer les yèux' du jeune amant. Il s'agite, roule cenb projets divers j prépare ce qu'il doife \ ^4 NTTMA -pOWVitilXTS. dite à fierslliè , ht&è émette auprès dVlle^ eiy iiâtfgmanfd'Êîyance les oc-^ éâsiônff qui toât S'offrir à son eoiira-' ge , il inrentè les e^loif s ^'il fera. Le Jour étoît loin encore , qu'il se rend en arines aa {valais ^e Tatius. Le bon roi sourit de son impatience ; xlseleye^ cotivre sa chevelure Blan- the d'un casque qu'il trouve pesant r ïl revêt cette cuirasse quitfëe depuis isat d'années ; et , ne voulant pas dire à sa fîUe im adieu trop douloureux^ il sort eir silence de son palais, s^ap- puiesur Pitnpatient Nuttia^ et xnar* «he vers le champ de Mars. Romtdus^ Hersilie et Varmée y ëtoient dë>a. Tatius présente à son collègue le jeune guerrier qu'il veut accompagner. Hersilie rougit eti le regardant. Numa , qui a préparé ce qu'il doit dire à RoAiulus, Toublié, et reste muet dès qu'il appei'çoit Hcr* LIT AS III* g8 ïéP roi 4^ ^^e applaudit itm sele ^'il lait p^roitre : dès çpi'il «Atimtïuit de ^a Baif^affçe^ il le ooi^diût aqx lé* gions ^al^pç^quifi^rniQi^ntraile gau- phe d« 309 .atxDiâQ ; Sabins , leur dit-il » ypici uo liéifQS de plus qui veut cvmi battre aovia yqs enseignes. Ce jeune guemer & des droits à-votre amour} il est du sang de yos princes : c'est I0 fils de Pbmpilius. Au nom de Fompilius^ un cri s'é-r lance dana les airs; tous les Sabina quittent leurs rangs , et couwnt au jeune Biims^. Métiua^ Valérius^Yols-r cens, Murrex, tous vieux guorcieis courerta de rides çt de blessures > ser^ rent dana leura bras le fils de leur an- cien général : Je dois tout à votropere , disoit Tun : Il m'a sfiuvé la vie , disoit l'autre; Il fut notre bienfaiteur, s'é- crioient-iU tous à la fi)is; Ah l Venez , Tenez dans nos rangs , fils du plus juste et du plus brave das hommes; 96 NUKA VOWrisIJTS, Tener combattre sbus nos boucliers : nos bras, nos cœurs sont- à tous. Boi de Rome, ajoutent- ib en s'adressant à Romulus, nous le demandons ponr chef: nous serons înyincibles sous lui , comme nous l'étions sous son père; Qu'il nous commande , et qu'il s'ap- pelle Pompilius, nous te répondons de la TÎotoire. Oui^ mes braves amis, s'écrie l» TÎeux Tatius qui arrive dans cet ins- tant, il yous commandera sans doute, et je serai témoin de ses exploits. Je viens combattre avec lui, avec vous, mes vieux compagnons , qui me re- connoissez peut-être encore. Nous al- lons nous revoir au champ d'honneur : voire roi vient faire avec vous sa der- nière campagne ; si la force lui man- que , vous le porterez dans vos bras. A ces mots, des cris de joie se font entendre de tous ces braves Sabins. Us entourent, ils pressent leur vieux LTVRB III. 97 monarque ; ils Baisent ses habits et ses mains : O le meilleur des rois, di- rent- ils , oui, nous défendrons vos jours , nous vous couvrirons de nos corps. Eh f qui rendroit heureux no» enfants > si vous nous ëtiez enlevé ? Venez , venez apprendre au fils de Pompilius à imiter son digne père : nous nous chargeons d'apprendre à tous les peuples comment on aime les bons rois. Talius leur répond par ses larmes, il tend les bras à ses vieux amis , il les serre contre son sein , eu îeur rappel- lant leurs exploits , en leur deman- dant pour Numa- le même amour qu'ils ont montré pour lui. Homulus, Romulus lui-même est ému de ce spectacle; il proclame sur-le-champ Numa I^ompilius commandant des légions sabines. Mille acclamations se mêlent aux trompettes ; et la fiere Hersilie, qui combat toujours avec les yB KUHA POlSPItXUS. Sahins^ se félicite en secret d^ayoir choisi cette place. L'année étoit prête à se mettre en tnarche , Komulus alloit donner le si-* gnal, Tatius cliargeoitlepiadentMes* sala de rendre la justice pendant son absence , lorsqu'une foule de femmes^ d'enfants^ de yieiUards désolés, pous- sant des cri;s plaintifs, éleyant leurs bras vers le ciel, yient se précipiter aux pieds de Tatius : £h (jofii ! TOUS nous abandonnez ! quoi ! BOUS avons deux rois qui de- yroient être nos pères , et tous deux nous laissent orphelins ! Que Romu- lus s'éloigne de nos murs , nous som- mes accoutumés à son absence : mais y ous , y ous , notre bon Tatius , qui nous aimez , qui restez toujours parmi nous , pourquoi nous quitter aujourd'hui ? £t qui nous rendra la justice? qui nous consolera dans nos peines ? qui nous soulagera dans nos maux? Vous lésa- tivuE III. 99 res 9 quand nos yititoifes sont acbe- fées arec le sang des citoyens, les ^e^ Tes 5 les enfants malheuf eus, les tris* les Teuves Tiennent se réfugier prèi de roos ;elle0pleurent dans votre sein s vous ]»^iirez ayee elles, leur detiil est moins douloureux. Que deviendront ees infortunes , quand , loin de vous avoir pour consolateur, il leur faudra craindre pour vos propres fours? Eh f qu'allez-vous chercher dans les com- bats? que manque-t-il à votre gloire? nous vous vénérons eomme un dieu> nous vous chérissons comme un père ? que vous faut-il déplus? quels bieni plus grands peut vous procurer la vic- toire? Pour aller faire des esclaves, vous abandonnez vos enfants ! Ainsi pârloit un vieillard, Tatiu* fondoif en larmes : il regarde Kuma , il regarde ses vieux guerriers. Numa et les vieux goerrîePS tombent à sei genoux y en joignant leurs prières aut loa NlTMA POMPIUUS. instances du peuple. Tatius n'hésite plus : il jette son casque , sa lance ; et embrassant le vieillard qui lui ayoit parlé : C'en est fait, s'ëcrie-t-il, il n'est de gloire pour moi que celle de vous être utile. Je ne tous quitterai que pour le tombeau. A ces paroles^ mille cris s'élancent vers le ciel, tous remercient les dieux> tous bénissent le bon roi ; et la ten-i dre Tatia^ qui jusqu'alors s'étoit ca- chée dans la foiile , Tatia vient se jet. ter dans les bras de son père : Vous n'aviez pas cédé à mes larmes , lui dit-elle, mais j'étois sûre que vous cé- deriez à celles de votre peuple. C'est moi qui l'ai rassemblé , c'est moi qui l'ai averti du malheur qui le mena- çoit, et ja suis loin d'être jalouse d% la préférence qu'il obtient sur moi. Tatius serre sa fille contre son sein , embrasse en pleurant le jeune Numa, lui dit adieu, et recommande à sesi LIVRE III. lOI vieux Sabîns de conserver , de défen- dre le trésor qu'il leur confie. Talia, les yeux baissés, s'efforce de prendre une Toix aissurée pour souhaiter à INuma la gloire et le bonheur qu'il désire. Enfin le signal se donne ; le bon Tatius soupire en'vojant défiler l'ar- xnëct. ^uma lui tend les mains de loin ; le peuple, transporté de joie, prend dans ses bras et reporte dans Rome ce roi dont la présence le console de tous ses maux. L'armée est en mai'che'sur trois co- lonnes. La première ,.composée des lé- gions romaines , ne reconnoit de chef que Romulus.. Mais ce prince n'a point de poste fixe : monté sur .un coursier de Thrace qui semble >etter du feu par les yeux et par les na- seaux^ il ya , vient, yole ; il est par- tout, et laisse le commandement des légions romaixies au vieux Hostilius , 9- r02 NVMA POSyiLITTS. dont le ûh fut depuis poi- de Raviie. A cdté de ce gaeirier mardie le braTO Hora«e , dont les trois enfant soimii- rent eincpMiite ans apF^ la yilled'Al- be par leur victoire soi les Cariaces. Massicus y Abas ^ Servins , le jeune Mïseno,. qui descettdoit du êimeux trom^iette c^Enëe, et le yaillatit Ta- lassius f sont sapremier rang. Chapon dPeuai s^est déjà signalé pafr plus d^an eacj^it y chacun porter lia dépouille de qoelque fameux enaesii. Ces brayes Komains forment toujours Fayant- garde dans les iftavcltesy Italie droite deias les combats. La siBcoade colonne est o hii attirent toujours* ce respect indépen- dant des dignités. Métkis est dans le rang, et Métius commande toujotnrs. Auprès de lui se disti^nguent le sago Ï04 N.X7MA posrpzLzrs. Cadlle^ le redoutable Coras, et Ta--' naïs, et Talos, le vaillant Gallus,. petit -fils du fleuve Abarisy l'aima- ble Astur , élevé sur les bords de la fontaine de Blandusie, et que toute l'armée croyoit l'amant de cette naïa- de y et le féroce Ufens ^ à qui une barbe épaisse ^peinte de diverses couleurs > cacboit la moitié du visage. Tous ces guerriers suivent Numa. . Couvert de ses armes éclatantes, ivre d'amour et de joie, JN^uma s'a- vance à leur tête sur un coursier plus blanc que la neige, dont Tatius lui a fait présent. L'impatient animal bon- dit sous son jeune maître^ frappe du pied.l'air et la terre ;- et blancbissant de son écume le frein qui retient son ardeur, il s'indigne d'entendre hen- nir les chevaux de Tavant-garde. . A ses côtés , sur un char magni-> fique, s'^ivance la fiere Hersilie, ar- x^ée comme Pallas, bellti comme Tt** tlTIlE' III. ' ' Xo5 peuse de Vulcaîn. San casque étiii'' celant porte pour cimier Faiglc ro- maine ; un carquois d'or brille sur son ëpaule ; dans ses mains est. l'arc de Pandare, qu'JEnée apporta en Italie 9 et qui fut transmis à son petit-fils Ro- znulus* Le sage Brutus, ce chef d'une xnai«on de héros, couj&uit le char de la princesse ; et l'amoureux Numa lui envie cette place. Numa, toujours les yeux Sur Hersilie , marche à côté de son char. Sa beauté ne le cède point à celle de l'amazone; mais l'habitude des armes donne à l'amazone un air plus guerrier : tels Apollon et sa sœiur Diane parcourent en armes les moa- tagnes de Cynthe; tous deux sont é- gaiement redoutables , tous deux é- blouissent les yeux, mais la fille de Latox^e conserve un air d'audace et de fierté qui n'est point empreint sur le doux visage de son frère. L'armée s'avance d'un pas rapide to6 HtVUA TOVTILIVS* ¥eis les bordfl da Lîm et les eampa- gncs d'Aozence. C'étoîelà qu^elle de- TOftt M joindre arec les troupes et foî df Capoue rmais il falioît tnreiser Itf pays des Hermqncs. Romuliis enyoîe des hérauts lenr àemanàtt le passage. Le roi des Heniîques le Jiefose : Je ne suis l'allié ^ dit-il , ni dM Mar^ '^ 'v ses ni des Romaâns* Si l'année de toe ennemis marchoitvers Rome, je ne souffriroîs pas qtte son ehemiii fnt abrégé en passant par mes états i je dois de même veos interdire eette route» Je crois garderla justice engaiy dairt la neutralité. Bomulus frémit de colère en en- tendant eette réponse. Imprudent roi > s'écrie-t-il) tu connoitras combien il est dangereux de ne pa» se déclarer entre deux ennemis puissants.' B^^ aujourd'hui , tu détiens eeini du'Tttiii' queur. ï'orcé cependant de différer sa Ten- \ LtyRS 11 h 207 geance y et de prendre un long détour pour giagner les froaëeres dea Marses^ il Ta franobir les montagnes des Sioi- bruins, où P Aïkio prend sa source. . Cette longqe ef pénUxle narche fa- tigue l'armée, mais elle est utilejiux nouveaux guerriers dont Romulus l'a grosâe. Numa sur*tout^ le jeune ISTu- ma, fai( .ua dur apprentissage duno»^ h\e m^Uer qu'il commence. Instruit par de> maîtres aussi hainles que lev Sabins, enflammé par son amour et» par la présence d'Hersilicy NudOi^ aux demieres journées^ a déjà Fezp^^ TîeBce d'un yieuz guerrier. Sausavoir» encore c(»nhattu , il sait comment il- faut combattre ; et son courage bouii^ Unt, quibrûle de se signaler aux^yeux d^Hersilie 9 attend ayeo transport li| vue des ennemis. Enfin l'^n arrive sur led bordar du Liiis, fleuve qui sépare les Aiarses âea ^^es et des Hemiques. Le roi de 1o8 NUMA POMPÎLIUS. Capoue , à la tête de trente mille hom- jnes ^ j ëtoît campe depuis trois jours. A peine apperçoit-il l'avant^-gafde ro- maine, qu'il fait sortir toute son ar- më e^ la anet en bataille^ et, au son de mille insttmnents, attendi'arrivée de ses alliées. Le roi de Home fait sonner ses trompettes, et vient ranger ses guer- rrers vis-à-vis des Campanièns. Alors il d'avance vers le roi de Capoue : les deux monarques s'embrassent, seju' lient une étemelle amitié. Mais l'im- patient Romulus , qui Lrûle déjà de connoître les soldats qui combattront . avec lui^ Romulus va parcourir leurs rangs. - A -peine a-t-îl fait quelques pas, qUe ses oreilles sont blessées du bruit que par-tout il enti&nd : les Campa- nièns osent sourire en sa présence, osent parler sous les armes , et af- fecter une indiscipline qui excite !• LIVRE III. 109 courtoux de Homulus. Il les regarde d'un oeil sévère, écoute en pitié une foule de généraux qui font parade de leur yain savoir , ne daigne pas leur répondre, s'arrête en fronçant le sour- cil, lorsqu'il apperçoit de vieux sol- dats commandés par dé jeunes capi* laines , lorsqu'il voit l'or et l'argent ijriller sur toutes les cuirasses. Il sai- sit un riche bouclier dont le poids fiemhloit fatiguer un jeune guerrier campanien : le roi de Rome le tient de l'extrémité de ses doigts , et lit y en rougissant de colère , une devise amoureuse. Il arrache les lances de c[uelques soldats , les brise eh les ser- rant dans sa iuain , et demande avec un souris ironique à quoi peuvent servir de telles armes. Parvenu jusqu'au camp des Gam- paniensi, il y pénètre. Quelle est son indignation en entrant sous des ten- tes magnifiques où brûlent les plus I. 10 110 NT7UA FOMPILinS. doux parfums 9 où se trouyent des bains et des lits y où l'on a rassemblé toutes les inyentions 9 tous les ra£El- nements de la mollesse des Tilles! Il voit ici des jeux publics où les chefjt eampaniens yont s'anacber leur or y perdre leur fortune, leur repos^ sou- vent l'honneur: là des lieux plus in- fâmes encore , où une troupe de cour^ tisanes , presque aussi nombreuse quv l'armée ^ tient école ouverte de vices;, attire , retient les jeunes guerrier» dans des liens flétrissants, endort leur courage, éteint leur vigueur , et les livre à l'ennemi, sans force, sans y&c* tu , sans gloire : par-tout enfin l'indi- gne moUesse , la pernicieuse oisiveté et la dégoûtante débauche* Le roi de Rome sort précipitam- ment de ce camp. Il prend le roi de Campanie par j^ main ; sans lui dire un seul mot ^ il le conduit dans les LIVRE III. III rangs de Farmëe romaine. Un silence profond y règne : l'attention , le res« pect 9 sont imprimés ^ur tous les visa* ges. Chaque guerrier , ferme dans son poste , a les yeux sur son chef, et you- droit , pour obéir plus yite , deviner l'ordre qu'il va donner. Le fer , l'ai- rain , brillent par-tout : si l'or et l'ar- gent ornent quelques armes y ce sont celles des princes ou des généraux ; la naissance ou la . valeur a mérité cette distinction. A la suite de l'ar- mée on ne voit ni femmes ni riches- ses^ mais des chevaux pour remplacer ceux qui périront , des armes pour suppléer à celles qui seront brisées f des secours pour les ble8.«5s. Chaque soldat porte avec Ini sa tente ^ se% vivres , ses armes; aucun n'est fatigué ni de ce poids , ni de la route. Leur vaillant roi se promené len« tcment au milieu de sa superbe ar- 112 NT7MA PO-MPILIUS. mëe : il observe , sans lui parler ^ le souverain de Gapoue ; et, prenant la javeline du dernier de ses soldats , il Ja met dans les mains de ce roi. Ce poids étoit trop fort pour le monar- que, il la laissa^tomber enxougissant. Homulus rompit alors le silence : Roi de Capoue 9 je- vous laisse ju- ger si vos troupes et les miennes peu- vent combattre sous le même éten- dard : les fiers lions et les agneaux ti- mides n'ont pas coutume de s* unir. Votre armée m'a fiToibliroit. M«s Ro- mains, dont l'babitude est d'attaquer • tgpjours l'ennemi, perdroient la moi' lié de leurs forces à d^endre leurs al- liés. D'ailleurs ^ un danger plus cer- tain me menace : l'air infecté qui rè- gne dans votre camppénétreroitdaos le mien ; l'indigne mollesse^ plus re- doutable que tous les fléaux y vien^ droit . énerver mes soldats. Alors 1 tITRE III. Il3 nous aurions beau remporter la vic- toire, ce seroit moi qui resterois Taincu. Roi de Ca poue,votre alliance m'est chère ; mais la gloire de mon peuple me l'est davantage. Si vous ▼oulez que nous restions amis , sëpa- rons-nous : éloignez de moi ce dan- gereux camp ; et, si vous ne pouvez forcer vos sujets à devenir des hom- mes, empêchez du moins qu'ib ne corrompent ceux qui le sont. Ainsi parla Rbmulus : le jeune Ca- pis, le fils du roi de Campanie^ prince digne d'être Komain^baissoitles jeux en rougissant de lionte. Son père, terrassé par cet ascendant qu'a tou- jours un grand homme sur un roi ordinaire^ demande à Romulus de loi tracer sa conduite ^ et promet de suivre ses conseils. Je sais , lui répond Romulus , que les Samnites sont en marche pour 10. 114 NUMA POMPILIUS. venir au secours des Marses; maïs la ville d' Auxence est sur leur route , et Auxencjs est en votre pouvoir. Allez vous enfermer dans ses murs , pour les défendre en cas d'attaque, ^e gardez avec vous que le tiers de vos troupes ; envoyez le reste au-devant des Samnites, sous la conduite du meilleur de vos généraux. Défendez- lui sur-tout d'en venir aux mains avec ce peuplé redoutable ; vos soldats ne pourroient pas leur réâster : mais que votre armée harcelé la leur ; qu'en évitant le cômbat^elle fetigue lesSam- nites y etempêcke leur jonction avec lesMarses. Moi y pendant ce temps 9 je vais attaquer ces derniers : avec le secours de mon père, je ne doute pas de la victoire. Alors, votre géné- ral laissera le chemin libre snxx Sam- nites ^ qui s'avanceront sur Auxence^ et se trouveront enfennés entre cette LIVRE HT. Il5 TÎlIe , votre armée ^ et )a mienne. Leur défaite inévitable terminera la -guerre dans un jour. 11 dit, le jeune Capisse jette aux pieds de Romulos : O roi que j'ad- mire, et que je respecte à l'égal de Mars votre père, souffrez que le fils du roi de Capoue combatte sous vos enseignes. Je veux apprendre le dur métier des héros : eh ! quel meilleur moîire puis-je choisir! Songez, fils d'un dieu, que, fonné par vous, je pourrai former à mon tour les sujets de mon père ; et la gloire d'en faire des' Romains ne sera due qu'à vous seul. Le roi de Rome , touché de ces pa- roles, relevé Capis , et lui donne sur- le-champ une cohorte à commander. Capîs* plus fier d'être officier tle Ro- mulus^ que d'être prince de Capoue, baise la main de sou général , fait ses Il6 NU M A P0MPII,I17S. adieux à sou pere^ et court occuper son poste. Le roî de Gampanie part au moment même pour aller s'enfer*- mer dans Auxence , avec dix mille guerriers. Le reste de son armée , sous la conduite d'un Grec qui servoit le roi de Capoue, marche à la rencontre des Samnites. Komulus , impatient de commen- cer la guerre, veut aller, avant la nuit, asseoir son camp au > delà du Liris. Il (rouve.un gué ; il se prépare à le p^SiJSer, lorsque trois ambassadeurs des Marses se présentent devant lui. Leur aspect est vénérable : une lon- gue barbe descend sur leur poitrine; leur tête chauve n'a plus que quel- ques cheveux blancs ; un vase de bois est dans une de leurs mains, dans l'autre une flèche brillante, ils s'a- vancent d'un air grave et fier. Eoi de Rome , dit le plus âgé , qu'y LIVRE HT. 117 a-t-il entre toi et nous? avons- noua dësolétes terres ? avons-nous menacd ta ville? Qui es-tu ? que veiix-tu? qile demandes-tu? Le FQÎ de Gampanîe nous attaque en revendiquant dc^ droits chimériques sur nos états ; il en sera puni. Mais toi , tu n'as pas mê- me ce vain prétexte. Nous ne te con- noissons pas ; tu n'as jamais entendu parler de nous , et nous ne possédons rien qui puisse exciter ta cupidité. Sais-tu à quoi se réduisent les pré- sents que lés dieux ont faits aux Mar- ses? des bœufs, une charrue , et cette coupe ; des flèches , et des massues. Voilà ce dont nous nous servons avec nos amis,ou contre nos ennemi^.Nous donnons aux uns les fruits que notre charrue et nos bœufs nous procurent; cette coupe sert à faire avec eux des libations à Jupiter : nous lançons aux autres nos flèches, du plus loin qu« Tl8 NUMA POMPItlUS. nous les voyons; nos massues les écrasent, s'ils ont la témérité d'appro- cher. Roi de Rome , c'est à toi de choisir de cette coupe y ou de cette flèche. On dit que tu es fils d'un dieu ; si cela est , fais du bien aux humains : si tu n'es qu'un homme y tremble d'attaquer des hommes aussi forts que toi , et plus justes. Je n'ai jamais tremblé , leur ré- pond Romulus ayec des yeux pleins de fureur: je viens secourir mon al- lié^ sans m'embarrasser de la justice de sa cause. Je suis le fils de Mars , et non pas de Thémis. Vieillard , re- tourne vers ton peuple , annonce-lui la guerfe> et*le joug; et laisse -moi cette flèche ^ le plus beau présent que j'aie reçu , puisqu'elle me promet des ennemis dignes de mon courage. A ces mots , il arrache la flèche des mains du vieillard. Celui-ci lere-* nVllE III. ITQ garde long-temps en silence, levé les yeu« au ciel, comme pour le prendre à témoin de la justice de sa cause , et se retire sans répondre un seul mot. Aussitôt Romulus passe le Lîrîs, et vient asseoir son camp sur les ter- l'es des Marses. V ÏIK DU LIVKE THOISIEME. SOMMAIRE DU LIVRE QUATRIÈME. LES Marses assembles veulent nommer un général. La discorde se met parmi eux. On décide que Celui des prétendants qui rompra un peuplier sera élu* Le jeune Léo demeure Vainqueur, et cède le commandement à, un vieillard. L'armée se met en marche : elle rencontre les Romains. Dispositions de Ro- mulus. Humanité de Numa : il offre un cacHfîce & Cérès , et délivre ses, prisonniers. Cérès fait tomber À ae» pieds le bouclier ANCILjS. Léo attaque pendant la nuit le ' eamp des Romains : il , l'embrâse , Tiaoudc de sang , et renverse Romulus. tiVRE QUATRIEME. Vj£P£NBANT les Marses , assemblés 'dans la forêt sacrée de Mamibie , es- péroîent encore la paix , mais se préparoient à la guerre. Le sénat de vieillards qui goiiverne ce peuple li- bre a déjà député vers ses alliés ^pout demander du secours : déjà la jeur* ncs&e a pris les armes ; yingt mille guerrierS)l'arc ou la massue à la main ^ attendent impatiemment le retour des ambassadeurs. Bieïitdt on les yoit arriver, la tête baissée , l'air sombre , s*âvançant len- tement au milieu de l'assemblée. Ou les entoure y on les interroge , on les presse de répondre^ Préparez vos mas- sues ! s'écrient-ils ; Homulus a choisi la flèche; il campe déjà sur nos terres : il a osé ilous parler du jou g . A ce mot» un cri d'indignation se fait en tendre ; I. IX 122 iruiffA POIIPILIUS* l'amiiée en fureur demande à marcher à l'instant même, hes vieillards ré- priment ce transport ; ils veulent at- tendre l'arrivée des alliés, et nommer un général digne 4'être opposé au roi de Rome. Plusieurs guerriers se présentent pour obtenir cet honneur. Parmi eux se distinguent le vaillant Aulon , qui descendoit de Cacus , et qui , au lieu d'épée et de javelot , portoit une ha- che énorme qu'aucun Marse ne pou- voit soulever ; Penthée ^ également adroit de l'une et de l'autre main y et qui.comptoit parmi aes aïeux l'infor- tuné Marsias, le père du peuple mar- se ; Liger , dont la vitesse surpassoit celle de cer&, et qui n'a voit d'autres armes que des disques de fer tran- chant qu'il lançoit avec tant d'adres- se p que leur coup étoit toujours mor- tel; et le jeune Astor ; l'aimable dis-, ciple d'Apollon, dont l'immense buu- iiivRR IV. ia3 elier y terminé par trois longues poin- tes y se plantoit dans la terre, et der- rière ce rempart de- fer l'adroit As- ter tiroit des flèches qiie le dieu de ]3ëloslui apprit à lancer. Ces fiers pré- tendants se lèvent , en demandant à commander. Les soldats y t^ni les es- timent et les chérissent également , poussent de grands cris , les mis en faveur de Liger y les autres pour Pen- thée ; la cavalerie veut Aulon , les archers demandent Astor. liCS quatre héros se regardent d'un œil farouche : déjà l'aigreur se met dans leurs discours^ d^a la colère en- flamme leurs visages. D'ahord, cha- cun vante sa naissance et ses exploits^ il rabaisse bientôt ceux de ses rivaux. L'injure à la tête altiere vient se pla- cer au milieu d'eux : ils semenacentj ils se défie&t; Astor saisit une flèche, Penthée balance son javelot^ Liger prépare son disque , le féroce Aulon levé sa terrible hache. Ï24 NTTMA POMPILIUS. Aussitôt le prudent Sophanor^ lo plus âgé des sénateurs, se jette au mi- lieu d'eux, et les arrête : Qu'allez- vous faire ! s'écrie-t-il ; voulez-vous donc assurer la victoire aux Romains, en ôtant aux Marses leurs défenseurs? Quoi î le vain désir de commander l'emporte dans vos c dez-vous de penser qu'aucun intérêt personnel m'anime ; je ne me plains pas de vous voir prétendre à un rang qui étoil dû peut-être à mes services , et siéroit bien à ma vieillesse. La gloi* re n'est pas à commander ses égaux ; elle est à vaincre les ennemis : cha- que goutte de sang perdue dans tou- te autre querelle est un vol fait à l'é- tat. Ah ! si la soif de ce sang vous dé^ y ore ^ en attendant les Romains^ tour*» lîIVEE IV. ia5 nez vos javelots contre moi. J*aî trop vécu , puisque je vois des héros , des frères 9 prêts. à s'égorger. Frappez, Marses ; mais auparavant écoutez mes conseils. Votre valeur est égaie , votre naissance, vos exploits, vous illus- trent également : ce sont ces bienfaits du ciel qui causent aujourd'hui vos querelles. Vous manquez de chef, chacun de vous mérite de l'être : c'est doçic à la force du corps à décider ce que l'égalité des courages ne décide* roit jamais. Qu'on attache une chaî- né de fer au haut de ce peuplier an* tique : celui de vous qui , tenant cette chaîne , rompra l'arbre ^ ou le fera plier jusqu'à la terre , celui-là sera notre général. Il dit , l'armée et le peuple applau- dissept. Les prétendants déposent leurs armes, et jurent entre les mains de Sophanor d'obéir à celui qui reste- ra vainqueur. A l'instant même qua«* II. 126 NUMA POMPItlUi. tré'Marses montent à la cime duliaut peuplier ; ils j attachent ayec de forts liens une longue et pesante chidne 9 dont les larges anneaux déployés des- cendent jusqu'à la terre y en rendant un horriblte son* Les yieillards se placent pour ju- gçr; les trompettes vont donner le si- gnal ; mais une voix se fait entendre y et l'on voit s'avancer un jeune Marae d'une taille haute et majestueuse, d'un visage noWeet doux. Il est cou- vert d'une superbe peau de lion, dont les griffes d'or se croisent sur sa poi- trine. La tête de Fanimal , où sont encore attachées ses dents blanches et luisantes , ferme le casque de ce> guerrier. Des brodequias défendent ses jambes dem^i-nues ; sonbras ner« ▼eux porte une massue armée de nœuds et de pointes de fer. Jeune et beau comm« Apollon , fier et grand comme le dieu Mars, il marche d'un LIVRE IV. 12-7 pas léger 7U5qu'au milieu de Passem- blëe. Là , il s'arrête , s'appuie sur sa massue 9 regarde les vieillards ayeo respect ; et leur adresse ces paroles : Tant que j'ai cru, sages sënateors y cpe la prudence et les talents guer- riers dercnent être les premières qua« lit^s d'un gênerai , je me suis gardé de prétendre k un honneur dont mon âge me rendoit indigne. Vous déci« dez aujourd'hui que la force seule doit donner ce rang ; je me présente pour le disputer. Je ne sais , comme xoes nobles riyaux , me prévaloir de ma naissance : Marses , je n'ai point d'aïeux. Mais cette peau de lion,dont TOUS me voye* revêtu , a couvert le grand Alcide ; cette massue terrassa l'hydre de Leme ; voilà mes titres de noblesse : mon courage et ma force ^ voilà mes droits pour tenter l'épreu- ve. Les Romains jugeront de l'un } vous, Marses, vous jugerez de l'autre* 128 NU UT A POMPIIITTS. Ainsi parla le magnanime "Léo ; toute l'armée pousse des cris de joie. On tire au sort le rang que garderont entre eux les cinq prétendants. Le nom de Penthëe est le premier , en- suite celui d'Astor ; Liger le suit, Au- 'lon vient après , Léo sera le dernier. Les trompettes sonnent : le yail» lant F^athée saisit la chaîne, il la se- coue fortement ; mais le tronc du peuplier re«te immobile, sa tête est à peine ébranlée. Penthée indigné s'é- puise en yains ejfforts : couvert de sueur et plein de dépit ^ il quitte la chaîne , et ya se cacher dans son ba- taillon. Astor , l'aimable Astor s'avance ; et le désir brûlant de commander lui fait oublier d'invoquer son maître Apollon. Le dieu mécontent aban- donne l'ingrat disciple; sur-le*champ le bel Astor perd la moitié de ses for- cesr C'est en vain qu'il se roidit en LIVRE IV. laj tirant à lui la chaîne^ les feuilles du haut peuplier n'eu sont pas même 'agitées. Liger, plein de joie , s'ëlance ver^ Tarbre ; il passe une main dans un des anneaux de la chaîne, tandiç que de l'autre il la saisit au - dessus de sa tête ; il rassemble toute sa vigueur , et donne une secousse épouvantable. Toutes les branches de l'arbre en sont émues ; elles se choquent «Atre elles ^ comme battues par un grand vent: jnaisLiger, épuisé de l'effort, ne peut pas le redoubler. Les branches , en se balançant , reprennent doucement leur place : le brave Liger se retire plus lentement qu'il n'étoit venu.* Aulon se levé ; tous les yeux se tournent vers lui. Il quitte son bon-» clier, dépouille sa cuirasse, et se plaît à montrer ses larges épaules ^ ses braâ nerveux : il les élevé sur sa tête , en les roidissant; il fait deux fois le tour l3o NT7UA 70MPILXUS. de TarlMT , ea soliriant d'un air farou- che ; puis tout-à-ooup il s'élance ,8ai« sit la chaîne aussi haut que ses deux mains peuyent Tatteindre, et retom- be de tout son poids et de toute sa vigueur. Le peuplier cède , sa tête se courbe , déjà l'armée applaudit : mais aussitôt l'arbre reprend son ressort; il se relevé avep plus de forée qu'il n'avoit été plié^ et enlevé le terrible Aulon , qui reste suspendu à la chaî- ne balançant avec elle au gré du peu* plier. Forcé d'abandonner l'entrepri- se 9 il s^élance à terre en écumant da rage 9 reprend précipitamment ses ar« mes, et va les cevétir derrière soa char. Léo reste seul. Il s'avance; et adressant ses voeux à Hercule : Fils de Jupiter ^ lui dit - il, souviens - toi de l'hosfntalité que te donna l'aïeul de ma chère Camille : regarde-moi du haut de l'oljmpe ; ce coup-d'asjLl me LITAE IV. ' l3t remplira de force. Vainipieur ou rain- eu 9 je te roue un sacrifice. A peine a- t-il achève sa priere,qu'il sent couler dans tons ses membres nae nouTelle vigueur. Il passe un de tes pieds dans le dernier aimeau de la chaine,la saisit avec ses deux mains à la hauteur de son front ; réunissant ainsi toutes ses forces , il fait courber la tête du peuplier , plus lentement, mais plus pr^s de la terre qu'elle n'a- voit courbé sous la main d'Aulon. A peine est-il sûr de cet avantage , qu'il redouble son effort , invoque de nou- veau Hercule ; et , s'abandonnant à «on impulsion , il fait crier l'arbre , le rompt 9 tombe à terre avec la chaîne^ et la tête immense du peuplier vient Tensevelir sous ses branches. Le peuple et l'armëe poussent de grands cris; le sénat déclare Léo vain- queur. Léo se relevé , franchit d'un saut léger cet amas de branches bri* iSa NUBÎA, POMPILIUS. sées ; et s'adressantaux soldats : Com- pagnons , leur dit-il, je suis votre gê- nerai. Vous avez juré d'obéir à la for- ce ; mais la force doit obéir à la sa> gesse. Je vous commanderai sans dou- te , mais Sophanor me commandera. Sophanor a fait plus de campagnes / qu'aucun de vous n'a vu de combats : c'est à son expérience à guider nos jeunes courages. Sophanor, sois no- tre tête ) que Léo soit ton bras. En disant ces mots , il fléchit un genou devant Sophanor. Les Marses surpris croient voir un dieu dans Léo. Sophanor verse des larmes d'admiration : Non, mon fils, s'écrie-t-il , c'est à toi d'être notre chef. £h ! que ne feront pas les Mor- ses conduits par un autre A lcide?Mon fils, tu n'as pas méprisé ma vieillesse, tu as honoré mes cheveux blancs ^ va, les dieux t'en récompenseront par des victoires. Je te les prédis d'avauce; et tiVRE îV. i33 )e rends grâce aux immortels de ce qu'ils m'ont encore laissé un peu de sang pour le répandre à tes côtés , et un peu de voix pour célébrer tes louanges. Mon père , lui répond Léo , c'est pour toi que j'ai tenté l'épreuve ; c'est pour te faire triompher gue les dieux m'ont accordé la victoire. Marche à notre tête ; je te le demande, je t'en conjure : si mes prières ne sujffisent pas , souviens-lot que tu "as juré de m'obéir 9 et je t'ordonne de me con- duire. Ces paroles décident le vieillard. Il accepte le commandement ; mais il exige que Léo spit son collègue. L'armée les proclame tous deux. Le vieux Sophanor paroît bientôt, cou- vert d'une antique armure. Son âge , son air vénérable , sa longue barbe blanche^ inspirent le respect; son jeu- ne collègue imprime la terreur. Tous I. 12 l34 NUMA POMPILIUS. deux rangent les troupes, disposent la marcke , et n'attendent plus que les aliiës. Si Ils arrirefnt : les Péligniens, les A- mitemesj les peuples de Frentanie et deCacacene , descendent des Apen^ nins y et viennent se joindre aux Mar- ges. Sophanor, pour donner le signal du départ^ fait élever dans l'air l'ima- ge du dragon que les Marses suivent aux combats. Mais un honible^rodige arrête et glace d'effroi toute l'armée. Un aigle paroit au milieu des cieux, tenant dans s6s semés cruelles un épouvan- table dragon , qui, tout sanglant» reS' pirant à peiue, se replie , se débat en- core, lance son triple dard , et cher- che à blesser l'oiseau de Jupiter.Tous les soldats immobiles attendent dans le silence quelle sera la fin de ce corn* bat : mais , au bout de quelques ins- tants , l'aigle victorieux perce de son N> XITRE IV. ï35 l>ec terrible les écailles verdâtres de» son ennemi , et le rejette sans vie au milieu des bataillons marses. Quel présage pour cis guerriers f Xëo, qui les voit tous pâlir , saisît le premier arc qu'il rencontre ; il fixe l'aigle vainqueur , le suit de l'œil dans la nue , lui décoche une flèche acé- rée , et le fait tomber à ses pieds. Ai nsî J'abattrai l'aigle romaine , s'écrie- t-il> ainsi je vengerai les peuples qu'elle voudroit asservir. Marses , ne redou-- lez plus rien : le meilleur des augures, c'est la justice de sa cause. Vous com- battez pour la patrie,etRomuluspour l'ambition: marchez, les dieux sont pour vous. Ces paroles , son action , chassent la crainte de tous les coeurs. Les Mar- ses ranimés font retentir les airs do mille cris : tous secroientinvincible* avecHéo. L'armée, pleine d'espoir et de joie j s'avance à grandes journées* 1^6 NUMAÏOMPILIxrs. Elle- rencootreL les Homains dans la plaine de Lucence, bornée au nord, à l'orient par des collines , au midi y à l'occidenUpar des forêts. Romulus , maître des bois, avoit dresse son camp sur leur lisière; Soplianor et Léo vien- nent asseoir le leur au pied des mon- tagnes : le fleuve Fucin sépare les deux armées. Aussitôt Romulus s'avance jus- j ques sur la rive , et reconnoit la po- sition des ennemis. Il examine le ter- rain qu'ils occupent^ le compare avec le sien ^ mesure des yeux la plaine, remarque jusqu'au moindre buisson , fait sonder le Fucin ^ s'assure d'un endroit où il est guéable. Certain de toutes ses observations,!! revient dans sa tente , assemble ses chefs, et leur annonce que le lenden^ain ^ au lever de l'aurore, il tentera le passage du fleuve. Ses capitaines paroissent sur- pris ; mais Romulus^ en peu de n^otsj i [ 1. 1 V n E IV. i37 leur explique l'ordre de l'attaque , la place où chacun combattra , celle où il attirera l'ennemi, ce qu'il doit faire s'il est vainqueur , ses ressources s'il est repousse ; il leur prouve enfin qu'il a tout dispose pout une victoire cer- taine y et tout prévu pour une défaite. Ses vieux généraux l'admirent : Numa,ivre de joie , ne peut contenir ^^% transports. Le voilà donc venu y ce jour qu'il désire depuis si long- temps ! cet heureux jour où il pourra se montrer digne d'aimer Hersilie ! Le fougueux amant vole au quartier des Sabins ; il parcourt leurs tentes , en appellant chaque chef, chaque sol- dat , par son nom ; il leur annonce la bataille , les embrasse , les caresse y compte en soupirant les heures qui doivent s'écouler avant le combat; et, dans l'drdeur qui l'enflamme , il murmure contre Romulus de ce qu'il ne tente pas -^ à l'instant même > le passage da fleuve. X2. l38 NU M A PO M PI L lus. Tandis que Numa se livre sans r^- . serve aux sentiments qui l'agitent , il voit rentrer dans le campundëtacliè- ment romain qu'on avoit enyoyésur- prendreun village.Helas ! cette cruel- le commission n'ayoit été que trop bien exécutée. Les Romains ranie«- »oient ayec eux des femmes , des en- fantSjdes vieillards éplorés.Les mains de ces malheureux étoient attachées derrière leurs dos ; ils marchoient la tête baissée, l'œil mornè et noyé de pleurs. La mëTe, la fille y l'époux^ le- voient l'un sur l'autre des regards ti- mides ; ils n'osoient se parler : ilsfai- soient de vains efforts pour se rap- procher et mêler leurs larmes. Mais les farouches soldats leur refiisoient cette foible joie ; ils pressoient leur» pas tardifs avec des menaces, avec le bois de leurs lances, quelquefois avec le fer ensanglanté, hes barbares ! iU , é toient moins iuhumains pour les «ni- tlVUE IV. 1.39 inanx qu'ils conduîsoient pêle-mêle avec leurs captifs : ils mallraitoient des vieillards et dès femmes , et mé- nageoient avec soin les bœufs ou les moutons qu'ils leur avoîent enlèves. Numa ne peut soutenir ce spec- tacle. Il quitte tout , il oublie tout , pour voler au secours de ces malheu- reux. Ils étoient déjà devant le pavil- lon royal ^ où , confondus avec leurs troupeaux , ils attendoient qu'on or- donnât de leur sort. Kuma va se Jet- ter aux pieds de Romulus : O mon roi ! s'écrie-t-il , regarde les horreurs que l'on commet en ton nom : regar- de ces infortunés , arraches de leurs asjles 9 charges de fers et d*outrages« Eh ! qu'ont-ils fait ? qtiel est leur cri- me? Ah ! terrassons tes ennemis^ im- molons ceux qui te réisistent 9 que le sang coule dans les combats ; les pé- rils excusent la cruauté. Mais atta- quer des malheureux qui ne se défen- 140 NUM A POM P I LIUS. dent pas , mais vaincre des vieillards des femmes , et leur insulter quand ils sont vaincus ; c'est une lâcheté 9 c'est une barbarie^ que les immortels doivent punir. Fils d'un dieu , c'est à toi d'en faire justice ; délivre ces cap- tifs , renvoie-les dans leurs maisons , rends-leur.... Jeune homme , interrompt Romu- lus , j'ai pilié de ton ignorance. Ces esclaves , ces troupeaux, ne sont point à moi ; ils appartiennent à mes guer« riers : c'est le prix de leur valeur , de leurs travaux et de leur sang. Avant d'être humain pour mes ennemis , il faut que je sois juste envers mes com- pagnons. Je dois partager ces escla- ves entre les chefs de mon armée , ils en disposeront ensuite i etpoiu* qu'au- cun n'ait à se plaindre, le sort réglera les portions. £h bien ! reprend Numa en se re- levant, je sui^ un de vqs chefs, je dois être admis au partage. LIVRE IV. 141 Homulus reconnoît ses droits. On apporte l'urne des sorts , et Ton voit s'avancer, pour avoir part au butin , les différents chefs de l'armée : sem- blables à une meute courageuse qui vient de forcer lin jeune, cerf, elle res- pecte sa victime tant que son maître est auprès d'elle ; mais l'œil ardent , la gueule béante , elle attend qu'on la lui livre, en haletant de fatigue et de joie. Cérès , qui veilloît sur Numa et qui applaudissoit du haut du ciel à son humanité, Cérès dirigea les sorts, et lui fit tomber en partage la plus nombreuse portion. Nunla s'empare de"ses prisonniers, se fait suivre de ses troupeaux^ et mar- che vers l'épaisse forêt qui environ- noit le camp.La ,il élevé un autel de ga- zon , le couvre de bois pour consumer la victime, choisit une génisse blan- che ^ répand du lait entre ses cornes y 14» NX^MA POMPILIUS. rimmole^ et, la mettant toute entiere^ «ur le bûcher , avant d'en approcher le feu y il adresse cette prière à Cérès: Fille de Jupiter , Je vous offre cette victime ; mais malheur à Numa s*il pensoit que le sang d'une gënisse suf- fit pour lui attirer votre appui ! Non y ce n'est point en égorgant les ani- maux que Ton se rend les dieux favo* râbles ; un malheureux soulagé leur est plus agréable qu'une hécatombe. Hecevez done, ô Cérès, une offrande plus digne devons. Alors il se retour* ne vers ses captifs : Infortunés , leur dit-il, je vous rends la liberté. 'On vous a dépouillés de vos biens, prenez du moins ceux que je possède; je vous donne tous ces troupeaux : partagez- les entre vous , retournez dans vos maisons, et bénissez le nom de Gé- rés , c'est elle qui vous délivre. Il dit : ces malheureux ne savent si c'est un. songe ; ils restent le cou LIVRE I Vï 14.1 tendu 9 les mains jointes , la bouche ouverte. Numa parloit encore, qu'u- ne flamme céleste descend sur sa tete^ tourne troi^ fois autour de sa chère-' iure , et ya mettre le feu au bûcher qui soutenoit la yictiine. Aussitôt le bois s'embrase , sa flamme longue et brillante s'ëleve vers le ciel , le ton- nerre gronde^ fend la nue, et un bou- clier d'or tombe aux pieds de Numa. Au même instant une voix forte com- me le cri d'une armée prononce ces paroles : Le possesseur de ce bouclier sera toujours invincible. Ntan^ , les dieux veillent sur loi : on neleurplait> on ne leur ressemble , qu'en exerçant rhumanité. Alors le tonnere se tait , le calme revient dans les airs^ la vic- time n'est plus qu'un monceau de cendî>e , et une odeur d'ambroisie ré* pandue toat-à-1'entour annonce que c'est une divinité qui est venue par- ler à Numa. ; 144 numA pomfilius. Numa 5 jusqu'à ce moment pros- terné contre la terre y se relevé , et sent dans son cc9ur cette joie si dou- ce que laisse toujours une bonne ac lion. Il examine le bouclier céleste : il étoit d'or pur , échancré à la ma- nière des Thraces. On y voyoit re- présentés , par un travail admirable, tous les événements du règne d'As- trée, de ce beau règne , plus eflacé qu'aucun autre de la mémoire des hommes , parce que le bien s'oublie aisément. D'un côté , l'on vojoit un peuple que la famine affligeoit , rece- vant d'un peuple voisin la moitié des biens qu'il possède : là c'étoient des frères diminuant de concert leur hé- ritage pour former un champ à l'or- phelin qu'ils ont rencontré: plus loin, un père de famille , à la tête de ses enfants ^ faisoit la moisson 9 et alloit secrètement arracher des épis aux gerbes pour les jetter sur le chemin 1 1 V R E IV. 14!» âes glaneurs. Par-tout, le bouclier ce* iesle prësentoit des actions de bien- faisance ou de vertu. L'ouvrier im- ïQortel avoit jugé sans doute que c'est sur-tout au milieu de la guerre qu'il faut rappeller aux bommes l'huma- nité. Pendant que Numa , surpris , ad- miroit un si beau travail , les captifs qu'il avoit sauvés formoient à ses pieds un tableau digne d'être sur le bouclier céleste. A genoux devant Kuma 9 les mains tendues vers lui y ils témoignoient , par leurs larmes^ par des mots entrecoupés , leur re- connoissance et leur joie : les mères élevoient leurs enfants poiir qu'ils vissent leur libérateur; les épouses venoient baiser ses habits ; les vieif- larids lui présageoient les plus belles destinées jtousle bénissoient en pleu- rant 9 tandis que le plus âgé d'entre eux , perçant la foule , s'approche , I. i3 ' ■j À Î4^ fiVMA ÏOMPILITTS^ courbe sur un bâton noueux, etllenf ce discours à !Numa : Jeune bomme , que les dieux te rendent tous les biens que tu nous as faits ! Nous n'avons jamais été les ennemis de ton peuple : nous som- mes de pauvres pasteurs vivant sur de hautes montagnes entre les Marses et les.Herniqucs, indépendants de ces deux peuples , souvent opprimé» par eux. Nous l'avions dit aux sol- dats de Romulus ; mais ils nous ont traités en ennemis , quoique certains que nous ne l'étions pas : toi , tu nous as crus tes ennemis , et tu nous trai- tes en frères. Va , les dieux te proté- geront ?îls t'éprouveront peut- être ; mais tu ne succomberas pas. Adieu ; souviens- toi des Rbéates , c'est ainsi que nous nous appelions : si jamais tu viens dans nos montagnes, tu en- tendras nos petits-enfants bénir le nota de Numa. 1. 1 V R E IV. 147 Apr^s avoir dit . ces paroles , le vieillard va présider au partage que les Khéates font entre eux , des trou- peaux donnes par Nunxa , tandis que ce jeune héros, se dérobant à leur re« connoissance , emporte le bouclier d'or , et rentre tout pensif dans le camp. II songeoit à Hersilie : son cœur , plein d'espérance etde joi0,se livroit tout entier à l'amour. Il tourne ses pas , malgré lui , vers la tente de la prinéesse. Arrivé à la porte , il n'ose en franchir le seuil: il s'arrête , sou- pire , et tremble d'aller plus loin. Ce guerrier qui porte à son bras un bou^ clier qui le rcndinvincible, ce héros fjui pénétreroit sans crainte dans le camp des ennemis , n'ose entr'ouvrir le voile de pourpre qui fermQ le pa- villon de celle qu'il aime. Enfin il soulevé ce voile , et ses Jeux timides cherchent la princesse : 148 NUMA TOMPILltrj. elle n'ëtoit pas dans sa tente. Numa en devient plus hardi; il s'avance d'un pas plus ferme , pénètre dans cet asy- le, etpar-toutiltrouveHersilie. Voilà ses armes , voicises javelots, son arc 9 et sa Ijre d'or, et ses vêtements , et la peau de lion qui lui sert de lit. Numa demeure immobile , il n'ose toucher a tout ce qu'il voit,, il ne peut en dé- tourner les yeux. Une douce langueur s'empare de ses sens, il n'a plus la for- ce de se soutenir, il s'assied entrem* Hanlsur le siège oùHersiUe s'est as- sise , il respire l'air qu'elle a respiré ; cet air l'enivre , sa raison s'égare , sa poitrine est oppressée, des larmes brû-. lantes inondent son visage. Tout-à-coup mille cris font reten- tir le camp ; les trompettes sonnent , oia entend un bruit effro jable dans le quartier de Romiilus. Hersilie , Her- sllie elle-même , l'air troublé, les che^ Y«?ux épars , arrive en criant : Aux aïs I.ÏVRE 'IV. 149 mes ! Elle saisit précipitamment son casque, ses javelots, et, sans bou^^ clier^ sans mirasse, elle veut retour- ner au coiubaf . Ah ! princesse , lui dit Kuma'eQi*arrètant, je coura faire ar- mer les Sabins : mais du moins pr^ nez ce bouclier, bienfait d'une puis« santé dresse ; c'est en vous couvrant qu'il défendra ma vie. Il dit : sans attendre de réponse, il lui laisse le bouclier céleste, et court chercher ses braves soldats. C'étoit Léo qui causoir cette alar* me. Dès que L^o s'étoit vu si près des Homains, il avoit conçu le projet de les attaquer le premier. Sage Sopha- nor, a'f oit-il dit à son collègue , sois sûrqueKomolus nous attaquera de* main : il est de notre gloire delç pré- venir. Dès que l'étoile du soir aura paru , je sortirai du camp avec trois mille hommes : je passerai le fleuve à la nage, j'irai porter la flamme et la i3. f50 NUMA POMP.IL1US. mort jusques dans la teûte de Homu- lus; et si le succès couronne mon eni- treprise^ j'en médite une plus impor- tante. Sophanor l'embrasse. Il court avec lui choisir trois mille Marses ; il les arme de courtes ëpées y de casques sans panache , de boucliers noircis : il leur fait valoir l'honneur de mar- cher avec Léo. Aussitôt que les téne-p bres couvrent la terre , Léo sort avec eux, remonte le fleuve , le traverse, remet en oidre ses soldats, les encou- rage , les excite , faitpasser dans leurs cœurs toute l'audace - du sien; et ces braves guerriers ,• serrés les uns contre les aulres> gardant le plus profond si- lence, certains de vaincre sous leur chef, marchent d'un pas léger et ra- pide vers le quartier de Komulus. Ils arrivent aux gardes avancées , ils les égorgent avant quelles aien t pu résister : celles qu'ils trouvent en uit* LIVRE IV. i5t ont le même sort. Sans être décou- verts y sans être arrêtés ^ ils parvien- nent jusqu'aux tentes du roi de Ro- me ; c'est alors que jettant de grands cris^ renversant tout ce qu'ils rencon- trent, ils portent le carnage et l'effroi jusqu'au pavillon rojal. Homulus , seul dans sa tente, mé- ditoit en ce moment l'aUaque du len- demain. Au premier bï;uit,îl se levé, écoute j et frémit de colère en distin- guan t les cris des vainqueurs. Furieux d'être surpris par des barbares, il remet précipitamment son casque , prend sou bouclier, saisit deux jave- lots, et court se jetler au milieu du carnage. Il vole, il frappe, il appelle. Sa voix tonnante retentit aux deux bouts du camp. Ses guerriers accou- rent en foule : Horace , Misene , Bru- tus, Abas, arrivent en armes; ils trou- vent leur vaillant roi résistantseul aux ennemis, péja sa main foudroyante a iSa NUMAPOMPILITT^» fait mordre la poussière aux courageux Ophelte, au brave Aulastor, à So- pharis , à Corinéé. Penthëe , le mal- heureux Penthée vient d'acheter de sa vie l'honneur d'avoir atteint Ro- mulus. Son javelot a percé la cuirasse du roi ; celui de Komulus a perce le cœur dePenthée. Les Marses étonnés sententl^r ardeur s'a ffoiblir: ils n'at- taquent plus 5 ils se défendent ; pous- sés de toutes paris , ils cherchent , ils demandent Léo. Léo, qui avoit pénétré dans le foyer de Romulus , Léo reparoît à l'instant. D'une main il tient sa massue, de l'autre un faisceau embrasé. A cette vue , les Bomains s'arrêtent , les Mar- ges jettent des cris de joie. Le fier Lëo vole à leur tête ; il lance des brandons allumés à travers les tentes romaines; le feuse communique avec fureur; la toile s'embrase , le bois pétille. Léo , ipour qui l'incendie est trop lent, l'a ug- LIVRE IV. i53 mente à coups de massue. Il s'ëlance à travers les flammes, il immole Abas-, Massicus , Tibur ; Talassius tombe sous ses coups. Le brave Misene Tar^ rête un moment ; mais Léo foule aux pieds le corps de Misene. Léo porte la mort et le feu ; Léo se fraie un che- min de flamme. Ainsi la lave brûlante descend du sommet de l'Etna , roule à gros bouillons dans la campagne y emporte , consume y détruit les pîer^ res», les arbres, les rochers , couvre de flots emirâsés tout ce c[u'elle trouve sur son passage. A ce spectacle , Romulus agite ses dards, jette son immense bouclier sur ses épaules , marche à travers le car- nage pour s'opposer à Léo. Il le joint, il A^eut lui parler ; la fureur lui ôte la Toix. Il le mesure avec des yeux étin-» celants ; il cherche la place où il doit le frapper , et balançant le plus fort ^esei javelots, il rassemble toute $«^ l54 NTTMA POMPILIUS. force, et le lance contre Léo. La peau du lion deNémée en eût peut-êtr« été percée ; peut-être ce coup terrible terminoit pour jamais les exploits du jeune héros : mais le javelot de Ro- mulus rencontre la pesante massue dont Léo frappoit les Romains ; il pé- nètre à travers les nœuds et les poin- tes de fer dont elle est armée, s'atta- che à cette massue , et l'arrache des ma jhs de son maître. Léo, désarmé^ s'arrête ; et regar« dant autour de lui , il appefçoit un« pierre énorme que l'on n'avoitpuen- leverdu camp , et qui servoit de bor- ne aux laboureurs. Léo la saisit > lar- rache , l'élevé sur sa tête , et la lança à son ennemi* Romulus atteint tombe sous la pierre. Ses guerriers accourent et le dégagent. Métis le roi de Rome ne peut plus se soutenir : bdsé par le coup ter- rible > vomissant un sang épais et noir^ IIVRE IV. i55 la têtepenchée , les Bras pendants y ers la terre^sans force, sans mouyement, presque sans yie, il est rapporté dans sa tente , au moment où Hersilie et IN'unia yiennent le secourir à la tête des Sabins. rilf DU LIVRE QUAT&IEXX. .tm^Êti^^m^ SOMMAIRE DU LIVRE CINQUIEME, HE R 8 1 1. IB et Numa repoussent les Marses. Retraite de Léo. Romulus fortifie son camp. Nouveaux exploits de Léo. Jonction des Marses et des Samnites. Romulus assemhle son conseil. Numa va se rendre maître des défîiéa des monts Trébaniens. Il trouve dans ces mon- tagnes un peuple dont il est aimé. Défaite dea Marses dans les défilés. Combat singulier da Numa et de Léo. Magnanimité de Jfuma. Il apprend queTulIus est mourant; il jactor y et le jeime Alraéron ; Almé- 1:011 ^ le seul espoir , l'unique enfaot l6o NUMA POMPILIUS. de la malheureuse Almërie. Cette ten- dre mère l'avbit prévu. Quand les Marses s'ëtoient assem- blés pour aller combattre lesHomiaiiiAy Almérôn , âgé seulement de quatorze ans ^ avoitfui delà maison de sa me^ re , pour aller joindre l'armée. Au moment du départ , cette triste mère arriva^ cherchant son fils y le deman- dant à tous ceux qu'elle rencontroit. Le jeune Abnéron l'apperçut, et vou- lut aller se cacher dans les derniers rangs. JN^ais où ne pénètre pas l'œil d'une mère ? Almérie le découvre , yole à lui ^ le s^erre dans ses bras , l'ar- rose de ses larmes ; et tandis qu'Al- méron, la pâleur sur le visage^les yeux attachés à la terre , n'ose lever son front vers celle dont il craint les re- proches, elle^ltti dit avec des sctnglotsï Mon fils, mon cher fils, mon uniqu* bien , tu veux 'me fuir \ tu veux quit- ter ta mère ! £k ! qu'iras - tu faire daias les combats? Ton foible bras ne peut encore soutenir un javelot ; les flèche* que tu lances ont à peine la force de faire périr un jeune faon : et tu yeux aller te mesurer ayec les plus fkmeux guerriers de Home! O mon enfant -, mon cher enfant, attends du moins, pour m'abandonner, que tu n'aies plus besoin de ta mère ; attends , pour md faite mourir) que tu puisses yivresans moi ! Tu pleures , tu m'embrasses, et tu ne me promets pas de renoncer à ce cruel dessein ! Et vous^ Marses, vous le souiFrez ^ et vous avejs eu une mère ! £h bien ! qu'on me donne des armes , je suivrai par - tout mon fils , je partagerai ses périls , jele cou- vrirai de mon corps; et l'on jugera du courage que donne l'amour maternel. Depuis ce jour , Almérie n'a pas quitté son fils chéri. Léo^ qui les ai- moit tous deux , leur avoit défendu de s'éloigner de lui; et dès que le jeune 14- l6a NXTMAPOMPILITJS- AlinéroQ ayoît décoche sa Ûeche ^ il revenoit se mettre en sûreté entre sa inere et son g^^néral. Mais dans cette nuit désastreuse , ils furent sépaz^s d«; %éo : la terrible Hersilie les rencoii^ Ira ; et , malgré les cris , malgré les ^efforts d'Almérie y elle enfonça son ^pée dans ia poitrine d'un foièle en- fant. Alméron tomba comme uneten- Bt tous deùxmor- du la poussiere.LigCT , le brave Liger, ose attendre leJiéros, et lui lance de près son disque. C'en étoit fai^ de JVu- 322a f s'il n'eût baissé la tête dans ce Livai V. i63 moment : le disque traneliant eoupe le sphinx que 1 on vojoit- briller sur 6on casque y et fait voler au loin les denx panaches couleuD.de pourpre. J^Tuma se précipite surLigér ,ethrisp «a lanco dans sa poitrine : s'armaht alors de la terrible épée de Fompilius> il fend la tête à Orimanthé , coupe la main droite à Tarchon , £ût tombera , ses pieds Quercens 5 et , poussant et pressant les Marses mis. en fuite , il parvient enfin à les chasser ducampl. Lëo seul y étoit resté. Abandonne de tous les siens , Lëo ineregatde pas s'il est seul : ») aretroup vë sa massue , il n'a phis besoin d'ar^ mée. Miis les Sabins l'environnent^ et le fér«ce Ufens s'avance, en lui criant d'tne voix terrible: Ce n'est pas ici l'a<;semblëe des Marses , où il suffit de plier un arbre pour être ëlu gëndral: il faut mourir, lu ne peux échapper. Lëo l'écoute, et sourit: il 1^4 ^ ^ ^'"^ POMPÏLITJS. évite d'un saut lëger le jayeliot qu^TX^ fens lui lavce; aussitôt il se précipli^ sur lui y le saisit au milieu* du corp^ , le-66«re, Vjéboaffe dans ses hms nex*— veux , le jette contre la teire , pose ujol "pML sur oe-cadi^vre palpitant ; et le- vant fièrement la iète,.il porte des yeux tranquilles sur ce cercle de glai- ves sanglants dont il est environné. Inaccessible à. la crainte,- il promené., des regards assurés > ayant de choisir la place par oui il veut s'élancer. £n- fin , décidé à la retraite y il fond siur ceux qui lui ferment le passage : il les écarte > les éorase à coups de massue; et s'éloîgnant lentement, comme un loup encore affamé s'éloigae d'une bsrgerie, trois fois il s'arrêre^ se re- tourne , et trois fois il fait iieculer les bataillons qui le poursuivent. Bientôt ir rejoint ses guerriers ; sa voix terri- ble les arrête : il les rallie , Iss remet en ordre^ remplit seul Tint erralle qui 1/ ï V R E V. i65 les sépare des Homains , et marche entre les deux armées, couvrant l'une et repoussant l'autre. Kuma , irrité de ces exploits qu'il admire, Numa veut aller attaquer Tééo : mais un bruit qu'il entend sur le bord du fleuve attire son attentioni. C'étoit le vieux Sophanor^ à la tête de son armée , qui venoit protéger la re» traite de son collègue. Les Marses fei- gnent de vouloir passer le Fucin : Un- ma , pour défendre la rive , est obligé d'abandonner Léo; et ce terrible guer- rier , avec ce qui lui reste des siens , s'éloigne sans péril de ce camp qu'il a rempli de carnage. Le prudent Sophanor> instruit àhs long-temps au métier de la guerre , tint son armée au bord du fleuve, jus- qu'aux premiers rayons de l'aurore. Kuma et les Sabins , malgré les fati- gues de cette nuit terrible , ne quit- tent pas l'autre rive. Au point dn l66 NUMA POMFILIUS. jour^Sophanor^ certain que Léo avoît eu le temps d'exécuter ses projets^ relire ses troupes. Nuina ramené le« siennes sous leurs tentes. Dès ce moment il ne s'occupe que des blessés : Marses ou Romains^ tous ceux que des secours peuvent sauver ou soulager^ sont également secourus l>ar Numa. Il cherche dans les lieux où l'on a combattu ceux qui respirent «ncoi^e y avec le même zèle y avec la même ardeur qu'il cherchoit pen.- dantle combat ceux qui résistoienC le mieux. Il ne songe plus à la gloire ; il ne songe qu'à être humain : desen« nemis vaincus sont devenus pour lui des frères. Apres avoir rempli ces devoirs sa- crés : après s'être assuré lui <- même jque ses braves Sabins peuvent se li^» vrer au repos , Numa court à la tente de Bomulus sans se donner le temps 4e panser sa blessure : le besoin de re« t r r a E V. 167 Toir Hersilie étoit plus pressant pouf lui. Il arrive au pavillon rojal; il v«it le roi de Rome couché sur une peau de léopard^ enveloppé de voiles san- glants^ entouré de sa fille et des chefii de son armée. Moins occupé dé ses maux que de la position de ses trou- pes, il gardoit un sombre silence qu'il interrompit en appercevant Numa t Je t'attendois, brave jeune homme f s'écria-t-il : je sais déjà tes exploits ; toi seul as sauvé mon armée. Appro- che;viens m'embrasser : ta gloire sou- lage mes douleurs, Numa tombe à genoux^ en baisant la main du roi. Leve-toî: lui dit Romulus ^ songe à exécuter ceque je vais te prescrire. Les barbares nous ont surpris. L'é- tat où je suis m'oblige de dififérer ma vengeance. Peu de jours suffiront pour me rendre mes forces ; mais pen- dant ce peu de jours , il faut metlro mon camp à l'abri de toute insulte. ï68 NTT M A POMPTLtU^* Va donc , brave Kuma^ prends avec toi dix cohortes , mené - les couper dans la forêt cinquante mille pieux, tous de la hauteur d'un homme , et acérës par les deux bouts. Vous^ Jdé" tius, pendant ce temps , faites creu- ser un fossé large et profond qui , dans un quarré parfait , entoure et ferme tout mon camp : vous ne* laisserez qu'une entrée au milieu de chaque oôLë.Vous emploierez à ce travail mes légions latines ; se sont celles qui ont le moins soufiert dans l'attaque de cette nuit. Allez : que tout soit prêt avant la fin du jour; vous viendrez en- suite prendre mes nouveaux ordres* • Il«dit;Mëtiiis et Numa ont obéi. Le prudent Romulus fait enfoncer les pieux dans le fossë^ à peu de distance les uns des autres 5 il les lie fortement ensemble pour qu'on ne puisse les arracher , les recouvre ensuite de ler- re ^ et} mettant leurs pointes aiguës L I V R E V. i6g de niveau avec le terrain, il s'envi- ronne ainsi d'une forêt de dards. Më- tius et Numa achèvent cet ouvrage en trois jours ; ils placent aux (Quatre portes huit redoutes pleines de sol- dats : et les Romains , aussi tranquil- leà dans ce camp que s'ils étoient au milieu de leur ville 9 admirent com- ment 1^ génie d'un seul peut sauver ou perdre des milliers d'hommes.' Sophanor ^ tranquille sur l' au 11*6 rive, avoit vu les travaux de Komu- lus sans les troubler. Le roi de Rome , inquiet de cette inaction , nepouvoit comprendre le motif qui empéchoit les Marses d'agir. Que fait donc ce terrible Léo? disoit-il. Ah ! sans doute il doitêtre content ^'a voir blessé Ro- mulus : mais Romulus n'est pas vain- cu ; la guerre est à peine commencée. Pourquoi ce vaillant guerrier, si pro- pre aux explcdts nocturnes , ne tente- t-il pas de venir une seconde foisbru- !• i5 l«rmon camp? O Jupiter! ô Mars mon père! encore «ouvert de san^ et de poussière. Il ar« riveity tout haletant, de la yillle d*Au- xence^ où le roi de Campanie avoit été se renfermer. Quelle nouvelle m'ap* portes-tu? s'écrie le roi de Rome : les Samnites ont-ils franchi l'Apennin ? mon allié est-il assiégé dans sa ville ? Votre allié est au pouvoir des ennemis^ répond le soldat. Léo , le terrible Léo y a paru sous les murs d'Auxence^ au moment où nous ]e croyions occupe de vous combattre. Il a pris la ville et le roi , s*est emparé de ses trésors y de ses troupes^ de ses magasins. Non content de ce succès ^ il a couru sur* prendre l'armée qui airêtoit les Sam* I.ÏTRE V. l^t nitea à la descente de l'Apennin ; îik a dispersa cette armëe , et a ouvert }B;pa^age à cps redoutables ennemis., Romulusj à ces paroles^ laisse tom*. î>er sa tête s^r sa poitrine^ ne répond point , et demeure immobile. Mais bientôt il est rendu à lui-même par un, 2>ruit éclatant de trompettes et de clairon^ qui retentissent au-delà du fieuve. C'étoit Lëo, c'ëfoit l'invinci- ble héoy conduisant au camp de So«^ |>lianor le roi de Capoue prisonnier, •quatre mille captifs^ un immense bu<% tin , et la superbe armée des Samni-^ tes. On les voit s^vvanoer dans la plai^ ne, au bruit de mille fanfares. Le roi «leCampanie , éclatant d'o^^ est mon- •té sur un superbe coursier. Léo , cou- vert de sa peau de lion , marche à pied à côté de lui : ses braves Màrses, l'environnent ; et vingt mille Sam- nit^s , revêtus 'd'un acier brillant^ lequent sa marche triomphale. 172 NWTttA POMPIilTTS. Bientôt leurs lentes se dressent aU'- près de -celles de Sophandr : lés deux années sont réunies. Dès que la nuit a étendu ses voiles , mille feux allu- més sur le bord du fleuve tiennent les Komains dans l'alarme , et leur font craindre d'être attaqués. Ces braves Romains , à qui la vue de l'ennemi faisoit toujours 'pousser des cris de joie y observent un sileïice morne à l'aspect de ce camp terrible. X/es soldats se regardent d'un air ef- frayé; les chefs n'osent se communi« quer leurs craintes ; tout le monde tourne les jeux vers Romulus. On double les gardes j on se tient prêt au combat : malgré la force des retran- chements, malgré la valeur et lenonx- bre. des troupes , l'inquiétude est peinte sur tous les visages. Homulus lui-même est ému : maïs il afieete un visage tranÈ[uille. Ap- pwjé sur une longue javeline, S9as»> \ LIVKE V. 173 chant doucement à cause de sa bles- sure ^ il visite nés (juarders, encou- rage ses soldats; et , quoiqueson cœur soit îplein de tristesse ^ il remercie hautement les dieu|t^^ ^^ qif ils lui liyrent ensemble tousses ennemis^ ' Cependant^ par un ordre secret^ le conseil est assemble. Métius , Va- lérius, le sage Gatille, le prudent JBru- tus ^ plusieurs autres capitaines expé- rimentés, ont pris place auprès du monarque. La belle Hersiliey est ap- pellée par sa naissance , le. jeune Nu- ma par ses exploits. Des licteurs veil- lent à la porte du pavillon royal, et en éloignent les indiscrets. Komulus quitte alors cette gaieté feinte qu'il avoit montrée aux soldats ; et regar- dant ses braves chefs avec des yeux pleins d'inquiétude : Compagnons y leur dit-il, vos avis m'ont toujours été utiles, ils me sont aujourd'hui né- cessaires, ^os ennemis,^viQinqueurs de i5. 174 IfïJ'MjL POMPILIU-ff^ mes lâches alliés , sont trois fois pliis; sombrcux que nous. Je peux leur résis'-^ ter sans doute à l'abri de mes retraii' cliezQentspxiaîs s'ils passent le fieuTe, «t qu'ils m'assiippnt, avant huit }oi2rs noms xnanquons de TÎvres , et zk>u5 périssons sans co!mi>attre. Braves ^• suis , que deyoùs-nôus faire ? faut^il aller attaquer ces deux armées réu- BÎes , et éviter par la mort une capi-> tulation honteuse? faut-il essayer une Sfetraîte qui doit encore avoir ses daxk-' gers ? • Romulus se tait. Métius se levet il propose d'envoyer à Rome deman- der du secours à ^Talius, et d'atten* dre, derrière les retranchements , que cecpUeguede Homulu&soit venu le dégager. Brutus veut au contraire que l'on sorte du camp y qu'on aille pré> senler la bataille aux ennemis : et que l'on fasse tout dépendre de l'arbitre seul des comJbats. HersiHe s'oppose à I, I T H E V» 175 «e projet : Tant qu6 mon père ne peut •combattre, dit-elle, gardez-70us d'es- pérer de vaincre : la victoire dépend da bras de RomiJus; ce bras ne peut encore nous la donner. Suivonsd'avis «le Mëtius ; restons dans notre camp^ enrojoni à Borne chereber de nou- veaux guerriers. Msns , pour effrayer l'ennemi, pour Tempêeber de rien en- treprendre , Numa et moi nous par- tirons au milieu de la nuit , nous pë- nëtrerons dansle^amp des Samnites; et y tandis que , fatigués de leurmar^ cBe, enivrés de leurs succès , ils se li- Vicmt aii repos^ nous remplirons leurs tentes de carnage. Voilà mon avis s que mon père l'approuve ^ à l'instant même nous partons. J^uma l'écouté avec transport ; son ceil enflammé suit tous les mouve-^ ments d'Hersilie ; son cœur palpitQ de joie de se voir choisi par elle : cette nuit 9 où ils doivent combattre en- 176 NU M A POMPILIUS. semble , lui paroît la plus belle ^po— qud. de sa vie. MaisRomulus ^t éva- nouir sou espoir, en. s' opposant au dessein de sa fille. Tous les autres ca- pitaines proposent des moyens , ou impossibles , ou plus dangereux, que le mal même. On les discute , le con^ seilse prolonge 5 et jusqu'alors on n'a &it qu'exposer tous les maux, sans trouver un seul remède. ^ "Tout-à-coup le j eune Numa se sent inspiré par Minerve : il demande: la permission de parler. Homulus la lui accorde , en jettant sur lui des yeiix de complaisance. Grand roi, lui dit ]e béros , je crois qu'il est un mojen y je ne dis pas de saurerl'armée ^ mais de t'assurer la Yictoire.Les montagnes des .Trébaniens sont derrière nous ; «es montagnes inaccessibles ont des gorges où cent mille bommes peu* vent être aisément défaits par quel- ques troupes mai tresses des bautçurs. 1,1 VRB V. ?77 Qu!pn ^le laisse partir celte nuit mé' ia^jk,yfffi la moitié d«s Sabins; de- main, ayant la fin du jout, je seïai maître tles montagnes. Vous, grand roi y pour la première fois vous fui- rez devant Tennemi. Que ce mot ne vous alarme pas, vous ne fuirez que pour vaincre. Les Marsesetles Samni- tes vous poursuivront ; vous les enga- gerez ais(5ment dans les gorges des Trébaniens. Alors vous les attendrez die pied ferme, vous les attaquerez à votre tour; tandis que mes Sabins et moi nous les accablerons de nos flè- ches, de nos javelots, et des rochers que nous roulerons sur eux. Ainsi parle Numa, Homulus l'em- brasse ; Vaillant jeune homnDLe,lui dit-il, je te devrai plus que la vie : tu auras sauvé ma gloire. Cours exécu<- ter ton projet : prends avec toi tous les Sabins , excepté leur cavalerie y qui . te seroit inutile, et dont j^aurai sur- lout besoin dans le commenceitteiiS de ma- retraite. Vue nuit d'aV-Àiice* doit te suffire : pars A rinstftâf méaxe. Si tout réussit seton tes desseins ^ Toilà quelle est ta rëcompense. En disant ces mots, il lui montre Hersilie. Numa demeure interdit : la sar— prise, la joie, tous les sentimenls ^tu. l'agitent, lui 6tent Plisage de la pa~ rôle : ses yeux errent à la fois sur Ro-^ ^ jnulus, sur Hersilie. Enfin il se "pré" cipite aux genoux du roi de Home : JFils d'un dieu^ s'écrie-t-il, tu viens de me rendre invincible. Que les Mar- ges, que les Samnites, que tous les peuples de ritalie,, se ri^unissent con- tre moi ; je me sens l'espoir de les vaipcre. Le nom^ le seul nom d'Her- «ilie y me rend presque ëgal à toi-mé^ me ; l^bonneurde devenir ton gendre an'ëleve au rang des demi-rdieux. En prononçant ces paroles , sea ^eux brillent d'amour et de cwrage ^ X ï Y R £ V. I75 il leâ tourne yera son aiïiantê : il lit dans les siens qu'elle confirme la pro-* îBOsse de Romulus ; et, brûlant d'être «n marche ^ il court faire armer les Sabin». Aussitôt les logions latines , par Tordre de Komulus , sortent de leurs tentes 9 et yont se former en bataille sur le bord du fleuve , pour dérober aux ennemis le départ du brave Nu- ma. Iras détour- ne le coup ; et Léo , entraîné par l'ef- fort et par le poids de la massue, le grand Léo tombe comme un pin de cent ans déraciné par le tonnerre. Nu- ma se^réApite sur lui; d'une main il le sa^^a gorge, de l'autre il pose sur son cœur la pointe de son épée : Ta vie est à moi , lui dit^il ; mais je ne puis donner la mort à un si vaillant LIVRE V. îg3 g;uerrier.i Viens signer la paix : j'aime xnieux êire ton tanJL que ton vain- queur. ' £n disant ces mots 9 Kuma se le- v&, et remiet son glaive dans le four- reau. Léo , à peine debout , embrasse son généreux ennemi. Tous deux, se tenant par la main , descendent vers les bataillons marses, occupes déjà de nommer des vieillards pour aller traiter avec Romulus. ^uma, suivi de Léo, les conduit lui- même au roi de Rome : Numa sollicite en faveur des Marses. Romulus accor- de la paix. Vous remettrez en liberté , dit-il , mon allié le roi de Campanie; vous lui rendrez ses trésors et ses cap- tifs. Quant aux terres des Auronces , que ce monarque vous redemandoit y elles seroient toujours dans ses mains ou dans les vôtres un sujet étemel de discorde ; elles resteront en mon pou- voir. Pour vous dédommager de c« I. 17 194 WtJltA POlttPILÎXTS. sacrifice, le loi de Capoue tous lais«« sera )a yille d'Auxence; et son fila Capis demeurera chez tous en otage jusqu'à l'exéculion du traité* Les Marses ^ plus fayorisës par ceMe paix que le roi de Gampanie^ l'accep- tent sans balancer; et Romulus, qui devient maître d'un nouveau pays , compte pour rien les intérêts d'un al- lié qu'il méprise. Mais il veut récom- penser Numa : Vaillant jeune hom- me, lui dit-il, tu triompheras à ma place ; tu entreras dans Kome sur mon char , à la tête de mon armée : Léo marchera devant toi; et tu recevras la main de ma fiUe à Tautel de Ju- piter. Grand roi y lui répond Numa , c'est à vous seul que le triomphe est dû $ la main d'Hersilie suffit à ma gloire. Quant au brave Léo> je ne suis point son vainqueur. Romains^ ce n'est pas sous moi qu'il a succombé ; Cérès a quitté l'olympe pour me donner la I» I VR E V, 195 victoire. Ketournez vers votte peu- ple y Léo ; vous êtes libre et invinci- ble ) car vous n'avez cédé qu'aux im- XDortels. Il dit : les Romains et les Marses croient entendre parler un dieu. Léo se précipite dans ses bras $ le serre con- tre son sein ^ en pleurant d'admira- tion. Il veut désavouer Numa , il veut -ayoir été vaincu. MaisNuma rend compte aux deux armées du secours qu'il a reçu de Cérès : il remercie bau- tement la déesse de lui avoir sauvé la vie , et se couvre d'une gloire immor- telle en refusant celle qu'il ne méti- toit pas. Cependant la paix est signée. Le roi deCampanie est libre; Bomulus a livré Capis ; déjà des troupes sont parties pour s'emparer du pays des Auronces. Numa et Léo ne se quittent point sans se jurer une éternelle amitié. Avant de se séparer, ces deux héros se font des présents. Numa fait accepter "k soa <>' 196 NUHA POMPIIilUS. ami le superbe coursier de Thraôe qne Tatius lui a donne. Léo présente à JN'uma un oasque forgé par Vulcain , qu'il tient du chef des Samnites : Gar- de-le toujours , lui dit-il', et garde-moi sur-tput ton amitié ; je te donne ma foi de te consacrer ma vie 9 aussitôt que j'en pourrai disposer. Tels furent les adieux- de ces deux héros. Bomulus y qui se dispose à repren- dre le chemin de Rome , fait monter Hersilie et Numa sur le même char, et veut qu'ils marchent tous deux à la tête de son armée. Numa, au comble de ses vœux, ne peut contenir ses transports : il est auprès de celle qu'il aime ; il est sûr de la posséder. Ce^e idée lui ôte à la fois et la parole et la raison. Numa^ couyert de gloire^ Nu- ma , le favori de Romulusy le sauveur de l'armée^ tremble encore auprès d'Hersilie. Il la regarde et n'ose lui parler; c'est en vain qu'il l'a obtenue ^ fl ue peut croire qu'il Ta méritée. LIVRE V. 19/ L'armëe romaine ayoît déjà repas- sé le Liris^ quand un courier couvert de poussière demande à grands cris Tourna, et se présente à lui avec un visage baigné de larmes. Numa in- quiet l'interroge y et craint quelque funeste événement pour Tatius. Je ne viens point de Rome , lui dit l'en- voyé , je viens de la forêt sacrée , et du temple de Cérès. Le vénérable TuUus n'a pu soutenir votre absence ; il n'a pu sur - tout soutenir votre oubli : il touche aux portes du trépas 9 et vous demande la grâce de vous voir encore avant de mourir. A cette parole , Numa jette un cri , s'élance du char; et, sans se donner je temps, ni de dire adieu à Hersilie^ xii de parler à Romulus y il prend un coursier de sa suite y et yole vers la Sabinie. FIN su LIVRE CINQUIEME. SOMMAIRE DU LIVRE SIXIEME. Joie de Tullus en revoyant Numa. Soins tendres et pieux que lui rend le héros. Sages conseils du pontife. Mort de Tullus. Douleur et regrets de Numa. Il yeut retourner auprès d'Her- «îlie. Il passe dans uti pays dévasté par cette princesse, et revient à Rome, saisi d'horreur. Discours de Romulus à son peuple. Réponse de Talius. L'hymen d^Hersilie et de Numa s'ap- prête. Tatius est assassiné. Numa le secoiut , et lui jure d'épouser sa fille. LIVRE SIXIEME. Nu M A pressoit les flancs de son cour- sier , et suivoit en pleurant le cours de l' Anîo : il fujoit une maitresse adorée au moment de devenir son époux ; il renonçoit aux honneurs du triom- phe. Mais ce n'étoient point ces sa- crifices qui faisoient couler ses lar- mes . c'étoit le danger de Tullus, c'ér toit le repentir d'ayoir presque oublié ce vieillard , pour ne songer qu'à l'a-» xnour. Il redoutoit les reproches qu'il alloit en recevoir; il craignoit davan- tage de ne plus le trouver vivant. Hé- }as ! se disoit-il à lui-même, si je ne l'a vois pas quitté > j'aurois peut-être prolongé ses jours y j'aurois du moins soulagé ses maux : c'étoit à. moi de rendre à sa vieillesse les soins qu'il a- voit donnés à mon enfance. Je suis un ingrat: ce reproche empoisonnera m^ 200- NtJMA poaiPïLiTrs- vie ; la gloire ne pourra pas m'en con- soler. Ah ! qii'iinportent les louanges du monde entier, quand notre cœur nous fait un reproche ! Ainsi parloit Niuna ; il a dëja tra- versé les campagnes de Carséoles. Sans perdre un moment , il laisse der- rière lui l'aimable Tibur, la cascade de l'Anio, la forêt d'Erétum, et il commence à découvrir le bois sacré et le faite du temple. O combien cette vue lui fait naître de sentiments tris- tes et doux ! Combien son ame est é- mue en revoyant les'lieux de sa nais- sance ! Mais un intérêt plus puissant l'entraîne ; il court, il arrive à la mai- son du pontife , le cherche , le de- mande y le découvre enfin sur sou lit de douleurs, entouré de prêtres et de' pauvres. A cette vue , ]^uma jette un cri, se précipite , tombe à genoux , saisit la main de TuUuS; la couvre de bai- tIVHE VI. âOX sers et de larmes. Le yieillard) dont les foiHes paupières étoîent baissées ^ les relere , et apperçoit Numa... Aus« sitôt un rayon céleste semble descen- dre sur son front; ses jeux s'animent > ton YÎsagé se colore : O mon fils, s'é- crie-tr-il , mon cher fils, je te revois , les dieux ont exaucéma prière f Viens te jetter à,2ins mes bras : yiens^ h&te+ toi ; je crains de mourir de joie ayant de t'ayoir embrassé. £n disant ces mots , il se soulevé avec peine , et tend à Numa ses mains tremblantes. Il le saisit, il le presse contre sa poitrine , il ne peut plus ni lui parler ni le dé- tacher de son sein. Le jeune homme y qui baigne de pleurs la longue barbe blanche de son père, ne lui répond que par des sanglots. La secousse qu'éprouve Tullus é« puise ses foibles organes. Il retombe sans mouvement^ presque sans vie, jnais tenant toujours la main de Nu^^ I toi NUMA POMPtLITJS. ma. On s^empresse autour du vieil- lard ; la Yoix de son fils le ranime ; il ouvre, les yeux. A peine a-t^ilre* trouvé l'usage de la parole , ^'il or- donne, qu'on le laisse seul avec son fils, Alorsl'embrassant de nouveau : Tu m'es donc rendu ! lui dit-^i]. Ah f que les dieux à présent disposent de mes jours ; que la cruelle parque ea coupe lia trame : je t'ai revu , je meurs content* Si j'avois plus de moments à jouir de ta présence , je pourrois te faire quelques reproches ; mais le peu d'heuïes qui me restent ne suffiront pas pour ma tendresse. Ne parlons que d'elle et de toi. Baconte - moi , mon filS) raconte -moi ce que tu as fait : le bonheur t'a suivi sans doute ; car tu n'as pas eu le besoin de mo confier tes peines. Apprends c'est de la main de son fils ; si Tiîllu& dit une pardie, c'est toujours son fils qui répond. Il le plaint et l'enconra»- ge , dévore ses pleurs pour lui soiw .208 IfUMA POMPILITJS. rire^ affecte sans cesse une joie^ une espérance , qu'il n'a pas. Il remplit à la fois près de lui l'office d'ami , de £ls , d'esclave, il suffit seul pour tous CCS devoirs ; et le vainqueur de Léo n'a pas trouvé dans sa victoire un plai- sir si doux , si touchant pour son ame ^ qu'il en éprouve à servir son bienfai- teur. Mais en peu de jours le mal aug- mente ; la dernière heure de Tullus approche. Ce moment n'a rien qui i'effraie : le vénérable pontife a tou- iours vécu pour mourir. A chaque moment de sa vie, il a toujours été prêt à paroi tre devant le redoutable juge ; tous ses jours se sont ressem- blé$ , l'instant qui va finir ses maux va conmiencer sa récompense. Il n'est occupé que de Numa ; il fait éloigner tous les témoins , prend sa main qu'il serre dans la sienne , et lui dit ces paroles : Mon fils, je vais LIVRE VI. 26^ mourir. Les soins que tu m'as rendus ont fait plus que t'acquitter arec moi : c'est TuUus qui te doit de la recon- noisaance ; il est doux pour lui d'em« porter au tombeau ce sentiment. Mais dans une heure je n'aurai plus besoin de Numa ; et Numa aura peut-être bientôt besoin de Tullus. O mon fils , que cette idée me rend la mort dou- loureuse ! Ton amour pour Hersilie remplit mes derniers moments d'à- mertume et d'effroi. Ton coeur s'est almsé, n'en doute point : pressé du besoin d'aimer, il s'est enflaminé pour le premier objet qui l'a séduit ; et d'un court moment d'ivresse il a fait une longue erreur* Numa^ il est deux amours^ nés pour le bonheur et pour le malheur du monde. L'un , le plus commun ,, le plus brûlant peut -être , est celui qui te conAime. Son empire est fondé sur les sens ; il nait par eux et vit par 18. 5IO NXTMA POMPlLXlTff. eux : il n'IiaBite pas noire cœur, il coule dans nos veines ; il nVleve pas notre ame , il la subjugue, il n'a pas besoin d'estimer 5. il ne désire que de Jouir. Cet amour méprisable n'a rien de commun avec notre ame : juge si la félicité peut venir de lui. Non, mon fils y les dieux ne lui ont donné de pou- voir sur les hommies, qiie pour humi- lier lelir orgueil. L'autre amour, présent céleste ^ naît de l'estime , et vit par elle. Il est moins passion que vertu ; il n'a point de transports fougueux , il ne connoît que les sentiments tendres. Celui-là réside dans l'ame ; il l'échauffé sans la consumer, l'éclairé et ne la brûle pas : il lui fournit la seule nourri- ture, qui lui soit propre , le désir d'at- teindre à toutes les perfections. Sts plaisirs sont toujours purs ; ses peines mêmes ont des charmes. Au milieu des plus grandes soufiraDces, il jouit LiVKE VI. air d^une douce ptiix ; c'est cette paix qui seule rend heureux. Tu l'éprouve- ras^ mon iils ; tu sentiras que les hon- neurs, les richesses, la volupté, la gloire méme^ ne remplacent point cette paix que donne la seule inno- cence ; la vieillesse , qui détruit tout ^ semble en augmenter la douceur. C'est à toi , mon fils , de me dire auquel de ces deux amours ressemble celui que tu sens. O Kuma y crois un père qui t'aime , qui ne regrette de la vie que le plaisir de veiller sur ton bonheur. Tu ne le trouveras jamais ce Bonheur, tant que tu ne pourras pas commandera toi-même ^ tant que tu n'auras pas sur tes passions un em^ pire souverain. Garde-toi sur- tout de penser que cet empire soit impossible à notre foiblesse. Descends dans toi- même y mon fils , tu trouveras tou- jours une vertu toute prête à com- battre le vice qui veut te séduire. -5i 312 NVMA P0MPILIT7S. la beauté enflamme tes sens ^ la sa- gesse est U pour te défendre ; si de trop grands irayaux te lassent, le cou- rage vient te soutenir ; si l'injustice te révolte , l'amour de l'ordre te rend soumis, et si le malheur t'accable , la patience vient à ton secours. Ainsi, dans toutes les situations de ton ame^ le ciel t'a muni d'un consolateur ou d'un soutien. Profite donc des bien- faits du créateur, et cesse de te croire foible , pour te réserver le droit de tomber. Mais je sens que la mcAt s'appro-^ che, et que ma voix va s'éteindre. O mon cberfils , je t'en conjure^ étouffe un fatal amour qui doit te rendre à jamais malheureux. Je n'ai plus qu'un xnot à te dire : tu conviens toi-même que cette passion , à peine naissante^ te fit oublier TuUus ; qui peut te ré- pondre qu'elle ne te fera pas oublier la vertu? J'ai vu que tu m'aimois au- tant qu'elle ! LIVRE VI. 5l3 Telles furent les dernières paroles de Tullus. Il expira bientôt dans les bras deNuma , en lui parlant encore de sa tendresse , en lui adressant son dernier soupir. Quelque prévue que fut cette mort^ elle pensa coûter la rie au fils de Pom- pilius. Il fallut l'arracher de dessus le corps du pontife ; il fallut yeiUer sur son déses|)oir* Épuisé par les veilles , par la doUleur, noyé dans les larmes y se refusant toute nourriture , Numa voulut porter lui-même sur le bûcher le corps de ^on bienfaiteur. On le vit s'avanceir à la tête des prêtres et de . tous les habitants de laSabinie,pâle9 hâve ^ baigné de pleurs ^ chargé de ce fard<*au si c-Iut. Il le pose sur le bû' cher , il le regarde long-temps d'un œil fixe , l'embrasse mille fois , et ne pent se résoudre à s'en éloigner. O mdn père ! s'écrioit-il avec des 5ahglotS9 je ne vous re verrai donc SI4 NUMAPOMPILITTS. plus ! je ne vous reverrai jamais! Cette bouche ne m'assurera pins, de votre amour ! ces yeux ne se rouvriront plus pour me regarder avec tendresse ! O dieux ^ qui m'aviez dëja privé desau- leurs de mes jours, pourquoi me faire éprouver deux fois cette affreux mal* Leur ? Oui 9 c'est aujourd'hui que je perds encore etPompilius y et ma'mc- re y et mon maître ^ et mon hienfai- leur: tous les biens quç le ciel donne à l'homme pour le soutenir y pour le consoler, tous me sont ravis dans TTullus. La terre est vaide pour moi: je n'y retrouverai plus TuUus ! Ve- nez^ venez vous joândre à moi 9 vous > pauvres , vous infortunes , qui res- tez aussi orphelins; notre malheur nous rend frères : venez , venez bai- ser encore ces restes froids et inani- més du bon père, que novs avooa perdu. A ces mots , tou& les pauvres s'a- LIVRE VI. 21 5 vancent, tous- les Sabins jettent des cris. On ne peut plus distinguer de pa- roles, on n* entend que des sons inar- ticulés, de profonds gëmîssements. Ils redoublèrent dt;s que l'on vit la flamme s'ële ver eu ondoyant. Nu ma, par un mouvement involontaire, s'é- lance pour reprendre le corps ; mais o» l'arrête ^ et le feu a bientôt' con- sumé la dépouille mortelle du plus juste des hommes. Alors un profond silence succède aux cris douloureux. Les Sabins ^ les prêtres , Numa lui- même y regardent d'un œil morne cet amas de cendres, seul reste de celui qu'ils pleurent ; tous considèrent avec une douleur muette la poussière de l'homme de bien. Cependant on éteint avec du vin les restes du bûche|',on recueille la cendre de TuUus , on la déposé dans une urne ; Numa la porte dans le mê- me caveau , sur la même tombe , où 2l6 NUUA. TOMVÎIrlVS, repose l'urne de sa mère. Soyez unief^ dit-il, cendres c[ue j'adore ; soyez-le après le trépas y comme les âmes qui TOUS animoient l'ëtoient pendant vo- tre vie. Puissent ces âmes pures et heureuses se féliciter dans l'élysëe , sinon des vertus de leur fils, du moii^s de sa tendresse et de sa piété ! Alors il coupe sa longue chevelure hlonde, et la consacre aux mânes de TuUus, Il immole dix hrebis noires à l'Érebe ; ce sacrifice finit des funé- railles si touchantes. Après avoir rempli ces tristes de- voirs 9 Numa se met en marche pour rejoindre l'armée y méditant les con- seils de Tullus. Mais c'est en vain qu'il s'avoue à lui-même la vérité de ses avis , les dangers dont il va s'en- tourer, la douleur, qu'il va causer à Ta tins et à son peuple ; c'est en vain qu'il éprouve une secrète hoxreur , en songeant qu'il sera le gendre de celui LIVRE VI. iï7 qui causa la mort de ses parents t l'i^ tnaged'Hersilie) la crainte de la voir passer entre les bras d'un rival, tous les transports de l'amour y tous les tourments àe la jalousie , se réunis- sent pour l'emporter sur sa piété ^ sur sa raison. Numa gémit de déso- béir aux derniers préceptes du pon- tife; il conjure, en pleurant, ses içâânes de lui pardonner tant de foiblesSe:car, depuis la mort de TuUus , Numa crut toujours que son ombre étoit le té- moin assidu de tputes ses actions y de ses plus secrètes pensées; et cette crainte salutaire lui valut de non- Telles vertus. Numa espéroit retrouver l'armée sur les frontières des Hemiques t mais il apprit à Trébie que Romu- lus^ avec la moitié de ses troupes^ étoit allé surprendre Préneste; tau- dis qu'Hersilie ^ avec l'autre moitié , marchoit contre le roi des Hemiques, I. 19 ai8 NUMA POMPILItJ^. Le refus qu'avoit fait ce prince <ïe laisser passer les Romains, quand ils alloient attaquer les Marses , avoit semblé un outrage à l'implacable Ro- mulus : il avoit prescrit à sa fille d'en prendre ime affreuse vengeance* La cruelle princesse ne lui avoit que trop obëi. Kuma y qui croît voir des dangers dans l'exp'édilion d'Hersilie , brûle d'être auprès de son amante ; il mar- che le jour et la nuit pour la rejoin- dre plutôt. Quelle est sa surprise , quelle est sa douleur , en mettant le pied sur les terres des Berniques ? Hersilie a marqué son passage par la ruine et la désolation. Ses foibles ennemis ont fui devant elle; Hersilie les a poursuivis le fer et la flamme à la main. Les épis couchés sur la terre ont été broyés par les pieds des che- vaux; les arbres sont coupés à hau- teur d'homme , leurs branches dis- i.,i V B E VI. ai^ |>ers^es attestent par quelques fruits leur ancienne fertilité : les villages réduits en cendres fument encore de rincendie. Le gltûve a immolé tous les habitants qu'on a pu atteindre :1e cadavre du laboureur est auprès de sa charrue brisée : la mère dépouillée et no^urtrie tient son enfant mort sur sqii^ein : l'époux et l'épouse égorgés sont étendus l'un auprès de l'autre ; leurs bras sanglants et roidis sont res- tés entrelacés : de longs ruisseaux de sang vont se perdre dans des mon- ceaux de cendres; et des vautours af- famés 9 seuls êtres vivants dans ces demeures désolées y se disputent à grands cris les affreux présents d'Her- silie. O dieux immortels ! s'écrie Nu- ma ; et voilà celle dont je s^ois l'é- poux ! et voilà la pompe de mon hy- ménée ! Hersilie ! est -il possible que TOUS ayez commis ces horreurs ! Bo- 320 WUMA POJTÎILrUff. mulus les avoit prescrites : maïs ëtoi t-ce à sa fille de s*en charger ? Ah ? quel que soit le respect que Ton doive à son père , à son monarque , on en doit davantage à soi-même , à Thu- manitë ; et quand un roi ordonne le erime , on meurt plutôt que d'obéir. !Et moi , qui venois la défendre; moi , qui volois pour la secourir , }e ne marche que sur ses victimes! Je foule une terre humide du sang qu^elle a répandu! Exécrable droit delà guerre, Toîlà donc ce que tu permets ! voilà ce qii*ont produit mes* exploits , et les suites de cette gloire pour laquelle fai tout quitté ! Ouï;, j'ai oublié Tut-^ lus , j'ai abandonné Tatîus , pour de- venir le compagnon des tigre» qui «nt versé tant de sang : j'ai égalé leur fureur dans les combats ; et je me suis cru un héros ! O Tullus , pardonne- moi cette affreuse erreur: je la rejette è jamais de mon ame. Le vrai héroa L t T R X VI, SL2t est celui qui défend sa patrie atta- quée : mais le roi , mais le guerrier gui rëpand une seule goutte de sang qu'il auroit pu épargner, n'est plus qu'une bête féroce y que les hommes louent, parce qu'ils ne peut ent l'en- chaîner. Kuma s'éloigne alors de cette scène de carnage; il renonce à suivre les tra- ces d'Hersilie , de peur d'avoir en- core à rougir de son amante. Il revient sur ses pas y sort du pays des Berni- ques ; et, le cœur flétri , humilié d'ê- tre un guerrier , il prend le chemin de Rome. • Déjà toute l'arrilée y étoit rentrée. Au moment de l'arrivée de Numa , Bomulus remercioit les dieux au ca- pitole^ de tout le mal qu'il ayoit fait 9UZ hommes^ et s^efforçoit^pour en- noblir ses cruautés, d'y associer les immortels. Numa. se rend au capitule , où Ta* 19. a22 NUMA POMPILIUS. tiuSjSa fille, et les Sabinsjassistoientai^ sacrifice. Il monte. Du plus loin que le bon roi Tapperçoit^ il court aussi vite que son ége le lui permet y et presse dans ses bras le Jils de Fompilius. Le vieillard pleure de joie de le revoir : il pleure bientôt de tristesse , en ap- prenant la mort de Tullus. O mal- heur de la vieillesse ! s'ëcrie-t-il ; on survit donc à tout ce qu'on aime ! Nu m a , je n'ai plus que ma fille et loi 5 je vais réunir sur vous deux tous les sentiments de mon ame : j'ai du moins l'hemreuse espérance de finir mes jours avant vous. £n disant ces mots , il prend la main de sa fille, la joint à celle de Kuma , et les serre contre son cœur. Tatia rougit; elle sent trembler sa mai^n en touchant celle de A'uma ; elle baisse les yeux vers la terre , et n'ose regarder le héros. Mais le héros cherchoit Hersilie: - t I V R. E VI. 223 îl la découvre auprès de Bomulus. Cette vue rend à son amour toute sa force ^ toute sa violence, et détruit en un moment l'effet des conseils de Tullus. Numa se hâte de rendre au Lon roi ses tendres caresses ; et ^ se dégageant de ses bras, saluant froide* ment sa £lle , il se presse de joindre Bomulus. Le roi de Rome l'embrasse ; il le présente à son peuple , et commande le silence. Romains ^ s'écrie-t-il , vous m'a- * vez vu triompher ; mais c'étoit à Nu- ma de triompher à ma place : c'est à Kuma que je dois ma victoire. Je lui donne pour récompense celle que tant de rois ont vainement deman- dée, celle qui dédaigna tant de héros , ma jElUe. A cette parole 5 les Romains pous- sent des cris de joie : les Sabins gar- dent un morne silence ^ Tatius de- 324 WXTMA POMPTLlTry. meure immobile^ comme an homnir qui vient de ycdr toml)er la foudre à ses pieds ; Tatia pâlit y eu se rappro' chant de son père. Hersilie la remar- que y et fixe sur elle des jeux më* contents. Numa , couvert de rou- geur , promené des regards inquiets sur Tatia , sur He^iHe ,. sur les Sa- bins , sur Tatius. ' Bomulus, sans être ëmu, continue ? ]>emain cet auguste byménëe ^ac- complira sur cet autel charge des dé- pouilles de l'Italie : )e le consacrerai par des jeux solemneis, qui dureront dixjours. Au mot de jeux y les Sabins se re- gardent en fronçant le sourcil y Ta- tius levé les yeux au ciel > Numa baisse les siens vers la terre. Homains , poursuit Romulus , a- prèÀ avoir acquitté les dettes de la 'reconnoîssance , je m'occuperai de nouveau de vos intérêts. Je viens d« LITRE V r. aaS con(Ju^rirle pays des Auronces, maïs cette ^augmentation de votre terri- toire vous doit être peu avantageuse ,, tant que vous en serez sépare» par le» Volsques. Il est un moyen de la ren- dre utile , c'est de soumettre les Vols- ques : dans dix Jours je marclie con- tre eux. Romains , vous êtes n^s pour la guerre : vous ne pouvez voufi agran- dir, vous soutenir même^ que par elle. La paix seroit pour vous le plus grand des flëaux:elle amollîroit vos courages, elle affoiblîroit vos bras in- vincibles. Jugez de davantage que vous aurez toujours sur les autres na- tions , lorsque , ne quittant jamais les armes, vous perfectionnant sans cesse dans l*art difficile des h^ros, vous at- taquerez un ennemi ënervë par une longue paix : quand même , ce qui est impossible , son courage seroit ^gal au vôtre , il ne pourra vous opposer ni «des forces ni une expérience égales^ / aia6 NTTMAPOMPILIUS. Avant que ces foibles adversaires se soient aguerris en combattant contre TOUS, avant qu'ils aient appris de vous l'art terrible dans lequel vous serez maîtres , ils seront défaits et soumis. Ainsi, attaquant tour-à-tour tous les peuples de l'Italie , les divisant pour mieux les vaincre, vous alliant avec les foibles, et les accablant après vous en être servis, vous parviendrez eu peu de temps à la conquête du mon- de , promise à Rome par Jupiter. Toutes les voies sont permises pour accomplir les volontés des dieux ; et la victoire justifie tous les moyens qui l'ont procurée. Romains, ne son- gez qu'à la guerre ; qu'elle soit votre unique science, votre seule occupa- tion. Laissez , laissez les autres peu* pies cultiver un sol ingrat qu'ils ar- rosent de leurs sueurs ; laissez - les «'occuper du soin d'acquérir des tré- sors par le commerce, par l'industrie^ LIVRE VI. 227 par toutes ces riles inyentions de la foiblesse : vous moissonnerez le Lié qu'ils sèment , vous dissiperez les ri- chesses qu'ils amassent. Ils sont le» enfants de la terre ; £'est à eux de la cultiver : vous êtes les fils du dieu *Mars ; votre seul métier c'est de vain- cre. Romains, guerre éternelle avec tout ce qui refusera le joug. L'uni- vers est votre héritage , tous ceux qui l'occupent sont des usurpateurs de vos biens : n'interrompez jamais la noble tâche de reprendre ce qui est à vous. Ainsi parle Romulus : l'armée ap- plaudit , le peuple mumure. On en- tend dans l'assemblée un bruit sem- blable au bourdonnement des abeil- les , quand elles sortent du fond d'une ruche que l'on veut dépouiller de son miel. Ta tins se recueille un moment , regarde le peuple avec des yeux at- ^fcaB NUMiL^poMPiiiirs. tendiis ; et ^ debout sur le tribunal où il sîégeoit vis-à-yis de Homulus, il levé son sceptre d^or , en demandant qu'on l'écoute. Son air yénërable> ses cheveux blalics , la bonlë^ la dou- ceur , peintes dans ses jeux , impri« znent un saint respect. Romulus in'^ quiet et surpris jette sur lui des re- gards farouches ; ses sourcils noirs se rapprochent , la colère est dëja sur son front. Tel y dans l'assemblée des w diexix 9 le terrible Jupiter regarderoit Saturne s'opposant à ses décrets. Hoi, mon égal et mon collègue , lui dit le bon Tatius ; il n'est .pas un seul Romain qui admire plus que moi ta valeur^ tes talents guerriers et ton amour pour la- gloire. Je jouis de tes triomphes autant que toi > même 9 et j'aime à me rappeller que^dansle long cours de ma vie , je n'ai pas vu de hé* ros que je puisse te comparer. Mais ce beau titre de héros ne suffit pasji. LITRE VI.' 229 ^and on e9t roi : il en est un plus doux, plus glorieux, c'est celui de père. Regarde cette portion de tes sujets revêtus de cuirasses et armés de lances ; ce sont tes enfants sans doute y et tu les traites comme tels : mais regarde cette portion , dix fois plus' nombreuse , couverte de misé- rables lambeaux, parce qu'an lieu de se vêtir ils ont pajê ces cuirasses bril- lantes; ce sont aussi tes enfants, et tu les traites en ennemis : tu leur en- levés leur pain^ leurs fils , leurs ëpoux; tes lauriers sont baignés de leurs lar- mes^ chacun eole tes victoires est ache- tée de leur substance et de leur sang. Homulus , il est temps de les laisser respirer ; il est temps que tu permettes de vivre à ceux dont les pères sont morts pour toi. Cesse donc de faire égorger des hommes , cesse sur-tout de dire que c'est pour accomplir les décrets des^ieuz. Les dieux ne peu- I. 20 ^ aSo NU m: A poMPii.itrf. Vent vouloir que le bonheur des hu- mains : leur premier don fut l'âge d'or; €t quand l'olympe assemblé donna la victoire à Minerve^ ce futpour avoir produit l'olivier. Un seul de ces dieux^ Saturne , a régné dans l'Italie : sou- viens-toi comme il régna ; imile-le y et ne calomnie plus les immortels, en disant qu'ils ordonnent le carnage. Tu prétends que les Romains no peuvent subsister que par' la guerre- Montre-moi donc une seule nation qui subsiste pat cet affreux moyen ; et dis-moi par où sont péris les peu- ples qui ont disparu de la face du monde. Est-ce par la guerre que la malheureuse Thebe a conservé sa grandeur ? Elle vainquît cependant les sept rois de l'Argolide , et sa vic- toire causa sa ruine. Est-ce par la guerre que tes ancêtres les Trojéns ont maintenu leur puissance en Asie? La guerre est la maladie des états r iiVRE VI. a3i ceux qp. en souffrent le plus souvent^ finissent par succomber. Roi, mon collègue, je t'en conjure au nom de ce peuple qui a tant prodigue son sang pour toi , laisse à ce sang le temps de reveilir dans ses veines ëpuisëes. Per- sonne ne nous attaque ; tes conquêtes sont assez grandes : occupons -nous de rendre heureux les peuples que ton bras a soumis. Hélas ! malgré ma vi* gilance/jene puis suaire à punir tou- tes les injustices , à soulager tous les infortunés : aide-moi dans ce noble emploi. Parcourons ensemble nos é- tats , déjà si grands par ta vaillance; et quand nous aurons séché tous les pleurs , enrichi tous les indigents , quand enfin il n'y aura plus de mal- heiureux dans notre empire, alors je te laisserai partir pour en reculer les frontières. Il dit : Komulus frémissoit ; tout le peuple poussoit des cris , Tarmét 232 KVMA POVFILttrs. même ëloit ëmue.' Romulus se pré- pare h répondre ; mais l'on p. ut juger h son air que ce n*est pas pour accor' der la paix. Tout-à-coup le peuple se. presse^ arrive en foule près de lui , et ne le laisse pas commencer son dîs~ cours. Femmes ^ vieillards^ enfants, tous sont à genoux , tous lui tendent les bas en criant : La paix ! la paix ! Fils des dieux, don ne*nous la paix ! Nous demandons gçace ; prends nos biens si tu veux ^ mais acccrde-nous la paix. O mes enfants ! leur di t Tatius bai- gné de pleurs et hors de lui-même y TOUS l'aurez; je vous la promets. Je l'ai demandée à Romulus au nom de la tendresse et de l'amitié, je l'exige à présent comme son collègue , coxn^ me son égal en pouvoir , en dignité. S'il me la refuse y Romains y j'irai y f irai à votre télé me placer à la porte de Rome : là , nous l'attendrons ayeo LIVRE VI. 235 "Son arm^e , nous embrasserons la ter-^ ïe, et nous verrons si ces barbares ose- ront fouler aux pîeds leur roi , leurs zneres et leurs enfants. A ces mots, toute l'armëe jefteua cri : Non , jamais ! non , jamais ! dit- elle. Chaque soldat Jette ses arme?, chaque soldat se mêle avec le peuple, tombe à genoux ^ embrasse sa mère ou son fils 9 et crie avec eux : La paix! Le terrible Romulus . forcé de ce- der pourla première fois de sa vie, dissimule sa fureur, accorde une trê- ve , d'un air farouche, et se retire pré- cipitamment dans son palais. Il éloit toujours suivi de sit^ gardes , nommés Céleres , qu'il avoit créés , pour être sans cesse près de- lui. A peine a-t-il quitté l'assemblée , qu'exhalant la colère quisurchargeoit son cœur , il éclate en imprécations contre Ta tins, el laisse échapper dans son transport ces paroles indiscrètes 20. a34 numa poMPitrrs. qui causèrent tant de malheurs : Jus* ques à quand ce yieillard importun mettra- t-il des entraves à ma gloire ? Je n'ai donc pas un ami qui puisse ' m'en délivrer 1 Ces mois affreux ne furent que trop entendus par les Cé- leres. Hersilîe avoit suivi Romulus : Nu- ma n'avoit pas ose suivre Hersilie. Appuyé contre une colonne , les jeux baissés^ pensif, comparant en lui-mê- me les vertus de Tatius avec les fu- reurs de celui qui alloit devenir son père , il demeuroit enseveli dans une profonde rêverie. Tatius s'approche de lui : Gendre de Komulns^ dit-il en lui tendant la main, veux-tu me faire aussi la guerre ? Ces paroles font couler les pleurs de Numa ; il tombe aux genoux du bon roi : O mon père ! s'écrie-t-il, j^ n'ose vous envisager; pardonnez.... Je te pardonne tout^ interrompit I. IVRE VI. 235 le vieillard, si tu me promets de m'ai- mer toujours. Tu as dispose de toi , ^ans me le dire ; tu as contracté une alliance peu agréable à nos Sabins; je doute que le vénérable Tullus te l'ait conseillée : mais enfin , si elle te rend heureux, nous devons tous l'approu- ver. Numa, je voulois être ton père; c'est Romulus qui jouira de ce bon- heur : je ne puis te cacher que je le lui envie. Ah ! s'il n'en remplit pas bien les tendres fonctions, si son coeur ne sent pas assez le prix d'un nom qui m'eût été si doux , Numa y mon sein paternel te sera toujours ouvert ; et Tatius të devra de la reconnoisance , si tu le choisis pour ton consolateur.' En disant ces mots , il s'éloigne , et laisse Numa interdit^ plein de trou- ble , de remords et d'amour. JVuma dans cette agitation espère trouver du calme auprès d'Hersilie; il court au palais de Romulus: il voit a36 KXTMA POUTILtir;. les apprêts de son bymën^e. Cette vue le transporte de joie : mais cette îoie bVstpas purey un sentiment de crain- te la corrompt. 11 parle à celle qu'il aime , il entend de sa bouche Taveu xpi'il en est aime ; et le ravissement que cet aveu lui cause ne peut chas- ser de son cœur un secret effroi qui le glace. 11 coptemple Hersilie,il trou- ve dans ses jevix l'amour ; mais il ne peut 7 trouver la paix. Numa se tour- mente , s*agite ; il se répète cent fois que le- lendemain est le jour de son bonheur : une voixs'ëleve au fondde son ame ^ et lui crie que le bonheur est loin de lui. Cette voix lui fait des 'reproches. Numa s'assure en vain qu'ils ne sont pas mérites ; son cœur désavoue toujours les raisons que son esprit lui donne. Enfin , accablé de soucis, glace de crainte , consumé d'amour , il porte ies pas vers le bois d'Égérîe, où il trou- 1 1 V R E VI. 23/ Va pour la première fois celle dont il va devenir l'ëpoux. Il veut revoir ces lieux chers à son ame; il se rappelle le songe mystérieux qu*il a fait : il es- père qu'en portant ses vœux au tem- ple de Minerve , cette déesse lui ren* dra ce calme dont il sent (pi*il a tant besoin. Il marche : le jour étoit sur son dé- clin. A peine à l'entrée du bois, Nu- ma entend des cris plaintifs : il croît reconn'oitre cette voix mourante ; et ^ le glaive à la main ^ il vole à ces dou- loureux accents Quel spectacle frappe sa vue ! Tatius mourant sous les poignards de quatre assassîns.Nu- xna jette un cri, et immole deux de ces scélérats ; les autres épouvantés prennent la fuite. Mais Tatius est frappé ; son sang coule en abondance : le malheureux vieillard n'a plus qu'un instant à vivre. Numa l'embrasse en poussant des cris : il visite ses blea« S38 NU M A POMPIUUS. sures ) déchire ses habits^ ëtanche le sang^ soutient le bon roi, le soulevé ^ et veut le porter jusqu'à Rome. Arrête , arrête , mon fils ; lui dit Tatius : tes soins me sont inutiles; je sens que je vais expirer. Je remercie les dieux de rendre mon dernier sou- pir dans les bras. Numa ^ je meurs des coups de Romulus. «Tai reconnu les meurtriers : ils sont du nombre des Ctleres j et , en me frappant, ils m*on t dit que c*ëtoient-là les prémices de la paix que j'avois procurée aux Ro- mains. Ton amour pourHersilie> ton alliance avec mon assassin, te défen- dent de'venger ma mort : mais j'at- tends de toi une grâce plus chère. Il me reste une fille y Numa ; cette in- fortunée n'a plus de parent, n*a plus d'appui , que toi seuL La noblesse de sa race , &qs droits au trône des Sa- tins, la rendront criminelle aux yeux de Romulus : si tu ne la défends, elle j LIVRE VI. 23g périt. Jure-moi donc, ô mon cher fdsf de veiller sur les jours de ma fille y d^être son protecteur , son soutien , de lui tenir lien de frère. Hélas ! j'a- vois espëré qu'elle t'appelleroit d'un autre nom : dès le premier instant où. je te vi.s_, j'avois forme leprojetde te donner Tatia y de te placer sur mon trône ^ de Vieillir entre vous deux sans autre dignité que celle de votre père.- Douce illusion , trop tôt détruite , et qui rendroit ma mort tranquille , si elle m'abusoit encore ! Ah ! dumoins^ ne refuse pas ma prière ; prends pitié d'un vieillard mourant, qui fut ton parent, ton ami, l'ami de TiiUus et de ton père. Nùma y j'embrasse tes genoux ; sois le défenseur de ma fille; promets-moi de âauver ses jours y de veiller.,.. Je vous jure , interrompt Numa fondant en larmes, et je prends les mânes de ma mère et celles de TuUus 340 TÏUMA POMPILItrS. pour garants de mon serment ; je tous yure d'exécuter votre volontë premiè- re^ de devenir l'époux de Tatîa , de vivre , de mourir pour elle^ de par- tager tous ses périls , et de détester à )amai5 la famille de votre meurtrier. J'en étois sûr ! lui répond Tatius avec un transport de joie. Embrasse- moi, vertueux jeune .homme : jo compte sur ta foi ; je meurs content. . Il dit , serre Numa, et expire. Nu- ma s'évanouit sur son corps» FIN DU TOME PREMIER. 542S96 \