Google

This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project

to make the world's bocks discoverablc online.

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the

publisher to a library and finally to you.

Usage guidelines

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. We also ask that you:

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.

About Google Book Search

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web

at|http: //books. google .com/l

Google

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en

ligne.

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont

trop souvent difficilement accessibles au public.

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d'utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.

A propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //book s .google . coïrïl

>

/K

\

f\-^

' t

/

POÉSIES

DE

MARIE DE FRANCE.

TOME SECOND.

DE LIMPREWERIE DE FIRMIN DIDOT , Impbiheur du Roi et de l'Institut , rue Jacob, N^ 24.

\

'.'•^^j^-jiM-' (ityd^^/-.

POÉSIES

DE

MARIE DE FRANCE,

PpixE Anglo-Nokmahd dd XIII* Siècle, ou RECUEIL

SE LAIS , FABLES ET AOfRES PKODOCTIONS DE CETTE TEMHE CÉLÈBRE ^

Pnblïêei d'apr«s minuiciili de France et d^Angletarre , avec une Notice iht la vie el les onvragei de Bfaric ; la tridncliou de Laii eu ngard da texte, arec dei note*, des comment tairea , de» obserïationi lar les magea et coalmnei des Fran- çois et des Anglois d»u lei XII' et XIU' siiclea ;

Par B. de ROQUEFORT,

Des SocUtia deGcettingue,de« Antiqnairea de France, etc.

TOW.^EÇ.OND.

A PARIS,

Ciiiz CHASSERIAU, LIBRAIRE,

Au Dirbr bibuocbifiiiqds , bue de Ceoisbuil , n." :

i8ao.

i*,«««/»>««<'m>«%<^i'*i^«-%«>'*/««^'»/%'V-»^*/«/fc«<m'^«/«/»«4i/*i^'«^'«'«/*>%'^'^^'%'^v^/»«.'% %%»'»^

NOTICE

9

SUR LES FABLES.

j_j£ S fabulistes sont de tous les temps, et les premiers d'entre eux n'ont fait emploi de l'apologue que pour offrir, à l'inflexible vé- rité, les moyens de frapper fortement les oreilles dédaigneuses de l'homme puissant , peu accoutumées ou mal disposées à l'en- tendre.

L'apologue diffère de la fable et cette dif- férence est trop connue pour que je cherche à Vexpliquer. Dans l'apologue , le poète s'as- sujettit à donner des leçons ordinaires au commun des hommes ; mais dans la fable politique, il a en vue de rappeler, sous d'in- génieuses allégories , leurs devoirs aux prin- ces et au^ rois.

Des hommes de toutes les conditions, et le plus souvent des animaux , y décident souverainement de leur conduite civile ef politique ;, ils jugent enfin ces mortels qui se croient faits pour gouverner la terre et pour commander aux hommes.

IL I

ij NOTICE.

Tous les fabulistes ont laissé échapper des instructions pour les souverains; tels furent Bidpaïou Pilpaî, Locknxan , Ésope , Phèdre , puis dans le moyen âge Saint- Cyrille , Ro- muIuA et Marie. Ne dil - on pas même que la fable des Bâtons Flottants^ auxquels Ésope coraparoit la ville de Delphes , coûta la vie à son auteur? Les crimes de Séjan , ce digne /avori de Tibère , n'ont-îTs pas été indiqués par Phèdre? Ne voit- on pas Saint-Cyrille s'é- lever contre les hommes vicieux et Marie de France attaquer, combattre et livrer à l'in- famie , l'affreuse féodalité ? En réfléchissant sur les productions dès premiers fabulistes , on voit des sujets qui , pour le bonheur de l'humanité , se chargent d'instruire, de cor- riger, d'adoucir même le maître orgueilleux auquel ils étoient obligés d'obéir.

L'Angleterre , plus écrasée par le gouver- nement féodal que les autres peuples de l'Europe, présentoitle spectacle d'un état partagé entre une foule de petits tyrans qui, fiers de leurs richesses ou leur pouvoir, ne se soumettoient qu'avec peine à l'autorité du monarque, leur seigneur suzerain. At- tentifs aux actions du prince, ils épioient sa conduite , n'attendoient que le relâche- ment du pouvoir suprême pour lever des

MfÔtICÉ. îij

wmpëÈ , ^1* fhîte, & léuFf gvé, h pâi< du

^ftë i pmt âémetAhtidt Tëtàt ^t poiït multiplier ainsi lA tyrinài^. Lés grààdi ne aeœbloieot paroitre à h ootrr du susérain que pôwt se lûetite à Febckère afin d'écraser leiM^ anftemt et partager ses dépouilles ou qitelqruefois pour vendre leurs services et trafiq!oer de leur loyauté. Loin d'être les |>tôleeteurs des veuves , des orphelins , des Voyageurs ou deé marchands ^ ils dépouil- loient les* uns^, voloient les autres , et taxoient lés dlerorîeF» d'une façon arbitraire.

Les^ eceléâ^îan^tiques et lés gen^ de loi , âti<ie$ de ridbessés y également sm& de l'im- punité , suivoient le même exemple.

Le paysan esclave et attaché à la terre qui Favoit vu naître y étoit vendu comme le bé- tail qtf'û élevait. Aussi uâe infinité de per* éoneés molestées par l'abus de pouvoir , al- loieal chet^ber daos d'arufres eantoi^» une Bttualion plus douce.

Si q^relqués publieiftes peilsent qtie la li- berté soit le don le plus funeste qvï'on puisse fsÀté k un peuple agité j igno<'ant et^or- rompu , patce qu'il ne sait ni l'apprécier , ni défendre, on conviendra sans doule que l'éàclavaife dails leqtpel tivoit l'Europe e&tîève-|>eiifdail)rt les Xll et XQl^ stèoks^ étoit

I.

t,

iv NOTICE.

encore plus funeste, puisqu'il éteîgnoit tous les sentiments généreux que peut faire naître Taaiour sacré de Jia patrie.

C'est au milieu de ce désordre épouvan- table que naquit Marie de France. Trans* portée en Angleterre vers le commencement du XIIl** siècle , les romans des anciensT Gallois ou plutôt des Bas-Bretons , dont il existoit encore un nombre assez considé- rable, lui fournirent les différents sujets de ses lais. Les succès qu'elle obtint dans ce genre de composition , engagèrent Guil- laume-Longue-Épée à la solliciter pour tra- duire une collection de fables qui existoit en Anglois.

La version des quarante-trois fables pu- bliée par le Grand d'Aussy , m'avoit fait naître le désir d'en transcrire la collection d'après les originaux, et la dissertation de mou savant ami M. Gervais de la Rue , en me faisant connoître tout le mérite des pro- ductions de Marie , me fit mettre ce projet à exécution.

Je pensai qu'en publiant ce travail, il de- voit être favorablement accueilli , sur-tout si j'y ajoutois des notes sur les anciens usa- ges , des explications des mots difficiles et des recherches sur les fabulistes latins du

NOTICE. T

moyen âge qisi a voient traité à-peu-près les mêmes sujets que Marie.

Il sera question de Romulus à la suite de cette notice sur les Fables de notre poëte Anglo - Normand ,. et je vais parler d'un autre fabuliste latin qui florissoit dans le IX® siècle ; c'est saint Cyrille , non le pa- triarche de Jérusalem et moins encore celui d'Alexandrie, mais le saint Cyrille qui fut apôtre dés Sclavons et sur lequel M. Adry a fait une excellente dissertation (i). Gomme elle est peu connue, et que le fabuliste l'est bien moins , je vais donner uQe courte ana- lyse du mémoire.

Saint Cyrille, d'abord appelé Constantin ^ naquit à Thessalonique, d^une famille de sé^ nateurs. Envoyé à Constantinople pour y continuer ses études , il fit de si grands progrès , particulièrement dans la philoso- phie, qu'il fut surnommé le philosophe. S'é- tant lié d'amitié avec saint Méthodius , ils firent tous deux profession dans le couvent de saint Basile. Le jeune philosophe se dis- tingua par la résistance qu'il opposa aux at- taques de Photius contre le patriarche saint Ignace.

(i) Magasin enbydopédiqno , année 186G, tom. a, p. 17 38.

NOTICE.

Les (J^azanes descendants des fitiii$ et dbas Scythes européens ^ étoient la tribu la plua considérable des Turcs. Ces peuples ayant résolu d'ettibrasswkchriatianianie, prîèri^t Fimpératriof Théod^ra , mère de t'eiipper^wir Michel III , de leur envoyer des j^étres pauF les instruire.

Saint Cyrille, d'après l'avisde saint Ignace, ayant été désigné pour remplir cette œis'* sion (i), s'eippressa d'apprendre la langue des Gazares (a). Suffisammeot instruit , noo lare philosophe part , arrive , prêche , con- vertit le khan ou le chçf de ces peuples , et la nation entière reçoit le baptême. Bientôt des églises sont élevées , des prêtres fout fu- mer Teneens deTant la .<^'VÎuiié et célèbrent ses louanges. Enfin, saint Cyrille ayaot ren>t pli sa mission et refqsé les riebes présents qui lui furent offris par les Gae^ares (3) p revint à Constantim^le.

De nouveaux travaux apmtoliques ap^ pellent saint Cyrille ckea les Bulgares ou

(i) Vers Tan 846.

(2) Cette langue ne pouToit pas être le Turc , commç le dit Godescard. ,

(3) Saint Cyrille insiste fortement éaae $f» Fables , sur les dangers de recevoir des présents.

NOTICE, vq

Wdlgari^ i|>ei^k ^^m des iaordsilu Wolga.; saint Méthodius Taccompagna bientôt dans: sa aiissionet lui devint fort utile, Bogoris, roi .de ces idolâtres , avioit une sœur ; cette prafice^seayantâé&ilefxrisonnière , frit con- dutte à Coofitantinopte^ù eUe se convertit à la foi.

ReTK!SU»e pms de «on frère , la nouvellt catbécumbène desiva lui inspirer le6 senti" 'ments qu'elle partageoil;. fiogonis faisait alors élever ua superbe palais qu'il vouloit ié^ corer avee ntagai&cence. 11 pria lempereur de lui envoyer un habile peintre ; saint Me* thodius qui e&ceUoit^ dit>on , dans la pein* ture , fut envoyé' prés de Bogoris ^ lequel demanda, enU'e autres tableaux, un sujet ch^ pable de glacer d'effroi les spectateurs. Mé-^ thodius cboisil; le jugement dernier «t le rendit avec tant de force que la vue du tz* bleau frappa le roi des Wolgares ; Texpli* cation du sujet le frappe plus encore r vou- lant abjurer la religion de ises pères , il demande et obtient le baptême (i). Ses peu- ples irrités de cette conversion se révoltent; mai» Bogoris ne tarde pas à les soumettre ,

(i) \€n rannée B6o.

v^

viij NOTICE.

et leur fait ensuite embrasser le christia^ nisme. '

I^s deux amis y jaloux de poursuivre leur entreprise, passent en Moravie. Ce pays étoit gouverné par un prince que les nus appellent Rasticès et les autres ^vatoplucus qui per- sécutoit les chrétiens (i). Non-seulemei^t les deux saints personnages ^^convertissent les Moraves (2) , mais encore les Bobémieiis et ils introduisent parmi ces derniers Tétude des lettres. Ces ouvriers apostoliques éta- blissent à Bude une espèce d'académie. Saint Cyrille invente les lettres sclavones et 'cet alphabet fut appelé, relativement à son nom, CyriliquCyA est différent de celui dit de saint Jérôme, autre personnage^ue fameux père de L'église dont les oiivràges nous sont par- ven!kis. Comme le peuple n'entendoit que sa langue , les 'deux saints jugèrent à propos

**■

(i) Selon les Annales. M étendes ^ q^ STatopIuqus , iie« Teu de Raslicès , auquel il avoit suçcédç , auroit per- sécuté les chrétiens après Ja mort de, son oncle.

(2) Quelques auteurs prétendent que Nicola^s I®^ , mort en Tannée 867 avoit accordé aux deux apôtres le 4itre d'arcfaevéques dés Mdi*avés , et' que cette qualité leur fut confirmée par Adrien II , successeur de Mcolas. Au surplus , ils sont désignés sous ce titre dans les calendriers Russes et dans le martyrologe romain.

NOTICE. ix

de permettre q^ué roffice fût célébré en lan- gue sclavonne (i). Nicolas i**", qui avoit d'abord approuvé la résolution prise par Cy- rille et par Méthodius , finit , par suite des plaintes de quelques évêques d'Allemagne, par les mander à Rome; mais à leur arrivée , Nicolas venbit de terminer sk carrière , et son successeur Adrien II ayant écouté les raisons des deux saints , pYÔbonça en leur faveur. Revenus en Moravie, ils éprouvèrent quelques contrariétés ddà part desévêques voisins ; mais Jean YIII , qui porta la tiare depuis 872 jusqu en 882 , leur écrivit pour les consolei* et pour les encourager. Quel- que temps après , les deux apôtres retour- nèrent à Rome ils moururent , et ils fu- rent inhumés dans l'église de^aint Clément dont on assure qu'ils avoient apporté le corps de la Chersonnèse. On ignore l'année de leuc décès , mais ils furent déclarés saints ,' car les Grecs et les Russes célèbrent la fête de

(i) L*ancien sclavoii diffère du russe moderne; on le regarde comme une langue savante et il ne sert que pour les livres sacrés et pour la liturgie. L'ancien scla- Yon est encore cii "usage dans la Russie Ton suit le rît grec et dans une partie de la Moldavie, à Aquîlée^ eu l'on suit le rit latin.

X NOTICE.

saifit Héthodius le 1 1 de mai 9 ^ celle de 89mt Cyrille le i4 février (1).

J'indique la collection de$ fables compo- sé^t^ p9r saiiat Cyrille , parce que lauteur a eniprufiijé le sujet de plu&ieurs de ses apo- logues d'auileiiirs plus a-u^iens ; ctKiq ou sis fables sont imitées d'Éaope , ^ quelques- unes steuibleroient avoir \uxe origine arabe ou persacine. Il paroitroit même que notre yomau du Renard (a) auroit une source sem-" blable , et on voit des vestiges de ce roman , si souveot traduit , dans plusieurs fables de saint Cyrille.

M, Adry observe justement que le tour de phrase de ces apologues suffit pour prou- vier qu'ils étoîent originairement écrits en ^ec Peut-être saint Cyrille les traduisit - il Jui-méi^e en sclavon , ou bien ils furent

(i) martyroiog* romain letir attribue plusieurs miracles. Daim la ville Boleskiw, on a^életéune égKse sous le vocable de saint Cyrille et de saint Méthodius , apôtres des Sclavons ; enfin une partie de leurs reliques fut transportée à Brunn en Moravie.

(2) Glossaire de la lan^e romane y tom. ii, p. 768.

Notice des manuscrits , tom. V , p. 294»

Catalogue de la Vallière^ tom. i , p* 55, et tom, 11, n** 2736, 2717^2718.

Le Grand d'Aussy, Fabliaux ^ in-8°, tom. i*', page 383—398.

N.OTiCB. xi

Ur«dttfti 4an9 oeMp liMUgm par <}Melqu'upi ^e

posé £»r )e. p^il^apjb^ en moyça âg« s é*

tr^ livras (i)^ ffévkér^ , op y trouve dçs aU<i«ioii3 ^ouv^qt 4;r<>p ftecb^pj^kéiss et pw liçui^us^^; 4^ Les «£t0ur« ie$^ £i))le$.sont tn^ ce savants; leurs discours sont des espèces de flc sermons , et on est étonné de voir les api- « m^iix citer le^ philosophes , l'histoire et « plwifur^ pa^sa^a d^s livres saints. £a « général , il j a trop peu d'afCtion , et c^ « ne sont la plupart du temps que des dt«* « cours Ton sent trop l'auteur et la pro- « {|)ssion dont il étoit. Ces discours , au reste^ « placés ailleurs , seroient excellents et /le « plu» ,.ces défauts vtd s'étendent pai» à toutes « les fables , car il y en a piusieurs « toutes les convenances sont parfaitement « bien observées. » jVu sui'pluij, ces fables ont ëte^ publiées

(i) Le premier livre vcaferiBe *yingt«f ept faUes , le second trente, le -troisième viagi-sept, et -le ^«atiième on^ fables. M^iis cet ordre a'esipofiit suivi dans l'édtiioa de 1^ bîbiîodièque Royale; elle paroi t avoir été publiée d# * 1670 A 1S75* Le premier livre renferme vingt-sept it^ fates, non compris le proiogue; le eecoad , qui n'est pas Mf^té du tvoieième , en «ontieiH trente , le tromèoie vingt-sept et le dernier oni^.

xij NOTICE.

en langue sclavonne et dans plusieurs bi- bliothèques de Bohême, oA en trouve d'an cîens manuscrits. Elles ont été d'abord tra- duites en vers allemaixds , puis eii prose. Ces fables enfin ont eu différentes éditions en latin , parmi lesquels on doit distinguer celles de la bibliothèque Royale (i) , de la

(i) C'est un in- 4°. sans date et sans nom d'impri- meur. L'ouvrage contient quarante-cinq pages à deux colonnes , sans chiffres ni réclames , mais seulement ayee des signatures; Les initiales manquant presque par- tout, et lorsqu'il s'en trouye, elles sont en petites lettres et placées au milieu d'un espace blanc , destiné à recevoir la lettre majuscule qu'on enluminoit ensuite à la main. L'ouvrage commencé tout au haut de la page, qui est signée A à.

Incipit Quadripartitus' Apùlogeticus CyrUil Epùcopi de grœco in latinum translatas q^i. relucet mopalite^^ in phiiosophia ethica per quatuor cardinales virtutes et morales.

On lit à lafip : ExplicitApologeticus Cynlli Episcopi iloctoris Grcecorum translatas de ghéco in latinum no- inssimis temporibns in quo commune spéculum videliçet tam œtemœ quam temporalis vitœ securissirrws possi- dendas etkabendœ et totius sapientias créaturœ humanœ etconspicituret reluceimoràliterinphilosophia ethitaper quatuor cardinales virtutes et morales , scUicei : prur dentiam^ tetnperantiam^fortitudinem^ etjustitiamt eprt^ tra quatuor vitia etcrimina quœ sunl.in mundo magis dir lecta , volita et plus genemlia, F ideUcet contra ptimpam honorum et potentiarum , superhiêim et fvi^lentiam; con-

NOTICE. xiij

bibliothèque du Panthéon , dont M. Adry a fait la description. Je renvoie à son mé- moire pour connoître les différentes réim- pressions de ce livre , dont le duc de la Vallière possédoit un exemplaire in-f», go- thique, sans date, sans signatures, sans ré- clames, et à longues lignes. L'ouvrage for- moit trente-quatre pages entières (i).

Cette digression m'a fait abandonner pour un moment mon sujet , et je me hâte d'y revenir. Après avoir lu tous les auteurs françois et anglois qui avoient parlé de Marie et de ses productions , je transcriyis ses fables d'après un fort beau manuscrit de la ÛVL du XIÏl^ siècle. Ce manuscrit, après avoir fait partie de plusieurs bibliothèques particulières, étoit destiné pour Londres, et

trêicàrnis concùpisçentiam^gulam^scortum^ etluxuriam\ cojitrà concvpiscentiamoculorum sciticet divitiarum bene- ficiorum ne offidorum cupiditatem et prodigaiitatem ^ avaritiam\ contra tyrannidem potentum et superiorum criidelitatem injustitidm et monstrantur hœc omnia et sin- gula palam et esfidenter cuicumque hominis sœculé^ vitœ^ œtatly conditioniydignitatietstatuiperproverbia et exem^ plaertmoralia scripturarum , doctorutn, antiquorum pa- trum , nostrorum philosopkorum et theologorum qui an^ nuntiaverunt uherissima documenta,

(i) Voyez CataL de la Vallière , tom, i**^, p. 146 , n«» 391.

xlv NOTICE.

le libraire me l'ayant commv^irjtié pûxîTën faire la notice , je m'ertprèssai, avec sa per'- itiission , de transcrire lès quatre-tifûgt-dïî^ huit fables qull contcînoit.

Ce premier travail , aride et mt-toxit etih nuyeox, n'étoit rieli eûcoré. Il fait'oit corn-» parer ma copie avec les différents manuscrit» de la bibliothèque Royale; il falloit prendre Tes différentes leçons afin de faire eboix des miôilleures, indiquer les variantes , coï^iger les passages mal transcrits, retrancher le^ additions faites par un copist<^ ignorant, et enfin interpofer les vers oubliés pour par- venir à former nn ensemble parfait. J^e me servis principalement pour cet ex2tmeTi dtà manuscrits n? 1 83b , foûd^ Fabbaye Saitit* Germain ; n<*» 7615 et 7989 -, ancien fondit; M. n°*i7, M. n? 18 , E. n' 6, N. a , fonds de Téglise de Paris. Annoncer plusieurs ma- nuscrits du même ouvrage , c'est annoncer autant de versiom différentes , et ces ma- nuscrits s'accordent si peu entre eux que celui qui m'a servi guide contenoit le prologue, quatre-vingt-dix-huit fables et Té- pilc^ue ( I ), Le 1 83o (a), renferme soixant^-

(i) CiJ^e le tlà d'Ysopet ^a) Ci commence de Tiopcs.

SOTIGË. IT

sept fables et l'épilogue (i); le »• 7615 (a), le prologue , q'uatrc-vingfr-htiii fables et l'é- pUogue^Ow trouve èans teti® 7989^ (3), qui provient du foncb* àe Bfartuze, le prologue et ecnl trois hhles (4) ; te n^ M. 17 contient le prologue et cinquante-huit fables (5). On trouve dans le BT. ift, le prologue et soixante<]natre fables (6); dans le n^E. 6, le prologue , quatre - vingt - douze fables et

(z) n- e»t à re]gr&t'ier que d^ns dcf mftnuserh , if sié trouve une feaUle d^arrachée ; peut-être même' y en A-t-il plusieurs. Cette lacune se trouve justement dans les fables.

(2) Le livre d*Yzopet. Ce titre a été écrit par une main moderne. Je crois devoir prévenir que ce manus- erit a fait partie la bibliothèque du président Fau-

chet. Ce savant s'en est servi dans ses* ouvrages et a fait un grand nombre d'annotations sur les marges.

(3) Chi commenche li Bestiaires , ce sont les fables de pluseurs Bestes.

(4) Ce manuscrit , d'une fort jolie écriture du XIÏI* siècle, du moins pour la production de Marie de France et quelques antres morceaux , renfermé plusieurs pièces fort curieuses qu'on cbercheroit vainement ail- leurs.

(5) La conclusion a été écrite par une main moderne et la collection est terminée par cette suscription la* tiue : Expliciunt fahulœ Tsopi; Dèo gratias^ amen,

(6) Elles forment un total de a538 vers ; en tête est écrit : Ci commence Esopes , et à la fin : Explicii Esopes»

xvi NOTICE.

l'épilogue (i) ; enfin , le n^ N. a renferme le prologue et soixante-trois fables (a). La version insérée dans len^JV!. ^ du fonds de l'église de Paris, est une imitation ou plutôt une espèce de paraphrase de trente -huit fables d'Ésope , mises en vers dans la pre*- mière moitié du XIV® siècle (3).

Ce n'étoit pas assez de coUationner mon exemplaire avec les manuscrits de France; il fallait encore corriger d'après les manuscrits d'Angleterre. Indépendamment des secours qui m'étoient offerts par M. Tyrwhitt dans ses notes sur Chaucer , par M. Ellis , dont on doit regretter la perte récente , dans ses Speciments. Mon savant confrère M. de La Rue, a bien voulu me communiquer les différentes

(i) Cette pièce est terminée par ces mots Explicit Ysopes.

(a) Le copiste a négligé d'achever la transcription de la dernière.

(3) Ce manuscrit a été écrit après Tannée i332 ^ le» citations suivantes le prouvent assez :

A. Explicit le Martyre de saint Baccus , fait Tan MCCCXIII. f* i46 , V** col. I.

B. Explicit le Fait desFatenostres^ fait Tan MCCCXX, pour tous estas, f** i52, col. i.

C. Explicit le Bit des Mais , fait Tan MCCCXXI\ , r* 142, col. a.

D. L'an de grâce MCCCXXXII, f^ a45, r' col. i.

NOTICE. 17

copies des fables Françoises qu'il avoit faites à Londres.

Le muséum Britannicum^^ossède trois ma-^ nuscrits qui renferment les fables de Marie. Le premier (i) contient soixante-une fables auxquelles il manque la conclusion ; le se^ cond (a) , outre le prologue et l'épilogue , quatre-vingt-trois fables; enfin, le troi^» sième (3) est le plus complet, car il en ren* ferme cent-trois , y compris le prologue et la conclusion.

M. Francis Douce , l'un des membres les plus distingués de la société des antiquaires de Londres , possesseur d'une bibliothèque riche en manuscrits, en a lui qui contient les fables de Marie. C'est par la comparaison de ces textes divers que je suis parvenu à rétablir celui quej'offre au lecteur, à choisir les m eilleurs leçons ; enfin ^ à présenter quel* ques variantes curieuses.

La bibliothèque du roi possède, comme il a été dit , un grand nombre de manu* scrits dans lesquels se trouve la copié des fiaibles de Marie, et qui contiennent plus ou moins de fables et de leçons différentes;

(i) Bibliothoqae Cottonienne, Vespasien^ B. XIV. (a) Bibliothèque Harleienne, n^ 4333. (3) Même bibliothèque , 978.

IL %

i8 NOTICE,

mais d'où peut provenir cette multitude de variantes qu'on remarque dans les copies ? Marie ne publia-t-elle originairement qu'une partie de ses ouvrages ? Â-t-elle fourni par suite quelques suppléments , ou bien étoit-il permis à ses copistes de Caire un choix de ses fables , de les prendre ou de les rejeter , et enfin de les changer , soit en les corrigeant 9 soit en j ajoutant, soit en supprimài\t de leur propre autorité? Cette dernière opinion pa- rôît être la plus probable; car en comparant les manuscrits , on s'aperçoit que les co- pistes ont souvent retranché , soit le pro- logue , soit l'épilogue , soit enfin un plus ou moins grand nombre de fables. On en doit conclure que ces écrivains copiant , ou pour des amateurs qui ne vouloient qu'un choix des productions d'un auteur^ ou quelquefois pour leur prqpre compte , s'inquiétoient peu de la postérité et des pei- nes qu'ils préparoient aux Saumaises futurs ; c'est ce qui explique pourquoi il se trouve un si grand nombre de manuscrits impar- faits y comme il se trouve des éditions tron- quées et mutilées.

Le Grand d'Aussy (i) avance un autre sys-

1 ' * ' ' '

(i) Loc. c^t., tom. IV, p. 161 , a38.

/

NOTICE, 19

tém^; il assure que les copistes se sont per- mis d'insérer diffërenles pièces étrangères parmi les fables de Marie (i). Pour donner plus de vraisemblance à cette assertion et pour la soutenir, Grand auroit nom- mer et faire connaître les écrivains qu'il soupçonnoit être les auteurs de ces contes. Ayant négligé ce point important , on ne peut lui accorder aucune confiance, d'au- tant plus que ces mêmes contes se retrou- vent dans presque tous les manuscrits de France et d'Angleterre. On ne peut présu- mer , malgré tontes les apparences et toutes les raisons qu'on pourroit apporter , que les copistes des deux nations aient pu ^enten- dre pour changer ou plutôt pour augmen- ter lé nombre des fables ; et eu égard à la correspondance parfaite des malnuscrits an- glois et françois, n'est-ôn pas forcé de re- garder les assertions de Le Grand comme chimériques et illusoires?*En admettant pour un moment ces mêmes assertions, ne pour- roit-on pas demaTider depuis quelle époque

(i) Telles que le Lai de V Oiselet y les fabliaux du Pré fauché , de la Femme noyée , du Fillain qui avoit un Cheval à vendre^ du Prud*homme qui vit sa Femme avec un jimant , de la Fïtie enceinte y le» fables du ViUain et de VBscarbot ^ du Fillain et du Loup , erc»

a.

1

20 NOTICE.

une addition de contes ou de fabliaux , dans une collection de fables , peut devenir la preuve de la falsification d'un manuscrit ? - Si ce système étoit jamais admis , . on pourroit alors regarder les fables d'Ésope (i) et de Phèdre comme ayant été altérées ; on pourroit même rejeter comme leur étant étrangères , toutes les pièces dont ils ont em- belli leurs ouvrages ^ et qui , s'éloignant du genre qu'ils avoient adopté , plaisent au lec- teur par la variété el raniment son attention. Personne, jusqu'à ce jour , ne s'est certaine- ment imaginé dépenser qu'elles leur aient été faussement attribuées. Rejetons un point de critiqueaussterronéque nouveau, etpensons que Marie avoit traduit les petits contes qui se trouvent parmi les fables. Elle les avoit trouvés y sans doute, dans l'original anglois ; elle les a embellis et ornés avec les grâces de son esprit et les charmes de la poésie de son temps. Le Grand d'Aussy nie encore l'existence de la collection de fables traduites en anglois; il assure même que cette pré- tendue version n'est qu'une sorte de char^ latanerie littéraire fort en usage dans les Xir et XIII® siècles , presque toujours ,

(i) Voyez suf Ésope , son article dans le Diction- naire de Bayle*

NOTICE. at

on ne pouvoit publier un opvrage sans an- noncer qu'il étoit traduit du latin ou de Tanglois (i). En effet , la plus grande par- tie de nos anciens romanciers , particuliè- rement ceux de Charlemagne et de la Table- Ronde , affirment que leurs ouvrages sont traduits du latin.

Mais c'est une grande question parmi les savants que de savoir si ces ouvrages ont jamais existé dans cette langue ; et comme cette question n'a pas été débattue aussi sérieusement qu'elle le mérite , la décision de Le Grand me paroît irréfléchie ; j'ajouterai même qu'elle me semble au moins très- ha- sardée, puisque l'on peut produire plusieurs des originaux qui ont servi de guide à nos anciens trouvères. Tels sont les écrits de Geoffroy de Monmouth , la Chronique de Charlemagne du faux Turpin , l'histoire du Siège de Troie , par Darès le Phrygien et par Dictys de Crète; l'Image du monde , les Traités de physique et d'histoire naturelle mis en vers françois par Phylippe de Than, Gautier de Metz , Guillaume de Normandie, Osmont ; puis le recueil du Castoyement, le roman de Dolopathos , etc. (a).

(i) Fabliaux ^%Gm, IV 9 p. 160. (a) M^ de La Rue. Recherches sur les ouvrais des Bardes de la Bretagne Armoricaine ^ p. 64.

33 NOTICE.

J'abandonne-^olontiers cette discussion -, pour prouver qnp les fables de Marie sont traduites daprès une version angloise qui existoît d0 son ^mps sous le tilre de Fa^ie^ d'Ésope.

£n examinant la manière dont notre fabu<* liste parle de sa personne , on i^cimariquersi qiie son nom n'étoit pas Marie de France commue Taftiripent tous les bio^gràpb^ et bibliographes. Elle dit seulement qu'elle se nomme Marie et qu'elle est née eioi France (i).

Il sera facile de s'apercevoir, en cotisi* dérant. le quatrième vers , qu'elle èoiivgit 4ans un^pays qui n'étoit pas le sien. C'ëtoil un ancien usage parmi les premiers ^crir. vains françois d ajouter à leur nom celui de la ville ils avoient vu le jour; cette coutume . (tistoit même chez les auteurs latins du temps , qui ne manquoient jamais de dire s'ils étoient nés en France ou en Angleterre. Mais Iprsqu'un de nos trouvères écrivoit daps sa patrie ou dans une autre province du royaume , qu'il éerivoit 4ans la langue de son pays, il se disioit; pas être en France. Ainsi les vers de M>arie

(i) Voyez la Conclusioii dc^ £a^e&., v. i et sui- vants.

qui vieniieàt , d!étre rapportés , confirment qvC^lh avoit composé &ç& ouvrages dans un pays étranger dont la plus grande pe^rti^e des habitants parlaient, et cultivoient la langue et la littérature françoise* trouver une contrée dans laqueUe cette langue fût plus en usage qu'en Angleterre ? Marie ne se dit né^ en France que pour éviter d'être confondue avec les trouvères anglo- nor- mands , e% peut^é|re aussi pour donner plus d'importance à ses productions. Ne voit- on pas Guernes de Pont -Sainte -Maxence qui écrivoit à Cantorbéry dans, le XIV siècle , prévenir ses auditeurs et ses lec- teurs qu'il fest françois , et qu'ainsi se$ écrits doivent être plus estimés par la correctiop et par la pureté du style (i).

Le Qrand d'Aussy, qui malheureusement pe cite jamais , a dit sans aucune preuve , que parmi les poètes françois du Xlll*^ siècle, il étûit d'usage d'annoncer leurs pro- duictions comme étant traduites de Fan- gloîs. Une semblable assertion auroit nécessairement être appuyée par quelques témoignages. M. de la Rue et moi n'ayons

I i— ■^■M— ip— i»— ,HI ■■■Il II I

(i) État de la poésie Franeoise dans les XII® et XUI* siècles, p. a37 240.

■n

a4 NOTICE*

pu découvrir que deux ^crrvdinft iqui dé- clarent avoir fait des versioDS d'après des ouvrages anglois.

L'un est Oeoffroy Gaimar, contemporain dti: célèbre Robert Wace qui , dans le XII* siècle j composa une Histoire des rois anglo- saxons en vers françois; non - seulement it annonce avoir puisé dans les manuscrits an- glois et gallois , mais il cite encore les per- sonnes qui ont bien voulu les lui commu- niquer. 11 rapporte avec une attention minutieuse les difficultés sans nombre quMI lui a fallu surmonter pour parvenir à se les procurer. Je ne pense pas qu'après ' s*être expliqué aussi catégoriquement , on soit tenté de nier le récit de (îeoffroy Gairoar , car une partie des ouvrages consultés par ce poète est parvenue jusqu'à nous , et Ton sait que Tautre partie a existé.

Adopter une pareille opinion , ce seroit consacrer un scepticisme à-la-fois injuste et dangereux sur les témoignages des auteurs anciens.

L'autre poète qui dit ^ussi avoir traduit de Tanglois , est Marie elle-même. En par- lant d'Ésope , elle prévient qu'un roi d'An- gleterre ayant traduit cet auteiu* dans la

NOTICE. aS

langue de son pays /elle s'est serriede cette version pour faire la sienne (i).

On ne peut donc contester Texisteiice de cette. version en anglois^ pourquoi ce peu- pie n'anroit-il pas eu une co^ection de fables écrites dans sa langue ? Quel est le littérateur qui voudroit soutenir un avis ^mblàble ?

Pourquoi ne .pas croire au témoignage d'un poète qui assure avoir traduit ses fa« blés d'après.un original angloiset qui semble même s'applaudir de ce travail ; n'auroit-il pas trouvé bien plus d'avantages et de gloire à passer pour l'auteur , s'il l'eût été réelle- ment? En supposant même que son tëmoi* gnage ne soit pas suffisant, il est facile de constater la vérité par d'autres moyens. Un manuscrit du muséum Britannicum (2) con«» tient la plus grande par.tie des fables d'É- sope en latin. Dans le- préambule, il est dit expressément et en termes foft clairs qu'elles ont été traduites en anglois. L'écriture de ce manuscrit est du commencement du XIll^ siècle , temps florissoit Marie ; et le copiste écrivant en latin , on ne peut le

(i) Le translata puis en Angleiz Et jeo Tai rimé en Franceiz. Conclu siçn , vers 17 et 18.

(a) N^ i5, il. VIL

%6 NOTICE.

aoupçonnier d'en avoir imposé , lorsque y sous un point ëe Tue historique , il a hit mention de la version anglbise.

En examinant avec attention les fabies de ndtre poëte , on Recouvre aisément la preuve^ qu'elles coït été traduite^ de Tanglois. D'a- bord il y est souvent £ait mention des com- tes et de leurs juges, des grandes assemblées pour rendre la justice , des ordonnances royales qui en ëtoient émanées , etc. Quel pays, autre que l'Angleterre^ étoit divisé en comtés ? Quel antre pays possédoit de sem^ blables établissemoits ? Yeut^on une preuve plus convaincante ? Dans sa traduction en vers firançois, Sfarie a conservé plusieurs expressions de l'original anglois. Tels sont les mots ^elie (ï), Witecocs [pk) ^ Graw(di), Verbes et Wibets{l^ , fVassel (5) et autres.

Mais il me semble que cette collection de fables d'Ésope présente un degré d'intérêt et de difficulté infiniment plus important, et qui réclame bien autrement l'attention , que les conjectures de Le Grand d'Aussy.

(i) Fable de V Aigle et de la Corneille , n' XIH. (a) Fable des Trois Souhaits, n** XXIV.

(3) Fable du Loup et de r Escargot, L^.

(4) Même fable , n** LVI.

(5) Fable de la Souris et de la ÇfpmotfiUe , |i^ ill.

NOTICE. aj

Cette, collection étoit-^elle une traduetioa fidèle du fabuliste grec ? £n quel temps et par qui art-elle été faite ? Marie a-t-elle suivi littéralement cette, version ? Peut-être qu au premier aperçu, ces questions . pourront paroitre déplacées ; mab je pense que leur discussion proui^era qu elles ont des rap- ports ÎDtimes avec Thistoire littéraire des Normands et Ànglo-Normands , et avec la vie privée de notre poète ; dèsrlors elles ne seront point regardées oomme étrangères dans une notice sur les ouvrages de Marie.

La collection . des fables d'Ésope , qui passoit pour être la plus complète , est^ jeeroia, l'édition publiée à Francfort en 1610 , par Ifeveikt 9 et- réimprimée en 1660 , qui renferme 297 fables. ]b^es . manuscrits , tant anglois que françois , dans lesquels se trouve la tradiietion de Marie , n'en con* tiennent que cent trois , dont trente^^une seulement appartiennent à Ésope. Donc elle n'a pas traduit cet auteur en entier y parce que la . version: angloise qu'elle avoit consultée n'étoit pas ime traduction com-r ffelète du fabuliste grec. Il paroit meçie que c'étoit un recueil ou plutôt une compila*^ tion de divers auteurs , dans laquelle quel* ques-unes des fables d'Ésope avoient été insérées^. Cependant Marie a intitulé son

1

I

28 NOTICE.

ouvrage DU dYsopet ou le livre d Ésope. Elle prévient même qu'elle translata ce fa* buliste en langue romane ; elle s'imagina y sans doute , traduire réellement l'auteur phrygien ^ et le crut avec d'autant plus de raison que l'original latin portoit le même titre. Ce qui doit achever de lever la dif- ficulté , c'est que le manuscrit déjà cité ren* ferme , suivant l'introduction , cinquante- six fables et fabliaux, d'abord. traduit^ en prose latine, puis en prose anglotse. Dans ce manuscrit comme dans ceux qui con- tiennent la version de Marie, il se trouve beaucoup de fables et de fabliaux attribués à Ésope, qui n'ont jamais pu être compo^ ^é% par^ce sage. J'ajouterai que si l'on com- pare les fables qui lui sont attribuées avec celles qui ont été mises en vers par Marie, on s'apercevra bientôt que ces dernières ne peuvent être regardées comme une ver- sion littérale des premières. Les récits de Marie son|; bien plus circonstanciés que ceux d'Ésope ; ses réflexions morales ou son genre démoraliser sont bien différents , puisqu'ils se rapportent toujours au^ abus du gou- vernement féodal ; sa manière se rapproche beaucoup plus de Phèdre que de l'écrivain grec.

Il est facile de se convaincre de cette vé-

NOTICE. 29

rite en comparant les sujets traites par le Êibuliste romain avec ceux de Marie. Il sera égalemeiit facile , après la plus légère atten- tion ^et à Finstant même , de s'apercevoir que le poète anglo-normand avoit sous les yeiii les productions de Tafifranchi d'Au- guste, et qu'en plusieurs endroits il a litté- ralement traduit les fables qu'il lui a prises.

Je sais qu'on pourra s'élever contre cette assertion , qu'on objectera que les œuvres- de Phèdre n'ont été découvertes que vers la fin du XVI® siècle (i). Cette objection et plusieurs autres qu'on pourroit faire en- core,, ne peuvent détruire les motifs qu'on a de croire que Marie a connu le fabuliste romain, du moins par la version de Ro- mulus.

On. me fera sans doute observer que Ma- rie a prévenu que la version angloise doût

(1) Joann. Gottlob. , Samuel Schwabe, Phœdn^ Au- gusti UberU. Fahularum AEsopiarum , etc. BransTigae 1606 , in-S** , vol. i" , NotUia Utteraria de Phœdro, p. 2i5— 3o et 39.

Voyez encore Grosley, Fie de Pierre et François Pithou^ Paris 1756 , in- 11 , tom. II9 27 5 ; Mémoires sur Troues ^ tom. i*', p. 3aa; Éphéméridès Troyennes^ noQY. édit. , Paris xSii , tom. 1*' , p. a6o; r^iceron, Mémoires pour servir à V histoire des hommes illustres^ tom» V , p. 5«,

3o NOTICE,

die a fait usage, étoit une traduction du grec; mais 6n répliquera d'abord que les fables de Phèdre peuvent prendre le nom d'Ésope , puisque Fauteur le dit lui-même en tête du prologue (j); ensuite, quoique Marie eût peut- être autant de feu et d'imagination que le poète latin , qui brille priiieipalement par l'élégance et la correction , elle ri'avoit pas l'instruction nécessaire pour distinguer, au premier aperçu , quelle étoit la produc- tion de Phèdre ou celle de l'écrivain grec (i). , Quelques légers développements vont fournir la preuve de ce que j'avance. Dans son prologue , Marie prévient que les fables qu'elle traduit de l'anglois , Favoient été déjà de grec eti latin par Ésope ; puis elle met en, vers les fables du Bœuf qui assiste à la Messe ^ du Loup qui jeûne pendant le Ca- rême, la Dispute du Moine et du Paysan au sujet de la Bible y du Lion qui assembla son Parlement^ etc. Certes, avec le peu de con- noissance qu'elle pouvoit avoir de l'histoire ancienne , il lui étoit impossible d'ignorer

que le bon Ésope ne pouvoit avoir aucune

#

(i) AEsopus auetor , quant materiam reperit , Hanc ego polivi , versibus senariis^ etc.

Pheedr, prolog. Ub. i®*^. (2) Prologue des fables de Marie.

NOTICE. 3i

notion sur la messe, le paradis, la bible, le carême, les parlements, les grands vassaux, et autres choses inventées ou mises en usage ou connues bien long -temps après lui* Mais , se demandera-t*on , quelle étoit cette version augloise dont s'est servie Marie ? Il est difficile de répondre positivement à une question aussi embarrassante ; cependant , par quelques remarques , je vais essayer de Téclaircir-

La grande réputation d'Ésope engagea plu- sieurs écrivains latins du moyen âgé , à pu- blier des collections de fables sous son nom ; et afin qu'on ne doutât pas qu'elles lui ap-' partinssent , les faussaires eurent soin d'y faire entrer un npmbre plus ou moins grand de celles qu'il avoit composées. Parmi ces compilateurs , on remarque Romulus , Ax:*- cius Bernardus , Salon , et plusieurs autres qui ont, gardé l'anonyme.

Le premier, qui est le plus célèbre, a dédié ses fables à son fils Tibérinus ; il y en a quatre-vingts écrites en prose latine , dont la plus'grande partie est traduite d'Ésope ou de Phèdre. Rimicius les publia vers la fin du XV* siècle ; Frédéric Nilantius en a donné une édition à Leyde,en 1709, avec quelques notes curieuses et intéressantes. Ces deux éditions ont été effacées par celle

/

3a NOTICE.

qui a été publiée à la suite du Phèdre par M. Frédéric Schwabb (i). Fabrîcius , qui n'avoit connu que soixante £ad>les de Ro- mulus , dit qu'elles étoient composées de- puis plus de 5oo ans (2).

Dans son introduction , Marie parle de ce Romulus , de son fils , et donne au premier le titre d'empereur. Âpres aroir fait remar- quer combien d'avantages il résulte pour les hommes instruits qui peuvent s'occu* per à extraire dans les ouvrages des anciens philosophes , les proverbes y les sentences , les fables, les moralités qu'ils contiennent pour l'instruction de leurs semblables , afin de les conduire dans les sentiers de la vie et les amener à la vertu , elle ajoute que l'empereur Romulus a suivi ce plan avec succès pour régler la conduite et les actions de son fils. Vincent de Beauvais , contem- porain de Marie y fait aussi mention de ce

(1) Voyez la notice sur Romulus , qui se trouve à la suite de celle-ci.

(a) JBûfliotheca latinay lib. x i , cap. m.

Le manuscrit du muséum Britannicum , n' i5, A. TII, contient cinquante-six fables qui ont été écrites vers le commencement du XIII^ siècle. Il est annoncé dans la préfade , qu*elles ont été traduites de grec en latin par l'empereur Romulus.

NOtfdÊ. 8^

Rèriïtittis» et dé!>ses^t*és^ ('i^V'PaHrtHitts «t

cet éelrtVttlB' a béitièf^ufi' Mivè"PhMté'\>A

ikMb qui' t^brtciif ë^^?è eaâr^<Àf(^Mbs>?

qùèy écii^aiftà^oi^ fàilî ifl?titloA'y^erfë dis- ctfisiofa' ttÔt^Wéa i[>lacé9PliPs^ttt<i?e !â^r^ fafce stif'lfes'fefeiéfe^-'' '' '^''-^I *'*'^' î9'"P«»'l MI estvVàïSlèftiBrÀ!fe«»tt«^\èiiiJeîI'ï*î^iL nal :îatm 'aè^ faWIes ^^4^^ëV^T»i3vr%e" 'aâ ^ quelques religieux du XI* ou du XU^^ts^A^. ètf tfau^ta fe ^llvy^Hl^nP^é tirëljfcge d'apc*logrféb',«'ô^' Wtéi' V^thttlîViVites /"^iP^filrt des passagk'eÂ^^ei^ (li«s'(ië'!el'é]blé^é<; suiv^iit Vûë^'m^erîi^'^'lë^ ébm^lÙm'h lAèle au iëxte ancieti'; aift?i^ 'de' ë.^pt5Vtli^Sâttà

douté Vàit^nthjtf -"et a'ââkPè^'fe succSfe 'ffè

un il (I V Al I

- .-f ^. ■■ ...oj. .

Il est c«rl#ia ^qùe dlmhMi^s <]e Marie , celtQidoUëdVioTif de^^faMe» q<»i'pbrte. k nom de Bomiilu8.>existKMt j; t^t^qtie cet auteur a

« t ^

(1) Vincent Btîlovacehs. , 1ib:'tV;''^cap. ll.^p'eçiil. histar; Vide apud Schwâbb , toin^ x**, p. 179. ' (a) Loc, cit. ^ ' ^ '

IL 3

S4 NOTICÇ.

beaucoup, unité Pl^fh^e ;; que «e$ &bl^!è aui^quelles des écriyaij^iucoimu^put ajouté toutes ies sottises <^ leii^r temps ^avqieiit été traduites eu Aogl^is. ^C'esty^aa^ 4^u|e:dV près une version pareille que Marie {icJ^ijit I4 sieupe ; ipajs /çpel 4toit Ta^tepr de la tradupt^on. Jkqgloi^e ? Xçs OTapusc^ifs». doi^: je nie. ^lùs «eryi p9i4^^ mm^ travail , .l'^ttrir buent i m roi noififoé \4V^9 ^wert^ Jlur yres et Mùvis. Il jÇft, est. d^, ^niêroe de deu^ .autrçf . cppies^qit^s 9^ Duchesne (l)r P«r Pasquier (a) et par Ménage, (3) ^ Daps les ma- nusc]çits à\x,,MMs^^m Jf/nfqnnimm /^^) ^ ^au- leur est appeA4.^^Jtoi;»«/w

^ .^Ustas^j.dî|6c^le de choisifiiBWW Pes i^yei^ dénçni^oations^çtu d^s œs variâmes oTibf>graphiqu^s,,^qpçlle^ffl; ,c^lp qui 49^ CQ.^dufre à, la, vérité^ ^fju^uuntyfsiorien n'a pa^}i,d*un roi ijrî>^^ ou JmeZf ou ^m^ri, ^ ^f^^res; ip^Osiiçft persoi^^ij^, yei^ées daw

I I I ' IT f "i

(i) Offvfwx d'JMniClkartier, p»iMi.t

(a) Recherthts des nf^hàn^eg^ lîr» 'ViU^ chap. i*""»

(3) Dktionn. é^ymoL'^ aa ibot Aomam.

(4) Muséum Britànnicum^ biblioihtca regia ^ a*! i5^ A. VU, Libliolh. ^rléiennc, n* 978. .

Dans un autae manuscrit, n* 4^33^ il estditqoe

« »

cette Teriion est d'un roi nommé Henri.

NOTICE. Î5

la connaîssîaàee des anciennes écritures ed dans la leclure deis^ auTrages de nos vieux auteurs , découvriront sans doute que cV^ le nom du roi Alfred qui a subi des chan* gements si barbares et si grossiers. Ainsi deux monarques anglois . sont désignés comme translateurs' ; mais lequel des deux est Tauteur de la version dont s^est servie Marie ? Cet ouvrage peut il avoir été fait par Alfred? Doit-il être attribué à Tun des princes qui ont porté le nom- de Henri ? C'est ce que nous allons examiner.

On ne sanroit trop rendre horpimage au mérite du roi Alfred, au zèle qu'il mit à cultiver les belles-lettres et à ses efforts pour en étendt'e l'usage parmi ses peuples. Il par- loit aviec facilité, savoit bien le latin, et en- tendôit passablement le greci G'étôlt un homme très-savant ^our son siècle (f). Mais par quelle raison , ou plutôt par quelle fa- talité , Asser, qui a été son historien (2^, ainsi que Guillaume de Malmesbury (3) , en parlant des diverses productions dues à

(i) Henry's, History qf En^nd^ lom. 11, p. 348.

^a) Asseri, Vita Alfredi,

(3) -Alfilineibary, m$tûr.% IjUb* H, cap. IV.

3.

36 NOTICE.

la plume de ce prince , n*ont-ils fait aucune mention de cette traduction des fables d'E- sope. D'où vient que Spelman-, à qui Ton doit une histoire si étendue de ce mo* narque (i), et qui semble avoir recueilli toutes les circonstances de aa vie littéraire et politique , a-t-il gardé le silence le plus absolu sur cette version , tandis qu'il a nommé celles de' Boêce et du Pastoral de saint Grégoire ? Gomment se (ait-il que deux historiens qui font conncitre jusqu'aux moindres circonstance^ , jusqu'aux plus pe- tits détails de la vie^d'Alfred^ aient rpu ou- blier un ouvrage qui auroit donné une preuve certaine de la science et descon- noissances de ce monarque dans la langue et la littérature grecque. Ce silence 'de la part des historiens doit autoHser à douter de ce fait ; les raisons suivantes le prouve- ront encore mieux.

Au silence des biographes qui ont piarlé d'Alfred , on peut joindre le témoignage de Spelman qui a fait connmtre les différentes productions de ce prince (a), et qui ne parle pas de celle-ci. Mais comment expli- quer ce grand nombre d'expressions qui

(i) Spelman 9 viUi Alfredi magni'Anglqrum régit. Ozoniiy 1678 in-fo. (a) Loc. cii,f p. 93 98,

NOTICE. 37

appartiennent à un gouvernement féodal dans sa plus grande vigueur, ainsi que les moralités qui , souvent.en font une critique amère ? Elles se trouvent dans .la version angloise que tout démontre n'avoir pu être faite du temps d' Alfred. On sait que ce prince, Tan 8.48 , monta sur le trône vers Fan- née 871., et mourut eu 901. Marie florissoit au commencement du XIIl^ siècle ; n'ayant apyis la langue, angloise qu'à cette époque , il n'e^t pas possible de croire, qu'elle sût entendu et compris le langage d'un versi- ficateur anglo-saxon du IX^ siècle. Le laps de temps , les descentes des Danois et des Normands dans le Xl^ siècle , avoient sin- gulièrentefit contribué au changement de l'anglo-saxon ; ensuite , dans le siècle sui- vant, le reste des peuples qui habitpient les provinces occidentales et les provinces du Nord de la, France, devinrent dépendants de l'Angle.terr^. Par leur commerce , par leurs . vojrages et par leur séjour dans la Grande Bretagne , ils introduisirent des changements considérables dans le langage. Il est aisé de croire, d'après les raisons qui Tiennent d'être exposées , que Marie ne pouvoit entendre la langue parlée du temps d'Alfred. Examinons encore si cette diffi-

38 NOTICE.

culte ne peut pas être levée par la compa* raison de quelques, autres ouvrages.

Les poèmes de Robert de Gloeestèr qui ëerÎToit en anglois au temps de Marie v ètistent encore ; et comparés aux composi^ lions anglo-saxonnes du roi Alfred, ils doi^ vent aisén:iont faire connoître les variationb survenues dans la langue angloiSe , depuis le IX^ siècle jusqu'au XUV ; mais pour bien juger de ces changements, il est indisfÉen"- sable d'avoir une connoissance approfondie de la langue à ces deux époques; Le savant docteur Johnson convient qu'avant le XlP siècle , la langue angloise avoit subi deg^rands changernents , et que dans le siècle suivant, Robert de Glocester employoit uti dialecte qui n'étoit ni saxon , ni anglois , mais une langue qui participoit des deux(i). Cet au- teur écrivsint pour être entendu de ses cou* temporains , il falloit qu'il se servit du lan- gage usité de son temps ; c'étoit un mélange de saxon , de normand - françois , et du nouvel anglois qui prenoit naissance alors. En réfléchissant aux peines que s'est données Marie pour apprendre le rude et grossier langage de Robert de Glocester , on doit

I

(i) Johnson'^ History itf the En^ish language , page 5 et suivantes. '

supposer qu'il lui âu*bit été iiti|^(issible de comprendre etdui du roi Alfred! Bkais^ le ma*' nuscrit du Brîstîsb Muséum Vattpibiie(r) pas oe recueil de fables à ce prince, il pôti:ë seulement cpie cette traduction fut faite par ses ordres. Aussi Spelman (a) nous ap- prend qu'il engagea et obligea la plupart des savants k instruire le peuple au moyen de ehansotis ef d'^rpôlogues en langue vul* gaire. ...-'•■•?•'•••

Les faits qui viennent d'être énoncés por- tcroient à présumer que ce recueil fut l'ou- vrage des savants dont le roi aimoit à s'en- tourer ; malheureusement Spelman ne donne aucune preuve qui appuie cette opinion ^ et ce qui doit contribuer à la faire rejeter , ce sont dfes noms de Séneschai, de Justicier y^ de Fiscomtey Je Prévost ^ de BcUlUf, de F'as- sol, qui se rencontrent dans la version la- tine et dans la traduction en vers françois, et qui devrorent se trouver dans le texte anglois. Or , ces mots ont été introduits par les Normands lors de la conquête de la Grande - Bretagne par Guillaume le bà-

■■ I , , 0

(i) Tï^ i5 , A. VII9 qni contient ctnipiailte^tix fables. Prœfat, a4 FabuL

(a) Fita Mfredi, p 89.

!

4o RQTICE.

tafd ()). X^amoTule desfahles renferme des a^|4i8^B$ fréquente^ avt vices du gouver^ nfetnent Ceodal , aux abus depoûvoir commis paf |^î| seigneurs, auxezàctioûs etauKvio» lances- exerpéjes par leurs agents. Cette nou* vellq preuve déoipatre: parfaitement que la yecsion angloise est postérieure au xègne d'Alfreâ; et» avant ;d^ ra.ttmbuer.à,ce:m«)r narque ou ^ quelqueisaivaoti'deiaa. croùr ,Mil est nécessaire de démontrer que Marie, qui avoit appris 1^ langue.angloise d^ns.ie^XIU^ sièclci étoit ei^ éjtat de comprendre et d*ex* pliquer Tanglo-saxon du IX®4^,ce que. nous avons démontré ne pou voi/ être possible.

Mais, dira-t-on,^un manuscrit (a) attribue cette version au roi Henri. Trois princes ont porté ce nom : examinons si l'un d'entre eux peut être regardé* comoçi^e le tra- ducteur du recueil. On sait que. Marie £lo- rissoit sous Henri III; et, dès^ le règne de Henri r*" , les François et les. Nonnands connpissoient les . fables d'Ësope , qxv du moins celles qui ]^i,£urent attribuées dans le moyen âge (3). —^——^— - - ^ ■■ - ^

(î) Madox's'Hîstory qf tlie £xchequer]ch9i]^. IV.

(a) Bibliothèque Harlëienne, n"" 4333.

(3) Pyrithous, fils du ducd*Athènes, voulant décla- rer la guerre à Thélamon, duc de.Gorintlie , dép^he

NOTICE 4i

Raoïil de WMsy; fils de Robert , arche^ véque de Roueix, mourut en 1064 , sans eii&nis; le duc de Normandie crut pouvoir réunir la sucœssion de Raoul à son do- maine. C'est de l'archevêque Robert que sortit aussi la branche des comtes d'Évreux , ' et Tun des seigneurs de Montfort épousa la seule héritière de cette maison. Cependant quelques* collatéraux avoient aussi des pré^ tentions légales à la succession. Mais le duc Guillaume , petit neveu de Robert , pensa qu'il ponvoit s'emparer de la totalité de l'hé^

--■••■

un ambassadeur à ce dernier , pour lui faire connoître ses intentions.

L'èpe^ ce dit, avez passée

Corne U Lous dit au Moston»

Il le fera ou voille ou non ,

li plez ensi an estera ' Voilliez ou non il le fera.

Vous Tavez bien antendu , Sire ,

Vois-m'an ; car plus ne rova dire

Roman d^Jthis et Prophilias , par Alexandre de Ber- nay, surnommé de Paris ; man. fonds de Cangé, n^ 78, f* 146 , r* col. I.

Bans une autre production il est dit : Petit li est de sa dolour, Et si soef porte le danzel Com fait li Lox porter VAigneU Roman de Flore et de Blancheflor , man. fonds de TAbbaye Saint- Germain , n^ i83o , f^ 2o5 , r"" col. 3.

4a NOTICE,

ritage; il employa la yioleace'et la force pour faire échouer leurs prétentions ; et pendant la vie du conquérant^ les héritiers naturels furedt privés de leurs droits* . Bien- tôt après sa mort , ils trouyèrent le moyen de les rétablir et de les faire valoir contre Robert Courte- House, et en les affirmant^ ils reprochent à la mémoire de son père d'avoir fait le partage du lion^ en s'empa^- rant de Théritage de leur parent. (i). Cette expression proverbiale employée dans un grand procès, démontre pleinement que Içs écrits du fabuliste grec , ou du moins de ceux qui l'avoient imité, étoient connus des Normands du XI® siècle (2). Il çst possible alors que Henri l^*" ait pu les étudier et les traduire en anglois.

(i) Orderic Vital, Hisior. Apni Duchesne, p. l^SS^ 681 , sub ann, 1084*

(a) Dans la bordure inférieure da coiumeuQlbment de la tapisserie , attribuée à la reine Matbilde, femmei dn conquérant, on remarque les sujets d'une douzaine de fables qui se trouvent dans Ésope et dans Phèdre. Voyez État de la poésie françoise dans les XII et XIII^ siècles^ p. 84- Sur le portail de l'église cathédrale d'A- miens , le sculpteur a représenté plusieurs sujets de fables. Voyez Rivoire , Z)^ f cr^^co/z de Venise' cathé- drale d Amiens ^ el le P. Daire, Description de la viUe d^jémiens.

NOTICE. 45

Tous les historiens ont accordé à ce prince le surnom de BeaU'Clerc. et ôuctin n'a 'donné les raisons qui lui avoient mérité un titre si honorable , qtii n'étoit accofdé qu'aux sa- vants ou aux gens qui asj^roient à le de- venir. Il est possible alors , puisque ce mo- narque a réellement obtenu un surnom si flatteur et si distingue , qu'il soit l'auteur de la version anglôise traduite par Marie. Cette opinion est appuyée et justifiée par les historiens contemporains-, qui ont ac- cordé à Henri I*' le titre de Beau- Clerc; il est àhprésumer qu'il en fut digne et qu'il le tnérita , car il aima les lettres et encouragea ceux qui les cultivoient. 11 appela auprès de lui les écrivains les plus distingués et les récompensa d'une manière digne d'un grand souverain. Et ce qui pourroit ajouter encore à ce qui vient d'être dit , c'est la quantité de mots féodaux , qui abondent dans les fables , dont l'usage et l'emploi se rattachent parfaitement au règne de ce prince.

Si cette opinion est rejetée , on ne peut avancer que cette traduction ait été faite par Henri II ; son règne fut trop orageux , et un pareil travail exige de la tranquillité. Ce n'est que dans la .paix qu'on peut sacrifier

\

44 NOTICE,

aux muses , et les grâces qui les entourent s'enfuient au bruit des armes et aux cris de guerre. Donc , Henri II n'est pas lauteur que. nous cherchons. Mais ne seroit*cc pas Henri III? Au caractère que les historiens ont attribué à ce monarque, au peu de con- noissances et de moyens qu'il possédoit, on ne peut le croire capable d'un travail semblable. Marie a^t-elle suivi littéralement la version angloise ? Pour répondre caté- goriquement , il seroit absolument néces- saire de connoître cette version , et l'on ignore aujourd'hui si elle existe. Afin de re- cueillir quelque documents à ce sujet, il faut comparer les fables de Marie avec celles des fabuUstes du moyen âge. Par cette com- paraison , on remarquera que Marie ayant traduit cent trois fables de Tanglois en fran* çois , il s'en trouve soixante-cinq sur ce nombre dont les sujets ont été traités par Ésope j par Phèdre , par Romulus , et par l'auteur anonyme des fahulœ antiquœ , pu- bliées par Nilantius. On remarquera égale- ment que la version angloise n'a pas seule- ment été compilée d'après ces auteurs , mais d'après divers fabulistes dont les noms sont inconnus , puisque dans les fables de Marie il y en a trente- neuf qu'on ne trouve ni

J

NOTICE. 45

dans les auteurs cités , ni dans auduti' autre de ce genre. ...

La version anglôise.seiâble atèir ccmteiiù^ un plus grand nombre de f<ibtes que eelU de Tauteur françpis ; des oiiïqtiante -six* fa- bles que renferme le manuscrit citë-(i)^ i^ en est sept dbflt Marie n'a pas fait usage;- il paroit qu'eilé cbdiâissoit les sujets quiisidiil- Uoient lui être* plias agréables et. qu'elle' re- jetôit les aiutres. Alors la traduoticoaî de Marie dait être. considérée comme un> ex- trait de la coUeetién angtoisë.' - * ' - ''^-

Afais la grande c<41eéti<>ift fut saiil^<fioétë l'ouvrage des A<nglo-Norrtiandépt?âr'èii*y reconnoit leur langage dans les XI^^ XIÏ^ et Xin^ siècles vetle existoit chesr eux eniatin*; et une chùse digne d' attetiti^ii; , - c'est (|t)ê dans les sîëdles d!%noranûe , l'An^elefl^è^et la Normandie avoient dei» fabulistes , taiïdis que la Grèce et- ÎRome ne possédèrent'» les leurs qu'aux époques les plas brillante»^ die leur littérature et de^leu^* civilisation'. *

Parmi lés niainiscrits d'^ngleterr^V ils'tên trouve trois (a) qui renfermient uiï'^ànd nombre de fables et de contés'dévots,' écrits

(i) BibUoOi. nfgia i5. A. VII. - /

(2} Biblioth. Harléienne, n" 7x9 er4&i. fiiblioth.tle la société royale , n^ 293. '

46 NOTICE.

an latîa. dans h moyen ê^^ $.]^s ^eux prcs miers sont anonymes et le dernier est attfv }mé. à maître Qdon de Cirington (i). Plu- sieurs ide fi^ pièces sont agréables et remr plios d esprit ; mais ce qui les rend, bien plvis:inléressaate9, ce sontles notionsqu elles donnent tsîur 4es coutumes et les:usagMdes ài^lôia dans ces temps reculée, j ;

U iêst à présumer qu'on doit chereher leb wtwurs et les compilateurs de ces bisto- riettesi, pwmi les religieux dés manastèi^s de la grande Bretagne. Les morales pottevlt fr<éq!ue4»ment si^r les plaisirs ou les^ ennuis de la yie monastique Les sentences de la 3ible , l^s écrijts 4^ pères / 1^ passagpes des liy riÇ0 1 s^in^ dont on trouve un asses^ grand nombre , prouY^nt enoorjs en faveur de oeitte priéa9mpti^ii« B(..de la Biie a Taine- jritkeM examine oes mamiiserits avec la pltis ^grandei ât^Q»»tipnj^'dans l'espoir de trouver Je& oiiigibaux /de^ 4:rente^neuf £sibles de Ma- rie ; ses cechembes ont été infruotuanâes , et jutqu'^p^rés^niî }e$ autîeurs. qu'elle a imités .aofiit 'inconnus. 'Cependant le savant critiqtie ' a &ùi par en trouver quelq^eSHinea qu'il a découvertes après un grand, nombre de lec- tures.

3 ',■ ' ' " ' '.'. 4 '. . " ^ ' r ' ' ' .

(i) Narrationes magùtri Qdonis de Ciringtonia.

KOTICE. 47

Om «^rok pf^rut-étre tenté <le condure que ces treate^i^uf fables OUI élé com|>ofiee8 paf Marie ; maia en y rofl^bUsaat ^ on verra qu'elle même ii'a donn^ à'aon'ouyr&ge que le titre de>tra4a€tk>]i,^ etq^'^ll4se£ait hou* aeur de l'ayair aotreprfee. Ox\, si ces fables ; aTOi«at tété le.fryîl. de'ae& méditatioQ» ^ de ^ix génie y conm^ht 'auFOttfeUer^ pass^ S0U9 $iIePQe .. utk : ^t sehibUBAe? lioiBqu'un auteur et sur-tout un poète s'enorgueilUt du ^re modeate) de: traducteur V'pfuAnoii piré- sumer qu'îl dacrifieroit le oom d inventeur loraquUl a dies raiaoïiâlsulfisanlifaipoiirii^ob-T^ tenir ? D'aiUeiiirs.DeDjrfePyraBiiiav quLa>tand vanté la fertilité . et lairieheBsertdu 'géimfiile Marie lqraq«'^|naTpaarlëide>ses7laia, assure

qu'elle a traduit lesjfâble&i 7 !'.

. Le Grapd' dj^ussy eu la publié, quarante^ trois quai a iiMlëeajeB praee. (i)i et c'est à peu pitès le aoolbrftd^ cdles iqui ne se trou«

i I I ■' ii^itij »^»> I* J m>Hm*»hm**t ■« i < iiiiiV.iii

' (x) FaMaii:^^ wm^^iy^Xàc^ citV^rtKdltÈ q^^

Vhommç^ f t lfjRf^nr4\tt U Sèment p. . i^3 ., éi ie VU" Imn qui donna ses Bœifs an Loup^'^. 242, dont on up trouve point les originaux parmi les . productions de Marie. La derniète' ; traduite de TAraLe , est tirée du CastoyemeHt ^' tétme^ iii^itté da<is la nouvelle cditiôii des Fabliaux de-Barbasan \ elle se trouve dans le tome U, p. iA4« . !

4$ NOTICE.

' tient'pas, tant- parmi lès àotâurs- anéteni . qu^ parmi les écrivains du tnôyen âgle. La' version de le Grand n'est: p'a^ toujours lit- térale; il paroi t iiiéme y en plusieutis^endroits, s'étrê icohsidérablieiteiit éloigné de roHgi* nalJOndoitei^ôFe à efS^cï\itiqùê; version de divers icontes^ ou fabliaux ' qu^l a , mài*à^ propps'^ iàttiibués àid a«itres troiiv^s^ ;^lTiaiS'

qui iappartiëmiènit'incûDtestableine&t à Ma- rié (ï). " = v/ -, ■' .' .. i.'< '-■• :;•!;' t-.-:

V rjai failt} pressentir; que= la Fontaine ^aVôï^ eu connoisaance des Êibles^de Marie ^ ^t 'qu4f enéivoit ^ptiunié plusieurs sujet&.^ll [sèi^^ jGaxnle.de : vérifier ice' fait ^ en examinanf'I^s adiiiirftbles Iprodnètion^ du' fabulik^ i^^tt-' çois , pQuÉ yr déeriuvrior qtfeïques-unes i des trente-neuf £sibles ^ul^pdJ^oi&seAt manquer danfi.tou^ lès' àu^nrfrervce'^ébrie ; dn^ tl'ôu- verai que la.Fom^aifie'est ëmièremé)llr re- devable à Marie de&^ sujets iie h Femml^ 'qui se. noie , du Renard -et -du -Chat , du Re^- nard et duJ^ïgcon,.eto, /Dans quelques au- tres fables^ -il n'a ]ph:iii qtre ie<MJet en chan- geant le nom des acteur^s.^Eii lés retouchant avec le style naïf dont il a eu seul le secret, il les. a enrî(!;his, leur a. don^é.uoe physio- nomie nouvelle, et un air d'Qrig;i|ialité<.

(i) Fabliaux^ tom. II, p. 33o, 334 ? ^om. Ht,- p^ 111% f 129.

NOTICE SUR ROMULUS (i).

IVJalgré les recherches des savants de France, d'Allemagne, de Hollande, et d'An- gleterre,, on n'a rien de bien certain sur le nom et la patrie de Romulus ,* traducteur des fables, ainsi que sur le temps il les a écrites. Quelques critiques , tels que Ni- lantius, Gudius et Eschembourg , pensent que ce nom de Romulus est de pure inven- tion et n'en expliquent pas la raison. Pour- quoi ce nom seroit-il supposé ? En est-il un de plus commun parmi cpux qui entendent et* qui parlent la langue latine?

(i)' Cette notice destinée à éclaircir les passag[es consignés dans la préface des fables, est extraite de Texcellente dissertation de M. Schwabb , et du dis- cours préliminaire placé en tête des fables de Romulus. Cest pourquoi je renvoie à l'original potir y trouver les preuves de tout ce qui est avancé.

II. 4

5o NOTICE.

Les inscriptions anciennes ne nous of- frent-elles pas un FestusRomulus, un Caius ÂnniusRomulus, un Postliumius Romulus , une Émilia Romula , un Caius Âttius Ro- mulus, et ncfabre d'autres que je passe sous silence? Dans le moyen âge, ne voit-on pas en Italie une foule d'hommes de ce nom , ainsi qu'on peut le remarquer dans la Chro- nique d'Albini. Quelques critiques , en s'er- pliquant sur les fables composées par Ro- mulus, les attribuent à Romulus Augustule» dernier empereur romain d'occident ; et de ce nombre sont Nilantius,,Christius et. Hauptmandus.

Dans une préface à Esope le moraliste , on trouve ces mots : Depuis^ cela a été tra- duit en latin par Romulus , empereur ro^ main , pour V instruction de son fils. On lit encore dans l'avertissement placé en tête d'un manuscrit consulté par Nilantius : «Ro- mulus , empereur de la ville de Rome , à son fiU Tibérinus, salut. » D'après ces pas- sages , d'après le témoignage de plusieurs savants , on a conclu que c'est un empereur romain qui est auteur ou traducteur des fables qui ont paru* depuis sous le nom de Romulus.

Mais tout cela est fort^^incertain , et eu

NOTICE. 5i

égard au temps , on ne peut attribuer ces £aLbles à un souveraiu. C'est l'avia du célèbre Escbembourg , qui assure qu'à l'époque l'on a commencé à écrire ou à lire ces fa- bles , on a cru devoir , pour en augmenter le mérite /les mettre sous le nom d'un em- pereur romain. C'est ainsi que quelques fa- bles ont paru sous le nom du roi Alphonse, et que des critiques ont fait du nom de Ro- mulus celui de Romalius.

Au reste , on ne doit pas omettre ce qui a été découvert par Barthius , dans un très- ancien recueil qui contenoit des fables , écrites dans le genre élégiaque , d'un au- teur anonyme, vulgairement appelé TAuo- njme deNevelet, et pu. l'oii trouve le pas- sage suivant : Ésope fut précepteur des Athéniens , et un certain empereur romain a prié le précepteur Romalius de lui envoyer quelques fables agréables pour le délasser un peu du poids des affaires, Romalius n'O' sant se, refuser aux prières d'un si grand persormage , a traduit routeur grec en latin. Mais, quoiqu'il soit ici question d'un livre de fables élégiaques qu'on attribue à l'ano- nyme de Nevelet, et non dçs fables de Ro- mulus qui sont écrites en prose , il est aisé cependant de voir que c'e&|; par çrre^r qu^p

4.

52 NOTICE.

le nom de Bomuius a été changé en celui de Koinaliui5,et que le j>réceptepr Romalius n'est autre que notre Romulus dont les fa^ blés , qui n'étoient qu'en prose , ont été mises en vers par un anonyme ; de sorte qu'il ne doit point paroître étonnant qne, par la méprise d'un glossateur ignorant, on ait attribué à Romalius , c'est-à-dire à Ro- mulus, des fables élégiaques, trouvées dans un recueil manuscrit de Barthius.

On ne peut supposer que ce fabuliste fût d'Athènes , ainsi qu'on peut le voir en tête de l'édition d'Ulm , dans la dédicace de Ro- ^ mulus à Tibérinus son fils. Romutus à son jils Tibérinus^ de la ville d'Athènes , salut t Un nommé Ésope , grec de nation , homme plein de génie , instruit les hommes par ses fables^ etc. Cela se trouve ainsi rendu dans la version allemande de Steinhoewelius, ce qui a fait croire à Christius et à plusieurs au- tres que Romulus étoit d'Athènes : mais Eschembourg a fait observer avec raison que ces mots de civitate attica ne pouvôient être qu'une transposition ou une faute' de typographie , et ne dévoient se rapporter qu'à Esope et non à Romulus.

On n'est pas plus instruit de l'âge de ce fabuliste que de son nom et de sa patrie ;

NOTICE. S3

ce qu'il y a seulement de certain , c'est qu'il vivoit avant le XIll^ siècle, puisqu'il en est fait mention dans le Miroir historial de Vin- çent-de-Beauvais , écrivain célèbre qui flo- rissoit sous Louis IX ; ce qui se trouve con- firmé encore par le recueil manuscrit de Dijon, qui remonte à 5oq ans et plus, au rapport de Gudius , auteur irrécusable dans cette partie. D'après ce qui vient d'être ex- posé , il est hors de doute que Romulus , écrivain du siècle de fer, n'ait existé avant le XI® ou le XII® siècle. Dans une si grande obscurité , qui pptirroit se permettre de fixer le temps cet auteur a vécu ?

Quoi qu'il en soit, ce Romulus sur l'exis- tence duquel on est si peu instruit, acomposé ou plutôt écrit en prose quatre livres de/a- Mes cT Ésope qui en comprennent quatre- vingts; et . ces fables , aa sentiment de plu- sieurs savants , ont . été prises de Phèdre , malgré le témoignage de l'auteur, qui, dans la préface du livre premier ,. dit : Moi Ho- mulus , je les ai traduites du grec en latin.

Mais on aura beau dénaturer , disséquer les meilleurs poèmes, les phrasçr en.prose , il. sera toujours aisé de s'apercevoir que dans le principe on a écrit en vers. Cela est si vrai qu'on ne peut douter un instant que

s

54 NOTICE.

Romuliis n'ait eu entre les mains un ma- nuscrit des fables de Phèdre , puisqu'il a conservé la plupart des expressions que l'on voit dans les compositions de l'affranchi d'Auguste qui nous sont parvenues. C'est pourquoi Romulus est appelé par Gudius le traducteur des fables de Phèdre ou plu- tôt le Phèdre barbare. Ce qu'il y. a de cer- tain , c'est que les fables de Romulus ont été , on ne sait d'après qui , imprimées à Ulm , chez Jean Steiner , avec une traduc- tion allemande de Henri Steiner Welius, sans indication d'année , mais qu'on pré- sume être de 1^76 à 1484. M. Schwab a donné une édition du recueil manuscrit de Dijon des fables de Romulus , d'après le premier exemplaire de Gudius avec quelques variantes sur l'édition d'Dlm. Enfin il y en a eu, en 1709, une édition àLeyde, d'après celle de J. F. Nilantius, mais tronquée et pleine de fautes. Elle ne contient que soixante fa- bles , tandis que les recueils d'Ulm et de Dfjon en renferment quatre-vingts. Au reste , la copie dont Nilantius a fait usage ne con- tenoit que quarante-cinq fables , auxquelles il en a ajouté quinze, tirées de l'exemplaire d'Ulm pour en compléter les soixante. Ce

I

NOTICE. 55

qui est prouvé par ce passage extrait de Nilantius : Les fables suivantes se trouvent dans l'édition de Romulus, et pour ne rien laisser à désirer, et parce qu'on y reconnoit aisément des phrases de Phèdre. Dans son excellente édition des productions du fabu- liste romain , M. Schwab les a toutes placées à la fin de son travail (i).

Il n'en est pas moins vrai que, dans le Romulus de Nilàntias, il manque vingt fa- bles qui se trouvent dans la collection de , Dijon; et si l'on en excepte deux qui se trou- vent dans l'édition d'Ulm , il y en a douze qui sont tirées de Phèdre ; d'où il résulte que l'édition de Romulus, d'après les recueils d'Ulm et de Dijon , est bien préférable à celle publiée par Nilantius , qui s'est servi d'une copie très-mal en ordre , très-fautive et remplie d'interpolations, ainsi que l'a prouvé Lessîng , avec autant d'étendue que d'érudition.

Au jugement de ce savant critique , et d'après l'opinion des lecteurs les plus ama- teurs de fables , Nilantius eût été meilleur à consulter s'il avoit eu soin de prendre les

(i) Phœdri Augusti lÀberti fahularum OEsopiarum Uhri V; duovoluminain-^'', Brunspigce^ 1806.

N

56 NOTICE.

fables de Romiilus dans l'édition d'Ulra , que par les différentes leçons qui se trou- vent dans son recueil. A quoi peuvent ser- vir toutes ces variantes , puisque les fables publiées par Nilantius offrent très-peu d'a- vantages aux critiques.

On doit distinguer Bornulus de Rimi^ cius, comme on Técrit ordinairement, mais dont le véritable nom est Ranutius d'A- rezzo , ainsi qu'on peut le voir dans le supplément du supplément des chroniques, depuis le commencement du monde jusqu'à l'an i5io de l'ère vulgaire ; qu'il a été écrit ainsi et corrigé par le R. P. Jacques Phi- lipeBergomat, de l'ordre deshermitcs. «Ces « fables d'Esope, dit-il, ont été, il y a long- ce temps , traduites en latin par un certain (c Romulus, pour l'instruction de son fils ce Tyburtinus. Mais tout récemment ces fa- ce blés ont été refaites par un certain Ri- « micius, homme très-savant , avec une vie ce d'Ésope, et dédiées au Cardinal Antoine « du titre de saint Chrysogone ; » ce qui prouve évidemm.ent que Romulus et Rici- mius étoient deux personnages différents, quoique plusieurs excellents critiques les aient confondus. Nilantius les a bien dis- tingués dans son édition de 1709; et lors-

/

NOTICE. 5^

que Ricimius dédia cet opuscule, à Antoine Cerdano, membre du sacré <3ollège , mort en 1459, on trou voit les fables de Romulus dans un manuscrit qui existoit quatre ou cinq cents ans auparavant.

Ainsi nul doute que Romulus et Rimicius ne soient deux personnes différentes; car la vie d'Esope et ses fables qui étoient en prose, Rimicius les avoit traduites de grec en latin avant l'année 1459. Mais ce n'est pas le cas de disputer ici plus long-temps sur les écrits , les nom et surnom de Rimicius. Il en a été parlé assez diserteméiit par Les- sing et par le cardinal Quirini; les curieux . peuvent les consulter. Qu'il suffise de pré- venir que l'édition d'Ulm n'a pas été revue et corrigée par Rimicius, ainsi que Ta cru par erreur Nilantius, ni que les fables de Romulus, avec les restes de celles de l'édi- tion d'Ulm , aient été traduites en Allemand comme l'a pensé Nevelet; car l'exemplaire d'Ulm ne doit rien à Rimii^ius, si ce n'est la vie d'Ésope et dix-sept fables traduites du grec en latin. Ce sont les fables 2,3,5, 7, 10, i5, 18, 21, 40» 43, 53, 68, 70, 74, 90, 97, 100, selon l'ordre Rimicius les a placées; mais ce qu'il y a de certain, c'est ce dernier qui a traduit ces fables de

58 NOTICE.

grec en ladn , et non Romulus , quoiqu'il l'ait prétendu faussement. C'est ce qui a été pleinement démontré contre l'avis de Can- negieter par Lessing , en parlant de Ro- mulus et de Rimicius (p- 71 et suivantes). La traduction Allemande des fables de Romulus et d'autres , a été faite par Henri Steinhoewel.

POÉSIES

DE

MARIE DE FRANCE.

I \

PROLOGUE (i).

V->«iL ki seiTent de Trovëure (2) ,

Devreient bien mettre leur cure (3)

Es buns livres è es escris (4) 9

E es essamples , è è^ dis ,

Ke li Filosofe trùvèrent ,

E escrirent è ramembrèrent (5).

Par Moralité escriveient

(1) La Fontaine, Epitre à monseigneur le Dauphin. PhsdruSy Prolog. AEsopus aueton Romul us, Pro/o^., p. 589. (a) Ceux qui ont reçu le don d'inventer. Quelques ma* nuscrits portent : Cil qui seivent de lettréure; ceux qui ont reçu de l'instruction.

(3) Soin, peine,- étude 9 science ; cura.

(4) A étudier les bons livres, à faire connoitrCy à enseî- gner , a remettre en mémoire.

(5) Remembrer^ faire ressouyenir, rappeler à mémoire ramentare.

<

\

Go POESIES

Les^uns Proverbes ke il ooient fi) ;

0 Ke cil amender se péuissent

(à) E lur entente en bien méissent ; Si firent li encien Père. Romulus qui fu Emperère (2) ^ A (3) Sun Fiil escrit è manda , £ par essample li mustra,

(If) Cum il se puist cuntreguetier (4) 9 K'hum ne le peust engingnier (5).

Izopes escrit à sun Mesure Ki bien quenust lui è sun estre, Unes Fables k'il. ot truvëes De Griu en Laitin translatées (6) ; Mervoilie en urent li plusur K'il mist sun sens en tel labur ; Mes n*i ad Fables , ne folie , U il n^ad de filo^ofie As essamples qui sunt après,

fcj U des cuntes sunt li grant fès (7).

10

au

(i) Entendoient , écoutoient, du verbe ootr; audire. (a) Yoyez la notice sur Marie , et particulièrement celle sur Romulus.

(3) à, pour. , '

(4) Cuntreguetier , garantir , préserver. .

(5) Tromper, surprendre, duper; ingignere.

(6) Traduites de grec en latin.

(7) Faits, gestes, actions ^/âcra.

DE MARIE DE FRAlVGE. 6l

A moi qui la rimé en doit feire , Navenist noient à retreire (i), Plusurs paroles que i sunt. Meiz ne purquant Cil m'en semunt ^o

Ki Flourz est de Chevalerie, fdj D'anseignemenz de curteisie ;

E quant tex Hum m'en ad requise | Ne voil lessier en nule guise Que n*i mette traveil è peine ; Or ke m en tiegne pur vileine (2) Mult deit fère pur sa preière . Ci cummencerai la primière Des Fables k'Ysopez escrit , K* à son Meistre manda et dist.

(1) Il ne reviendra aucune gloire en retraçant les exemples qu'ils renferment ;mai8 néanmoins celui. qui m'en pri« (Guillaume f surnommé longue épée.)

(a) Peu digne , peu capable.

Variantes,

(a) Qui lur entente i méissent.

(ft) Coment il se déust guetler.

(c) U descuyert sunt tut li fès.

(«0 E de sens è de curtejlsie.

62 POÉSIES

FABLE I.

D*un Coc qui truva une Gemme sor un

Fomeroi (\).

J_^iT Coc racunte ki munta SouT un fémier , è si grata Selunc nature purchaceit,

(a) Sa viande cum il soleit {p^ : Une chière Jame truva (3) ,

■s.

dère la vit , si Tesgarda ;

Je cuidai , feit-il purchacier (4)

Ma yiande sor cest fémier ,

(b) Or ai ici Jame truvée ,

Par Moi ne serez remuée. *•

S'uns rîces Hum ci tus truvast (5),

\

(i) La Fontaine , liy. I, fable XX , Le Coq et la Peticm

Plued., lib. III , fab. XII , Pullus ad Margaritam.

Romulus, lib. I, fab. I, idem,

Anonym. Nilantios, fab. I.

Vincent. Belloyacens. in Specul. bistor. Contra CaJum^ niosos, \

(s) Suivant son besoin , selon son babitnde.

(3) Jame ^ pierre précieuse, gemma,

(4) Je pensois, dit- il trouver, cbercber.

(5) Si vous étiez trouvée par un borame rîcbe , il vos» donneroit une monture en or et votre clarté en seroit plu» grande.

\

DE MARIE DE F&AlfGS. 63

Bien sai ke d'or vus énurast ; Si en crëust vustre cla^i , Pur Tor ki a mult grant biautei. Qant ma vulentei n'ai de Tei (i) nul hénor n'auraz par Mei.

MORALITÉ.

Âutresi est de meinte gent (2) ,

(c) Se tut ne vient à lur talent (3), Gume dou Coc è de la Jame ;

(d) Véu Tavuns d'Orne è de Famé :

Bien , ne hehor , noient ne prisent (4) , Le pis prendent, le mielx despisent.

(i) Comme vous ne pouvez m'étre d'aucun secours , ne comptez pas que je fasse le moindre cas de tous. (a) Il en est ainsi de plusieurs personnes . ,

(3) Désir , volonté.

(4) Ils estiment peu les biens, les honneurs, ils choisissent le mauvais , et abandonnent ce qui est bon.

Farianies.

(a) Sa viande que il manjoit ;

Une clère gemme trova. {b) Or t*ai insinc gemme troyéei (c) Se le refusent meinteaant. {d) Yëu l'avons de mainte femme. ou

C*cst dit por l'orne et por la famé.

64 POBSIBS

*^*/%i%/%^^\/m^ivm %<^ »^^ %/%>%.»/%^ %^/v%»^<^ u«/%«/«^«^%«v«>«>%«/%%^/*>v«/%

FABLE IL

Dou Leu e de VAingniel (i),

\jiB, dist dou Leu è dou Aignel (2) Qui béveient à un rossel (3) ; Li Lox (4) à la sorse béveit £ li Aigniaus à-vaul (5) esteit. Iriéement (6) parla li Luz Ki mult esteit cuntraliuz (7) ; Par mautalent (8) palla à lui (9)

{1) La Fontaine, liv. I , fab. X. Le Loup etVJgneau,

Phxdr. , lib. I , fab. I. Lupus et Agnus.

Romulus , lib. I , fab. II , idem,

AEsop., fab. 3 33.

Anonym, Nilant., fab. III.

Vincent. Beilovac. In SpecuL HUtoriaL (3) Petit agneau, agnellus^ diminutif d*<^Att5. (3) Ruisseau y rivulus. Prononcez agneau et à la rime ruis»

seau. \ (4) Prononcez lous.

(5) Se tenoit plus bas. Stabat ad vallem.

(6) En colère, en courroux , iratè.

(7) Mécbant , querelleur, contrarias.

(8) Colère , emportement.

(9) Lui parla; lui adressa la parole.

BB MARXB DB FEANGB. 65

(a) Tu m as , dist-il , fet grant anui (x).

Li A.ignez li ad respundu :

Sire ! eh quoi dune ? ne veis-tu , '*

Tu m'as ci ceste aiguë tourblée (a)

N'en puis boivre ma saolée (3) ;

Autresi (4) m'en irai, ce crei,

Cum jeo ving tut murant de sei (5).

Li Aignelés adunc respunt (6):

Sire , bévez vus à-munt (7),

De vus me vient kanlies (8) j*ai beu ? (b) Qoi , fist li Lox , maldis me tu (9)/

L'Aigneax (10) respunt , n'en ai voloir (11);

Li Loux li dit : jeo sai de voir (12) , ^*

Ce méisme me fist tes Père (i3)

(i) Chagrin, ofTense, de noxia, (3) Tu m'as troublé cette eau.

(3) A ma suffisance , ce dont j*ai besoin.

(4) Pareillement, de même.

(5) Mourant de soif.

(6) Le jeune agneau répondit sur-le-champ.

(7) An-dessus de moi; admontem,

(8) Tout ce que.

(9) Tu me maudis.

(10) Prononcez l'Agneau,

(11) Dessein, yolonté, désir. (13) Je sais de bonne part.

(i3) Que ton père me fit la même chose.

II. 5

ic

66 POÉSIES

A ceste surce ù od lui ère (i). fcj Or ad sis mois , si cum jeo crei

Qu'en retraiez (2) , feit-il, sor mèi ?

N'ière pas neiz , si cum jeo cuit (3) ; . E coi pur ce (4) > li Lus a dit , (dj me fuz tu ore cuntraire

£ chose ke tu ne deiz faire ;

Dune prist li Lox y TEngniel petit

As denz (5) lestrangle, si locist.

MORALITÉ.

Ci (6) fiint li riche Robéur (7) , fej Li Vesconte (8) è li Jugëur (9) ,

De cax (10) k'il unt en lur Justise (11) ; Fauxe aqoison (la) par cuveitise ,

(i) J^e, j'étois, enun , j'étois avec lui. (a) Qae tous ne cessez de xhédîre de moi.

(3) Je n'étois pas né, du moîni je le pense.

(4) £t pourquoi.

(5) Ayec ses dents.

(6) Ci, ainsi , sic»

(7) Les gens riches «u puissants , qui p^UT^ent voler avec impunité.

(8) Lieutenant de comte, 'vice-comes. ' (9) Les juges.

(10) Prononcez cauâ*, ceux«

(11) Domaine, terre , district^ MÎf nturiè » arrondisse* ment.

(la) Fausse occasion.

DE MARIE DE FRANGE. 6j

Truevent assez pur ax (i) cunfundre, Suvent les funt as Plais semundre (a) ; La char lur tolent (3) è la pel (4) 9 Si cum li Lox fist à TAingniel.

(i) Prononcez aux^ eux.

(a) Appeler à Taadience , mander au tribunal ; voyez la note historique de la fable XLYIII.

(3) Enlèvent.

(4) Prononcez la peau.

%

pariantes,

(a) Tu me fais , fait-il , grant anui. (^) Por coi , fait-il , maudis me tu ?

Cil li a dit , n'en ai voloir ;

Et cil respont : j'en sai le Yoir. (c). Or a sis mois, ice vous di ,

Qu'en demandez, fait-il, à mi;

Ne fui pas nez si com je croi. (il) me fais tu ore contraire.

Et ce que ne déusse faire (e) Li Visconte et li Gontéour. ou

Li malrConte et li Jugéour.

5.

68 POEsiks

FABLE III.

De la Soris e de la Renoille (i).

s,

Ielunc la lettre des e5criz Vus xnustrerai d une Surîz Ki par purchaz è par engin (2) y Âveit manaîge en un mulin. Par essemple cunter vus vueil , G un jur s'asist desor le sueil , Ses grenonez apareilla (3) E de ses piez s espelucha. Devant li passa une Raine (4) Si cum avanture la maine , '^

(a) Demanda li en sa raisun (5)

(i) La Fontaine , La grenouille et le rat^ Ut. IY, fab. XI.

AEsop. , fab. 349.

Romains Nilant., fab. 3, mus et rana.

Anon. Nilant., fab. etApp. Burm., f. 6.

Vincent. Belloy. in SpecuL histonttl, (s) Par intrigne et par ruse 8*étoit logée dans nn moulin. (3) Les poils de ses barbes. > (4) Grenouille , rana.

(5) Elle lui demanda en son langage, si la maison deyant laquelle elle étoit lui appartenoit.

Variantes.

(a) Voit la suriz en sa maison Demanda li en sa raison.

DB MARIE DB FRANGE. 69

S'ele ert Dame de la maisun ,

Dunt ele se feiseit si mestre ,

Si li acuntast de sun estre. t

La Suris li respunt : Amie ,

Pieça k*en ai la seingnorie (i);

Bien est en ma subjectian,

Qant es pertuiz tut envirun (a) ,

Puis herbrëgier è jur è nuit

Joer è fère mun déduit. "

Or remanez à nuit od mei (3)

Ge vus menrai par dreite fei, {b) Desous la muele mult à aise

Ni aurez rien ki vus desplaise.

Assez aurez ferine et grain . (c) De ce remaint au Vilain (4)^;

(b) Soz la moie ou ge maig molt aese.

(c) Del' bief qui. revient as vileinz. En auronznos les ventres pleînz; Et la raine par sa proière Remaint delez lui sor la pierre.

(i) Il y a long-temps qae j'en ai la propriété. (i)De même qu'entons les trous des environs je puis aller loger le jour et la nuit , jouer et m*amuser.

(3) Restez avec moi cette nuit , je vous conduirai sous la meule , vous y serez fort bien.

(4) De ce qui appartient, qui reste au propriétaire du moulin. Le mot vilain ou plutôt viilain (yillicus^ en basse lati-

yo VOÉSISS

La Raine i va par sa proièie Ândeus s'asient sor la pierre , Mult i truvèrent à roengier Sanz cuntredit è sanz dangier. La Suriz par amur demande A la Raine de sa viande (i),' Que li semble, vertei Ten die ; N'en mentiroi , fet-ele , mie , Mult par est bien apareillié (2) S'en aive eust esté moillié.

19

nité villanus , formé de vUla) , avoit deux acceptions : la pre- ' mière, qui seryoit à désigner la classe da tiers-état, àignifioit paysan » habitait de la campagne , propriétaire de biens ruraux , laboureur , fermier et cultivateur ; marchand , ar- tisan , roturier, qui n'est pas noble d'état ou de mœurs, en- fin bomme du peuple , serf, homme de corps ou de main- morte. Oans la seconde acception , nfiikiin s'employoit pour abject, yil , méprisable , vUis, Dans le man. n** 7318, f^ 143, se trouve un fabliau du XIII* siècle , intitulé, des chevaliers, des clercs et des vilains , c'est^<^dire de la noblesse , du clergé et du tiers-état.

(i) Comment trouvez-TOusmon repas, dites-le moi fran- chement.

(3) Il est fort bien et il eût été beaticôup meillettr s'il eût été plus mouillé.

DE MARIB DB FRANCE. ^Z

{d) Enmi ce préi en un wassel (i)

Seriens or andels mun yueil ^ [è) ai-jeo la moie mansinn

U tuz bien sunt à grant fobuo. . ^^

Tant i arez joie è déduit

James n ariez talent ce cuit (a),

De repérier à tuÀ molin.

Tant 11 prumet par sun engiti (3)

Ke la blandist (4) par sa parole ,

K'ele la crut, si fist que foie (5) ?

Ensamle od li s'en ert alée (6) ,

Li preiz fu si plains de rousée

Ke tute est la Surîz moiliée ,

{d) Einmi ce preiz en un vaucel , lUuc seriens andui moult bel ;

(e) . lUuques ai bêle maison , Beie amie , car i alons Tant i ayeriens bel déduit.

(i) Au milieu de ce pré, est un vallon nous serions toutes deux aussi*bien que je le désire; j'y ai ma demeure, et mes biens sont considérables. Nota : les manuscrits portent GacueUn Gacheuii. Vaucel. fFassei,

(a) Que je crois bien que tous n'aurez jamais le désir de retourner à yotre moulin.

(3) Ruse, finesse; ingenium,

(4) Cbarma , gagna , de Blandiri, ($) Elle agit inconsidérément. , (6) lis s'en vont ensemble.

7^ VOB8IBS

Donc quida bien estre noiée; Arrière voleit retumer Kar ne pooit avant aler. {f) Mais la Raine Tad rapelée, Ki à force Ten ad menée. Tant par anciur , cum par proière , Ke il vinrent à la rivière. Dune ne pot la Suriz avant , A la Raine dist en plurant, Ci ne puis-jeo noient passer (i) Quar jeo ne soi unques noer. Prens, fet la Reine, cel filet (a), S'el lie fort à ton gairet E ge l'atacherai au mien , Dune la rivière passeruns bien. La Suriz s'est dou fil loiée, A la Raine s'est atachiée \ £1 gué se metent , si s'en yunt;

(f) Maîa la raine tant la priée

Qu'ele renmeine dusqu'à la riylère.

(i) Il m*est impossible de passer la rivière, car je ne sais point nager.

«

{p) Prends, dit la grenouille, prends ce petit fil qae tu lieras fortement à ta jambe , et rattachant à la mienne , nous passerons la rivière sans danger.

DE MÂRIiS ifÈ FRANCS. ^3

Qant eles Tiadr^iU el parfunt(z)

Si la vout la Raine noier ,

Od li s'encumence à plungier. ^o

[g) La Suriz pipe en hait è crie

Ke bien cuideit estre traie ;

Un Escoufles (a) aleit volant

Vit la Soriz si haut pipant ,

Ses èles clost, à-vaul descent (3),

Li et la Raine ensanble prent ,

Andeus furent.au fil pendanz.

La Raine fu corsue et granz (4) ;

[h] Li Eschofles par cuveitise (5)

{js) Et la soriz en haut ft*escrie.

Qui cuida bien estre périe ;

Un escofles yint en roant

Vit U soris qui yait pipant. {K) Decéae fu-entel'gttise.

(i) Arrives à l'endroit le plus profond , lagrenoaille veut noyer la souris, et pour y parvenir pluif sûrement elle plonge à plusieurs reprises.

(a) Milan , oiseau de proie.

(3) Ayant fermé ses ailes , il fond sur les deux animaux at- tachés ensemble.

(4) Grosse et grande.

(5) Le milan gourmand laissa la souris pour prendre la grenouille , il la mangea et par ce moyen la souris fut déli- Trée.

^4 FOBSIIS

La Soriz lait^ la Raine ad prise , ***

Mengiëe lad è dëvourëe, E la Suriz est délivrée.

V

MORALITB.

({) Si est des vézieus Féluns (i),

nauront si buns cunpégnuns

Tant lor facent bien ne henor , (A:) Se riens lor deit custer dou lor ;

Ke durement ne soient liez

Se il par ax sunt engingniez y

Mais il ravient assez suvent

Ke de méisme le turment »•

Kas autres cuident purchacïer, (/) Funt à lor oës (2) appareillier.

(ij Ainsi font les mal vaiz fiéloDs. (A) Si lor en vient peine etfMor* (/) Coyient lors cors appareiller.

(i) Il en est ainsi des méchants traîtres; donnez -leur d^excellents compagnons qui leur rendent tous les services imaginables ; s*il doit leur en coûter la moindre chose , vous pouyez âtre certain que ces méchants les tromperont. Mais il adyient quelquefois que les moyens honteux dont ils you- loient faire usage envers les autres , tournent à leur honte et à leur confusion.

(3) Gré , choix , volonté.

DE HABIB DB FRANCS. ^5

FABLE IV.

Dou Chien e d^une Berbis (i).

Or cunte d'un Chien mentéour De theintes guises trichéour (2) , Qui une Berbis emplèda Devant Justise l'amena. Se li ad un Pain demandei K'il li aveit , ce dist , prestei ; La BerbÎ2 tut le dénoia (3) E dit que nus ne li presta. Li Juges au Kien demanda , {a) Se il de ce nus tesmoins a (4) 9

10

(i) Phaedr. , lîb. I, fab. 17, Ovis, CanU, et Lupus.

Romnl. Nilaiit. , lib. I, fab. 4. Oi»w, €anù, Lupus, MUvus,

et AccipUtr. Anon. Nilant. « f. 5* (a) Fin , rusé, intrigant , intenta un procès à la brebis, et la fit conduire par-devant le juge.

(3) La brebis nia le fait et répondit que le chien ne lui avoit jamais rien prêté.

(4) Avez-vous des témoins?— Pen ai deux, dit-il, qui sont le milan et le loup.

Fanantes,

{à) Se ftfdetestimoine en a.

se

76 POÉSIES

n li respimt k'il en ad deus , C'est li Escufles è li Leos. Gist furent avant amenei (i), Par sèrement unt afermei (2) Ke ce fu voirs que li Chiens dist : Savez pur-coi chascuns le fist (3) ,

(b) Que il en atendoient partie Se la Berbis perdeit la vie. Li Jugièrres dune demanda A la Berbis k'il apela j Pur coi out le Pain renoié Ke li Cbienz li aveit baillié , Menti aveit pur poi de pris

/ Or li rendist ainz qu'il fiost pis.

La Cbative n'en pot dune rendre (4) , Se li convint sa leine vendre ,

(c) Ivers esteit, de froit fu morte ,

(ù) . Que il entendoient ayoir partie, (c) Lors coyint qae de froit fnst morte.

(i) Les témoins ayant compara ils affirment par serment qoe le chien disoit la vérité.

(2) Voyez la note de la £afale xxxyij.

(3) Voici la raison de leur conduite : si la brebis yenait à mourir, ils lapartageroient entre eux.

(4) La malheureuse qui n'avoit rien, fut obligée de vendre sa laine pour payer ; et comme on étoit dans le fort de Thi- yer., elle n'y put résister et mourut de froid.

DB MARIÉ DE FRANGE. 'J'J

Li Chiens vient ^ sa part enporte È li EscofHes d autre part; [i] È puis li Leus cui trop fu tard (i)

Re la char entre aus detreite Car de viande aveient sofreite. E la Berbiz plus ne vesqui E ses Sires le tout perdi.

MORALITE.

Cest essample vus voil illustrer ,

De meins Humes le puis pruver

Ki par mentir è par trichier (2) ,

Funt les Povres suvent plédier.

Faus tesmoignages avant traient ,

De l'avoir as Povres les paient ; ^"

Ne leur chaut que li Las (3) deviengne ^

Mais que chascuns sa part en tiengne.

{d) Puiz li louz trop yert à tart.

(i) Le loup vint le dernier, il demanda que la chair delà brebis fût partagée, car depuis plusieurs jours il manquoit de yiande.

(a) Fraude, subtilité.

(3) Peu leur importe du malheureu;^ et de son sort, pour- vu qu'ils partagent ses dépouilles.

j8 TOÉSIZS

%i^>^im>^>^%^t^'%^^»i^'%<

FABLE V.

»

Dou Chien e dou Formage (i).

Jl AR une feie ce vus recunt (a) Passeit un Chiens desus un punt ; Un Formage en se geule tint , Quant il enmi cel punt parvint (3) En laigue vit Tumbre dou Fourmaige. Purpensa sei en sun curaige (a) K'il les vuleit aveir andeus ,

(i) La Fontaine, le Chien qui lâche sa proie pour Vombre , liv. VI , f. 17.

Ph»dr. , Itb. I , fab. Canis notons vel Canis deceptus. RomuL Nilant. , lib. I, fab. 5, Canis perfiuvimn carnem

ferens. Anon. Nilant. , f. 7. (a) Un cbien passant sur un pont , tenoit en sa gueule un fromage. ,

(3) Arrivé au milieu du pont , il aperçut dans Teau l'om- bre de son fromage ; trompé par cette ressemblance , il ré- fléchit et pensa qu*il pourroit bien les ayoir tous les deux.

Variantes,

(<i) Que avoir les yoloit ambeduz , lUuc fuit-il trop conyoituz.

DEMAEIBDE FRANGE. 79

Iluec fu-il trop cuveiteus. En riaue saut , sa bûché ovri, E li fourniagçâ li chéi (i) , "

E umbre vit y è umbre fu , "^E sun formage en ot perdu.

MORALITÉ.

Pur ce se deivent castier (2) Cil ki trop voelent coveitier ^ {b) Ki plus coveite que sun dreit Par li méismes se déceit ; Kar ce k'il a pert-il suvent E de lautrui n a-il talent.

{b) Qai plus coToite qu'il ne doit Sa coYoitise le déçoit.

(1) Lui échappa, duTerbe choir ^ tomber 9 eaderw. (a) Instruire 9 donner des aris ^ «t non châtier, corriger , castigare»

8o POÉSISS«

FABLE VI.

Dou Solaus qui ^volst Famé prendre (i)^

Jl AR essample fais ci entendre

Que li Soluex volt Famé prendre ;

A tute Créature dist

Que chascune se purvéist.

Les Griatures se asamblèrent ,

A le Destinée en alèrent ;

Si li moustrèrent dou Soulueil

Ki de Famé quereit (a) cunseil.

La Destinée lur curamande

Ke voir dient de la demande (3) ,

E ce k avis lur en esteit ;

Celé parla ki mielx saveit ;

Quant li Solaiz , fet-ele, est hauz

(i) La Fontaine, le Soleil et les Grenouilles^ liy. 6 ^ f . X2. Phaed. , liy. f. S^Banœ ad solem.

Rom. Nil. , lib. I , f. 7. l

AnonNil. , f. 10.

(2) Cherchoit , demandoit , de quœrere.

(3) Que chacun lui dît son sentiment au sujet de la de- 1 mande. '

30

DB MARIE DE FRANGE.

[a) Oii tans destei si est si chauz (i) Que rienz ne laist fructifier , £ terre è herbe fet sécbier ; E se il ad efforcenient £ cumpaignie à sun talent Niile riens neF purreit suffrir Ne souz lui vivre ne garir. La Destinée dune respundi , Veir avez dit, leissuns ensi ^ Gum il a estée grant tens a

{b) Kar par mei n'enforcera (a).

MORALITE.

Ainsi chasteie li plusor (3) (c) Ki seur eaus mettent mal Signors ; Ki ne les deivent enforcier (4) j

(i) Au temps d*été , lorsque^la chaleur est très-forte. (a) N'augmentera.

(3) Par cette fable je réprimande ceux qui prennent ou choisissent des seigneurs déloyaux.

(4) Défendre , protéger.

Fanantes,

(a) El tens d*esté quant est li chauz

Que il ne let riens fructéfier. {à) Car ji por moi ne forcera. , (c) Ki sor iaus ont les mauz seignor y

Que pas ne deivent enforcier

N'a plnz fort tanz acompaigner.

II. 6

Sa FOÉ5IBS

N a à plus forz d eaus acompaignier Par l'ir sens , ne par lur avoir (i) , Mes desturbier à lur pooir (2) ; ^^

Cum plus est fort è pis lur fait Tuz-jurs lur est de mal agait.

(i) Richesses.

(9) Mais éviter d'être sons leur commuidement.

' DB MABIE DB FRANCE. 83

FABLE VIL

Dou Leu et de la Grue ki H osta Vos de la

goule (i)

Jljnsi avint k'uns Leus runja [a) Uns os que el col li entra ; E quant el col li fu entreiz , Mult en fu durement greveiz (a). Tûtes les Bestes assanbla , . E les Oisielz à sei manda, Puiz lur fait à tuz demander Se nus l'en seit médiciner (3). Entr ax unt lur cunsoile pris

(i) Dans le manuscrit 7989 a* Ce n'est point un loup mais un lion qui est le personnage principal de cette fable.

La Font, le Loup et la Cigogne^ Ht. 3, f. 9.

Ph.œd. , lib. I , fab. 8. Lupus et Gruis.

Rom.Nil.,Hb. I,f.8.

Anon. Nil. , fab. 64.

Vinc. Belloy. Spéculum Mistonal. (3) Incommodé , de gravure. (3) Si aucun d'eux ne le pouvoit ^érir.

Variantes, (a) Un os qu'en col si'ayala.

6.

84 PoisiKS

(b) E chascuns en dist son avis; »•

Fors la Grue , se dient bien (i) , {c) Ni ad nulz d 'iauz ki saiclie rien.

Le col ad lune è le bec groz {d) Si en purreit bien tirer Toz ;

Li Lox H pramist grant loier (2) {e) Pur tant ke la Yolsist aidier ;

La Grue met le bec avant

Dedenz la goule au mal-feisant (3) ;

L os en atrait , puis li requist

Que sa promesse li rendist. *•

Li Leuz li dist par mal-talent (4) 9

E afferma par sairement

Que li sarableit , è vertez fu ,

Que bon loiier en àveît eu ,

Qant sa teste en sa gule mist

K*il ne l'estrangla è oscist.

Tu es , fist**i}, foie pruvée

(b) Ghascuns eu dist le sien ayis.

(c) £ nulz qui en sache rien. {d) £1 en purra bien traire Vos, {e) Pur^ce que el l'en vueille aidier»

(i) Us disent tous, qu'excepté la grue ^ aucan» d'eux ne peuvent lui apporter du soulagement* (a) Récompense y salaire.

(3) Malfaiteur , méchant.

(4) Méchanceté, mauvaise yolonté.

DE MARIE DE FRANGE, 85

Kant de moi es vive escapée ; E tu requiers autre loier ? De ta char ai grant désirier , ^

(y) Maiz mult me tieng ore pur fol Qant mes denz n estrangla ton col.

MORALITE.

Autresi est dou mal Seignur (i), Se povres Hum li fet henur (g) E puis demant le guerredun n'en aura se maugrei nun , Portant k'il soit en sa baillie Mercier le deit de sa vie.

(J) Moi qui sni lox tien-je por fol

Qu*à mes dens ne trenchai ton col. (jg) Puis li demande son loier,

Purquei il seit en son poier ,

Mercier l'en deit de sa vie

Ensi le dit la prophétie.

(i) Il en est ainsi du mauyais seigneur. Si un pauvre aprè» lui avoir rendu service , yient réclamer 5a récompense , son salaire, il n'en retirera rien.

86 POÉSIES

FABLE VIII.

D^une Lisse qui njuleit chaaler (i).

JJ'uNE Leisse vus veil cunter Qui preste esteit à chaéler (a) ; Mes ne sot ii gésir el deust , £ ù ses Chaiaus (3) aveir peust. A une autre Lisse requist

{a) Ken sun ostisel (4) ^ sufrist Tant k^ele éust chaellei ,

(b) Mult Fen sareit , ce dist ^ bon grei ;

(i) La Font., la Lice et sa Compagne^ liy. II, fab. VU.

Phœdr., lib. I, fab. 19. Canis parturiens ^ cnJustino^ \ïh, 43y cap. 4*

Rom. NîL, lib. I,f. 9.

Auon. Nilant., f. 54*

Juètinus , liber XLIII. (3) Mettre bas.

(3) Petits cbiens.

(4) La permission d'occaper sa petite retraite jusqu'à ce qu'elle fût rétablie»

Fariantes.

m

(a) Ke l'en son bostelet soufrist.

(fi) Kar moult l'en par sauroitbon gré.

DE MARIE DE FRANGE. 87

Tant l'en ad requise è proiée ,

(c) Ke od li Tad dune herbregiée (i) " Puiz kant ot eu ses chéiauz (a)

£ espeudriz les ot è biauz (3), Gelé à kui li ostiex (4) esteit Savent par ax demage aveît ,

(d) De sa maisun les rueve issir (5) Ne les vuleit mes cunsentir. L'autre se prist à déntenter (6) , E dist qu el ne seit ù aler ;

(e) Yvers esteit pur la freidur

Murreit de freit à grant dolur ; **

^ >

Dunali requist par caritéi

(c) Que cele o li la habergée. Puis qant ce furent cil chaels £t acreu furent et biels.

(d) De sa meson Testuet issir

Nés yieult maizplus consentir.

(e) Yverz estoit pour la froidure Morroit hors à çrant lèdure.

(x) QueTautre chienne prit sa compagne arec elle. (s) Petits chiens.

(3) Les eut élevés et qu'ils furent grands.

(4) Maison , demeure , habitation , kospicium.

(5) Elle les prie de vouloir bien chercher un autre logis , parce qu'elle ne les pouvoit plus garder.

(6) Gémir , pleurer y dementiré.

88 ]poési%s

(/y Q el herbrejast jusqu'en estéi ,

£ cel ot de li grant pitié

Otréia li par amislié (i).

Qant le bel tens vit revenir (a) ^

{g) Adunc les rueve forz issir ,

L'autre cumença à jurer

Que se jamès l'en ot parler, (A) Que si Chaiel la détrairunt (3)

£ forz de Fuis (4) Ta bouterunt;

La force est lor en la maisun , (/) Fors l'en unt mise sanz raisun.

MORALITÉ.

Cest essemple poez savoir,

(/) Que la heberc duc*à esté ;

Celé ont de li monlt grant pitié

Si li a eiusi ostroîé (g) Donc les en rova fors issir. (A) Que sil chael estrangleroie

Et fors à Tus les bouteroîe. (i) Sanz avoir une nule acbeson.

(i) Le lui accorda avec bonté.

(a) Quand le doux fut revenu , la lisse va trouver la com- pagne qu'elle avait obligée si généreusement » et la prie de vouloir bien lui rendre son logement.

(3) Qu'elle et ses chiens lui feront on mauTais parti , et la mettront à la porte.

(4) Porte 9 entrée , osnum.

BE MARIE DE FRANCE. 89

E par meint Preudomes (ij vooir, Ke par bunté de sun curage [k) Est chaciez de sun hiretage ;

Ri felun Hume od li aquieut (2) Ne s'en ist mie qant il vieut.

(k) Est for-boutez son hiretaige.

(i) Homme sage et instruit.

(1) Lorsqu'il accueille ayec lui un méchant, il n'est pas maître de le renyoyer quand il en a Tenyie.

90 VOBSIBS

FABLE IX.

De deus Suris , l'une borgoise et Faltre vUeine (i).

v^i dist d'une Suriz vileine Ki a une TÎle prucheine y Voleit aler pur déporter (2) ; (a) Parmi un bos lestuet aler. Dedenz le bois li anuita (3) Une logete (4) illuec truvs^

(i) Je ne sais poarquoi , dans quelques manuscrits, cette fable est intitulée : D'une Sorts et d'une Ckoete,

La Fontaine , Le Hat de ville et le Rat des champs^ liy. 1 9 fab. IX.

Horat. , lib. II , sat. 6. ' Phœdr. append. Burm. , fab. 9, Hures, Rom. Nil., lib. I, f. 10. Mus urhanus et rusticus. Anon. Nil. , fab. i3. (a) S'amuser , se réjouir. '

(3) La nuit la surprit.

(4) C'est la leçon des num. i83o et E. 6. Les autres ma- nuscrits que j'ai consultés portent coete , holete^ hulette, olette, etc.

Fanantes,

(a) Parmi un boifi coyint passer.

ifs HABIfi DB FRANGE.

C'une Suriz dou bos ot faite £ sa viande i ot atraite. La Suriz de vile demande

(b) Se laiens (i) n'i a point de viande; ^ Celé respunt g'en ai assez

Venez avant si la véez ,

(c) E se plus a niiez compaignie Si sériiez vus bien servie.

(d) Qant ele ot illuec pièce estéi (2) , A sa cumpaigne en a parléi , Dist ke ses estres est mauves (3) E ke n'i volt demourer mes ; . Od li s^en-viengne , si aura Richeces granz que li dunra ; Bêles despensses (4) , biaus celliers^ É buns boivres , è buns meingiers ; Celé latrait , od li s en va ,

En riches sales la mena ,

10

20

(à) S'el ot illuc point de viande. (c) Se eussiez grant compaignie* {d) Qant ot îUuec grant pièce esté.

(i) Là«dedans , dans son logis.

(1) Au bout de quelque temps la souris de ville.

(3) Elle lui dit qub sa demeure était incommode , qu'elle n^ypouToit, rester et que s'il luiplaisoit de la suivre y elle lui offriroit de riches présents.

(4) Buffet 9 office Ton serre le manger.

9^ FOSSIB9

Se li ad mnstréi ses soliets (é) Ses despenses è ses greniers ;

Plentéi (i) de ferme è de miel {/) È celé caîda estre en deL

Alais lors vindrent li Buteillier (s) Qui dorent entrer n célier , Si tost cum il nvrirent Tuis Les Snriz fîiient el pertnis (3) ; La Boscliage fîi esbahie (4"^ Ki loc estre ne saTeit mie. Kant cil issirent don cëlier Les Suriz râlèrent an mengier. Celé fîi moume è en dolor Qui de mort ot eu paor ;

(0 Ses despenses et ses lardiers. (/) Celé caida bien estre ei ciel.

A ce yindrent li Botter,

Qui entrer Yoloîent en celier.

(i) Abondance y quantité , /?/<fjiritaJL

(i) Sommeliers, gens chargés da soin des cayes. La

charge de grand louteiller de la couronne ( butietUarius, de Bu'

teusy baril) , ne fut dans son origine (sous la première race) ,

,qn*nn simple office; mais die devint, sous la seconde race ,

la deuxième dignité du royaume.

(3) Trou, retraite.

(4) La souris des champs fat d'autant plus effrayée » qu'elle ignorait les êtres du cellier.

DEMARIEDBVRANGE. gi

Sa cumpaingiie la regarda^ Par grant amur li demanda -

Qel sanblant fait ma duçe amie ! Jeo suis , fet-ele , mal baillie (i) Pur la poour que j'ai eue ^ Mult m'en repenz qant jeo t'ai crue ; Tu me cunteies tut tun bien Mes dou tun mal ne me deiz rien , Or as tu paour de la gent De chas è de chiens ensement (2) j É des engins que hum fait pur tei ; *{g) Miauz aim en bois estre par mei ^"^

En seurtei è sans destreces Q'en tes grans sales en tristesces.

MORALITE.

Geste Fable dist sans respit

(^) Mielz vorroie estre el bois par moi, En seurté et sanz doutance Qu*en teà grans sales en mèsestances.

(i) Tonte triste , encore alarmée.

(a) J*ai préféré cette leçon à celle qne présentent plu- sieurs mah. qui portent , de chaz et ttoisiaus ou de chiens et ttoisiaus, ou encore, et des chat trestot ensement ^tl* i83o ; de chaz, doisiaus tôt ensement^ vl* 7615. Nos ancêtres grands chasseurs, élevoient comme on le fait de nos jours dans quel- ques cantons , une espèce de cbiens propre à détruire les rats ^ les mulots , \^% loirs , etc. Voyez les divers traités yénerie.

94 1P O É s I E 9.

Ghascuns aint miex le sien petit Que il ad en'paiz sanz dutance Q'autrui richesce o mesestaiiee (i) Dunt puet estre en léiauté È bien fenir en vérité.

(i) Chagrin , peine , affliction.

DE MARIS DE FRANGE. pS

u

FABLE X.

D*un Vorpïl et cPun Aigle qui enporta un des Faons au Gourpill (i).

JJ'cif Verpil cunte la menière (2) Ki fu issus de sa tesnière , Od ses enfanz devant joa , Un Aigles vint, Tun enpurta. Li Gopis vait après priant

È k'il li rende sun enfant ^ Mes il nel* volt mie escuter , Si li cuvientà returner, Un tizun prist de fu ardant E sèche bûche vait cuillant , EntuT le caisne la meteit (3) celé Aglez sun ni aveit.

70

(i) La Fontaine , liv. V , f. xviii , VJigle et le Hibou. Phœdr., lib. I, f. a8. Vulpes et Aquila. Romul. Nil. , lib. II , fab. XI , idem, Anon. Nil. , fab. 14. (a) Un renard étant sorti de sa tanière , se tenoit a Ten* ti^e et jouoit avec ses enfants.

(3) Il les dépose autour du chêne , au baut duquel Taîgle ayoit placé son nid.

96 POÉSIES

Qant li Aigles veit le fu espriz Au Gorpil prie et dist, amiz, Estain le fu , pren tun cbael (i), serunt ars (2) tuit mi oisel.

MORALITÉ.

(a) Par iceste essample entendun Kensi est dou riche Fel un, dou Pouvre n aura merci Pur sa plainte , ne pur son cri ; Mais se cil s'en peut vengîer

(b) Dune le voit-il asoplier (3) Gume fist li Aiglez au Gopilz

Si cum hum cunte en ces escriz.

(i) Prends ton enfant.

(a) Brûlés , à^ardere.

(3) Recourir aux prières , aux supplications.

Variantes,

(a) Par ceste essample entenduns. nus -* Qu'ensi est du riche orgoillus.

(b) Dont le Tesroit-il sousploier.

sa

DS MARIE DE F&ANCB. ' QJ

FABLE XI (i).

Dou Lion, dou Bugle et de un Leu (a).

Jadis esteit custume et lois ,

Re li Léunz dut estre Rois

Seur tûtes les Bestes qui sunt ,

E ki cunversent en <;est munt.

Dou Bugle ot fait sun Séneschal (3)

Car preu le tint et à loial ;

Au Leuz "bailla sa Provosté (4)«

Tuit trois en sunt el bos aie ,

Un Cerf iruvèrent è chaeièrent ,

Qant pris Forent, si l'escurchièrent;' '•

(i) Dans plusieurs manuscrits cette fable et la suivante , sont de suite et sans être séparées.

(a) La Fontaine : la Génisse y la Chèvre ^ la Brebis en société Mvec le lion , liy. I ^' fabl. VI.

Phœdr. , lib. I , fab. 5. Façea^ Çapella, (his et Léo, Romul. Nil. 9 lib. I, fab. 6, idem, Anon. Nilant. , f- 9*

(3) Grand maître de sa maison. La cbarge de grand-séné- chal fut « dit*on, instituée par Gharlemagne , à l'imitation de ce comte du sacré palais des empereurs romains , qu*Hono« rini appelle comitem Castrensem sacri Palatii,

(4) Voyez sur cette dignité note delà fable ux.

II. 7

gS ' . POÉSIES,

Le Lox au Bugle demanda (?)

Cornent le Gers départira ?

C'est bien , fet-il^ à mon Sengnur

Cui nus devuns porter henur.

Li Léons a dit è jurei

Ke tuit sevent par véritéi

Ke la première part aureic {a) Pur ce que Reiz è Sires esteit ;

Ke lautre part pur le gaaing^

Il ot esté li tiers compaing (2) , **

(£) La tierce part ce dit aureic

Car il Tocist, raisuns esteit;

E se nus d'eauz deux la preneit (3)

Ses anemis mortex sereit.

Dune ni osa nus atuchier (4)

Tut lur estut le Gers laissier.

It ORAIilTS*

Autres! est n'en dutez mie \

(i) Le lonp demanda an boeuf comment l'on dWiseroil le cerf.

(a) Le troisième compagnon.

(3) Et si Tun des deux osoit le prendre.

(4) Personne n'y osa toucher , et le cerf entier devint la proie du lion.

Variantes.

(a) Por ce i|ue droiz et rois^ttoit. {ff) L'autrepartieaurace dist» Raison estoit qar il l'ocist-

DBMARIBDS FRANCE. 99

Se Povres hum prent cumpaignie A plus Fort humme k*il ne seit, dou gaaing n'aura espleit (i) ; Li Riches volt aveir Tounur U li Povres perdra s amur. x Se lur gaaig deivent partir (a) Li Riches velt tut retenir.

(i) VroûtfiLYAntige'exphcio, (a) Partager , partiri.

200 I POBSIES

FABLE XII.

Dou Lion qui ala chacier od la Chîèvre et la

. Brebis.

Une autre foiz ot li Léuns £1 bois od lui plus cumpaignuns ; La Chièyre et la Berbiz i fu. Un Gers unt pris è retenu , En quatre partz , voelent partir (i); Le Lion dist : je Toil chosir. La gregnur pars deit estre meie (a) Car jeo sui Rois, la Gort lotreie (3). {ci) L'autre r'aurai car g'i corrui , E la tierce car plus forz sui ; La quarte^ai-jea si devisée (4)

(i ) Partager , diiriser , distribuer , partiri. (a) La plu9 grosse part doit être la mienne.

(3) En oonyient , me Faccorde , d'otriare.

(4) Disposée.

Variantes,

(a) L'autre r'aurai car droit en a , La tierce 9 car plus fort sera.

DB MARIB DB PRÀNCB. lOI

(b) Que nus ne Taura sanz mellée (i) Cil cumpaignun quant il rdîrent. Tut li laissent, si s*enfoîrent.

MORALITE.

Ensi est-il n'en dqtez mie; Mult s'entremet de grant folie Q'à plus fort de lui s'acumpaigne ; Ni puet Élire pas grant gaaigne,

(h) Que je l'aurai tôt sans mellée. Autre Tersion. Nuz ne l'aura sans la mellée.

(i) Combat.

loa POESIES

FABLE XIII.

«

De l'Aigle et de la Corneille (i),

alias D^un Aigle qui ne sot ovrir VEscaUle.

J_j^ER dist k'uns Aigles Tint volant

f

Juste la mer Peissuns quérant (2) ; Une Welke (3) truva entière , Mais ne sot en quele ménière Peust leschale despécier (4) 9 Kant à son ni dust repérier (5). Une Gomaille l'encuntra , Si dist quel li ensègnera

(i) Phad. , lib. II , fab. 6. Aqmla^ eùmix^ et testado^

Rom. Nil., lib. I, f. la , idem. (a) Auprès de la mer , pour chercher da poisson.

(3) Mon mannscrit porte une mole , moule , ainsi que le n** i83o; mais M. 17 , M. 18, 7615 , et les manuscrits d'An- gleterre disent velfue , escaille, welque, welke ^ mots qui in- diquent une tortue.

(4) Rompre , briser.

(5) Retourner, revenir.

SB MA&XB DB PRANCB.

io3

(a) Cum l*Escaîlle purreit uvrir

S'ële au peissun le lais partir (i)

Puis li roya à munt voler

Tant cum plus hait purra munter ;

Qant il sera munté lassus (3) Si labt la Welque chaoir jus (2)

Seur dure terre è seur roschier , (c) Ensi la purra despèciei*.

UAigle aveit grant désirier

Que le peïssun pëust mengier ^

Hault la purta , chéoir la lait.

(i) Si Taigle Teut partager le poisson ayee elle, pois elle lai dit de s*éleyer au plus haut qu'elle pourra monter. (a) De laisser tomber son huître en bas.

Variantes.

(a) Cornent Teschale pnet orrir. (^) Si lait la moule chair jus. (c) Si la porra bien despecier ;

Li Aigles ot grant désirer

De la yelque toute manger.

Autre yersion.

De la moule qu'il tient mtngîer. En hait l'enporte , chaoir la lest. La Cornaille est en aguest , Avant ala, del' bec féri y Si que Teschale un poi ovri ^ Le pessonet tantost menja*

io4 poisiBS

La Corneille fiist en agait (i) , '*

* Avant ala , le bec uvri , ï'iert l^EschaiHe un po Yottï ; Le Peîssonet dedens menja L'Eschalle lait , si s en ala , Ainz que li Aigles fust revenuz Ne quel se fust aparcéuz ; Le pertuiset (2) si petit fisc Ke li Aigles ni avenist.

KORAL ITS*

Par ceste fable dou Peissun

(d) Munstre Tessanple del' Felun ^ Ki par agait è par engin

Mescunseille sun bun veisin ; Tel chose li cunseille à faire

(e) Dunt cil ne puet à nul chief traire (3) ^ £ qant il sunt onq mielx ensamble ; Par traïsun li toit è enble

L aveir que cil a porchacié (4)

Par grant traveil è gaaigné.

- ■- j

(</) Nos devons mirer don félon. (e) Dont il ne porroit à chief traire.

(i) La corneille étoît en embuscade, (a) Diminutif de pertuis, trou , ouverture , formé deper» îusus participe de pertundere,

(3) Mettre à fin , terminer, venir à bout. X4) R^chercbé^ poursniyi^ acquis , gagné.

DE MAEI& ÏIB^RANCS. loS

FABLE XIV.

D'un Corbel quiprist un Fromaiges (i) ,

/

alias Dou Corbet e £un tf^erpilz (2).

jliNSi avint , è bien puet estre , Ke par devant une fenestre Ki en une despense (3) feu (4) 9 Vola un Corb (5); si a véu

(i) Dans plusieurs manuscrits on trouve coq au lien de toihel; dans le n** 7615 , cette fable a pour titre : Ci parole du wcec dugorpil ÇRenarà de pulpes), (3) La Fontaine , le Corbeau et le Renard ^ liy. I , fab. II.

Phedr. , lib. fab« i3. Vulpis et corvus,

Rom. Nil., lib. I, fab. t3, idem,

AEsop. , fab. ao8; et Horat. , lib. I, epist. 17.

Anon. Nil. , f. XV.

Vincent. Bellov.

Dans le roman du Renard.

(3) Despense ^ office on Ton serre le manger et les pro- tisions.

(4) Fut.

(5) Descendit on corbeau.

I06 POÉSIES

Furmaiges (i) qui dedens esteient , E séur une cloie giseient (2) , (a) L'un en a pris si s'en rêva.

Un Vorpilx (3) vint , si Fencuntra (4) » Dou fouraiage ot grant désirier (5) Que il en puist sa part mengier ; Par engin voira essaier (6) Se le Gorb purra engingnier (7). Ha ! Diex Sire, fet (8) li Gorpix^ Cum est or cist oisiaus gentix , U (9) munde n a si bel oisel (10) ,

!•

(i) Des fromages.

(s) Qoi étoient rangés sons une claie ; après en avoir pris un , il s'en alla.

(3) Un renard.

(4) Qui le rencontra.

(5) Désir , enyie d'en pouToir manger sa part*

(6) Par mse il Toudra (veut) essayer.

(7) Tromper, subtiliser', ingignere.

(8) Dit le renard.

(9) 0& , au , eui,

(10) Prononcez oiseau,

' ' Variantes»

(a) Un en a pris, à tôt s'en va , Un Houpix vint qui Tespia.

\ .

DE MARIE DB VRANCE. IO7

(i) Une de mes elx ne vi si bel (i )

Fust tieus (a) ses cbans cum est ses cors

Il vauroit mix que nul fins ors (3) ;

Li Corb s (4) si bien looer

Q^en tut le munde not sun per (5) '''

Purpensez s*est (6) qu'il cantera ;

Pur canter sun los (7) ne perdra.

Son bec uvri , si cummenca ,

Li furmaiges li escapa (8)^

A la terre lestut cbéir (9)

£ li Houpix le vet saisir ,

Puis n ot-il cure de sun chant (10)

(b) En ma vie ne vi tant bel

C*il éust son chant com son cors

Il Taudroit moult mîex que fins ors.

(i) Jamais mes yeux n'en virent un plus beau. (3) Tel,* pareil, semblable, talis.

(3) Il yaudroit mieux , il seroit plus précieux que Tor fin*

(4) S'entendit.

(5) Pareil , parilis.

(6) Il réfléchit , et pensa qu*il devoit chanter.

(7) Ce mot qui signifie louange, réputation, laus^ est employé pour désigner le fromage qu'il avoit Tolé.

(8) Échappa.

(9) Le laissa tomber , de cadere,

(10) Il n'eutplus besoin de connoître le chant du corbeau, après qu'il se fut saisi du fromage.

Io8 YOBSIBS

Car deV fourmage oc san talent.

KORAI.ITÉ.

Cis Qxample est des oi^oeillox Ki de grant pris sunt desiirox ; Par lusenger è par mentir (i) , Les puet-um bien a gré servir. Le lar despendent (a) folement Pur fause loange de la gent.

(i) Par tromperie et par mensonge, (a) Lear bien , leur ayoir dépensent.

DB HA.KIE OZ FRANCE. lOQ

FABLE XV.

D^un Lions qui malades Ju (i).

Uou Léons cunte li escriz Ki deffàiz (2) ert et enveilliz ; Malades jut mult lungement Del' relever ni ot noient (3). Tûtes les Bestes s'assanblèrent , Pur li véoir , à Gurt alèrent. Li plusur sunt pur lui dolant [a) E à aucuns n'en chaut noiant (4) ,

(i) La Fontaine. Le Lion devenu vieux ^ liv. III, fabl. XIV. AEsop. , editio Robert. Steph. , iSag, p. 48. Phaedr., lih. I, fab. ai. Léo senex^ Aper, Taurus et Asinus.

Romal. Nil,, Jib- I«f. i4< (*<^^'')* Anon. Nil. , f. 16. Vincent. Belloyac. (a) Defez , defreiz , defroiz , frailes.

(3) Il n'y avoit plus d'espérance de le guérir.

(4) Mais au plus grand nombre , l'état du lion étoit fort indifférent.

Variantes,

(a) As aquans n'en chalut niant , Et tex qui i vait por don.

IIO PO^£SlE«

E tiex i yunt pur dun (i) A la devise dou Lïun.

E saveir voelent li plusur {b) S'en lui a maiz point de retur : Li Tors (2) de ses cornes le bute , £ li Âsnes qui pas nel' dute De sun pie le fiert seur le pis (3) ; D altre part i vint li Golpis (4) 9 As dens le mort par les oroilles. Dist li Léons , or voi mervoilles , Bien me suvient k*en mun (5) Qant junes fu et en santé , *•

Que tûtes Bestes me dutoient (6) . E cume Seignur m'aoroient (j) ;

{h) S'il a en lai mais nul retor :

li Buéft de ses corhe's le boute, Et ii Engniatts qui pas n*el doute , Sor son vis monte et sor son piz Et sor li pissa li Goupiz.

(i) Tel y vient ponr obéir aux ordres du lion, mais la plupart pour s'instruire s'il y a encore espoir de le conserver. (a) Le taureau , taurus, le frappe de ses cornes.

(3) Poitrine , estomac , f»0cru5.

(4) Le renard, vulpes,

(5) Temps, ori'Kin.

(6) Craignoient. (y) M'honoroient.

DE MA.R.IBDS THA-IVCE. III

Qant ère iriez mult se crémeient (i)

Seur tute rien trop me duteient (2}.

Or me veient mult afTébloié ,

Mult defulei et avillié ,

Mult me semble gregnur vilté (3)

De cex ki furent mi privé ,

A ki jeo fiz honur è bien.

Ki ne membre de nulle rien (4) ^*

Que des autres ki ge méfîs.

Li nun-poissanz a po d'amis.

MORALITÉ.

Par méismes ceste i^esun Prenuns essanple dou Liun ; Quicunques chiet en nun poeir (5) {c) S'il pert se force et sun aveir

Mult le tiennent à grant vilté

Neis li plusur qui Tunt amé.

(c) Tuit le tiennent à non-chaloir.

(x) Dès que je paroîssois aToir de la .colère, elles avoient peur, elles trembloîent.

(a) Me redoutoient sur tontes choses.

(3) Cest une grande honte que ceux qui furent mes com- pagnons.

(4) Qu'ils ne se ressouviennent d'autre chose.

(5) Celui qui perd son rapg , ses dignités, sa fortune.

/

V

1

112 VoifllES.

FABLE XVL

D^un riche Hume qui nurrisseit un Chiennet(i).

JLl'inf Hum riche truTuns escrit Qu'il nurrisseit un Chien petit ^ Suventes feis od li jua £ uns siens Asnes l'esgarda. En sun curaige entendeit bien (a) Ke tuit li autre aiment le Kien (a) Pur le Segnur ki tan(^l ameit , £ avoec lui s'esbanoieit (3).

(i) La Fontaine , V/(ne et le petit Chien , liv. IV, f, 5.

AEsop^f. 91 6.

Phaedr. appendlBnmu, fab. X.

Romul. Nil. 9 lib. , f . i5. Asinus Domino Handiens^

Anon. Nil., fab. 17.

Yincent. Bellovac. (a) Dans sa pensée il voyoit bien que tout le monde ca« ressoit le petit clii«A par l'amitié que lui portoit le maître de la maison. (3) S'amusoit , se réjouissoit.

Variantes*

(a) Pur lur, segnur qu'il nurrisseit , Et qui o lui se deduiseit.

DE MARIE D ;B F R If G B. 1x3

Souz son mantel le fist mucier (i) SeF fist les autres abaier ; '^

Dune s*est 11 Asnes purpenseiz Ke melx dou Chien vaut-il asseiz £ de biauté è de grandpr; Melx saureit-il à son Sengnor Joer ke li Chîenés petiz , E melx sereit oïs ses criz ; Miex le saureit des piéz férir (2) E miauz saureit sus li sailir (3). Pur fol se tient k*à lui ne vet £ k a sa voiz ne crie è bret ao

Gum feit li Chiens seur son Seii^nur. Ensi avint ke par un jur Saleit li Sires déduisant (4), (3) £ au petit Chierinet juant ; NeV pot li Asnes plus sufrir , Vers Sun Seingnur prist à venir , Seur lui commance à rechaner (5) Ke tut le fet espoenter , _ Des piez le fiert ^ suz lui sailli

(è) Tint fe Chien et , s^ala jaant.

(i) Cacher^ couvrir, amiçire, et le fit abo^^er aux antres.

(2) Frapper , yêrire/

(3) Sauter, monter , 5<t/i>tf<.

(4) S'amusant, se promenant. •(5) Braire.

n. 8

ii4 rovsiBS

Si k*à la terre Fabaû , {c) Par un petit ne Teu grevei (i) Se li Sire$ n éust criei , Harou , harou (a) , aidiez moi ! Si humme i saillent à desroi (3). Chascun tient u niace u bastua , L'Âsne fièrent (4) tuit envirun A grant martire è à dolur , Polrent rescorre lor seignur. {d) Deci que TAsnes unt tant batu Que il lunt laissié tait estendu A grant peine vint en s'estable.

MORALITE.

Saveir devuns par ceste fable La ménière de meinte gent^ (e) Mult le puet-on vcoir suvent K'il tant se Toelent enhaucier (5)

(e) Pur poi que il 'aè la tuei. (d) Ausi ont li asnes tant batu. (c) Moult bien poeiz veoir soyent.

(i) Peu s'en fallut c[u*il ne le blessât, (i) Au secours , au secours.

(3) Confusément , en désordre, à la hâte.

(4) Frappent , battent , du yerbey«n>.

(5) Éleyer.

DE MARIE DE FRANGE. Il5

*

Et en tel liu appareillier

Ke nafiert pas (i) à lur curage ,

£n-seur-que-tut à lur parage (2)

K*à mains (3) en est si avenu

Gum à FAsne qui fu batu. ^

(0 Qui ne conyient pas.

(^) £t sur-tout à leur éducation , Uar manière de vÎTre.

(^) Plusieurs.

8.

1X6 POESIES

FABLE XVII.

D*une Soris qui défoula un lion (i).

>■ X^'uN Léon dist qui se dormeit En un buschage ù il esteit ; Entur lui se vunt desduisant (2) (a) Suris petitetes è grant.

L'une corrut, ne s'en garda (3) , Sur le Léon si lesveilla^ Li Lyons fu mult curreciez Prist la Suriz tant fîi iriez (4) 1

(i) La Fontaine , liv. I , fab. XI , Xe lion et le Rat. AEsop. , f. an.

Pha;dr. append. Burm., fab. Léo et Mus, Romul.Nil., lib. I,f. 16. Léo et Mus, Anon.Nil., fab. 18. Clément Marot a traduit cette fable dans Tépître k son ami Lyon.

(1) Jouant, 9'amusant.

(3") Et sans y prendre garde, elle monta sur le lion qu'elle éveilla.

(4) Fâché , en colère , iratus.

Fartantes,

{a) Soris petitetes joant.

DEMARIEBBFKANGS. II7

De li Yolèit fkire justise ;

El respoundist k'en nule guise (i) "*

A escient ne Vaveit fait , . ' w

E li Liuns à*-tat)t la lait.

Petite Honur , ce dist ^ areit

De la Suris s'il l'ocieit.

Guières de tens ne demoura {l) K'uns Huns y ce dist , appareilla

Une fosse croese dedenz«

La nuit fut pris li Lions enz ,

Grant paor a k'um ne locie ,

Dedenz la fosse brait è crie. ■*

La Soriz vait o cri tut dreit (2) ^

Maiz ne saveit ke ce esteit

Cil k bois laveit esveillié. (c) Qant Lions vit si engigné

Demanda li qui lot mis ,

E cil respunt k'il ère pris,

Osciz sera à graht dulor \

Dist la Suris, naïez poor,

(ft) Que H Leôns s*enprisona

£n une fosse qu'un s hom faite a. (c) Qant el le volt si enseignié.

(x) Elle lui répondit ingénument qu'elle ne Tàvoit pas iait à dessein ; le lion radouci lui rendit la liberté.

(1) Aller o cri, porter du secôui*s du côté Ton enten- dait crier ; le vassal étoit obligé de crier lorsqu'il s'apperce- voit d'un vol , d'un assassinat ou de tel autre crime , afin

Il8 POÉSIES

Or TUS rendrai le gaerredan (i)

Qant à méi féistes le pardun , ^**

Qaot à mes piex tus ai marchië.

Gratez la terre à vostre pié

Tant que ferme wus i puissiez ;

E puis à*munt bien yus sachiez (a).

Ensi purrez ça forz issir ,

Eje ferai od moi venir

Autres Suriz pur mei aidier

As cordes klci sunt trenchier ;

£ as roîseus qui sunt tenduz ,

Ne serez mie retenuz. ^

L'ensengnement à la Soriz (3)

Fist li Lions , si fu garîz

£ de la fosse est escbapez ,

qu'on Tint an secours et qo*on arrêtât le criminel. Lorsqae ce dernier parvenoit à s'évader, et que la huée (le cri), avoit été faite, toat le village étoit mis à Famende, on soumis à nne peine plus forte; celui qui avoit entendu le cri^ Àoit obligé de le répéter; et si, l'ayant eateodn, il n'étoit pas sorti de chez lui pour porter secours , il répondoit du criminel jusqu'à ce que celui-ci fût arrêté. Voj. Gloss. de Langue Ro- mane , au mot Harauder»

(i) La récompense , le salaire.

(i) Et tenez-vous bien droit , afin que le filet soit tendu. (3) Le lioA suivit le conseil de la souris et s'en trouva bien.

DB HÂRtS DE FRANCE. II9

11 valu buœilitez (i).

MORALITÉ.

Par ceste fable nus assoume (2)

K' exanple i preingnent li Riche Houme

Qui seur les Povres unt pooir ;

Si lur mefFunt par nun savoir ;

K'il en aient bune merci ,

»

A venir lur puet autresi (3) *•

Ke cil li puet aveir mestier E miauz li saura cunseiller ii) Au besong s'il est entrepris Que li méandres (4) ses amis.

» I I » I I I ■! I 111 I Il »

(a) A son besoing 8*il est sorpris.

(i) Ce mot signifioit bonté , grandeur d'ame. (1) Montrons , invitons.

(3) Il peut leur tn arriver autant.

(4) Meilleur.

I20 POESIES

FABLE XVIII.

De VArondelle et des Oisedx ,

alias De FAronde qid Doleit les lins mengier (i);

{a) i AR viel essample escrit truvuns Quant lin sema li primiers Huns Don lin sema pur plus aveir. L'Arunde fu de grant saveir (2) , Bien s*aparçut ke par le lin

(i) La FontaÎDe, L'Hirondelle et les petits Oiseaux ^'^y, \\ fab. VIII.

AEsop. y fab. 390. Phxdr. append. Barin.,fab. 11. Romul. Nilant. , lib. I, fab. 17^ jéves et Hirundo. Anoii. Nil. , fab. ao. (a) L*hirondelle avoit beaucoup d'expérience.

Variantes.

(a) Par example en escrit truîs

Qant on sema primiers linuis (i) Et voit de lin le preu avoir.

(i) Linuis , linière , terre à lin*.

DE MA&IB DE FRANGE. 131

Serunt Oisel mis à lur fin ;

Dou Un puet-hum la reiz lacier (i)

Dunt-hûm les puet tus damagier*

Tuz les Oisiaus fist assanbler ,

Si lur vuleit conssel donner "

K*il alassent les lins meng^ier ^

K'il ne puissent frucléfier (2).

Li plusur neV volrent fère ,

(b) Au Seméour i Yunt retraire (3) Le cunseil^que lut* ot dune. Quant FArunde lot escuté , De ses parens fist assamblée

Od les meillurs de sa lingnée (4) $

Si lor a ceste œvre cuntée

Cum il Taveient encusée , *•

E r aviliée et desturbée (i5). '

(c) Puis s'est au Vilain acordée Ken sa maisun siifri sun lii ^ furent si Oisel nurri j

(b) Au seihnôr alirent retraite.

(c) Si ft'est au vilein apaiée.

(i) C*e$t avec \t lin qu'on fabrique lès refs avec lesquels bn prend les oiseaux. (a) MùrÏT ^/ructitmfirre.

(3) Raconter , retracer, rapporter, retrahere,

(4) Atcc les plus sages de sa famille; de Unea, lignum.

(5) Et avilie et mis empêchement à ses rues.

lia

POESIES.

Et el dona à sun lin pès , par nus d eulz ne perdra mès^ Cil (i) fist dou lin engins plusurs Dont prist Oissiax grans è menurs ; Lors n eussent pas cest mal eu SU eussent bun cunseil creu.

3o

MO &ALITB.

Geste semblaunce (2) est assez Teire , Kant Fols ne veut le Saige ci;eire {d) Ki bien li set cunseil duner y £ de sun mal le vieut garder; Se demages len deit venir (3) Lors est trojp tart dou repentir.

(d) Qui bon conseil li veut doner Et d^essoine le yeut garder.

(i) Le vilain, le paysan^ (a) Ressemblance, simili tade, simUitudo, (3) Le regret vient trop tard , lorsque la sottise est faite et que la faute est commise.

^ /

MâRXBOB FRANCE. 1^3

FABLE XIX.

D^un Gresillon i cTun Fromi (i).

U'uN Gresîllon dist la ménîère Qui dusqua une fromiéère (â) El tans dyvers esteit alez, Par aventure enz(3) est entrez; La viande demanda et quist, Car n en aveit nient (4) ce dist [a) En sa mesun , nen sun recét (5). Dist la Formiz, kas-tu dune fet Kant tu déusses gaaingnier (6)

(i) Cette fable est aussi intitulée dans le man. M , n^ 17 , dou Criquet et de la Fromi, et dans le n°76i5, D'un Cucu et d'un Formiz^ et dans d'autres de un Crisnon.

La Fontaine. La Cigale et la Fourmi, liv. I } ch. I. AEsop., fab. 184. Phœdr. append. Burm., fab. 28. Romul. Nil, lib. 4) ff 45 , Formica et Cicada. Anon. Nil.yfab. 56. (a) Fourmilière.

(3) Dedans, intérieurement, intiis.

(4) Point» aucunement.

(5) Loge, cachette, cabane.

(6) Recueillir, profiter.

124 Poistm

(b) En mois d'aoust è purchacier. Je chantai^ feit-il , è déduiz (i) Les autres Bestes , mais ne truiï K'il me voille guerreduner , Pur ce m*estuet ensi aler ;

Dist la Fromiz , or chante à mei , Par celé fei que jeo te dei ; Melz fiist que tu te purcfaacasses En mois d'aoust è gaaîgnasses , Ke Tenisses de freit murant A mun wuis viande querant ^ Pur coi te dunrai-je à raengier (2)

(c) Qarlit tu ne me pues mais aidier.

z*

ao

MORALITÉ.

Pur ce deffent que nus ne vive

(t) Je cliantois , dit-elle , et procurois du plaisir aux autres bétes; et je n'en trouve pas une maintenant qui veuille me récompenser, c'est ce qui me procure le plaisir de vous voir.

(a) Pourquoi te donnerois-je à manger, puisque tu se peux m'étre utile en rien ?

yaTiantes.

(a) En se maison n'a nul rechet Pour cbe plus demourer ni puet.

(b) Et en aoust toi pourchacier.

(c) Quant tu a moi ne puez aidier.

OB MARI&DB FRANC B, IsS

En min-caloir ne en widive (i) Selunc ce que chascuns deit faire Se doit pener de bien atraire. Plus est chiers cil qi a quoi prendre (2) Que s'a Tautrui Festuet atendre.

■■Il I II i^ .1» I > .

(i) Dans rindolehce , la nonchalance , la paresse et l'oisiveté .

(3) Celui qui travaille et qui fait des économies est bien 'autrement estimable 9 que le paresseux qui se impose sur les autres du soin de le faire vivre.

On voit que , dès le temps de Marie , on prétendoit que la nature avoit accordé à la fourmi une sorte de pru- dence ou plutôt d*instinct , qui consistoit à faire des provi** sions pour se nourrir pendant Tbiver. Cette opinion , suivie par la Fontaine et généralement reçue, est démentie ps^r les pbservatioiia modernes.

126 POBSIBS

j

FABLE XX.

D'une Corneille et d*une Oeille ,

alias D^une Cornaille qui iasist seur une Berbix (i)

Jjjifsi ayint k*ane Cornaille

S*asist seur le dos d'une Oaille ;

Dou bec Tad féri durement (a) ,

Sa leine li oste asprement.

La Berbiz a dist pur-coi

Chevausche-tu eînsi sor moi ,

Or te remùet si feras bien ;

Siete une pièce seur ce Chien (3),

Si fai à lui si cum à mei.

Dist la Cornelle, par ma fei "*

^x) Phzdr. append. Burm. , fab. 17.

Anon. Nilant. , fab 55, Oris etComix. Vincent, fiellov. (1) Certaine corneille se posa sur le dos d'une grasse bre- bis et la frappoit si fortement, qu'ayec son bec elle lui en- levoit sa laine à flocons.

(3) Assieds-toi un moment sur ce cbien.

DE MARIE DE FRANCS. I27

Ne t'estuest pas traveillier (i)

(a) De mei apanre n enseignier ,

Jeo suis piéça tute enssengniée (a) ,

[b) Tant fu-jeo sage et bien vesiée ; Bien sai seur oui jeo dois seoir E à séur puiz remenoir (3).

IfORAlUITÉ.

Pur ce nus munstre par respic (4) Ke ce est voirs que li Sages Hum dit , Par grant essample et par reproiche Bien seit Chaz cui barbes il loiche (5) Bien saparçoit li véziiez Lesquiex il puet aveir souz piez.

ao

(i) Ne prends souci , ii« t'inquiète pas du soin, (a) Il y à long-tempsque j*ai fait mou éducation.

(3) Et en sûreté demeurer. (5) Proverbe , sentence.

(4) Lèche.

Fartantes.

(a) Que tu me doies ensengnier. {b) Tant sui je sage et bien lettrée.

128 POXSIES.

N

FABLE XXI.

De lOmme qui vit parler deus Cers ensànle (i).

Uns riches Huns chevauoheit Parmi un champ, si esgards^ Que dui Gers ansamble parlaient Et estreitement cunseilleient (2), Cum s il fuissent entre grant gent ^ (a)^ Vers eas turna hastivement.

Demanda lor pur quel mestiçr (3)

Il Tuleient si cunseillier ,

Qant nul Hume prèz dax n^aveit ,

Ne nus lor parole n'oeit. '^

Li uns respundît au Seignor

Que il n aveient nule poor ,

Avis lor sembleit vézieure (4)

(i) Legrand d'Aussy, in-3°, Fabliaux, ton». IV, pag. iga.

(2) El racontoient à yoix basse , comme s'ils ayoient été aa milieu de beaucoup de monde.

(3) Il leur demanda par quelle raison ils se parloient à Toreille.

(4) Tromperie , subtilité.

DB MARIE DB FRANGE. t2Q

Qu il parloient en tele. mesure.

MORALITÉ.'

Ce funt suvent li nun-sachant, De tele chose fiint samblant , {b) Pur autre gent seurvézier (i) , Qui ne lor puet aveir mestier.

(i) Tromper, surprendre , sans que cela ait un but utile*

Fanantes,

C«) Vers eus s'en ya déllyrement. ^^) Pojp antre gent faire muser.

v/

IL g

i3o

POESIES

FABLE XXIL

Li parlemens dès Oiseax por faire Roi (i);

alias Des Oisiaus e du Cucu.

(a) J_/BS Oiseax di qui s*assanblèrent A Pallement (a), si esgardèrent K etitre eax déussent ayeip Rei y

(i) La Fontaine, le Renard, le Singe et les Animaux ^ li?. VI, fab. vi.

AEsop. fab.. 39 et 53.

La source de cet apologue , si souvent imité, se trouye au IV* livre des vois, ch. 14, v. 9.

Le Grand d*Aussy , Fabliaux^ tom. IV, p* SI7, in-8®.

(1) SCasanhlerent à Pallemeni; c'est-à-dire en réunion des premiers membres de l*état. Les assemblées du parlement ainsi nommées, parce qu'on y traitoit des affaires de Tétat et non des procès des particuliers (ces derniers s'appeloient parlouers, parloirs)^ datent du VF siècle. Lés parlements étoient ambulatoires ; ils se composoient des évéques, des grands officiers de la couronne , des ducs ^ des comtes et des barons. Ces assemblées se tenoient au mois de mars; elles

Fartantes, {a) Li oisel , ce dit , s'assamblerent/

DE MARIE DE FRANCE. l3l

Qui guverna par dreite fei. Chacuns duta de mesprisun (i) A faire celé électiun , {b) En esteient trestuit esbaï ,

ib) Kes garandist en bone foi. {b) Tuiten estoient molt esbabi.

furent abolies par les maires du Palais , et ensuite restituées par Pepin-le-gros, père de Charles Martel, et aïeul de Pe- pin-le-bref. Les grands vassaux avoient le pouvoir de créer, dans rétendue de leurs domaines , des parlements qui ju- geoient en dernier ressort ; ils se nommoient pîaeita , dont on a (aitplaitSy et quelques fois synodes^ pour exprimer une assemblée de la noblesse et du clergé. Ce ne fut que sous le règne de Louis IX, que Ton commença à pouvoir rappeler des jugements des hauts barons , qui , à cette époque , tués ou ruinés par les croisades, et trop foibles pour s'y opposer, ne pouvoient Tempécher ; car auparavant nos rois n'étoient pas assez puissants pour cela. Enfin , sous Philippe IV, dit le bel, petit*fils de Louis IX, les assemblées connues sous le nom de parloirs le roi et aux bourgeois , qui traitoient des affaires particulières, furent en quelque sorte réunies aux p/!ai^i, et formèrent les états-généraux. Ce fut le 97 mars i3oa, que pour la première fois le tiers-état y fut appelé , et que dès-lors le parlement devint sédentaire à Paris; mais ses as- semblées ne commencèrent & être fixées et continuées qu*en x388 sous la minorité de Charles YI , époque à laquelle ren- trée au parlement fut interdite aux abbés et aux prieurs, qui- auparavant, y avoient voix délibérative.

(i) Chacun craignit de se tromper eu procédant k cette élection. 9.

l3si POÉSZKS

Quant du Coucou oient le cri ; Ne sorrént quex Oisiaus ce fu Mais qu'en tuz tens diseit Coucu ; '*

Munt le pot-um de luing oïr Qar tut le bois fet retentir. Lors tuit diseient an lor jargun (i) Et affermeient par lor resun Que cil oisax (jui si canteit E si grant noise demeneit (2) , Bien dëust estre Rois è Sire « Pur giiverner un grant Empire. S'il ert si prex è si vaillans En ses œvres cum en ses chans '*"

A Seignur lo voirunt ;aveir ; (c) Mais il Yuelent primes saveir (3) Sun estre et sun cuntenemant. Pur ce dient communaumant Ki deit aler en lur messaige ; La Mazange qui muli est saige, Apercevans è vesiée (4) ,

ma

(c) Lors prime» yolroient bien savoir,

(i) Dans leurs chants divers. (a) Et qui faisoit un tel bruit,

(3) Mais an préalable, ils désirent connoitre sa tournure et sa manière de vivre.

(4) Fine et rusée, '

bis ItJkAXS DK FRANCE.

tint deci à lui anvoîée» La Masetige vola tut dreil Jusqu'à l'arbre ù cil esteit , Munt s'esteit près de lui assise ^ Si l'esgarda par grant cointise (r)« « Ne li ptust gaîres sa menière , Qar il faiseit malveise chière : AnCor vûrra plus hait munter y, Sun curaige viaut espruver. {d) Sor une branque hait s'est mise- , Desor sun dos s'est puis Assise ; Unques li Cucus most ne dist , Ne pojor sanlant ne li fist (2). Arrière s'an vait la Mazange , Le Goucu laidi^t è blestange {3) , de lui ne ferunt Seingnur. Aus altres a dit la deshennur

4'*

(d) Snr une branche en hait sailli ,

De SOT son dos li est melti (muelti).

(i) Ellle l'examina avec beaucoup d*attention, et fut loin aétre satisfaite, car le coucou ayoit Pair tout-à-fait dés» agréable.

(a) N*y ût pas la moindre attention.

(3) Méprise et se mocque du coucou .

l34 POÉSIES

E la hunte ke li fist grant y (e) Âinz ne l'en fist pejor samblant ; S*uns granz oisiaus li meffaseit , Mauvaissement s'en vanjereit , Qant il à li ne s'osa panre

(jD Qui ert de tuz oisiax le mendre. Eslisent tel qui seit vaillanz , Preuz , è saiges , è amprenanz (i) ; Roiz deit estre moult dréturiers (2) , En justice roides è fiers (3). A cel consoil se sunt tenu , Si unt esgardé et véu Que de l' Aigles ferunt lur roi,

Çg) Si vus" an dirai le purcoi. Li Aigles a bêle, grandour , Si ert asseiz de grant valour ; Moult est saiges et atrempçz y Qant d'une foiz est saoulez

Ko

60

(e) Ainz n'en monstra pojor semblnnt. if) Q^r ^^^ Oisiaus est-il le mendre. (g) Si vos sai bien dire porcoi.

(t) Entreprenant, courageux.

(a) Intègre , il ne doit jamais composer ayec ses deyoir^

(3) Ferme, séyère ,yîrmtf5.

DE MARIE DE FRANCE. l35

'{h) Bien puet regéuner (i) après de proie n'iert trop engrès (2). Prince se deit mie r.eposer , E ne deit-mie tuz-jurs pener , Lui ne sun rengne travelher Ne la povre geot essiller.

MORALITE.

Ensi Tunt fait cum jeo vus di. * Par cest essanpie raustre ci "^^

K'um ne deit pas faire seignur (/) De mauvais, ne de gengléur (3) U il n a se parole nun ^

{h) Bien repeut geuner après

Qn'il n 'est de proie par trop engrès Princes ne se doit reposer , De bien faire se doitpeuer, £nsi ont fait com ge vos di De Taigles roj par lor merci.

( i) Du mayais homme gengléor.

(i) Garder le jeûne.

(a) Avide , désireux , ingruens. \

(3)vBaTard , babillard, homme qui veut en faire accroire joculator.

x36 poBsi^s

(k) Tel se fait nobles par teDçun (i) ^

E velt menacier è parler (l) Qui moult petit est à douter (2).

(à) Tex 9e nobloîe par tençoik. (/) Qui moult £ût pou à redouter.

(i) Surprise, tromperie , supercherie.

(9) Qui peu est à craindre ^ à redouter 9 dtihkare.

Ï>È MARIE bE ORANGE. lli^

^%/m/%.%/%/%^%^*/vti/%^ %'%f%^'m/m/kt%/^<

FABLE XXIII.

Dou Feçres qUifist une Coingnie (i).

U NS iFeTres {2) fist utie cuigniée Dure , et tranchant , et bien forgiée.; Mais ne s en pooit pas aidier (3) , (a) Ne nule rien de li trenchier Desci qu ele fust enmanchiée , E d aucun Fust apareilliée. Au Bois ala pur demender

•f f ••■ r •• '■ ' f r.i ■■• < i

(i) La Fontaine , livre î^ït, fable X , la forêt et le Bû- cheron.

Phsdr. , lib. Y, fab. i6 , de secarî et manubrio. In appendice ad Phatdrum ;fah. V, p. 98, edit. Bàrboa; et Burm., fab. 5 , Homo et ArJfores.

Bomul. Nilant. , lib. 3, fab. 33, ide/à, AnoB. Nil. , fab. 44* (a) Semirrier, taillandier , maréchal ferrant, ouvrier en ïer, artisan , faber,

(3) Il ne s*en ponvoit p^ servir jasqa*à ce qu'elle fut pourvue d'un manche.

Variantes. (a) Ne de lui ne pot riens trenchier.

l38 rOBSIBS

A chascun Fust (i) k'il pot troyer Auquel il li loent entendre , Douqiiel il péust Menche prendre. £ quant ensanle orent parlé , Communal ment li unt loé Que il preingne la noire Espigne (a) , Que neis (3) Tescorche et la racine , (£) Est mult très-fors à dépicier , De li Va puet bien enmenchier. Li Fevres ad lor cunsejl creu , Car il ne l'unt mie deceu ; De TEspine a le Menche priz Si la en la Cuingnée assiz^ A méismes cele Cuigniée A puis TEspigne detrenchiée; Mau-guerredon l'en a rendu (4) Qui de li ot sun Menche eu.

MORALITE.

Tut autresi est du Malvès ,

Du Felun Humme et de TEngrès ;

(b) En est moult dure à despécier.

(i) Arbre, morceau dehoiê,/ustis. (a) L^épinier noir.

(3) De même.

(4) Mauyais service lui a rendu.

pis MARIS DE FRANGE. iSp

Qant un Preudons les met avant , E par lui est riche et manant (i) ,

(c) Se il puet melx faire de lui

Tuz-jurs li funt hunte et- anui , ^

A celui funt-il tôt le pis ,

(d) Qui plus les a au dessuz mis.

(e) S'il le sorpyéent mielz de li ,

» Honte li fera et anui. {d) Qu'il si Ta au deseure mis.

(i) Homme qui ayant le droit de cité est non mainmor> table.

l4o POÉSIES

m

FABLE XXIV.

Dou F^ilain quiprist un Folet (i) ,

alias Des troiz Oremenz. alias Du Fileins et de sa Famé.

XJ UN Vilein cunte qui prist Un Folet que lunges (2) gaita ; Cil li douna tr^iz Ouremenz (3) .Pur ce qu'il n'eV monstrast as genz. Li Vileins est joiai^z è liez (4) 9 Qant à sa famé est rèpairiez (5) Deuz Oremens il li dona , ' {a) L^uns en retint, pas nel' garda.

(i) La Fontaine , les Souhaits ^ liy. VII , fab. 6.

C'est le fonds d*an ancien conte arabe.

Le Grand d'Anssy, Fabliaux, in-8^, tom. IV, p. 337.

Perrault en a fait usage dans le conte de l'Aune de Boudin»

(1) Pendant long-temps.

(a) Souhaits. «

(3) Gai et content.

(4) Retourna.

Variantes.

{a) J'en tuit qui preu ne garda.

DE MARIKDfiFRÂNCB. l4l

Einsi furent bien lungement

Que il ne firent nul Orement , '"

{b) Dusqu'à un jur que il esteient

A un mengier ù il ayeient

D'une Berbiz leschine et Fos ,

Dont la mooUe pareit defors (i).

La Famé en ot grant désirrie;r ,

Volentiers en volsist mengier

Maiz ne la pooit prendre as meins ^

Lors a ouré (a) que li Yileins

Eust tel bec cume li pléreit, [c) £ cum li Huitecox (3) aveit. '*

Ensi avint came ele ora , ,

E li Vilains s'en merveilla (4) ;

Sa orei q'envoiés li fust

E que son vis (5) meisme r'éust.

/

{b) Dnsqu'à un jor que- il ayoient

A un meDgier séoient. Autre version.

Sis au moustier ou se jouoient. (c) Comme li widecos tenoit.

(i) Dont le moelle paroissoît au-dessus, (a) Souhaité , désiré , ttorare, .

(3) Ou witecoc , sorte de grosse bécasse.

(4) Le mari surpris et indigné du procédé de sa femme demanda qu'elle fut punie de la même manière. Son souhait fut exaucé.

(5) Visage y visus.

t4^ POE s IBS

Deus Oremanz unt perduz {d) Que mis n en est à bien venuz.

MORALITE.

A plusurs est mal avenu Suvente fois unt si perdu , Qui trop creient autrui parole Qui tus les déçoit è afole (i). Li Folx quide du Véziieas (e) E que par lui seit cunseilliez , Mais il avient bien k*ii i faut , Car celui ne chaut cum il aut.(2).

(d) Que nozn'en est bien avenus.

(e) 'Que il le yeîUe avoir conseillé Si com soi meismes , et il faut » Qar tant ne sait , et tant ne vaut.

(i) Et leur porte préjudice.

(a) Il lui importe peu de qui en airiTe.

]>E MÀRIB DE V&ANCS. l^i

FABLE XXV.

Dou Vilain qui prieit tant seulement pur

sa mainie.

alias De la Proiere as Fileinz (i).

IJ NS Yileins ala au Munstier (2) Suventes feiz pur Diex preier. A Dieu requist quil li aidast E que sa famé cunseillast , E ses anfanz è uului plus ; Geste proière aveit en us (3) [a) Suyent le dist à si hault cri (4)

(i) Le Grand d*Aa8Sy , Fabliaux^ îii-8% tom. IV, p. 24^. (a) Église , paroisse , monastère « monastenttm.

(3) Cette prière aroit eu usage , en coutume, usus»

(4) Il la répétoit si souvent et à si haute voix.

Variantes.

(a) Sovent disoit à si hait cri

G'nn autre home bien Tentendi; Donc ii respont hasbyement.

X

t

l44 » O B s I fe s

Que uns autres Yileins loi ; Si li respunt isnelement (i) , Te maudie Dex omnipotent (a) Ta famé è tes enfanz petiz , E nus autres ne seit maudiz.

MORA];.XTB,

Par cest exainpie voil retraire (3) (i) Que tel proière doit-hum faire* Qui à la gent ne seit nuisable , E qui à Deus seit acceptable.

XA

(b) Chascon doit tele proière faire.

(i) Sur-le-cbamp , TÎvement , igniter.

(a) Dex omnipotent , Dieu tout-puissant ; Deus omn^otens,

(3) Retracer 9 raconter, retrahere.

I

DE MARxXE DB FRANGE. x45

FABLE XXVI.

D*iJin Estanc plain de Reines ,

allas Des Reinoilles (i).

J ADis avilit q en un estanc Entur les rives et qu fane (2) , ' ' Ot de Raines grant cumpaignies Qui de lunc^tens i sunt nurries.

(i) La Fontaine , liy. IIJ , fab. IV. les Grenouilles ^ui de- mandent un RoL

AEsop., fab. 170.

Phsedr. , lib. I , fab. %, Ranœ Regem postulantes. Romul. Nil. , lib. II, fab. 18. Anon. Nil. , fab. %i. Cette fable se trouve aussi dans le roman du Renard , d'a- bord composé en françois , par Pierre de St.-Cloud, trou- verre du Xn*' siècle. Depuis il a été traduit en allemand ^ ensuite retraduit et donné en françois comme un ouvrage germanique. Voy. Notices des manuscrits^ tom. V, p. 394 et suiv. Catal, de la F'allière , tom. Il , p. 191. Glossaire de la langue rom, , tom. II » p. 768. X^e Grand, Fabl. in-8% tom. I, p. 39a. (1) Dans les endroits fangeux.

II. IQ

*,

i46 POÉSIES

desdengnèreot arester (i), A la terre volrent aler. A la Destinée crièrent Suventes feiz li demendèrent , Que Roi lur déust envéier

(a) Qe d'autre cose n'unt mestier (2). Qant maintes foiz orent proie , La Destinée a envéié Enmi celé eaue un Trunc de jor , Dont eles orent grant paor.

{b) Celé qui près dou Trunc esteit Quant vit ke ne se removeit (3) , Ses cunpaignes a apelées Si sunt ensanble au Trunc alées ; Puis le saluent corne Rei £ chascune li promet fei (4)-

•^

10

SA

(i) Elles ne Touloîent pins demeurer. (9) Qu'elles u'oiit besoin diantre chose.

(3) Une ^rçnouiUe ^i se tenolt près du tronc s'apperce- Tant c(u'il x^ se remuoit pas appela ses compagnes.

(4) PrQtnettre foi ^ le poète a supprimé le mot hommage qui pr9S(}U9 toujours lui étoit réuni. C*étoit la soumission que le yassal faisoit au seigneur du fief dont il releyoit,pour

Variantes,

(a) Car d'autre rieu n'oreut mestier. , ifi) Celc; qui près dtl tronc estuit. Quant ele vit que il ne se muit.

DE MARIS DE FRANGE.

Tûtes le tienent pua* Sengiiour , Si li portent mult grant hoDOur. £ quant li Truns ne se remut , Celés virent bien que il sestut (i) Emmi celé eawe tut en pès , Sor lui muntèrent à un fès^ Lur vilanie sor lui firetit, El funs de Tiaue Tembatirent (a). A la Destinée revunt Roi demandent kar point n'en unt , Malvaiz fu cil que lor duna ; Car Destinée i envoia '

Une Culuevte gran|; è fort y Qui les deveure et trait à mort. Tûtes furent en grant turraent,

i47

3o

lui marquer qu'il étoit son homme de corps , son hoinme lige , qu'il lui étoit entièrement dévoua , çt qu'il pouvoit compter sur sa fidélité. Quant à Vhommage , c'étpit l'enga- gement que l'on prenoit envers son seigneur, de le servir en toutes occasions , de combattre pour lui en certjiins temps ou suivant la coutume du lieu et de le défendre de son propre corps. Vhomwààge Uge è\Sié»<jkt du simple ^^ puptein hommage , en ce qu'il étoit trèf*&Q^np«sJ ; pour les nobles , il «e faisoit tête Due, les mains sur les ^évangiles on sur le^ reliques, un genou en terre, sans ceinture, sans épée, «t sans éperons. -

(i) Qn'il restoit lèilii^u de l'eau mn» bouger.

(a) Le précipitèrent , le plongèrent.

JO.

l48 POÉSIES

Lors crièrent plus aigrement

A la Destinée merci (i) ,

Quel lur ostast cel anemi.

La Destinée respundit

Nenii , nenii , je tus sufn ^

Trestutes voz Tulentez fère ,

Seignur éustes débonère (2)

Vileinement le hunésistes ,

Or Taiez tel cum le quésistes.

M OR Ali I Té.

* (c) Ensi avient plusur le funt

Des buns Segnurs quant il les unt; Tuz-jurs les woelent défoler (3) , Ne lor serent hohur garder. (d) Kar s'il nés tienent en destreit (4)

(c) Ensi vos le di sont plusor Qant ont debonaire seignor.

(d) S'il nés tient auques en destroit , Ne font por }^î ne tort ne droit.

(i) Miséricorde, partlonde miseritor^Ua.

(s) Doux , bon , trancpitlle ; tous l'ayez maltraité et déf- honoré , maintenant ' gardez celui-ci , puisque vous l'ayez demandé*

(3)' Ayilir , outrager.

(4) Et s'il ne les tient en oppression , s'il ne les mèae pas durement.

DS MARIS DEPRANCfi. t^g

Pur eaus ne fenint tort ne dreit : ^

A tel se prenent qui destruit , (e) Au daarain s'emplengneht tuit (i) , Lors regretent lur bun Segnur , Gui il firent la deshonun

(e) De lôr avoir miaine sûn bruiu Autre version. De lor avoir font lor déduit.

(i) Tous se plaignent au dernier arrivé.

l5o POÉ SI ES

FABLE XXVII.

De FOstor cm les Coulons eslirenù a Segnor (i).

i^uLUNs (2) demandèrent Seignur , A' Rei choisirent un Ostur (3),

Pur ce ke meins mauz lor fesist

E vers autres les garandist.

Mes qant il ot la Sengnourie ^

E tuit furent en sa baillie (4) y

Ni ot un seul qui laproismast (S)

R'il ne Tuccist è devourast.

Pur ce palla un des Colluns ,

Si apelà ses compeignuns ; '

Grant folie , fet-il , féismes

( i) Phaedr, lib. I , f. xxxi. Columbœ et Mihus, Rom. Nil. , lib. II , fab. xix , idem. Anou. Nil , fab. xxii.

(a) Les pigeons.

(3) L*aatour, grand oiseau de proie, sorte 'de grand éper* TÎer propre à la cbasse au toI , astur,

(4) £n sa puissance, en sa juridiction;

(5) Approchât 9 éTapproximare .

Ï>E MARIE DEFJELANCS. l5f

(a) Qant ÏOstoir à Roi choisisismes.

Qui nus ocist de jur en jur ;

Mix nus venist que sanz Seingnur (i)

Fussiens tuz tant , qu'aveir cestDi y {b) Ainz nus gardiiens nus de lui y.

Ne dutions riens fors son agait (2) ;

Puis ke nus l'awomes atrait (3)

A il tut fait apertemeïit (4) ,

Ce ke ainz fist cëléement (5).

MORALITE.

Geste essample dist à plusurs Qui coississent les maus Seguurs ;

(i) Mieux Taudroit que nous fassions encore sans seîgneut t[ue d'avoir celui-ci. \ ,

(a) Nous n'avions qu'à nous garantir des embûches qu'i^ |>ouvoit nous tendre.

(3) Attiré, accueilli.

(4) Ouvertement , sans détour , apertè,

(5) En cachette , secrètement , celadm.

Variantes.

'(a) Qant nous à roi l'ostor choisîmes. Autre Yersion.

Qant de TOstoir no roy fesismes. ib) Ainz nous gardienz moult bien de Itti * '

Nos ne doutiens fors son agait.

tSa POE s IBS

De grant folie s'entremetent Qui en subjectiun se metent , A crueus hume et à felun (c) Kar n'en auront se. mal nun (i)

•^j

(e) n'i auront se honte non.

(i) Us n*en peayent attendre qu*ane condition malheu- reuse.

DB MARIB DE FRANCE. i53

FABLE XXVIII.

Dou Cldeç, è dou Lairon ,

I

alias Des Brebis q^on voleit, embler (i).

JLJVn Lairon cunte qui ala Berbiz embler (2) , que il espia Dedenz la faude (3) à un Vilain ; Ensanle od li porta un pain (4) j Au Chien voleit ce pain baillier , (a) Qui la faude deveit gueitier. Li Kiens li dist : Amis , pur coi Prendrei-jeo cestpain de toi,

(i) Phaedr. , lib. I , f. zxiii. Canis fèdelis,

Romul. Nil. , lib. II , f . xx , idem.

Ânon. Nilaot., fab. xxiii. (3) Voler, enlever, du grec éiA^oiXXciv*

(3) Bergerie , étable à brebis.

(4) Avec lui il portoit un pain pour le donner au chien qui gardoit TétabLe.

Variantes'^ (a) Por garder le k^n d*abaïer.

i54

POESIES

Je nel' te puis guerredoner (i), Fai à tun oues (2) le pain garder. Li Lieires dist : jeo ne quier rien ,

[b) Menjue le pain , si est le tien ;

Li Chiens respunt n'en woil nient (3) ,

Jeo sai très-bien à escient (4)

Ke ma bûche velx estuper^

Que jeo ne puisse mot soner y

iPuis si embleroies nos Berbiz

Kar li Berchier est endurmiz ,

Traï aureie mun Seignur

Ki ma nurri dusqu'à.cel jur.

Malement areis emploie

K'il m'a nuri et afaitié (5) ;

Se par ma garde avois perdu

(c) Ce pur qu'il ma lunc-tens tenu , £ tu meismes me héireies (6) , E pur trahitor me tenreies.

10

20

(b) Mais pren le et si le retien. ^

(c) Ce dont il m'a loncf-tens peu.

(i) Te rendre aucun service. ,

(2) Gré , volonté.

(3) Je n'en veux pas.

(4) J scient €^u connoissaiice de cause quft tu yeux ine clore la bouche.

(5) -Instruit, entretenu ,1 ^affectare.

(6) Toi même me mépriserois et me regarderois comm^ un traître.

9E MARIE DE VRANGE. l55

Ne voil tiin pain si gaaingnier , Dune cumença à abaier.

MORALITE.

Par ceste Fable munstre ci (d) Que chascuns Fràns-Huns (i) face autresi ; 3e Se nus li veult dunner loier (a) U par promesse è losengier (3) , Que Sun Segnur doie traïr N'el voille mie cunsenrir Atendre en deit tel gueirredon Gume li Chiens fist dou Lairon.

(d) Chascuns franz hom doit fere ensi.

(i) Homme de condition libre ; demeurant dans fief; serf qui a obtenu son affrancbissemeùt. (i) Récompense. (3) Fausse louange , caresse pour tromper.

1

t56 VOB5IBS

FABLE XXIX.

Dou Leu et de la Truie prains (i).

J ADis avint k'uns Leus erra Par un kemin , si enciintra Une Truie qui preins (2) estait; Vers li ala à grant espleit (3) £ dist que pès li vient dunner , Or se hastast de porceler (4) ; ( Car ses Pourciaus voleit aveir ). Gelé respunt par grant saveir , Sire , cument me hastereie [a) Tant cum si près de moi vus veie , Ne me puis*jeo pas délivrer , Tel hunte ai de vus regarder.

Il*

(i) Ronuil. Nilant., lib. II, fab. xzi. Lupus et Scrqfa par- turiens,

(1) Pleine, enceinte , grosse d'enîant; plena; prenne, pre*' gne , prains , praigne sont les différentes leçons des manuscrits.

(3) £n marchant très-yite.

(4) De mettre bas ses petits.

«

Variantes.

(a) Qant de si près je vous verroie.

DE MARIE DB VRAHGE. fSj

Ne savez mie qui ce munstre Tûtes feqfielles unt grant hunte, {b) S aucuns Masle les doit tuchier A tel besung, ne aprismier (i), Adunc s'en vait li Lous mucier (2) , Qui les Porciauz vuleit mengier ; Ê la Truie s'en est alée Qui par engien (3) s est délivrée. '•

MOEAtlTE.

Cest essemple deivcnt tenir (4) Toutes Famés , è retenir Por seulement leurs cors garîr, Nelessent lor enfanz périr.

(5) Que nus malles ne doit tochier.

(1) Ni approcher, approximare» (a) Cacher, tunicire,

(3) Ruse , adresse y ingenium.

(4) Suivre.

l58 FOÉSISS

FABLE XXX.

Des Lies^res e des Raines (i).

Vil dist que Lièvre sassanlèrent A pallement (2) : si esgardèrent Q'en autre teire s'en ireient , Fors de la grève (3) ù îk esteient (4) \ Car trop furent en grant dolur D'Omes è de Chiens orent pour^ Si nés les voleient plus sufrir , (a) Pur ço s en vorent fors issir (5)« Li saige Lièvre lor diseient Que folie ert quanqu il quereient (6) "

(i) La Fontaine, liv. H, fab. xiv. Le lièvre et tes tSre' nouilles.

AEsop« , fab. LTii.

Phaedf . append. Barm. ^ f. it. Lepores vitee pertcesL

Romul. Nilant. , lib. II, fab. xxiy. Lepores et ronce.

Le Grand d'Aussy , in-8^, tom. IV, p. 196. (a) Voyez la note 3 de la fab. xxii.

(3) Lieu plein de sable et pierreux sur le bord des rivières; place, lieu, endroit.

(4) Demeuroient , de Store,

(5) Pour cefa youlurent s*en aller ailleurs.

(6) Que ce qu'ils faisoient étoit une folie.

\

DE MARIS FRANCE. l5g

A issir de la quenoissance (i) U il èrent nurri d'enfance. Li Autres ne les vodrent creire, Tuit ensanle vindrent lur eire (2) ; A Aine -mare sunt Tenu , Gardent de loin si unt véu Raines qui furent ensamblëez y De paour d eaus sunt effréez , Dedenz,riaye se yunt plunjier. (i) Dès quel les virent apnsmier.

Uns Lièvres les a appelez , Segnur , fet-il, or esgardez Par les Reines que vus véez Qui poor unt ; vus purpenssez Que nus aluns quérant folie (3) , Que nostre grève avuns guerpie Pur estre aillurs miex à seurtez ,

(i) De Youloir abandonner le lieu qui les ayoit vu naître.

(1) Commencèrent leur voyage, se mirent en route , ac- complirent leur projet.

(3) Que nous avons fait une sottise Iprsque nous avons abandonné notre pajs.

Fanantes.

(a) Pour che s*en volurent partir. (i) Ou il les virent au primier.

tÔO 90SftIS5

James teire ne truverez (i) U Ten ne dute aucune rien, R'aluns nus en si feruns bien ; A tant (2) li Lièvre rétamèrent En lur cuntrée s en r*alèrent.

MORAIilTÉ.

De ce se deivent purpenser (3) Cil qui se yoelent remuer (4) , £ lor ancien liu guerpir (5) (c) Qui lor en puet après venir ; - Jamais pays ne troverunt N'en celé terre ne venrunt

(e) Qui lor puet après avenir. (d) Que tuit i soient sans poor^

Autre yersion. Que il i maignent sans paour.

(i) Vous ne trouyerèz jamais aucun endroit ou tous puis- siez jouir d'une tranquillité parfaite. (9) Alors , sur-le-champ.

(3) Reconnoître.

(4) Changer.

(5) Quitter, abandonner.

I>£ MARI eB DE' FRANGE. l63

{(Tj K'il puissent estre sanz poour,

Ou sanz traveil , usanz dolour (i). ^"

(z) Me permettra-t-on de dire que la morale qui résplte de la fable de notre femme-poète, est bien autrement inté* ressante que celle d'Esope. Rappelez- vous , dit Le Grand d'Aussy, tom. IV, p. 197, Que Marie vivoit sous un gouver-. nement féodal , c'est-à-dire dans un état partagé entre un million de petits tyrans; songez que cbaquejour elle devoit

m

▼oir une infinité de per^nnes, molestées parTabus du pou«> voir, chercher dans d'autres cantons une situation plus douce; relisez après cela sa fable , e\ vous sentirez combien son allégorie est juste, et la morale qu'elle en tire , ingénieuse. »

X ,

II. I[

' •«

i64 paisiES

FABLE XXXI.

De totes les Bestes è des Oiseax li

parlemenz ,

alias

Dou Lyon çt de rAjgle (.1).

JLJ'iîW Léon dist qui assambla Tûtes les bestes, è manda Cil ki aleîent sur quati*e piez ; E li Aigles i a purchaciez (2) Tuz les Oisiaus qui èles unt , E qui volent en lair à munt (3).

(i) Phsdr. Append. Burm. , f. xyiii. Romulns Nilant., lib. III , fab. xx^ii. AnoD. Nilant. , fab. xxxyiii. Volucres , Quadrupèdes et Vespertilio,

Vincent. Belloyacens. (a) Incité, fait venir , mandé.

(3) C'est ce qu'on appeloit publier le han pour inviter tou« les feudataires à venir au secours de leur seigneur. Les feu- dataires convoquoient à leur tour leurs vassaux , qui , con- duits par des baillis, des avoués et des vidâmes, se rendoient au lieu désigné. Les bannerets amenoient ceux qui dévoient former la cavalerie, et les comtes ou vicomtes les milices dont

DE MARIE DE FRANCE. l65

Grant batailles deveient tenir

Quant ensanle durent venir.

Or la Ghauve-Suris les vit ,

En son cuer a pensai et dit : '*"

Que" reduteit niult cel afère ,

Ne sot ausquiex se déust trère (i) ;

Od celx velt estre qui veincrunt

E qui la greingnur force arunt.

Seur un hait fusi s'en est muntëe

Pur esgarder celé assamblee ;

Si li fu vis en Sun escient (2)

Que Lions aveit plus de gent,

E qu il ert de gregnur justise ,

Od les altres Suriz s'est mise. •""

Li Aigles fu à-munt vole*

Od les Oisiaus k'il ot mandez ,

Tant en i out, tant en i vindrent,

Que les Bestès pou de lui tindrënt.

Qant la Cauwe-Soris les veit ,

se composoit Tinfanterie. Tell« fut, pendant long-temps, en France^ la manière de lever les troupes; il n'y en avoit point de réglées , celles-ci datent du règne de Charles VU ; ce- pendant Philippe-Auguste et Philippe-le-Bel sont les pre^ miers qui eurent des corps à leur solde.

(i) Elle ne sut de quel côté elle se mettroît. Au surplus la chauve-souris veut passer du côté du plus fort.

(1) Elle pensa en elle-même.

II.

l66 POÉSIES

Moult li pesa k*od eaus n'esteit (i). Des Bestes s*est lors départie ; Ses piez muça si fist folie , Mes quant les èles entruTii, Par devant tuz les descuvri. Dune fu la félenie aperte £ sa traïsons descuverte ; Oisiaus è Bestes la huèrent (a) Et à Nature s^en clamèrent. De la Cauve-Suris se Tengent Moult la honissent è blastengent (2) ; E munstrent li sa felounie , E cum ele a sa foie-mentie (i).

(i) n loi fit peine de ne pas être avec les oiseaux; la chanye-sonris quitte donc les animaux^ mais ayant eu la mal- adresse de cacher ses pattes « qu'elle fut obligée de décou- yrir en prenant sa yolée.

(3) Blâment et diffament.

(3) Et lui reprochent sa déloyauté , son manque de foi.

Fanantes,

(a) A leur Sépaude se damèrent. Autre version. A le Sépeude s'en clamèrent.

DE MARIS DE FRANGE. 167

[b) Lors la Nature lor a juré

Qele en fera liir volenté, ' 4*»

Que mult tost les venjera; '

Puis la maudist è si ora (i)

Qe jamès en liu ne venist,

Q*Oisiaus ne nul Beste^ la véist ; ^

Tute clarté li a tolue

Que jamais n'iert par jur véue (2);

Après rova por li hunir (3)

Sa plume oster por descuvrir. ^

MORALITE.

Autresi est dou Trahitor

Qui meseire vers son Seingnor (4)

Gui il devreit honur porter

£ loiauté et foi garder.

Se fiun Mestre a de lui mestier

{h) Le Sépeude lor a juré , Autre yersion. La Serpent bien lor a juré.

(i) Et de plus ordonna.

(a) Qu'on ne la verra de jour.

(3) Puis, pour la punir et pour attester son crime 9 elle •rdonna que la chauye-souris seroit privée de ses plumes.

(4) Qui trahit son seigneur.

i68 poÉàiss

Et il le voie afëblier (i)

À Aun besung li vieut faillir,

Od les aultres se vient tenir.

Se Sun Seinhur vient au-desus

Ne puet lessier sun malvès us (a) ,

Lors volreit à lui retuiner ^ i

De tûtes parz veult meseiTer ^*

Par-tut en est au doi moustrez

Et avilliez è vergundez (3) ,

S onur en pert è sun avoir

E reprovîer en tint si hoir (4).

A tuz-jurs raaiz en est Jiouniz

Corne fu la Ghauve-Souriz

Qui ne deit mes par jur voler ,

Ni ne deit plus en Court parler.

(i) Si son maître a besoin de lui et ,qu'il le voie être le moins fort , il veut l'abandonner pour se joindre à ses en- nemis.

(a) Son crime découvert.

(3) Déshonoré, couvert de honte.

(4) Le reproche s*étend sur tous ses enfants.

DE MARIE DE FRANCS. l6g

FABLE XXXII.

Dou Cerf "vit ses cornes en Viaue tantdis

que U béi^eit (i).

é

Jljhsi avint cuns Gers béveit A une aive (2) , car seif aveit. Garda dedenz , ses cornes vit , Dune à sei^^meismes aveit dit Que nuie Bestâ neV valeit , Ne si bêles cornes n avoit. Tant entendi à sei loer

Et à ses cornes remirer (3) ,

K'il vist venir Chiens mult currant

Que lur Mestre veneit cornant (4)*

xo

\

(i) La Fontaine , liv. VI , fab. ix. Le Cerf se 'voyant dans Peau.

AEsop. , fab. GLxxxiy. Phaedr. , lib. I , fab. xit. Cervus adfontem, Rom. Nil. , lib. III, fab. xxix. Anon. Nil. 9 fab. lxi. Vincent. BelloT. (a) Fontaine, étaqua.

(3) Admirer à plusieurs reprises.

(4) Leur maître , qui cbassoit, les rappeloit au son du cor.

f

170 POESIES

^ Après lui viennent sel' quereient (i) , Pur ce que penre le vuleient. En bois se met tut esmaiez (2) ; Par ses cornes est atachiez,

. En un boissun est retenus ;

(a) Ez-Yous les Kiens après v^enus £ quant il les vit aprouchier Si se cumence à desrainier (3).

MORALITE (4).

Voîrs est, fet-il , que li Huns dit E par essemple et par escrit. Li plusor voelent ce loer Que il devreient suvent blasmer. E ce laissent que il devreient

(b) Forment loer se il l'aveient.

(i) Sel' queroient. Car ils le cbei choient et vouloient le prendre.

^a) Troublé, effrayé, U rentre dans le bois; par malheur ses cornes se prennent daits un buisson.

(3) Changer d'avis.

(4) J*ai indiqué cette moralité, parce qu'elle se trouve dans les manuscrits , mais il me semble qu'elle doit se lire de suite.

Fanantes,

(a) Dont sont li chien à li Tenuz Et si les vit-il aproimier.

(b) Forment tenir se il sav oient.

/

DE MARIE DE FRANGE. I7I

\

FABLE XXXIII.

De la Famé qui feseit duel de sun Mari ,

alias De rOume mort e de sa moilier (i).

D

UN Hume cuntë li Escrw (2)

(i) La Fontaine , conte de La Matrone d*Éphèse. Rom. NiL, iib. III, fab^ xxx. Pcemina et Miles.

Le fonds de cette fable est^mprunté de Pétrone.

Il se trouve en prose dans le ronàan des Sept Sages de Rome, ou de Dolopatos en prose, manuscrit du XIIP siècle ( Bibl. roy. , n** 7974 , in-4'*» 7534, et N n" a, fonds de Féglise de Paris , 63 , ▼** col. a) , et en vers dans les man. n** 7218 et 7615 (voy. la nouvelle édition des Fabliaux , ^ar Barba- zan, tom. III, pag. 4^>» Glossaire de la langue romane, tom. II, p. 1 53 ; Acad. des Inscrip. , t. XX, p. 35a , Mém. du comte de Caylus sur les Fabliaux; tom. XLI, pag.5a3, Mém. de M. Dacier sur la Matrone ttÈphhse ; Eustacbe des Champs, poëte du XIV" siècle, man. n^ 72x99 in-P, au chap. intitulé : Exemple contre Ctulx ^ui se fient en amour de Femmes; enfin. Recueil de fables d'AËsope, Avienus et aultrés, traduictes en françoys, par frère Julien ( Macho ) des Au - gustins de Lyon, docteur en théolog. Lyon 1484 , in-P, (cité par Gouget, bibl. franc., tom. VI , p. a48.

(a) Les anciennes histoires rapportent qu'un homme étant passé de vie à trépas , fut mis en terre.

1^2 POESIES

(a) Qui ésteit morz et enfoïz ;

Sa Famé en meneit graot dolor Deseur sa tumbe nuit è jur. Près d iluec avât un Lairun Qi ert (i) penduz par mesprisun ; Par la cuntrée fud criéi j Qui le Larron anreit ostéi , Sun juigemens mesmes aureit ; S atains esteit , pendus sereit (2). Uns Chevaliers le despendi Ses parens ert (3) , si lenfp!. Lors ne sot-il cunseil truver

[b) Cume il s*en puisse délivrer (4) > Car séu fu (S) de meinte gent Qu'il le teneit pur sun parent. Au cémietière va tut dreit

I*

(i) Fot.

(a) Et qu'il seroit penda s'il étoit atteint ; cependant un cheyalier de ses parents le détacha dn gibet et lai donna la sépulture.

(3) Étoit.

(4) Pourroit se déliyrer de Farrét et du remplacement.

(5) Car cela fut sçu.

Fanantes.

{àj Qi mon ère et ensereliz. (Jb) Com il se péast déllYTer.

DE niARIE P'E FRANCE. 1^3

On la Preudefame s*esteit (i) , Qui sun Segnur ot tant plorei ; [c) Cointement (2) dune li a p^rleï ,- *'

Dist li qu ele se cunfortast , Mult sereit liez s^ele lamast (^3). La Prodefame Tesgarda

m

Grant joie en fist , si Totria (4) K'ele fera sa vulenté ; Li Chevaliers li a cunté Que mult li ert mesavenu Dou Lairon k' il ot despendu ; Se ne li seit cunseill doner Fors dou pais l'estuet aler (5). La Prodefeme respundi Deffoons mun Barun deci (6) ^ {d) Puis sel' penduns cil fu Si n'iert janiès aparcéu ;

jd

(c) Commencement a à li parlei. {et) Si le pendom u ichîl fu;

(z) Se tendit, demeuroit, stabai.

(3) D'une manière aimable; agréablement.

(3) Qa*îl seroit trop heureux si elle vouloit Taimer.

(4) Lui accorda.

(5) Qu*il seroit obligé de quitter le pays.

(6) Déterrons mon mari et pendons-le à place du vo- leur , personne ne pourra s'en apercevoir.

^

iy4 POESIES

Délivrer deit-hum par le Mort Le Vif dunt len aient confort.

MOHALITB.

Par iceste signifiance Poons entendre quel créance Doivent avoir li Mort es Vis (i) Tant est li Mondes faus è vis (2).

(i) Vif, yîyànt ^ vivus. (a) Vil , méprisable , wlis.

DE MARIE DE FRANGE. 1^5

FABLE XXXIV.

La compengnie dou Chien au Leu (i).

Uns Leus et uns Chiens s'encuntrèrent , Parmi (2) un Bos ù il alèrent. Li Leus a le Kien esgardei , £ puis si a à lui paliei ; Frère, fait-il, mult estes biaus, £ mult est luisanz vostre 'piaus. Li Ghienz respunt : c'est véritez, Je menju bien , s'en ai assez (3) ^ {a) E souef giz quant, pluét le jor

(i) La Fontaine, liv. I , fab. y. Le Loup et le Chien, Phsedr. , Jib. III , fab. vu. Canis et lupus. Rom. Nil., lib. III, fab. xxxit, idem. Anon. Nil. , fab. xi.y.

Vincent. Bellov. ^

Le Grand d'Aussy, fabliaux, tom. IV, p. 173.

(s) Au milieu.

(3) Je mange à D&on appétit et je dors lorsque Tenyie m'en prend, on que le temps est mauvais.

Variantes. 1

*

(a) Soef gis quant plest , et le jor Par devant le lit mon sengnor.

N

/

I*

a*

176 POÉSIES

Par devant les piez mun Segnor ,

Puis chascun jur runger les os ,

Dant je me fas è cras è gros (i).

Se vus volez od mci venir (2) ,

£ vus li voliez obéir

Si cum jeo faz , assez arez

Plus de viande ke ne vodrez ;

Si ferai voir^ li Leus respunt (3) ;

Dunt s'acumpengnent , si s^en vunt.

Ains ka ville fussent venu (4)

Garda li Loz , si a véu

Cum Li Chiens porte sun

£ la ehaiene vist trainer.

Frère , fel-îl , merveille voi

£ntur tun col a ne sai coi ?

Li Chiens respunt, cest me cfaaiene

Dunt l'en me loie en la semeine,

Kar trop suventes fois mordreie

£ à plusùrs gens meffereie (5)

(I) Ce qoi me fait derenir gros et gras. (a) Venir avec moi.

(3) Si ferai wnr, aiiupi fenii-|e rraiement.

(4) Ayant que d'arriver à la ville , le loap regarda lecUen «t remarqua son collier auquel pendoit un reste de chaîne.

(5) Je pourrois faire du mal à ceux que mon maître veut recevoir et bien traiter ; pour cela il me tient à Tattacbe. Mais toute la nuit je rode autour de la maiion pottr en écar-

) ter les voleurs

DE MARIE DE .TRANGE. l'J'J

Ke mes Sires velt garendir.

Ce me feit-il loié tenir. . ^'^

La nuit voiz entur la mésun

Que ni aproisment li Lairun.

Coi , fait li Leus , est-il einsi (i) ^

(b) Q aler ne pùés fors , par inci

Tu remendraz (2) , geo m'en irai ,

chaiene ne chargerai ;

Miez voil estre Leuz à délivre (3) ,

Qu'en chaiene ricement vivre.

Qant encor en puis estre à quois (4)

(c) Vas à la 'ville et jeo (5) bois. ^** Par la kaiene est départie (6)

Lur amurs è lur cumpaignie.

MORALITÉ.

Par cest essample vus promet

(b) Q*aler ne pues fors par merci.

(c) Frère , fet-il , merveille vois.

/'

(i) Comment , dit le loup , vous ne pouvez pas sortir lors- que Tenvie vous en prend ? (a) Tu resteras.

(3) J'aime mieux être en liberté dans meé forêts , et souf- frir. '

(4) Pendant que je peux encore choisir. ,(5) /e,moi, <?^.

(6) S'en est allée , t fioi , s'est terminée. ^

178 ^ FOÉSIBS

Qe cil est mult folx qui se met En sougit o en servitute(i), Car mauvèse est celé constume; Qui a sun talent à délivre (2) Ne laisse en pais nul hume vivre.

1

(1) En soumission et en senritude.

(a) Celui ^ni connoit le prix de la liberté.

DB MARIB OB FRANGB, Ijg

FABLE XXXV,

D*un Homme qui ne yoloitjere Oevre (i).

X^ UN Hume voil ici mustrer £ par essample ramembrer (2) ; De ses Mains cunte et de se^ Piez E de Sun Chief qui ert iriez (3) , Envers (4) sun Ventre k'il purta (a) Por lur gaaing que il gasta

(i) La Fontaine , liv. III, f. 11. Les Membres et l'Estomac.

A£sop., fab. G€Ti. ^ ,

Titus Liviùs, lib. II , cap. xxxii.

Romul. Nilant. , lib. III , f. xxxy. Membra et Venter,

Jean de Sarisbery, Membris conspirantibus ; Hist. litt.de la France , tom. XIV, p. 1 17.

Vincent. Beliov. Spéculum historîale.

Jehan d'Abuudance. La guerre et desbat entre la langue^ les membres et le itentre ^ qui ne veulent rien bailler ^ ne adminis' trer au ttentre et cessent chascun de besi^igner, Lyon , in -4**» sans date et sans nom d'auteur. (a) Faire ressouvenir.

(3) Fâché, irtité , iratus.

(4) Contre.

Variantes.

{cl) Por son gaaing qui tout gasta.

II. 12

l8o POXSIBS.

Qant il ne volsi rien traveiilier Se li tolirent (i) le mengier. Mais kant li Ventres génna Hastiwenient s'afèbloia (a) , E Màinz è Piez , qu'il ne pooient Si traviller cum i) suloient (3). Qant le grant fobleté sentirent , Mengier è boivre au Tentre uffrirent. Mais trop I orent fet géuner Si quil ne pooit riens guster; (d) Li Ventres revêt au néent

E Mains è Piez tut ensenient (4)*

HOR ALITÉ.

Gest essample puet-om véoir

Chascuns Franz-Huns (5) le doit savoir ,

Nus ne puet mie aveir honour

Qui hunte fet à sun Sengnour,

Ne li Sires tut ensenient

(b) £t m^iiis et piez tout ensement. Se la Nature ne dous ment.

(i) Otèrent , enlevèrent la faculté de rien prendre. (i) Il fut tellement affoibli.

(3) Ils avoient coutume , solebant,

(4) Pareillement , semblablement.

(5) Libre, affranchi.

DE MARIE DE FRANCS.

x8i

[c) Pur qu'il voille honir sa Gent Se luns à Taltre en ert fallis Andui en èrent mal-ballis (i).

(c) Qui face honte à son gerjant Quant home « Taatre faillis Chascuns en remaint mal baillis.

(i) Ruinés , maltraités.

12,

l82 POÉSIES

FABLE XXXVI.

Dou Singe et dou fFerpil,

alias

D'un Singe qui manda au Gorpil k* il li prestast

de sa Keue (i).

J_J*UNS Singe dist qui demanda

A un Worpil qu'il encuntra {a) Que de sa keuwe li prestast

Se li pléust, ou Ten donast (2).

Avis li fu que trop Tôt grant {b) Car tuz sount couwé si enffant (3).

(i) La Fontaine , liv. V, fab. y. Le henard qui a la çiuue eoupée,

AËsop. , fab. Yii.

Phaedr. append. Burm. , fab. xxii. Rom. Nilant. , llb. III, f. zxxVi. Simius et Vulpes. Anon. Nilant. , fab. xlyi. (a) On lui en donnât si cela lui plaiseit. (3) Car Yous saYez qu'ils ont des queues dès leur plus tendre enfance.

Fanantes.

{a) Que de se coe li Yendist ,

Qu'il li donast, ou l'en presist.

DE MARIE OB FRANGE.

Li Werpis demande ke doit, Que sa coê li requeroit. Li Singes dist , ce m*est avis Ne vus en iert niant de pris (i); Se m'en vule^uns pou donner , Car el vus nuist à tost aler. Dist li Gorpis ne vus en caut (2) Geste requeste po vuz waut de me keue ki ert gi*anz (c) Ne honurerez vos eifanz y

En autre règne , n'autre gent (3). Jel* vus di bien apertement (4) Mes k'ele iîist de tel afiaire Qe jeo ne la peusse reirère (5).

i83

(b) Car tuit ont coë si enfant.

(c) ITarez los , ne li Tostre enffanz.

(i) Elle ne peut être d'ancnn prix pour vous, et tous cleyez d*autant plus m*en donner une partie qne cette queue vous gène dans votre marche.

(1) Ne vous inquiétez pas, ne prenez pas tant de soins. Du verbe caloir (calerej,

(3) Soit dans un pays, soit dans un antre.

(4) Franchement , ouvertement 9 apertè. (JS) Abandonner, retirer.

i84 roBsiBs

MORAL I TÉ.

Cest essemple pur ce vus di (i) De Ta ver Hume est autresi ; Se il a plus qu'à lui n'estuet (a), NeF vièut sufrir car il ne puet Q altres en ait aêse n'onur , Mix Taime à perdre chascun jur.

(i) Par cet exemple , je vous monU'e qa'il en est ainsi de l'homme ayare.

(a) S*il. a plus qn'il ne Ini convient , qu'il loi est néces- saire. "^

DE MAAIB DB FRANCS. l85

FABLE XXXVII.

Dou Lions qui en autre paXs volt converser (i).

JLFou Lion dîst qui waut aler

En autre terre converser (a) ;

Tûtes les Bestes assambla ,

E tut Sun oirre (3) lur ttiustra^

Einsinc que deussent Roi coîsir (4) >

(i) La FoDtaine, liv. VII«» fab* i. Les Animaux maladet de la peste , liv. vu , fab. yil. La Cour du Lion, Phsedr. , lib. IV, f. xiii. Léo régnons» Bomul. Nilant. , lib. III, fab. nxjiYiï^Leo Régnons* Anon. NIL , î, xlix.

Je crois cette fable d'origine orientale, d*autant plus que le fond «*en trouve dansPidpay, Contes indiens, tom. II, p. S7; dans Sanbadei' , Fables bébraïques , fab. ix; et dans le Gastoieoient , manuscrit n** i83o, f* 11 , v^ col. a, conte aS , de Sfarien qui dist ce côn H demanda; imprimé dans le t. II , p. i52 de la nouvelle édition des fabliaux de Barbazan.

Le Grand d'Aussy, Fabliaux, i&-8°, tom. III, p. 198 et tom. IV, p. aoi.

(a) Dans les XII* et XIII* siècles, ce mot signi£oit de- meurer, résider, aller, s'établir.

(3) Dessein , projet de voyage.

(4) Il les invitoit également a se cboisir un autre roi , car il pensoit ne plus revenir.

N

l86 POÉSIES

Kar ne quidoit mais revenir. Ni ot Beste qui neV proiast Q^uns ahre Lions lur baillast ; (a) Il lur respunt que nun fera

Ainques nul nurrir n*en osa. '"

Vus meismes devez regarder

Qui miauz vus puisse guverner.

Dune uht alors li Léu choisi ,

Car il n'i ot nul si hardi

Qui osast penre selui nun (i) ,

Tant le teneient si à félun^

Mes az plusors aveit pramis

Que melx les amereit touz-dis (2) ;

Au Léon vunt , si li unt dit '

K' il aveient le Leu eslit.

Il lur respunt , n en dutez mie

(i) Qui osât prendre le titre de roi, tant le loup étoit craint. «

(a) Mais il promit aux animaux qu'il les aimeroit et les protégeroit.

Fanantes,

(a) Il lor respont que non fera , N'en norri nul , car il n'osa, ' D'eaus méesmes doivent garder Qui bien les puisse goyemer.

3o

DB MARIE DB FHANCB. 187

Ke cointe Beste avez choisie (i), Preste et isnele et empreriahz ; Se de curage et de talanz Esteit si franz cum il deveit , Mais d'une cose se crémeit (2) Quil ne présist à cunsellier (3) Le Werpil qui trop seit trichier ; . -Andui sunt felun et engrès. [b) Si deV Lous voelez aveir pès Se li faites seur Sains jurer (4)

{b) S*il de lui voelent avoir pès Faites li faire sairemant Que jamais jor en son vivant Il ne doie Bestes adeser.

(i) N*en doutez point, vous avez fait un bon choix. (a) Avoit peur^ craignoit, redoutoit.

(3) Le lion craignoit seulement que le loup ne prit le re- nard pour Tun de ses conseillers.

(4) Cette coutume de jurer sur les choses saintes, s*intro- duisit en France, en même temps que* la religion chré- tienne. Les anciens Francs juroient par leur barbe et par leurs cheveux ; mais après leur conversion , ils ne contrac- tèrent plus d'engagements sans avoir promis solennellement de Tobserver, devant des objets sacrés, tels que les reliques des saints , la croix , l'évangile , etc. Nos ancêtres ne pou- voient penser qu'un chrétien pût prendre à témoin d'une fausseté les choses les plus respectables : ils se persuadoient que Dieu ne manqueroit pas de punir le parjure.

i88 possijss

, Q'il ne deie Restes adeser (i), Ne ke jamès à sun vivant Ne menjust char ne tant ne qant. Li Leus a vulentiers juré Plus assez k'il n'unt demandé ; Maiz quant il fu bien «isseurez Que li Liuns s'en fu alez , Grant talent ot de char mengier. Par enging voldra purchacier '**

L.*on ne prétoit et Ton ne recevoît le serment que dans nn lieu saint, soit dans une chapelle ou dans une église. Celui qui s*engageoit deToit être à jeun ; il deyoit s'être confessé et ayoir communié. Après la messe, l'objet sacré se déposoit sur l'autel , le conti'actant s'approchoit , se mettoit à genoux, élerant la main pour toucher l'antel et ce qu'on y avoit placé ; alors il prononçoit la formule du serment. Cette manière de jurer s'appeloityWtfre /«/«r i«i^na, par op- position à celle des ecclésiastiques ^ /irr<tr« inspecùs souris y c'est-à-dire jurer en présence des choses saintes , parce que ces derniers ne ton choient point les choses sur lesquelles ils juroient. Cest de qu'est -v/enue la coutume de lever la main en faisant serment , et pour les prêtres , de la tenir étendue sur la poitrine.

Voyez duCange, Glossar. ad voc. Jummentum, ei/nrare. Glossaire de la langue romane , aux mots Juratoi , jurer de la main^ sairement et serement. N. B, A ce. dernier article j ai rapporté la formule ancienne des serments. On yoit une re-

(i) Battre, frapper, assommer, tuer.

MARIE DE FRANCE. 189

Qe les Restes otreierant (i) Sa Yulenté , et jugerunt. Dunt a un Chevroil apelé, A cunseil li a demandé Ke par amur il li desist (2) Voir de s'alaine s ele puist ; (c) Cil li respunt k' ele puoit

(e) Et il respont que si poist Qa*à poine sofFrir la pQÎst.

présentation de cette cérémonie sur la tapisserie de la reine Mathilde ; elle porte cette inscription t Vbi Harokt tacramen" tum fent WUlélmo dum»

Perceval ayant été retenu prisonnier dans un château , on loi offre de le mettre en liberté s'il veut jurer de former une entreprise: il refuse d*abord, et fait des objections qui sont combattues avec des raisons si plausibles qu'il se détermine à faire ce qu*on exige de lui.

Hti , fait-il , com rot le dites , Soi-jo près del' sairement (aire. Un moult préciot saintuaire Li a l'on maintenant fort-trait , Et il a le sacrement fait «■ Que il se metera en paine De qnerrie la lance qni saine.

Roman de Perc^val le Gallois. ( Par Chrestiens de Troyes , r* 176, R? col. I, fonds de Gange , n" 37, olim 69, ancien fonds 7535 5.)

(i) Accorderont tout ce qu'il voudra.

(a) Il le pria de lui dire franchement s'il arait l'haleine forte.*

19^ POESIES

Qa paines sufrir le pooit (i). Li Lox en fust mult corruciez Par (2) les Bestes a envoiez, A tuz ansamble demanda K'el juigement chascuns fera De celui qui dist sun Sengnour Hunte et ledesce (3) et dehonour ; Cil respundent k*il doit morir. Li Loz vait le Chevrel sésir , Si la ocis par lur esgart (4) , Puis si (5) menja la meillur part, E pur sa fèlenie (6) cuvrir . En fait as autres départir (7). Après icelle sooulée Une autre Beste a apelée , Tout autretel li demanda (8), De s'aleine ke li sambla ? La dolente volt mex mentir

5o

6a

(i) Il la pou voit supporter.

(a) Par , pour , parmi , entre , chez.

(3) Injure , insulte, outrage.

(4) Il le tua d'après leur conseil.

(5) Il en.

(6) Perfidie.

(7) Distribuer.

(8) II lui fit la même question et lui demanda ce qu'il lui sembloit de son haleine ; la malheureuse aima mieux mentir.

DE MARIB FRANCE. 191

Qe pur voir (i) dire mortsoufrir;

Dist li a que plus soef oudur (a)

Ne senti unques mes nul jur. .

Li Lus a Concile ensemble (3),^.

A ses fiaruns a dei;nandé '

Quil deit faire par juigemeat , .

De cheli qui triche et li ment ;

Tuit jujent quele seit ocise (4)*

Lors a li Leus la Beste prise ,

Si la ocise et dépéciée,

Devant eaus tute la mengiée.

Guières après ne demoura (5)

Que li Lox vit et esgarda

Un Singe cras è parcréu (6) ,

De lui a grant talent éuz y

Mengier le vient è déwourer.

Un jur li ala demander '