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BEQUEST OF ICHABOD TUCKER,
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MRS. NANCY DAVIS COLE, OF SALEM
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TRADITIONS TÉRATOLOGIQUES
© sal TRADITIONS TÉRATOLOGIQUES
RÉCITS
DE L'ANTIQUITÉ ET DU MOYEN AGE | EN OCCIDENT
SUR QUELQUES POINTS DE LA FABLE DU MER VEILLEUX ET DE L'HISTOIRE NATURELLE
POBLLÉS
D' APRES PLUSIEURS MANUSCRITS INÉDITS GRECS, LATINS, ET EN VIEUX FRANCAIS
PAR JULES BERGER DE XIVREY
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PARIS
JMPRIMÉ PAR AUTORISATION DU ROI
A L'IMPRIMERIE ROYALE
M DCCC XXXVI
ὦ ὁ LA). ll
Exagéra
ot sans doute, mais laiseant après eux, au milieu de fables ridicules, des souvenirs et dès traditions.
Asez Rss.
à
SOMMAIRE.
PROLÉGOMENES. 41. Sous quels asperts se présente la tératologie dans l'antiquité. ............ feed UNUM XI SIL Des auteurs anciens qui ont traité de la tératologie animale.......... oo... saepe co XXI $ III. Du Traité inédit De Monstris et Belluis ilu . XXXII
$1V. Des prodiges de l'Inde dans le roman d'Alexandre. xxxvi1 SV. Des intercalations de tératologie naturelle faites dans le roman d'Alexandre, d'aprés les ency-
clopédies du moyen âge. ln eecoscss XLV $VL Du commentaire qui accompagne ces publications. zvn 9 VIL Détails d'exécution. ....,......... — M LXIH Conclusion. ............ — m LXXI Titres des quatre sections. ............... ose. LAXV
I. DE MONSTRIS ET BELLUIS LIBER.
PARS PRIOR : DE MONSTRIS.
Prefalio. κως donne idees OE XA ..e 3 Ca». IL. 6 quodam homine utriusque sexus.... ... 5 a
XXVI.
SOMMAIRE.
De Getarum rege Huiglauco, mire magni-
tudinis. ...,... dés ue Has Item Colotius, molis vastissimæ. ......... De statua procerissima..............2.. De quibusdam hominibus viginti quatuor
digitos habentibus. ........,,....... Faürnkili νὰ φῦ e το ον RE ud ete De Orpheo. ........... soso. Sirenæ. ..... Decade udo ed Mises Hippocentauri. ..... bias hid ee
De quodam homine duplici, qui commix- tione monstrosa duo corpora superne ha- bill... os νυν Lite dest
/Ethiopes et genus quoddam Riphæis monti-
bus vicinum......-. eee nn
De quadam puella procerissimi corporis.. . . Iterum de Scylla........... VE ἐὰ RES
tem habentes. .....................
Androgynæ................,......... De quibusdam Nili Brixontisque fluminum
VICHIIS o be VIR E S ann m AStORI. ouod rers RP. terrine Mulieres barbatæ. ....................
DyEmibl. dia et hr Sue vs ex
Car. | Peg. ΧΧΥΠ Acephalt. coo oos bv ye a ES 109 XXVIIL De homine cui lunata erant plante... ..... 112 XXIX. De quodam humano genere formoso....... 113
XXX. Oligochroni.........,.....,.,....,.... 115 XXXI. — Mulieres forme triplicis. ............... 117 XXXIL Gens cui plante retro curvatæ. ...... e. 118 XXXIII . Montium igneorum incolæ...,...,...... 120 XXXIV. De Caco........... RA RAMS OM UE 121 XXXV. De quodam monstro, nautis inimico....... 124 XXXVI. De hominibus nigris, immensis et anthropo-
DIAPIS. 2oaz ecol RP es 136 XXXVII. De quibusdam monstris immanibus in sta- |
T 128 XXXVIII. De Proteo.............. TE 130 XXXIX. Homines quorum oculi sicut lucernis jacent. 132 XL. De Mide.......... Pm 133 XLI. De Gorgonibus.. .. . liso Ue uas doe cales 135 XLII. Argus.......... ἘΠ 180 XLIII. De gente aliqua, linguas omnium nationum
loquente...... TE pou E τὸν eh 140 XLIV. De monstris Circeg terræ.....,.......... 141
XLV. De monstro quodam nocturno............ 14a XLVL Monstrosi homines, qui auribus se subster-
nunt et cooperiunt. .....,.........., , 143
XLVII. De Harpyis i. oboe eos ἐν E ERST 146 XLVIH. De Eumenidibus. ......... ἜΤ 152 XLIX. DENTS νὰ 1 once sn sense 156 L. De Tityo..........s.sesssmesssssseoss 160 LI Ægeon...,.,..... apu cena ΤῊΣ 165 LI Dracontopodes. ............... ...... 168 LIIL De Minotauro................ TP 170
LIV. De Eryobaoios r0 eere opes 174 a.
SOMMAIRE. I
S3SBBBH FRÉSASAERT
SOMMAIRE.
Gigantes, quibus omnia maria.pedum gres-
sibus transmeabilia.. .............. vi De geminis Aloidibus.................. De Orione. «62. da REPE VAS s
Quelques énumérations tératologiques indi- quant les sources. ..................
PARS ALTEBA : DE BELLUIS.
De bellua Leme.. .......... ΤΠ. Hippopotami......... T De bestiis quibusdam fabulosis prope mare
De Cerbero..... TP EET Weg
Formice aurum servantes... ...... Mass
Bestia dens tyrannus vocata. ............ ;
Hippopotami fugaces...........,......,
Psg. 126 185
189 195
197 200
201
SOMMAIRE. Y
Car. τὶ Peg XVIII Leopardi. i certe ree Re et 289 XIX. Canes cærulei in mari Tyrrheno. ......... 291 XX. De quibusdam bestiis nocturnis. ......... 292 XXI De Nilo....... ———— M — 294 XXII De quadam bestia Indie, inter omnes belluas "
IPS 21 vov) eeu ἐν ρων ον 296 XXI Antholops........................... 299 XXIV Fluminis Euphratis crocodili.... ....... 303 XXV i T 305 AVI. | DeGinge i4 suomi 306 XXVII — Bipedes equi in mari Tyrrheno....,...... 3o8 XXVII — Mures vulpium statura. ................ 309 XXIX. De monte altissimo feris fecundo. ........ 813 XXX. Celestices; se: osa eb CEN Ae P 314 XXXI. De genere quodam. maritimo ab hominibus
ac fems genito. νυ scs ER SERES 317 XXXIIL. — /Eete regis tauri flammantes............. 323 AXXIIHL — De Indorum belluis quibus cauda duplex... 3235 XXXIV. De Lernæo angue. .............,...... 326
I. LETTRE D'ALEXANDRE LE GRAND
A OLYMPIAS ET A ARISTOTE SUR LES PRODIGES DE L'INDE. AVEC LA TRADUCTION: FRANCAISE.
D'après le manuscrit grec de la Bibliothèque du Roi, n°113 du supplément. .................,.... 333 D'après le manuscrit grec de la Bibliothèque du Roi, ἢ ρθη sereine nos δ φανόν» 5A
VI
SOMMAIRE.
III. MERVEILLES D'INDE, PAR JEHAN WAUQUELIN. .
XXIII.
XXX. XXXI. XXXVI. XXXVII.
LV.
LVI.
SECONDE PARTIE.
Comment Alixandre se mit au sieuwre Porus qui s'estoit retraix es desers. ...... a Comment Alixandre pardi pluiseurs de ses chevaliers par les dragons, serpens, escor- pions, avecq aultres bestes merveilleuses. Comment Alixandre se combati as lyons blans, et grans commé corps de toriaux, puis as pors qui avoient gráns dens comme d'un coute de lonc, à. hommes et à femmes sauvaiges qui avoient VI mains et à une aultre terible heste qui avoit 111 cornes.. Comment Alixandre trouva des grans mer- veilles, quant il vint ens es desers d'Inde. Comment Alixandre desconfy pluiseurs olifans grans et oribles. Item femmes velues, cor- nues, et moult d'aultres choses effrayables. Comment Alixandre se combati as ghayans, et comment il trouva 1 homme sauvaige..
Comment Alixandre fist ardir le sauvaige
Comment Alixañdre se combati as serpens, quy avoienf une esmeraulde ou frongq, et aultres bestes qui avoient testes de porcs senglers et piaulx de lyon............. Comment Alixandre trouva fammes qui font tant gesir les hommes à elles que l'ame leur yst du corps; et puis comment il wouva les coulombes Ercules. .........
Pag.
380
387
393
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407 413
417
Aaa
SOMMAIRE. vi
Car. Pag. LXII. Comment Alixandre desconfyt bestes qui avoient une corne agüe ou froncq. Com-
ment aprez il se combaty as dragons qui .
ont cornes de mouton................ 3o LXIH. Comment Alixandre se combaty as gens qui avoient tétes come de chevel, et gettoient fumiere par la bouche, et depuis as ghayans
qui n'avoient que ung œil enmy le froncq. 433
LXIV. Comment Álixandre trouva une maniere de | gent de couleur d'or, et avoient les yeulx et la bouche enmy le pilz, et puis com- ment il se combaty as bestes samblables à chevaulx, fors tant que elles avoient piez
IV. PROPRIETEZ DES BESTES
QUI ONT MAGNITUDE, FORCE ET POUOIR EN LEURS BRUTALJTEZ.
La propriete des dragons. ..... jangaulaPe bM Bla De la propriete des serpens qui furent trouvees ou fleuve Gagey. idees tisse πα τ ὦ ee. 456 La propriete du busglé: is evo ws Sada 466 La propriete des satires. ...................:... 470 La propriete des griffons. .................,..... 484 La propriete de l'elepkant et nature d'iceluy......... ági . La propriete du chameau........... deutet eds 502 La propriete du dromadaire., ................... 907 La propriete du camaleon. ..,.:............4.... 5og La propriete de l'ourx.................... esse 513
La propriete du tigre............ T 523
VIII SOMMAIRE. Psg.
La propriete et nature du serpent i cae beu .... 846 La propriete de l'escropion. ..................... 534 Du serpent bazillic.............,....,.......... 940 La propriete du lyon. .... (Ova eau p Ri ba a ' 546 La propriete du leopard....,.......,.,..,....... 554 La propriete du tragelaphe. ..........,...,...... 557 La propriete de la licorne..................... e. 999 Table générale et alphabétique des matières. ........ 569
À MONSIEUR LE BARON
ALEXANDRE
DE HUMBOLDT,
MEMBRE DE L'INSTITUT.
MoNsiEUR LE ΒΑΒΟΝ,
Le titre de membre de l'Institut est le seul que vous admettez à accompagner ici votre nom. Je dois donc supprimer tous les autres, et ne pas vous rappeler autrement une gloire dont le retentissement continu vous rendrait peu sensible au surcroit d'un aussi faible hommage. Mais vous accueillerez encore avec bienveillance, Monsieur le Baron, l'expression d'une recon- naissance profonde pour votre bonté; pour avoir permis que l'illustre nom de Humboldt, devant lequel se taisent les rivalités scientifiques, re-
commandát au monde savant un travail honoré de votre suffrage, un auteur fier de votre pro- - tection.
Je suis avec le plus respectueux dévouement, '
Monsieur le Baron,
Votre trés-humble et trés-obéissant serviteur,
J. BERGER DE XIVRET.
Paris, décembre 1835.
PROLÉGOMENES.
$ I.
SOUS QUELS ASPECTS SE PRÉSENTE LA TÉBATOLOGIE DANS ; L'ANTIQUITÉ.
Employé seul, le mot tératologie, qui n'est pas.un terme composé moderne, mais qui vient du grec τερατολογία, offre un sens beaucoup plus général que l'expression , traité de la monstrewsité. Cette dernière idée ne pourrait être ren- due avec précision par le mot tératologie qu'en le mo- difiant ainsi : tératologie animale de l'histoire naturelle. Aussi M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, en construisant l'édifice entier de la science fondée, en quelque sorte, par monsieur son père, abandonne le mot tératologie et même celui de monstruosité, pour l'expression parfaitement juste, anomalies de l'organisation.
Les tératologues anciens, dans l'acception la plus gé- nérale de ce mot, sont bien loin d'avoir eu un but aussi élevé que celui de porter un jour nouveau dans la philo- sophie des sciences. Ce qui nous est parvenu de notions
xu PROLÉGOMÈNES.
sur ces écrivains et ce qui reste de leurs ouvrages prouve que leur but était surtout d'exciter létonnement par la réunion d'un grand nombre de faits extraordinaires; et ils accueillaient ces faits avec trop d'empressement pour étre sévéres sur leurs sources. Le merveilleux tient donc la plus grande place dans les notions tératologiques que nous a laissées l'antiquité.
Par merveilleux j'entendrai ici ce qui est dà aux fictions de l'imagination. Or les fictions les plus bizarres et méme les plus absurdes sont des composés menteurs d'éléments vrais et pris dans la nature; sans cela il n'y aurait pas moyen de les faire comprendre ni méme de les énoncer.
Distinguer ehsuite le merveilleux complet, de la vérité plus ou moins altérée par les fictions de l'imagination, n'est pas chose facile. Deux écueils y sont à éviter : celui de ne vouloir rien croire, et celui de vouloir tout justifier : «Il y a, dit La Bruyère (1), des faits embarrassants affirmés par des hommes graves qui les ont vus, ou qui les ont appris de personnes qui leur ressemblent : les admettre tous ou les nier tous parait un égal inconvéniént; et j'ose dire quen cela comme en toutes les choses extraordinaires, et qui sortent des communes régles, il y a un parti à trouver entre les âmes crédules et les esprits forts. »
Cette direction, suivie souvent avec succès par la cri- tique dans ces derniers temps, a eu pour résultat de rac- courcir la liste des menteurs. Beaucoup de prétendus mensonges ont été reconnus pour des vérités altérées par des circonstances étrangères à celui qui les transmettait.
(1) Caractères, chap. xtv.
PROLÉGOMENES. XII
Hérodote, dont Bochart n'avait pas craint de dire : « Hero- dotum splendide mentientem(1), » estaujourd'hui presque entiérement réhabilité; on a méme tenté l'entreprise plus difficile de réhabiliter la véracité de Ctésias. Mais ce genre d'entreprise est glissant. Si, pour reconnaitre un fait réel dans un récit qui a toutes les apparences d'une fable, on se contente de légéres similitudes, de rapprochements éloignés, l'on n'établit rien de solide et l'on s'expose à substituer une erreur à une autre. Nous ne faisons pas ici une supposition. Des tentatives de ce genre ont eu lieu; le goüt des explications à toute force est quelquefois méme devenu une manie : ces interprétes que rien n'arréte, plu- tót que de rejeter certains prodiges, ou tout au moins de suspendre entièrement leur jugement, ont hardiment et gratuitement attribué à des personnages d'une haute anti- quité les découvertes les plus subtiles de la science mo- derne, jointes à l'adresse des plus adroits prestidigitateurs. Ils ont supposé de plus que certaines expériences qui ne . réussissent dans les laboratoires de nos savants qu'avec des précautions infinies, et toujours en de trés-petitas pro- portions, étaient exécutées en place publique, sur une vaste échelle et avec la plus grande facilité. Tout peut sexpliquer avec de telles suppositions.
L'autre écueil indiqué par La Bruyére, celui de tout nier, avait précédé celui des explications forcées. C'était en général, il nous semble, la tendance du siécle dernier. Les progrés immenses faits de nos jours dans plusieurs sciences d'observation ont appris à ne pas nier si vite.
(1) Hierozoic., part. IT, 1. VI, c. ut, p. 811.
xiv PROLÉGOMÉNES.
Plus la science grandit, moins elle est dédaigneuse. On y regarde à deux fois avant de répondre à l'évidence: « Cela ne peut pas étre, donc cela n'est pas. » Car souvent un fait palpable ainsi nié, parce qu'on n'avait pas apercu son rap- port avec le principe, y a été rattaché plus tard, quand de nouveaux progrès ont fait connaître des rapports nouveaux.
Ces décisions trop promptés sont le défaut de beaucoup de personnes qui adorent en quelque sorte les mystères scientifiques sans y étre initiées, et par le seul retentisse- ment de leurs étonnants résultats. C'est une chose à re- marquer que cette confiance absolue dans l'autorité de la science, de la part d'hommes qui y sont étrangers. Telle vérité positive, mais qui contrarie les rapports de nos sens, est universellement admise, quoique un petit nombre de savants em connaissent la démonstration et les preuves. Pour le public qui l'admet ainsi sur leur autorité, ce n'est réellement que de la fói dans une croyance qui a le carac tère attrayant du merveilleux.
, Au nom de ces articles de foi, un public demi-savant, qui cónnait le gros des résultats, rejette comme des rêve: ries tout ce qu'il n'y trouve pas conforme. Dé là, bien des jugements téméraires et présomptueux : comment faire avec justesse l'application de vérités dont on ne connait que le simple énoncé ?
«Les anciens, dont le génie était moins limité, dit Buffon (1), et la philosophie plus étendue, s'étonnaient moins que nous des faits qu'ils ne pouvaient expliquer ; ils voyaient mieux la nature telle quelle est. » Buffon ajoute
(1) Histoire naturelle. De l'homme.
PROLEGOMÈNES. Xv
que « ce qui n'était pour eux qu'un phénomène, est pour nous un paradoxe, dés que nous ne pouvons le rapporter ànos prétendues lois. » Je suis bien loin cependant de pré- tendre opposer jamais leur témoignage aux véritables lois naturelles, conquête légitime de la science. Mais pour eux, privés de plusieurs lumières que nous devons à l'avan- age d'être venus plus tard, ils avaient adopté un scepti- cisme général, trés-convenable alors. Le mot de Socrate: Je ne sais qu'une chose, c'est que Je ne sais rien, paraît avoir été le principe du savoir chez les anciens, quelque para- doxale que semble une telle assertion. L'esprit; au lieu de se reposer majestueusement dans la vérité, était sans cesse apité par une curiosité. vague, qui recueillait de tous côtés une ‘foule d'observations et de récits dé tout genre, quekques-uns.vrais, le plas grand nombre sujets à révision, plusienrs: évidemment absurdes. lH faut employer avec sobriété le mot de croyance, en parlant des écrivains an- ciens, la plupart sceptiques et donnant avec indifférence alteraativement des preuves du pour et du contre; tandis qu'une opinion arrêtée se fait trop souvent reconnaître par sa partialité dans le triage des faits. C'est peut-être trans porter les idées des modernes aux anciens, que de dire comme Larcher : « Hérodote était trop sensé pour ajouter foi à.ce que lui racontésent les Libyens (1). » Au lieu d'ad- mettre ou de rejeter absol&ment telle ou telle chose, Hé- rodote était probablement plus disposé à penser comme Socrate: je ne sais pas, et voyait, au lieu d'évidence ou &
(1) Note 38 sur l'Hist. de l'Inde de Ctésias. T. VI, p. 368 de la traduction d'Hérodote.
Pd
Ivi PROLÉGOMÉNES.
d'absurdité, un degré plus ou moins grand de vraisem- blance.
« Combien de choses, dit Pline, paraissaient impos- sibles afant qu'elles eussent eu lieu! La force et la ma- jesté de la nature est, à chaque pas, incompréhensible pour qui l'xamine par parties, au lieu d'en embrasser l'en- semble (1). » On aurait pu lui répondre: mais qui estce qui peut embrasser l'ensemble? Saint Augustin a abordé cette grande question d'une maniére sublime : « Dieu, dit-il, créateur de tout, qui sait en quel temp et en quel lieu chaque chose doit étre créée, et qui comprend 1a beauté de l'univers, sait y faire concourir la ressemblance ou la diversité de toutes ses parties ; mais celui qui ne peut voir l'ensemble est choqué de l'espèce de difformité de telle partie dont il n'apercoit pas le rapport et le concours (2). » Montaigne a reproduit cette pensée de saint Augustin, sans le nommer, et l'a développée avec son grand sens habituel, dans un passage de ses Essais, cité avec admiration par M. Geoffroy Saint-Hilaire(3), et qui se termine par ces mots: € Nous appelons contre nature ce qui est contre la coutume. Rien n'est que selon elle, quel qu'il soit (4). »
Le systéme de vérification attentive, également distant
(1) «Quam multa fieri non posse, priusquam sint facta, judican- tur? Naturæ vero rerum vis atque majestas, in omnihus momentis fide caret, si quis modo partes cjus ac non totam complectatur animo.» Hist. nat., 1. VII, c. 1.
(2) De Civit. Dei, 1. XVI, c. vin. — Voyez ci-après, p. 206, le texte de ce passage. é
(3) Principes de philosophie zoolog., p. 1 26.
(4) Essais, 1. II, c. xxx.
PROLÉGOMENES: XVII
des deux écueils que nous avons signalés, a déjà découvert plusieurs faits intéressants d'histoire naturelle sous d'an- Gennes traditions tératologiques, auparavant reléguées parmi les fables. Cette étude peut ainsi offrir quelquefois une utilité immédiate. Mais les traditions tératologiques se rapportent à d'autres sciences quà l'histoire naturelle. '' Parmi ces autres sciences, la principale est la mytho- lgie. L'extraordinaire avait sa place marquée dans ce polythéisme , dont le Panthéon s'ouvyait à tout ce qu'une passion quelconque désirait diviniser. Les centaures, les satyres, les cyclopes, les géants, les tritons, les sirénes et tant d'autres étres monstrueux sont mythologiques. Ici, cette investigation des faits réels, que nous avons con- seillée, se trouvera quelquefois en opposition avec la sym- bolique; mais nous dirons que, relativement aux tradi- tions les plus antiques, cette derniére science nous parait souvent peu admissible. À un âge d'érudition et de subtilité appartiennent surtout ces interprétations de symboles et dallégorie, qu'il faut craindre de trop multiplier dans la théogonie primitive. La méthode explicative de Paléphate, deServius, qui rapportent plutót à des faits naturels et isolés l'origine de beaucoup d'anciens mythes, me parait préférable à celle des néo-platoniciens, qui ne font pas' grâce à une seule fable de sa signification prétendue mystérieuse et allégorique, du sens d'en haut (1), suivant leur ambitieuse expression. |
(1) 'H ἄνω θεωρία. — Nous ne parlons ici que des abus qui ont äté faits de ce genre d'interprétation. M. Emeric David a bien voulu sous communiquer l'opinion qu'il s'est formée, par une étude profonde
b
XVII PROLEGOMENES.
Il faut ajouter cependant que les Grecs exagérérent l'in- terprétation par les faits naturels, systéme qui donnait une teinte d'esprit fort à ceux qui l'adoptaient. M. Lobeck, dans le second livre de son Aglaophamus, a réuni un assez grand nombre d'exemples de ces interprétations, pour prouver qu'on en avait beaucoup abusé. «Si trois ou quatre fables, dit-il, peuvent s'expliquer ainsi, il en reste une quantité innombrable qui se jouent de toute la péné- tration des interprétes (1). » M. Lobeck nomme parmi les plus anciens auteurs qui avaient adopté ce système, Hé- catée de Milet, Hérodore d'Héraclée, Hérodote, Éphore, Philochore, Denys de Milet, surnommé Scytobrachion, Denys de Samos.
Mais un exemple assez curieux de lhistoire moderne doit faire hésiter, avant de rejeter plusieurs explications naturelles dela mythologie, comme mesquines et rétrécies, en comparaison des brillantes théories de la symbolique. « Les Espagnols, dit Ameïlhon , durent les progrès rapides qu'ils firent dans l'ile de Mindanao, l'une desPhilippines, à une crainte puérile dela part des habitants de cette íle. Ces insulaires voyant que les Espagnols avoient au cóté une longue épée, se nourrissoient de biscuit de mer et fu-
de la mythologie, au sujet de ces êtres mixtes : c'est que les hommes les plus éclairés de l'antiquité, sans croire à l'existence matérielle de tels étres, y voyaient certaines idées de symboles traditionnels, éta- blies, sinon dés l'origine, au moins fort anciennement, et qui don- naient à ces composés menteurs une véritable existence de convention, dont la signification était généralement comprise, sans Ja moindre équivoque.
(1) «Si tres aut quatuor fabulm hoc modo explicatæ fuerint, innu-
PROLÉGOMENES. as
moient du tabac, les prirent pour des monstres redoutables qui-avoient une queue, qui mangeoient des pierres et qui vomissoient de la fumée (1). »
L'observation de quelqu'une des anomalies de l'organi- sation, dont MM. Geoffroy Saint-Hilaire forment aujour- d'hui une vaste science, aura-t-elle contribué à l'origine de certains êtres des traditions tératologiques ? C'est un point de vue nouveau. Toujours estil que plusieurs titres de leur classification se rapportent à des êtres mixtes de la mythologie. Avec plus de probabilité encore pourra-ton appliquer un tel rapprochement à certains peuples imagi- naires dont les tératologues anciens ont fait mention, tels que les Acéphales, les Astomes, les Arrhines, les Monom- mates ou Monophthalmes, les Tétrapodes, les Tétrachiro- podes, les Monocoles, les Sciapodes, les Cynocéphales, les Hémicynes, les Macrocranes, les Sternophthalmes , les Himantopodes, les Himantoscèles, les Otolicnes, les Mo- notocétes , les Opisthodactyles et autres.
Si du spectacle at£ristant des monstruosités, nous pas- sons aux riantes productions de l'art, nous trouverons que la tératologie ancienne en est, en grande partie, insépa- rable. Il y a méme quelquefois entre eux une question de priorité: le monument figuré estil l'origine ou l'expression de telle combinaison tératologique? Cette question a été plus d'une fois abordée. M. Boettiger (2) a prétendu que les
merabiles aliæ restant, interpretum acumen elusuræ.» Pag. 988, ed. 1829, in-8*. (1) Hist. du commerce et de la navigation des Égyptiens sous le règne des Plolémées. Paris, 1766. Pag. ga. (1) Cité par Malte-Brun, Nouvelles Annal. des Voyag., t. II, p. 329.
b.
xxi PROLÉGOMENES.
la science qu'on pourrait appeler iérato- météorologique, . et dont les Latins paraissent avoir désigné l'objet plus particulièrement sous le.nom de ostenta. Plusieurs au- teurs, tels que Áratus, Hygin, Lydus, ont fait connaitre avec détails cette partie des opinions antiques.
On peut encore envisager la tératologie sous le point de vue purement superstitieux : cest ce que les Latins, fort riches en termes tératologiques, appelaient prodigia; et, ainsi que nous l'apprend Fronton (1), ils distinguaient le prodigium, ou signe d'un événement toujours funeste, du portentum, signe d'un événement éloigné. Ce sont les pro- digia qui tiennent tant de place dans les anciennes an- nales , dont tous les historiens anciens citent des exemples plus ou moins multipliés, et qui, pour l'histoire romaine, ont été réunis en un seul corps d'annales (2) par Julius Obsequens. |
Phlégon de Tralles, dans son petit traité des choses sur- prenantes (3), n'a emprunté à ces anciennes annales que les monstruosités humaines. Quant au traité attribué par les uns et refusé par les autres à Aristote, et intitulé: Des Récits surprenant s(4), cest un recueil qu'on intitulerait au- jourd'hui : Curiosités naturelles. Il y est question des trois régnes de la nature, mais principalement du régne animal et du règne minéral. Antigone de Caryste, ainsi que l'a
(1) «In portento differtar eventus, in prodigio detrimentum signifi- catur. » Auctorum ling. latin. 1602, in-4°, pag. 1338.
(2) Prodigiorum libellas.
(3) Περὶ θαυμασίων.
(4) Περὶ θαυμασίων ἀχουσμαΐτων.
PROLÉGOMÉNES. | XXIH
prouvé Schneider (1), avait en vue cet ouvrage et il en a suivi la marche dans ses Histoires paradoxales (2).
$1.
DES AUTBURS ANCIENS QUI ONT TRAITÉ DE LA TÉRATOLOGIE ANIMALE.
Le principal des auteurs que nous publions, et dont nous parlerons bientót avec plus de détails, s'est donné un cadre moins étendu qu'Aristote et Antigone, mais plus étendu que Phlégon ; car il a cherché à réunir des notions tératologiques prises dans tout le régne animal. Tl y a fait entrer, en court résumé, une grande partie de ce que la mythologie ou des traditions merveilleuses, étrangéres à la religion, présentent de monstres soit isolés, soit réunis en nations. En effet, la tératologie a encore dans l'anti- quité, comme nous l'avons dit, sa partie ethnographique. Une philosophie naturelle trop vague appelait méme à l'appui de cette erreur, des faits réels qui, au premier abord, nelui paraissaient pas moins prodigieux que les plus grandes merveilles. « Quel est celui, dit Pline, qui a cru à l'existence des Éthiopiens, avant d'en avoir vu? ou qui, lorsqu'il en a vu la première fois, ne les a pas regar- dés comme un prodige (3) ? »
À ces monstres, notre auteur a joint des animaux ter-
(1) Pericule critico, p. 132, sqq.
(1) Ἱστοριῶν παραδόξων συγαγωγΜ. (3) «Quis enim Æthiopas, antequam cerneret, credidit? aut. cui
- XXIV PROLÉGOMENES.
ribles qui, aux yeux de la nature, n'ont rien de mons- trueux. Fronton définit les monstres « des étres dans les- quels l'ordre régulier de la nature estinterverti (1). »Quant au sens général du mot monstrum, auquel répond exacte- ment le mot francais monstre, on connait la variété de ses acceptions, qui toutes impliquent l'idée d'un objet extraor- dinaire en mauvaise part : d'où sy joint l'idée de terreur. Ainsi l'on applique ce mot à un animal terrible, comme un tigre. Plusieurs détails de notre auteur, dans cette partie de son travail, rentrent dans la zoologie pure. Quant aux étres monstrueux qui n'ont rien de réel ou du moins dans lesquels la réalité est défigurée, ils tiennent, comme nous l'avons dit, ou à la religion ou à des récits diverse- ment accrédités par le goüt du merveilleux, et transmis comme traditions.
Les prophètes lie, Jérémie et Éréchiel, dans les terribles anathémes de leurs éloquentes prédictions, nomment plusieurs étres monstrueux, dont les Septante et saint Jeróme ont traduit les noms par des mots em- pruntés aux superstitions helléniques et latines. Bochart , en examinant ces passages avec toute Ja richesse de son érudition, a prouvé que les prophétes voulant frapper limaginatien des peuples, indiquaient Jà des fantômes effrayants et non des êtres réels, Ce sdvant critique a touché , à cette occasion, un des points de rapprochement les plus féconds entre l'Orient et l'Occident, en signalant
non miraculo est, quum primum in notitiam venit?» Hist, nat., ]. VII, C. I.
(1) «In monstro rectus ordo naturæ vertitur.» Lieu cité.
PROLEGOMENES. xxv
les modifications que subissent les merveilles tradition- nelles dans le passage d'une civilisation à l'autre. Je n'ai pas les connaissances nécessaires pour aborder ce côté de la question qui, à lui seul, fournirait matiére à de vastes et importantes recherches. Mais celles de Bochart m'au- torisent à voir dans ces expreseions de saint Jérôme, saty-
rus, lamia, onocentaurus, fatuellus ficurius...., des équiva- lents dont les termes, empruntés à la miythologie: peuvent y étre rapportés en toute süreté.
Bérose, dans le premier livre de son Histoire de Chal- dée, a donné (1) sur les anciennes traditions tératologiques ‘des Chaldéens, des notions dont M. Raoul Rochette (2) a fait ressortir l'importance sous le rapport de l'art; nous hasardons ici une traduction de ce morceau curieux :
« On dit quil fut un temps où il n'y avait que de l'eau et des ténèbres. Il s'y engendrait des êtres monstrueux, ayant leurs natures particulières : des hommes avec deux ailes, quelques-uns avec quatre; d'autres à deux visages ; d'autres ayant un corps et deux têtes, d'homme et femme, et un double organe générateur, également des deux sexes. ll y en avait à jambes et cornes de chèvre; ceux-ci étaient à pieds de chevaux, ceuxrlà chevaux par derrière, et hommes par devant, comme on représente les hippocen- taures. Il s'engendrait encore des taureaux à tête d'homme, des chiens à quatre corps se terminant en queue de pois- son, des chevaux à téte de chien, d'autres animaux
(1) Page 49, sq., de l'édition de M. Richter. — Voyez ci-après, p 201, sq., le texte entier de ce passage important. (3) Dans son Cours d'archéologie en 1835.
xxvI PROLÉGOMÈNES.
ayant des têtes et des corps de chevaux avec des queues de poisson, et mille formes diverses de bêtes. En outre, des poissons, des reptiles, des serpents, et quantité d'ani- maux merveilleux qui se transformaient réciproquement en la figure les uns des autres, et dont les représenta- tions sont sculptées dans le temple de Bel. »
Beaucoup d'auteurs grecs, dont plusieurs sont trés- antérieurs à Bérose, avaient écrit sur les traditions de la tératologie hellénique. Ils sont cités dans beaucoup d'en- droits, mais nulle part d'une maniére plus précise et plus détaillée que dans ce passage d'Aulu-Gelle :
« À mon retour de Grèce en Italie, je débarquai à Bnin- des. Aussitôt hors du navire, je me mis à parcourir ce port célébre que Q. Ennius, par une expression un peu détour née, mais trésingénieuse, appelle rapide (præpetem) (1). Ayant aperçu des tas de livres exposés en vente, je men approchai bien vite avec avidité : c'étaient tous livres grecs, pleins de fables et de prodiges ; les récits étaient inouis, incroyables; les auteurs, des écrivains anciens dont le nom n'est pas de pen d'autorité : Aristée de Pro- connése, Isigone de Nicée, Ctésias, Onésicrite, Polysté- phanus, Hégésias. Les volumes étaient souillés d'une poussiére d'ancienne date, et avaient un air de délabre- ment et de saleté. Je m'en approchai pourtant et en de- mandai le prix. Je fus tout surpris d'un bon marché que je n'espérais pas, et j'eus pour peu d'argent un assez grand nombre de livres. Je les parcourus tous pendant les deux
(1) Par allusion, sans doute, à la forme du port, dont Strabon dit (1. VI) : Eorxéreu κέρασιν ἐλάφου TO σχῆμα...
PROLEGOMENES. xxvi
puits suivantes, et je pris note, en lisant, de plusieurs pro- diges dont nos auteurs n'avaient pas parlé. Je leur donne place dans ces commentaires pour que mon lecteur ne resle pas au sujet de ces choses-là dans une complète igno- rance ( rudis omnino, et &»nxoot) (1). »
Les faits qu'il cite aprés cela sont tous dans les auteurs que nous publions, et nous les avons rapprochés, chacun en son lieu.
Aux tératologues anciens cités par Aulu-Gelle, il faut ajouter ceux que nomme Strabon (2) ; ce sont Onésicrite, déjà nommé par Aulu-Gelle, plus Déimachus, Mégasthène et Néarque. Jean Tzetzés, dans sa vr chiliade (3), où il a rassemblé un grand nombre de notions sur [68 tératologues anciens et sur les sujets de leurs récits, nous donne, entre autres noms qui ne sont pas dans les deux énumérations pré- cédentes, Alexandre, Sotion, Agathosthène, Antigone, lam- bule, Eudoxe, Hippostrate, Ácestoridés , Phérénicus, Phi- lostéphanus (4), Simmias, Hieroclès. Élien (5) cite quatre vers du livre d'Empédocle sur la nature des animaux ; on y
(1) Noct. Attic., L IX, c, 1v. — Voyez ci-après, p. 203, le texte de
ce passage. (2) Geogr., 1. I, p. 43 et 70, ed. Cas., 1620. V. ci-après, p. 202, sq. (3) Hist. cxurv. Voyez ci-après tout le passage, p. 214 et suiv. (4) À moins qu'il ne faille lire, comme dans Aulu-Gelle, Polysté- phanus.
(5) Πολλὰ μὲν ἀμφιπρόσωπα, καὶ ἀμφίστερνα φύεσθαι Βουγενῆ, ἀνδρόπρωρα, τὰ δ᾽ ἔμπαλιν ἐξανατέλλειν ἈΑγδροφυὴ βουκρανα" μεμιγμένα τὴ μὲν dx ἀνδρῶν,
, Τῇ δὲ γυναικοφυὴ σκιεροῖς ἡσκημένα γυίοις.
Apud Ælian., De Arumal., 1. XVI, c. xx1x. Voyez sur cet endroit la
xxvili PROLÉGOMENES.
voit que ce savant fameux n'avait pas négligé la téra- tologie dans ses investigations de la nature. Parmi les ouvrages d'Aristote qui sont perdus, il y avait une histoire des animaux merveilleux ; il n'est pas de perte plus re- grettable dans le sujet qui nous occupe. Juba, ce roi savant, courtisan couronné d'Auguste, avait composé un ouvrage qui, d'aprés les fréquentes citations dePline, devait rouler principalement sur ces matières.
Ctésias dans ses Indica peut nous donner quelque idée du genre de ces auteurs, dont nous croyons apercevoir des traces assez claires chez plusieurs poétes.
Eschyle fait dire à Io par Prométhée(1) : « Lorsque, fran-
note de M. Iaoobs, t. II, p. 555, pour le parti que M. Boettiger a tiré de ces vers.
() Ὅταν περάσης ῥεῖθρον ἡπείρων opor, Πρὸς ἀντολαὶς φλογωπὸὶς ἡλιοσηι(εῆς Ilólov περῶσα φλοῖσξον, £a ἀν ἐξίκα Πρὸς Γοργόνεια a&dYa, Κισθώης, ἵνα Αἱ Φορκίδες ναίουσι dWratad κόρα; Τρεῖς κυχνόμορφοι, κοινὸν ὃμμ’ ἐχτημέναι, Μονόδοντες, αἷς οὐθ᾽ ἥλιος προσδέρκεται Ἀκτῖσιν, οὔθ᾽ w νύκτερος μιίνη ποτέ. Πέλας δ᾽ ἀδελφαὶ τῶνδε τρεῖς κατάπίεροι, Δρακοντόμαλλο! Γοργόνες porosluytis, Ἂς θνητὸς οὐδεὶς sioidiy ἕξει aod. Τοιοῦτο μέν σοι τοῦτο φρούριον λέγω. Ἄλλην δ᾽ ἄκουσον δυσχερῆ θεωρίαν' ᾿Οξυσήόμους ydp Ζηνὸς ἀχραγεῖς κύνας Γρύπας φύλαξαι, τόντε μουνῶπα στρατὸν Ἀρισμασπὸν ἱπποξαμον), οἷ χρυσόῤῥυτον
PROLÉGOMÈNES. XXIX
chissant la mer mugissante, tu auras passé le détroit qui borne les deux continents, tu t'avanceras vers les portes flamboyantes du soleil, jusqu'aux champs gorgoniens de Cisthine, oà demeurent les vieilles filles de Phorcys, trois sœurs au visage de cygne, qui n'ont qu'une dent et un cil en commun, et que jamais n'ont apercues les rayons du soleil ni l'astre de la nuit. Prés d'elles sont leurs trois autres sœurs, les Gorgones eilées, monstres abhorrés des humains; leur. tête est hérissée de serpents; qui les envisage expire à l'instant : je tavertís du péril. Plus loin, autre spectacle effrayant, sont les gryphes à la gueule pointue, chiens muets de Jupiter : il faut t'en garder. Évite aussi ces guer- riers qui n'ont qu'un œil, les Arimaspes toujours à cheval, habitants des rives du Pluton, qui roule de l'or dans ses flots. De là tu passeras dans une terre éloignée, chez un peuple noir, fixé proche des sources du jour, aux lieux d'où sort le fleuve d'Éthiopie. » (Trad. de la Porte du Theil.)
Lucrèce, après avoir démontré l'impossibilité des com- posés monstrueux, mous indique par la conclusion de sa réfutation, comment on prétendait expliquer leur exis: tence (1) : « Supposer que de tels êtres puissent avoir reçu
Oixovoir ἀμφὶ νᾶμα ἸΠλούτωνος "πόρου" Τούτοις σὺ μὴ πέλαζε. Τηλουρὸν δὲ γὴν Ἥξεις xsxaurór φῦλον, οἱ πρὸς ἡλίου Naijovei πηγαῖς, ἔνθα ποταμὸς Αἰθίοψ. Prometh. , v. 799 » 8qq. (1) Quare etiam tellare nova cœloque recenti Talia qui fingit potuisse smimalis gigni , Nixus in hoe uno novitatis nomine inani , Multa licet simili ratione effutiat ore.. ... De re». Nat., À V, v. 905, sqq.
xx PROLÉGOMÈNES.
l'existence de la terre et du ciel encore nouveaux, en sap- puyant seulement sur ce terme insignifiant de nouveauté (novitatis), c'est autoriser mille réveries semblables. »
On voit que ces fictions avaient entièrement perdu leur caractère religieux, lorsque Ovide en emploie l'énuméra- tion comme comparaison pour désigner une chose im- possible (1). « Je croirais plutót à la téte de la gorgone Mé- duse, entourée d'une chevelure de serpents, à cette fille qui porte une ceinture de chiens, à la Chimére qui nous offre une lionne, séparée par des flammes d'un affreux serpent; à ces quadrupédes dont la poitrine se confond avec une poitrine hymaine, à ce chien, à cet homme com- posés d'un triple corps, aux Sphinx, aux Harpyes, aux Géants dont les pieds sont des serpents, aux cent mains de Gygés, à ce monstre moitié homme et moitié taureau; je croirai plutót à tout cela qu'à l'oubli de ton amitié. »
Nommer tous les poétes qui avaient parlé de ces tradi- tions tératologiques , inséparables de la mythologie et des croyances des peuples auxquels sadressaient leurs vers, . ce serait passer en revue toute la poésie des deux langues classiques, à commencer par Homére qui fait mention de
ὌΝ Credam prius ora Modus Gorgonis anguineis cincta fuisse comis; Esse canes utero sub virginis ; esse Chimeram, À truce que flammis separet anguo leam ; Quadrupedesque hominum cum pectore pectora junctos ; Tergeminumque virum, tergeminumque canem; Sphingaque , et Harpyiss, serpeatipedesque Gigantes ; Centimanumque Gygen, semibovemque viram... Hec ego cuncta prius, quam te, charissime, credam Mutatum curam deposuisse mei. Trat., 1. JV, eleg. 111. v. 21,5qq.
PROLÉGOMÈNES. ΧΧΧΙ
la Chimère, de Scylla, des Sirènes, des Cyclopes, des Géants, etc. Hésiode ensuite donne une grande extension au même sujet dans sa Théogonie, source féconde d'où sont sortis tous les mythographes, savants interprètes, quelquefois trop ingénieux, de.cet innombrable enchainement de divinités corporelles. Tels sont ce qui nous reste de la Bibliothèque d'Apollodore, les Fables d'Hygin, traité de mythologie fort complet, Paléphate dans son traité des Choses incroyables, dont Virgile a dit :
Docta Palæphati testatur voce papyrus (1),
et qui s'est attaché principalement, comme nous l'avons remarqué, à donner des explications naturelles de ces merveilles. Il a été imité presque servilement par Héra- clite de Sicyone et par un anonyme beaucoup plus récent, comme l'observe Léon Allatius leur éditeur (2). Leurs traités sont intitulés de méme περὶ ἀπιστῶν.
: Le plus savant des mythographes, Servius, est con- temporain de ces illustres péres de l'Église qui alliaient des connaissances encore plus étendues que les siennes à l'éclaircissement et à la démonstration des plus austéres vérités. Quel vaste champ pour l'immense érudition d'un: saint Jérôme, que le livre par excellence, si varié parle ton, les sujets, les époques où il fut successivement com- posé! L'Écriture sainte, entre les mains d'aussi doctes com- mentateurs , joignait au trésor de sesenseignements divins le trésor encyclopédique le plus varié. ll y a dans les écrits
(1) Ciis, v. 89. (4) Escerpt. var. Grec. sophist. ac rhetor. Roms, 1641, p. 27.
XXXII PROLÉGOMÈNES.
de ces anciens Pères une abondance d'idées, une richesse de faits qui rend leur étude nécessaire à presque toutes les sciences. La tératologie n'est pas celle qui leur est le moins redevable. Saint Augustin .nous a laissé, dans le chapitrevm du livre XVI de la Cité de Dieu (1), des notions plus substantielles sur ces matiéres que pas un des auteurs profanes qui nous sont parvenus.
$ III. DU TRAITE INÉDIT De Monstris οἱ Belluis.
Ce chapitre de saint Augustin est évidemment la prin- cipale source du petit traité de Monstris et Belluis, que nous avons découvert à la suite des fables de Phédre, dans un manuscrit du x* siècle qui, de Pierre Pithou, premier éditeur de ces fables, est passé par succession dans la fa- mille Le Péletier, et appartient aujourd'hui à M. le mar- quis de Rosanbo, chef de cette maison. En publiant textuellement, en 1830, la premiére partie de ce manus- crit qui contient le fabuliste latin, nous avons dá, dans la préface de cette édition, donner l'histoire et la descrip- tion très - détaillée de ce manuscrit; et nous avons fait suivre le texte de Phédre d'un fac simile. Sans entrer ici dans les mémes détails, nous dirons que le manuscrit de Rosanbo est un in-4° sur parchemin, d'une belle conser-
(1) Voyez ci-après, p. 205.
-
PROLÉGOMENES. xxxi
servation , et dont l'écriture ne peut étre plus récente que le x*siécle; il contient 54 feuillets dont les fables dePhèdre n'occupent que les 38 premiers. Suit, sans interruption et de la méme main, sur les 16 derniers feuillets, le traité inédit et anonyme que j'ai intitulé : De Monstris et Belluis.
H n'y a pas de titre dans le manuscrit. Les derniers
mots de la dernière fable de Phèdre finissent le feuillet 38 verso, et les premiers mots de ce traité commencent le feuillet 39 recto. Nous avons été autorisé à donner le titre: De Monstris et Belluis, d'abord par la nature et la disposition du sujet ; ensuite l'auteur lui-méme emploie fréquemment le premier mot dans la première partie et le second dans l'autre. Il commence cette dernière par la définition précise du mot bellua, et conclut la première par ces mots:« Hsec suntimmania monstra... »Il rapproche méme les deux mots ,'au commencement du chapitre xxxi, partie II : « Cum variis monstrorum et belluarum gen- tibus. » »
Le style de cet auteur sent be la décadence : il est prétentieux, ampoulé,; mêlé sas cesse de locutions poé- tiques; H présente même deux ou trois mots de la basse latinité, tels que barcam, one barque (1), vannosas aures (2), des oreilles larges comme un van. H semble au reste s'at- tacher, plus. que bes auteurs des bons temps, à varier ses formes d'élocution.
(1) De Monstris, c. XXIV, p. 124.
[1 Ibid., c. x1 vx, p. 143. L'auteur aura sans doute voulu rendre per là l'idée renfermée dans le nom dn peuple que Tzetzés appelle Droixroyc. Chil. VII, hist. cxziv, v. 631.
C
XXXIV PROLÉGOMÈNES.
On pourrait lui assigner pour époque le vi* siècle. On.— voit d'abord qu'il était chrétien par cette expression : « Ut gentiles aiunt (1). » De plus, un autre passage prouve qu'il était postérieur à l'empereur Anastase: «Indorum rex quodam tempore, quia ibi maxime nascuntur, ad regem. Roma Anastasium duos pardulos misit in camelo et ele- phante (2). » Et il n'emploie pas à cet endroit quelque ex- pression, comme: scribitur, Greci dicunt, legimus, scribunt Homani, asserunt, ut perhibent, ou autres dont il se sert habituellement : d'où l'on pourrait inférer qu'il tenait ce fait de quelque tradition moins ancienne, et qu'il éteit presque contemporain de l'empereur Anasthse, qui mou- rut l'an 518. D'ailleurs le caractère de son style, la ma- nière dont i] parle de plusieurs faits, de plusieurs croyances de l'antiquité, l'intérêt qu'il y prend encore, et cependant le vague qui les entoure déjà pour lui, semblent assez bien marquer vers cette époque le temps où il vivait.
Saumaise dit dans ses Prolégoménes sur Solin : « Une méthode tràs- fréquemment usitée fut celle de composer, de pièces et de morceaux, des recueils de faits sur. un méme sujet, espéce de centons empruntés à un grand nombre d'auteurs (3). » Nous avons vu Aulu-Gelle, dans le passage que nous avons cité en le traduisant, dire des sujets tératalogiques : « Et scriptoribus fere nostris intentata. »
(1) De Monstnis, c. xv, p. 55.
(2) De Belluis, c. v1. Voyez la note sur ce passage, p. 234.
(3) «Tralaticia et illa fuit ratio qua plerique soliti sunt ex pluri-. bus auctoribus qui eamdem materiam pertractarunt, corpus unum veluti centonem oonficere, adsutis aliquot pennis.ac particnlis ex uno- quoque. » Plinian. Exercitt., t. I.
PROLÉGOMÈNES. XXXV
Cest peut-étre ce qui a fait choisir à l'auteur de ce traité ce genre de compilation. Il a extrait des livres latins, et peut-étre grecs, qui étaient à sa disposition, tout ce qui avait rapport aux monstres et aux bétes terribles ou ex- traordinaires, et il en a composé un traité complet , divisé en deux parties bien distinctes, précédées chacune d'un avant-propos, et qui trés-probablement étaient également toutes les deux terminées par un épilogue ou conclusion. Cet épilogue dans le manuscrit ne se trouve qu'à la suite de la première partie; mais la seconde paraît tronquée : elle finit brusquement; de plus, elle n'a que trente-quatre chapitres, tandis que la première en a cinquante-neuf ou soixante; et l'esprit de régularité dont l'auteur a fait preuve dans ce petit livre peut nous faire supposer qu'il avait donné à ses deux parties à peu près la même étendue.
L'auteur nous apprend lui-même que sa première partie traite, « De his que leviore discretu ab humano genere distant, » et quele sujet de la seconde est : « Quidquid in terris aut in gurgite marino'corporis ignota et meiuenda reperitur forma. » Or, dans l'une et l'autre partie, les ma- tériaux qu'il a réunis sont de deux sortes : les uns sont des faits naturels et extraordinaires, ou merveilleux, allé- gués comme véritahles par ceux à qui il lesiemprunte; les autres sont des traditions mythologiques;
Quant aux traditions mythologiques, nous avons trouvé assez d'exactitude dans la plupart de oes petites analyses, en les comparant avec leurs sources évidentes : d'où l'on peut conclure que celles de ces fables dont on ne retrow- verait pas la source seraient aussi les extraits analytiques de quelques autres poémes de l'antiquité qui ne nous se-
C.
XXXVI PROLÉGOMENES.
raient pas parvenus. Or, si Homère, Hésiode, Eschyle, Virgile, Ovide, Lucain , Claudien n'étaient pas venus jus- qu'à nous, nous jugerions bien mal leurs fictions d'après ces misérables résumés , quoiqu'ils soient assez exacts pour le fond: parce que la forme est tout dans la poésie. D'aprés cela, s’il y a quelque tradition fabuleuse de ce traité dont on ne retrouve pas l'origine, on pourrait la considérer comme le squelette de quelque autre invention poétique des anciens. Pour comprendre le parti qu'aurait pu en tirer un poéte, il faudrait avoir son imagination et son génie particulier.
Pour le premier ordre de matériaux, à savoir les faits autres que mythologiques, nous avons indiqué leur prin- cipale source dans un chapitre de la Cité de Dieu. L'au- teur ne nomme pourtant pas saint Augustin; mais les emprunts qu'il lui fait sont évidents. Il reproduit sou- vent ses expressions, qu'il arrange seulement à sa ma- niére, en les gátant toujours. Les notions réunies par saint Augustin ont été probablement le premier fonds et comme Île noyau de cet ouvrage.
Mais l'auteur auquel notre anonyme a fait le plus d'em- prunts dans ses deux parties est Virgile. I] introduit dans sa prose les expressions du poéte, et cherche à en rendre encore plus saillante la forme poétique parles plus bi- zarres exagérations de style. Il paraît aussi, dans quelques endroits, avoir eu recours à des auteurs grecs; mais les seuls auteurs qu'il cite nominativement sont Virgile, Lu cain , et la lettre d'Alexandre à Aristote sur les prodiges de l'Inde.
PROLÉGOMENES. XIXVH
$ IV.
DES PRODIGES DE L'INDE DANS LE ROMAN D ALEXANDRE.
Cette prétendue lettre d'Alexandre le Grand à Aristote et à Olympias se trouve dans la version latine du faux Cal- listhéne, et paraît avoir été la partie la plus goütée de cette histoire romanesque, en si grande faveur dans le moyen age. Vincent de Beauvais, dans le quatrième livre de son Speculum historiale (1), a extrait la majeure partie des récits qui y sont contenus; et le texte dont il s'est servi a dà différer, en plusieurs points, de ceux que npus avons eus sous les yeux. Cette lettre se trouve aujourd'hui, non-seu- lement dans tous les manuscrits latins du roman d'Alexan- dre, dont elle fait partie, mais aussi séparément dans un grand nombre de manuscrits; et elle a été publiée ainsi dés les premiers temps de l'imprimerie. Fabricius en cite une édition du xv siècle et quatre du commencement du avr, et il ajoute que le texte grec n'en a jamais été impri- mé, en refutant l'erreur commise à cesujet par l'auteur des Pandectes de Brandebourg (2).
(1) Du chapitre Liu au chapitre rx.
(2) Après avoir parlé de plusieurs lettres attribuées faussement à Alexandre, il continue : «Idem dixeris de epistola Alexandri que de situ et mirabilibus Indiz ad Aristotelem, interprete, ut falso jactitant, Cornelio Nepote, fertur, editaque est latine (non grace, ut adfirmat auctor pandectarum Brandenburgensium) a Jacobo Cantalaunensi, com ejus ænigmatibus, in officina Jo, Gormentii, sine nota loci vel
ΧΧΧΥΠΙ PROLÉGOMENES.
J'ai trouvé à la Bibliothéque du Roi l'édition de Paris, . en date de 1537, mentionnée dans Fabricius. C'est un petit volume in-8° de 19 feuillets numérotés seulement sur le recto, ce qui fait 38 pages, dont les quatre premières sont occupées par le titre et la dédicace de l'éditeur. En voici le titre : «Alexandri Macedonis quondam illius magni regis ad Aristotelem preceptorem de rebus Indie mirabili bus Epistola, mazime vero de serpentum aliarumque ferarum immanitate, quibus, majori labore ac periculo quam Indis hominibus alioqui barbaris, extraque omnem hamanitalem, obsistendum fuit : que omnia ne vana crederentur, accesse- runt ex authoribus fide dignis loci aliquot(1) omnem scru- pulum ezculientes (2). ὦ
La lecture de ce livre ne laisse pas que d'étre attachante; la bizarrerie de ces imaginations fantastiques amuse, et l'intérêt est assez bien soutenu dans le récit des périls extrêmes auxquels sont exposés Alexandre et son armée, périls auxquels ils n'échappent que par quelques moyens imprévus. Fabricius affirme avec raison que cette lettre
anni, tum Venetiis, 1499, in-8°. — Bononie, 1501. — Paris., 1520 vel 1537, in-8°, et ad calcem quarumdam editionum Curtii, ut Basil. 1517. — Recusa est curante Andrea Paulino, qui nec de auctore ne- que de interprete dubitat, atque ideo in schola sua' Darmstadinis prelegendum discipulis suis instituit, Giesse, 1706, in-8°.» — Bi- bloth gr., ed. Harles, t. III, p. 28.
(1) Ces rapprochements, annoncés avec ume certaine importance dans ce titre, se réduisent à deux ou trois citations indiquées à ἰδ marge.
(1) Prostat Lutetie in via media Jacobea, ad cervinum cornu, sub ede sacra D. Ivonis, apud Vivantium Galterotium. Cum privile- gio, 1537.
PROLÉGOMÈNES. XXXIX n'a point été publiée en grec. Comme je l'ai dit, elle est . extraite de la version latine du Pseudo-Callisthéne.
. Àinsi que j'ai essayé de le démontrer dans une notice lue en 1834 à l'académie des inscriptions et belleslettres, et qui est insérée dans le XIIT* volume des Notices et ex- trails des manuscrits, les versions latines du Pseudo-Callis- théne sont des imitations fort libres, qui ensuite, par les altérations de leurs transcriptions successives, sont deve- nues aussi différentes les unes des autres que des textes grecs. La lettresurles prodiges de l'Inde est un des endroits les plus altérés. En effet, parmi les nombreuses lettres d'Alexandre citées dans les textes grecs, celle qui a le plus de rapport avec l'Epistola de mirabilibus Indie est infiniment plus courte, et elle ne pourrait pas fermer de méme une espéce de traité séparé.
Sil est certain que cette lettre, telle que la donnent nos manuscrits grecs, n'a pas été écrite par Alexandre, il ne l'est guére moins que ce prince écrivit une lettre sur ce sujet à Aristote ou à Olympias, et qu'elle était assez longue pour que Minucius Felix l'ait appelée insigne vo- lumen (1). Plutarque, Athénagore, Pollux, Tertullien, saint Augustin ont aussi parlé de cette lettre, qui a dà être un des monuments du zèle d'Alexandre pour lhistoire naturelle (2). Il est probable que dans certains endroits de Pline et de Strabon, οὐ le témoignage de ce roi est in- voqué au sujet de contrées orientales, il s'agissait aussi de cette lettre. Elle aura eu le sort de toute la composi-
(1) Cap. xx1. ὃ
(2) « Alexandro Magno rege inflammato cupidine animalium natu- ras noscendi , » dit Pline, Hist. nat., 1. VIIT, c. xvm (ou xvr).
AL PROLÉGOMENES.
tion romanesque dont elle fait partie, c'est-à-dire que sa rédaction , altérée dès l'époque Alexandrine pour s'adapter aux idées populaires, arriva par une suite d'altérations successives au point où nous la voyons aujourd'hui; c'est ce dont nous donnons les preuves dans la notice consa- crée à cette composition. Quant à l'opinion qui attribuait la version latine de cette lettre à Cornelius Nepos, il suf- fira du moindre extrait (1) pour montrer toute la distance de ce styleà celui de l'élégant historien romain.
Plus d'un motif nous a déterminé à publier ici le texte grec inédit de cette lettre d'Alexandre. Après les ‘échantillons que nous en donnons à la suite de la notice du Pseudo-Callisthéne (2) , ce sera un extrait de plus de cet ouvrage bizarre, et l'un des extraits qui le caractérisent le mieux. Ensuite voulant fournir à nos recherches sur les questions tératologiques, telles que nous les avons définies, un cadre plus étendu que le traité De Monstris et Belluis, le complément qui se présentait le premier et le plus na- turellement étaitla lettre sur les prodiges de l'Inde, une des sources de ce traité. Nous donnons donc cette lettre, telle qu'elle est dans le manuscrit grec du Pseudo-Callis- théne n° 113 du supplément; et comme ce manuscrit diffère assez, surtout en cet endroit, du manuscrit n°1685, nous y joignons, pour la comparaison, la lettre que donne ce second manuscrit. La Bibliothéque du Roi en posséde un troisième ; plus ancieñ que les deux précédents ; mais
(1) Nous avons plusieurs fois occasion de citer cette version latine ci-après, dans le cours de notre commentaire. (2) Notices et extraits des manuscrits, t. XIII.
PROLÉGOMÉNES. XL
ilest incomplet, et la partie où serait cette lettre manque à la fin. Quant au manuscrit de l'université de Leyde - n° 93, que nous avons eu également entre les mains(1), la lettre d'Alexandre à Olympias et à Aristote n'y roule pas sur le méme sujet, mais sur un genre de merveilles qui a quelque chose de plus oriental, comme des palais en- chantés, etc. (2). Les détails tératologiques, objet ordinaire de cette lettre dans la plupart des manuscrits grecs et latins, sont répartis là dans le corps du récit; car ces-pro- - diges sont un point sur lequel aucune rédaction n'a voulu rester en arriére des autres.
Il en est de méme dans plusieurs manuscrits inédits du roman d'Alexandre en ancien français, tels que celui qui porte le n° 7518. La lettre d'Alexandre à Aristote y est fort courte (3)-ou même y est simplement analysée. On se
(4) Voyez la description détaillée de ces quatre volumes dans les Notices et extraits des manuscrits, t. XIII, p. 198 et suivantes.
(2) Nous donnons le texte de cette lettre da manuscrit de Leyde dans la susdite notice.
(3) Elle est également plus courte dans le manuscrit grec 113 du supplément que dans le manuscrit 1685. Tous les détails qu'il y a de plus dans la lettre de ce second manuscrit sont donnés par le premier dans le corps du récit. Le manuscrit francais, n* 7518, les reproduit assez fidèlement. Nous croyons avoir démontré, dans la notice déjà citée, l'erreur de Legrand d'Aussy qui rapporte uniquement à l'A- lexandréide de Lambert li Cors tous les romans francais en vers ou en prose de l'histoire d'Alexandre. Si la plupart de ces ouvrages ont beau- coup emprunté à ce vaste poëme, ils ont pris tout le fond et d'autres détails aux textes latins antérieurs à l'Alexandréide. Legrand d'Aussy place la composition de cette épopée au milieu du xur° siècle; or, permi les textes latins de l'histoire fabuleuse d'Alexandre que posséde
la Bibliothèque du Roi, il y en a un dont l'écriture est du xi* siècle.
XLII PROLÉGOMENES.
borne à indiquer sommairement les prodiges dont l'énu. miération a été faite avec complaisance dans le corps du récit (1) : «Il fist prestement escripre ses lettres et les en- voya à.sa mere età son maitre Aristote. Par lesquelles il leur fist savoir les batailles et les travaulx que il avoit eubz en conquerrant les reugnes du monde, et ossi des manieres de geas et des bestes que il avoit trouvees par divers lieux, tant en Inde comme ens es marches d'icelles. Pour la probation duquel mandement il envoya à sa mere, par maniere de presens, des plus estranges choses que il avoit une cantite, comme gens sans teste, gens à ung piet, gens à ung œil, et aultres choses moult merveilleuses. » LXX1vir* capite.
Ce manuscrit francais 7518 , dont l'extrait sur les mer- veilles de l'Inde forme la troisième de nos publications tératologiques, est un in-folio sur papier qui portait le n° 36 dans la bibliothèque de Mazarin, d'où il est passé dans celle du Roi (2). Dans son prologue, l'auteur dit avec
(1) Legrand d'Aussy indique, il est vrai, un manuscrit français qui contient cette lettre de la méme maniére que les textes la- tins : «Il y a encore, dit-il, une histoire d'Alexandre en prose dans un autre manuscrit de la Belgique. Celui-ci, d'une belle conserva- tion, fol. p", vign. n^ 399, appartint à Charles de Croy, comte de Chimay, lequel y a mis son nom. L'ouvrage est de méme divisé en deux parties, dont la seconde est supposée d'Alexandre lui-méme, et forme une prétendue relation qu'il envoie à son maître Aristote sur ses conquétes dans l'Inde.» Notices des manuscrits, t. V, p. 131. — Tous ces manuscrits de la Belgique ayant été rendus en 1814, je n'ai pu consulter celui-là.
(2) Il y a d'abord 15 feuillets de table des chapitres, puis une mi- niature qui se trouve entre la table et le commencement du roman.
PROLÉGOMÉNES. KLHI
humilité : « Je, de ce {d'écrire cette histoire] non digue, povre et non sachant, à la requeste et principallement au commandement de tres hault , noble et puissant seigneur monseigneur Jehan de Bourgoingne conte d'Estampes et seigneur de Dourdaing etc. ay mis et fermet mon propos de mettre par escript les nobles fair d'armes , conquestes et emprises du noble roy Álixandre, roy de Macedone, selon ce que je l'ay trouvet en ung livre rimet, dont je ne sais pas le nom de l'acteur, fors quil est intitule histoire Alixandre. »
Ce Jean de Bourgognedoitétre un petit-fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne , et par conséquent un arribre- petit-fils du roi Jean. Il était né en 1415 (1). Ainsi: oe ma- nuscrit serait environ du milieu du xv* siècle. Il se termine ainsi : | « Je, qui ay ceste presente oevre composee, prye à tous
Cette miniature, d'une assez médiocre exécution, représente Durius recevant une lettre d'Alexandre. Au-dessus des personnages est l'écu de Bourgogne, surmonté de la devise : Montjoye. — Aulire n'auray. Le commencement du texte est précédé d'une pieuse épigraphe, renfer- mée dans ce vers léonin :
Assit ad inceptum sancta Maria meum.
Vient ensuite le titre du prologue : «Chy apries s'enssieuit la prologue faitte sus la geste et ystoire du noble roy Alixandre, roy de Mace- donne. »
(1) Voici ses titres, d'après | le P. Anselme : Jean de Bourgogne, comte de Nevers, de Rethel, d'Estampes et d'Eu, baron de Donzy, pair de France, chevalier de la Toison d'Or, gouverneur de Picardie, né à Clamecy en 1415, fils de Philippe de Bourgogne, comte de Ne- vers, baron de Donzy; chambrier de France.
XLIV PROLÉGOMENES.
oans(1).que se, en la deduction d'icelle,a aultre chose mains dingne que de recommandation, il leur plaise excuser ma simplesse, et benignement corigier. Et se mon nom leur plaist savoir, si prengnent la première lettre de la seconde partie du livre, laquelle est un 5 , en deschendant par les lettres capitales jusques à la xvin* qui est un w., et ainsi le polvont savoir. Par quoy il percheveront que en moy n'a mie grant parfection de tout sens: ce que il y fault, Dieu le parfache! lequel * prye que en la fin nous donist tous sa benoite glore (2)
Ces dix-huit spi initiales de la seconde partie, indiquant le nom de l'auteur, donnent Jehan Wauquelin.
Outre lelivre rimé dont il a fait mention dans son pro- logue, il cite quelquefois, dans le corps de l'ouvrage , deux autres historiens, ou plutót romanciers, francais : Vincent le Jacobin, dont il est question aussi dans le texte impri- mé (3), et Guille. Et ce ne sont pas les seules infidélités qu'il fait au poéme.
(1) Ces livres-là se lisaient ordinairement tout haut devant la fa- mille assemblée dans le manoir féodal. De là les auteurs s'adressent- ils plus souvent aux écoutants qu'au lecteur.
(2) Et au-dessous :
«Explicit le histore du bon roy Alisandre. »
(3) L'hystoire du noble et vaillant roy Alixandre le Grand, jadis roy et seigneur de tout le Monde, et des qrandes proüesses qu'il a faictes en son temps. — À Paris, pour Jehan Bonfonds, libraire, demourant en la rue Neufve Notre-Dame, à l'enseigne sainct Nicolas.
Trés-petit in-4° du temps, sans pagination ni indication d'années, avec des figures gravées sur bois. De Bure n'en fait pas mention dans sa Bibliographie instructive.
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PROLÉGOMÈNES XLV
$ V.
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DES INTERCALATIONS DE TÉRATOLOGIE NATURELLE FAITES DANS LE ROMAN D'ALEXANDRE, D APRÉS LES ENCYCLOPÉDIES DU MOYEN AGE.
Comme toute la seconde partie de notre petit traité latin a pour objet les bellue, nous avons, pour quatriéme publication , transcrit d'un ancien manuscrit de Saint-Ger- main-desPrés, contenant aussi l’histoire d'Alexandre, dif férents extraits sur les proprietez des bestes qui ont magni- tade, force et pouoir en leurs brutalitez, périphrase qui rend: parfaitement ce que l'auteur du traité de Monstris et Bel- luis entend parle mot bellue. — |
Pendant une grande partie du moyen áge , on se plut à réunir en un seul faisceau une foule ‘de notions variées. Les immenses ouvrages de Vincent de Beauvais en sont l'exemple le plus remarquable. D'autres travaux du méme genre , dont plusieurs sont restés inédits, étaient composés sur ce vaste plan et servaient de répertoire aux hommes curieux de s'instruire. Ce goût en quelque sorte encyclo- pédique se faisait sentir jusque dans des ouvrages restreints par leur sujet. Mais quelques écrivains paraitreient avoir eu déjà l'idée ingénieuse de présenter sous une forme dra- matique l'ensemble de leurs connaissances, en groupant autour d'une action, d'un méme héros, toutes cés notions diverses. Le roman d'Alexandre, le livre de prédilection du moyen áge, surtout en France, se prétáit merveilleusement
XLVI PROLÉGOMÉNES.
à servir de cadre à une telle composition. Les grandes con- quêtes de l'élève d'Aristote, son ambition pour tous les genres de gloire, tous les pays qu'il avait parcourus, et toutes les aventures incroyables que l'imagination avait ajoutée à son histoire déjà si étonríante, admettaient , sans faire trop de violence au sujet , les digressions les plus variées. Aussi dans la plupart des versions de ce roman, les auteurs paraissent-ils avoir dépensé tout leur savoir à embellir leur narration. Outre la description d'une quan- tité de pays, c'est, chez les uns , le voyage en paradis, chez les autres, la: correspondance d'Alexandre avec la reine des Amazones,, avec Dindimus ou Lyndimua, roi des Prach- manes; digressions provenant des plus anciens textes grecs etorientaux; ou hien les douze vœux du paon et les accamplissements de. retour, d'après l'Alexandréide de Lam- bert li Cors. | |
Ajasiavons-nous trouvé les détails d'histoire naturelle de notre quatrième publication dans un manuscrit de Saint Germain-des Prés, n° 138,.écrit en 1512 et.qui na _ contient pas moins de 288 feuillets, gr. in-fol.'à 2 col., surlei quel nous n'avions d'abord qu'une indication assdz vague de Legrand. d'Aussy. Après avoir parlé des manuscrits en vers du roman d'Alexandre, il en cite trois an ‘prose: « Lun, ditil, F°StG., et intitulé Histoire du tres puissant, tres.praun.et tres victorieux roy Alivandre le Granë, qui fat empereur monarçha de (pui le. monde, n'est qu'une: compi- lation des fables et absurdités des divers auteurs dont je viens de parler (1). » M. Paris a eu la complaisance de me
.« (1). Notices des manaïerits, 1. V, p. 130.
PROLÉGOMÈNES. . LL IL
chercher dans les magasins des manuscrits oe volume bien peu connu, méme de Legrand d'Aussy, qui parait s'être. contenté de jeter les yeux sur le premier feuillet, .
C'est un grand in-folio sur papier, qui de la bibliothèque de Séguier est passé dans celle de Çoislin , léguée, comme on sait, en 1732, à l'abbaye de Saint Germain des Prés. l y portait le n° 138 ; et il a été enregistré à la Bi bliothéque du Roi sous le n° 83. On ht, en outre, sur le dos de la reliure, garnie de fer. les n*.1907 et. 5800. Ce dernier numéro est au-dessous d'une étiquette- où est écrit comme nom de l'ouvrage, Histoire de Quinte- Curse (sic). En marge du 2° feuillet de la table, recto, on a écrit autrefois : Quinte-Cuzse plus ample que.les com- muns (1).
L'écriture, bien qu'indiquant la main exercée d'un co- piste de profession, est peu agréable à l'œil, par le prolon- gement de la partie inférieure des longues lettres, d'une ligne sur l'autre, ce qui lui donne quelque chose de confus. Les titres et toutes les grandes lettres sont en rouge, et les initiales qui commencent les chapitres sont en rouge et en bleu, d'un dessin festonné assez uniforme, mais sans orne- ments. Ce manuscrit contient 388 feuilletsà deux colonnes, | numérotés sur le recto par le copiste, sans compter 20 feuillets d’une table complète, qui précèdent la pagina-
(1) Il paraît qu'en haut du 1° feuillet, partie aujourd'hui déchi- rée, il y avait, lorsque ce manuscrit est arrivé à la Bibliothèque, cette indication plus exacte : « Romant intitulé Alexandre le Grand.» Cest ce qu'apprend une petite carte de classement, placée daus le volume. |
XLVRI PROLÉGOMENES.
tion, ce qui, en comptant chaque colonne pour une forte page in-8*, donnerait 1632 pages.
Sur un feuillet placé entre la table et le commence- ment de l'histoire, se trouyent des! vers où le copiste donne son jugement sur l'ouvrage qu'il venait de trans- crire, et indique l'époque précise où ila terminé ce long travail. D'aprés l'explication de l'espéce d'énigme qui ren- ferme cette indication , et que ous n'amribns pas! devinée sans le secours obligeaet de M. Guérard, on: voit que ce manuscrit a été. terminé le 24;juillet 56012 {1}:
(1) Ces strophes, dont l'écriture est très-soignée, sont écrites al- ternativement en rouge et en bleu. Les voiei r
Seigneurs qui vives à present, | TEN -4 Qui desires ouyr cromicques,
Lisez Alixandre le Grant,
Qui dit ehouses moult magnificques. τ,
En luy chouses diverses orrez
Pour vous'eeter merencolye*}
Cer ses ditz sont beaulx, bien narrez Par grans dotteurs, je vous affye. Ow romant les pourrez vous veoir : Chacun d'eulx y fait son devoir.
Alizaadre est cestuy * nomme Sar tous les roys plus renomme, Que composa Quintecurse,
Et autres docteurs qui sur ce Ont fait ses gestes en Athenes, Dont principal fut Demosthenes.
+
.* Mélancolie. b Au. * Ce mot se rapporte au roman. Ainsi le vers signifie : Ce roman est intitulé Alomandre.
PROLÉGOMÈNES. XLIX Voici l'entrée en matière :
« LE PRÉAMBULRE.
« Le préambule de ce livre pour entrer en l'istoire du tres puissant, tres preux, tres eureux et tres victorieux roy Alixandre le Grant, qui fut empereur monarche de tout le monde : duquel ce beau rommant est intitule, pour recreer l'entendement humain, en exaulsant la fame et renommee des haulx princes qui glorreusement ont regne en ce monde soubz Dame Renommee. » (Fol. 1 recto.)
Ea luy sont tous gestes da monde, En beau lengeige , long faconde. En luy n'y ba ne qua ne εὐ"
Qu'il n'oste les gens de soulcy. Joyoulx les rend, de corps, d'esprit, Ka oysnt ses dits par escript.
Co livrecy fut tout parfait
En juillet, comme trouverez ?.
Pour le savoir dimynueres ; Ces diverses lignes par trait *. "
Vows prsadrex la testo d'en moyne,: zn De deux cordeliers, d'un chanoyne, :
Et puis ua (|)? party en dux.
Vous lairrez la teste Jhesus,
Saiact Jehen , sainct Jacques et Jacob,
Et prendres un X à cop*.
* C'està-dire : On a bean faire, on ne peut pas empécher. Familiérement on dit encore dans le méme sens : Jl n'ya ni quoi, ni qu'est-ce.
D C'est-h-dire : am mois de juillet de l'année que vous trowveres. |
* Cette phrase est comfuse et mal agoncée. Il veut dire qu'on retrancbera certaines lettres
4 L'O ve trouve ainsi coupé dans le menuscrit, pour indiquer que la séparation doit se faire dans le sens vertical ot nom dans je sens horizontal.
* Pour à coup. Nicot explique estie locution per repents. On dit aujourd'hui tout à coup. Meis ici, pour faire eom vers, otre copiste donne à ce mot le sens de toBf de suite après.
d
L PROLÉGOMÈNES.
Et au feuillet 288 verso (dernière page), la conclusion: « Ainsi, seigneurs, n'est-il que bonne paix. Laquelle
Puis edjoustes en ceste ryme
Ung VU 5 prinee en argolisme. Si congnoistrez qu'il fut parfait Le καὶ)" jueillet.
Cette dernière strophe a sans doute besoin de quelque explication, bien qu'on apercoive que l'auteur indique par les initiales de plusieurs mots des lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par leur réunion l'année de l'achévement de sa trans- cription. Mais il s'est plu à présenter cette indication d'une maniére énigmatique, par un jeu assez goûté de ce temps”.
La tête d'un Moyne, M (mille).
Y ajouter celles de deux Cordeliers et d'un Chanqine, CCC (trois cents). '
Puis un O partagé en deux, CC (deux cents).
Laisser de cóté les tétes de Jhésus, de saint Jehan, de saint Jacques et de Jacob (4 à soustraire).
Prendre ensuite un X (dix).
La grande difficulté était de savoir ce que signifiait ung of prinse en argolisme. Car dans*ce dernier mot, évidemment altéré pour la rime, il était fort difficile de retrouver le véritable mot dont s'était
* On va voir pourquoi nous conservons ici à la lettre N la forme qu'elle a dens l'écriture du manuscrit.
δ Nous nous bornerons à reproduire une date semblable: courposée per le chanoine Charles de Bovelle et citée ainsi par M. du Sommerard, Notice sur l'hôtel dy Qinay et le palais des Thermes, p. 182:
D'un monton et de cinq chevaux |
Toutes les têtes prendrez M CCGCC
Et à icelles , sans nuls travaux,
La queue d'un vesu joindrez, V
Et au bout adjouteres
Tous les quatre pieds d'une chatte; 11 Rassemblez, et vous spprendrez L'on de ma façon et ma date. M CCCGC VIHI. 1609.
PROLÉGOMÈNES. LI
Dieu nous veuille donner en ce monde, ouquel nous puis. sons faire si bonnes œuvres que à la fin de noz jours nous puissons avoir part et porcion ou benoist royaulnie de Pa- radis. Amen. » :
Pour donner quelque idée de la longue composition renfermée entre ces deux extrémités, voici d'abord ce que l'auteur dit de ses sources: « La principale et vraie histoire à laquelle mon entencion a este me arrester, c'est de trans- later de latin en francoys Quiutecurse Ruffe, des gestes du grant Alixandre; de Demosthenes, grant philozophe d'Athenes, lequel, ou temps que Alixandre regnoit, fit ses gestes en- la cite d'Athenes; aussi de Plutarcus, de autorisé notre copiste sphinx. Que signifiait aussi cette N, qui n'est point une lettre numérique en latin? Nous avons eu recours póur cette double solution à l'obligeante érudition de M. Guérard, qui nous ἃ donné, à ce sujet, une explication aussi ingénieuse que savante. Ila d'abord reconnu dans argolisme le mot algorisme ou algorithme, encore usité dans le vocabulaire des mathématiques avec le sens de système de numération, d'arithmétique, en bas latin algorismus, quà donne Do Cange*. On voit qu'entre ce mot et celui de notre manuscrit il n'y a de différence que la transposition des lettres labiales ! et r, et l'on sait que rien n'est plusordinairequeleur confusion. Ainsi l'expression en argolisme (pour en algorisme) signifie ici en chiffres, ou considéré arithmétiquement. Mais quelle valeur numérique représentera cette N? D'aprés la forme de cette lettre, telle que nous l'avons exprès conservée D), on voit qu'elle peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en chiffres VI (sir). Maintenant en additionnant ces différents nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve 1512. Or cette
* « ALGORISMUS, arithmetica, numerandi ars, Hispanis alquariério. Vox arabica.» Glossar ned. st infima latinitatis, In voce.—1l en donne un exemple tiré de 1x Vie de saint Hermann, écrite par Mathieu Paris en 1352; et il renvoie ἡ l'algèbre de Cluvius, 1. 1, c. 1. Au suje de cette indication, les continuateurs de Du Cauge ont ajouté : ὁ Legebet Martinius apud Clevium elgorithmas : quod recte ab al articalo arabico et ἀριθμὸς numerus, deduci potest.»
d.
LH PROLÉGOMÈNES.
Josephus, et d'autres acteurs auctentiques; et princi- palement de Justin, qui tient assez la voye dudit Quintecurse , et ne differe de luy sinon en stille. Car Justin racompte en brief les chouses faites, et Quinte- curse racompte les chouses, les lieux et les affections (fol. 1 verso, 1"* col). »
Pour citer quelques exemples de digressions puisées à d'autres sources que chez les auteurs qu'il vient de nom-
année est précisément fournie par une note, de la méme main que le manuscrit, écrite à la fin sur la face intérieure de la reliure, et que voici : ΄
«Le vingt cinq."" jour aougst, jour sainct Loys, en l'an mil cinq cens et douze, trambla la terre en Seinct Maixent, tellement que les solleaux et autres boys des maisogs crioient en leurs mortoises*. »
Le livre, ayant été entièrement écrit le 25 juillet 1512, se trou- vait probablement relié le 24 août suivant, jour que le copiste aura voulu marquer par cette pefite éphéméride.
Ce méme copiste, qui parait avoir été un pen toarmenté du démon de la versification, ἃ écrit ce quatrain à la fin du texte sur le verso du dernier feuillet : |
Je vous prie, pardonnes moy
Si le tout n'est bien escript :
De mon ganif taillee avoy
Ma phune tont per despit. . kr capt. ὦ
* An-dessous de cette note une main moins exercée a écrit ce petit couplet :
Gent mille escus, οἱ
Ung bon cheval
Pour les porter ;
Et avoyr bonne fame *,
Avoyr sante,
Sens james sentyr mal ;
Et paradis au pariement de l'une.
* Réputation.
PROLÉGOMENES. LHI
mer, jindiquerai au hasard un ou deux passages de ce genre. |
Dans l'excellente éducation qu'Aristote donne à Alexan- dre , il « l'admoneste de croire en Dieu, et de laisser la folle creance que ses ancestres avoient es ydoles;» et il lui donne à ce sujet une demonstration et une instruction en forme (1). On voit qu'en effet Quinte-Curce et Justin sont là bien amplifiés.
Lorsque « moult joyeux s'en alla Alixandre au port de mer, L'ACTEUR TOUCHE SUR CE PASSAGE QUE C'EST QUE DE LA MER, ET DE LA DIVERSITE D'ICELLE, SELON LES PAYS OU ELLE SB ESTAND ET PRANT SON COURS (2). »
Áu neuviéme livre, quand Alexandre arrive au jardin de la montagne, d'où il aperçoit le paradis terrestre, l'au- teur place là l'histoire d'Adam et Éve et de leurs enfants,
après la Genèse, etc.
C'est surtout ce neuvième livre qui contient une foule de développements auxquels on peut donner, sans trop de sévérité, le nom de digressions. L'auteur y exprime toujours le motif trés-louable d'instruire ses lecteurs de choses qu'ils peuvent ignorer. Ainsi après avoir parlé de certains grands sangliers et de buflles (busgles) qu'A- lexandre trouva dans l'Inde, il ajoute: « Savez assez que cest que de pourceaux que nous disons sangliers en ces pays cy, mais non pas si grans que ceulx dont nous venons de parler, qui sont es desers d'Orient. Touteffoiz cest une
(1) Fol. 23, recto et verso. (1) Fol. 63 recto. Les titres des vnde digressions sont quel- quefois indiqués ainsi en lettres capitales.
Lv PROLÉGOMÉEÉNES.
mesme nature quant à propriete de sangliers grans et pe- tiz. Mais parce que le busgle est incogneu quant à nous, es parties de par deca, nous dirons ung peu de leur pro- priete, pour contenter les lizeurs et audicteurs de ce livre(1). »
Ces détails d'histoire naturelle ne se trouvent pas tous à la fois : l'auteur les entreméle dans le corps du récit, l'inter- rompant et le reprenant pour varier. Ainsi, après avoir donné de suite les propriétés du chameau, du dromadaire et du caméléon, il dit : « Sy se taist l'istoire du tracte des bestes , pour le present, et suivrons nostre matiere et cro- nicque (2). » Quand il commence la propriété du crocodile et du scorpion, il dit en propres termes : « Cy ferons ung incident (3). »Il indique, en parlant de l'éléphant, à quelle source il a puisé ces notions sur les animaux : « Mais patce que chacun n'entend pas quelles bestes ce sont, yci tou- cherons de leurs proprietez, selon le dire du grant pro- prietaire, qui touche de la propriete des bestes qui ont magnitude, force et pouoir en leurs brutalitez (4). »
Ce grand propriétaire est évidemment le recueil ency- clopédique du franciscain anglais Barthélemy de Glanvil, intitulé : De Proprietatibus rerum, ouvrage qui eut le plus grand succès pendant le xiv? et le xv* siècle. En 1372, Gharles V, roi de France, le fit traduire en français par le P. Corbichon, augustin déchaussé, son chapelain (5). On re-
(1) Fol. 279 verso, 2° col. (2) Fol. 308 verso, 1"* col. (3) Fol. 311 recto, a* col. (4) Fol. 306 recto, 1'* col. (5) Voici le titre de cette. traduction, d'après le beau manuscrit
PROLÉGOMENES. : LY
garde otdinairement Barthélemy de Glanvil comme con- temporain de son traducteur. Mais M. Jourdain, dans ses Recherches sur l'âge et l'origine des traductions latines d' Aris- tole(1), l'a fait remonter un siécle plus haut. Il allégue entre autres motifs le silenoe que Barthélemy garde sur Vincent de Beauvais, et il en conclut que le traité des propriétés dut être composé avant la publication du Speculum majus, au plus tard en 1260. D'aprés cette opinion, Barthélemy de Glanvil aurait été contemporain de Vincent de Beauvais et d'Albert le Grand; et pendant qüe ces personnages illustres élevaient leurs vastes monuments de l'érudition du moyen âge, Barthélemy aurait songé dès lors à rendre cette méme érudition accessible au grand nombre, en présentant la réunion de toutes les connaissances dans l'ordre le plus commode, qui est l'ordre alphabétique. 1l sest beaucoup servi d'Albert le Grand, surtout de ses livres sur les animaux, et il le cite plusieurs fois ; mais M. Jour- dain prouve qu'il a aussi consulté directement les mémes
francais de la Bibliothéque du Roi n* 6869 : «Ci commence le livre des proprietez des choses, translate du latin en francois, l'an soixante et douze [1372], par le commandement du roy Charles le quint en ce Bom, regnant en France : et le translata maistre Jehan de Corbi- chon, de l'ordre Saint Augustin.» Au-dessus de ce titre est une mi- niature, représentant le roi qui remet l'ouvrage de Barthélemy à Cor- bichon à genoux devant lui. Ces deux vers sont écrits comme sortant de la bouche du Roi :
« Du livre les proprietes En cler françois vous traduires. »
(1) Page 398.
LVI PROLÉGOMÉNES.
sources qu'Albert. « Barthélemy, dit-il, cite d'aprés une traduction arabe, les ouvrages suivants d'Aristote : His- toire des animaux, les livres des Météores , les livres de Caelo et Mundo. » « Le traité de Proprietatibus rerum, ajoute-t-il, se divise en dix-neuf livres, dans lesquels l'auteur embrasse véritablement la description. du ciel et. de la terre, et de tout ce qu'ils contiennent... Il prévient qu'il mettra peu du sien, se conteatant.de puiser dans les livres des saints et des philosophes: il n'a voulu.publier qu'un simple abrégé. »
Ce livre futun des plus estimés et des-plus lus pendant lexiv* ei le xx siècle. Qn en peut juger par le grand nombre de manuscrits qui nous l'ant conservé, ainsi que la tra- duction française de Corbichon (1). La vogue dont il jouis- sait le faisait désigner sous La dénomination abrégée du Grand propriétaire, ou simplement du. Propriétaire. C'est ainsi qu'il est distingué plusieurs fois dans les extraits que nous publions.
L'auteur de cette rédaction parait avoir consulté le texte méme de Barthélemy, car les endroits où il le copie diffè- rent pour les notes de la traduction dé Corbichon. ll ne se borne pas cependant à copier; il modifie ses emprunts à sa manière. Quànt 'aux aüteur$ ähéièns qu'il cite, il les allègue évidemment d'après Bérthélethÿ; et il a mis dans cette partie beaucoup de eofifusión. II parait avoir cru qu'Aristote avait aussi composé un ouvrage intitulé le
(1) Ce fut un des premiers ouvrages que l'imprimerie s'empressa de reproduire. Il existe de la traduction du P. Corbichon quatre édi- tions du xv* siècle et cinq du xvi*, dont une à Paris, trois à Rouen, et cinq à Lyon.
PROLÉGOMÈNES. ΄ im Propriétaire, d'après lequel aurait été rédigé celui de Bar- thélemy, car il écrit dans un endroit : « Le souvrain Aristote dit en son Proprietaire (1). » Ailleurs il cite encore Aristote dans son livre des bestes eontreffaittes (2). Cette prétention d'avoir consulté lui-même les sources an- tiques rappelle ce qu'il dit de Démosthéne comme his- torien d'Alexandre.
Toutefois voulant trouver un pendant, en ancien fran- qais, à la seconde partie de notre traité latin inédit de Belluis, afin de suivre jusqu'à ux certain point, dans le moyen âge, ce côté des traditiens térutologiques de l'anti- quité, nous avons donné ἐδ préférence: a:ces extraits du roman d'Alexandre, non-seulement comtne inédits, mais comme modifiés par le romaneier d'après les idées de son temps , c'est-à-dire du xv° sièele (3).
4 VI.
DU COMMENTAIRE QUI ACCOMPAGNE CES PUBLICATIONS.
Le traité De Monstris et Bellnis, la lettre grecque d'À- lexandre sur les prodiges de l'Inde, le récit de Jean Wau- quelin sur le même sujet, et les extraits sur les bêtes terribles, forment une espèce de faisceau des idées de
(1) Fol. 322 verso, 1" col.
(2) Fol. 280 verso, 1" col.
(3) Montfaucon regarde la composition de cette paraphrase de Quinte-Curce comme du xiv* ou du xv* siècle; mais la dernière époque est plus vraisemblable.
LV PROLÉGOMÈNES.
l'antiquité -et du moyen âge sur la tératologie animale.
Tel est le texte que nous avons développé dans le com- mentaire qui accompagne cette quadruple publication. Notre commentaire présente ,. à ce que nous croyons, ce qu'il y a de principal sur les traditions tératologiques de l'antiquité, et sur celles que le moyen âge conserva de l'antiquité dans une partie de l'Occident.
Ce commentaire s'est trouvé natorellement subordonné au texte qu'il devait éclaircir et développer; mais par le plan qui a présidé à sa rédaction, noms pensons que cet ouvrage pourrait devenir cemme le noyau d'une histoire complète des traditions tératologiques, si jamais plusieurs savants se réuaissient pour composer un pareil travail. Les traditions de l'Orient, qui seraient probablement plus considérables que celles de l'Occident, demanderaient seules la réunion de plusieurs orientalistes. On conçoit par cette seule vue qu'un livre sur de telles proportions serait un ouvrage immense, et qui demanderait nécessairement, pour être convenablement exécuté, la mise en commun d'études fort différentes. Il est donc bien entendu que nous ne pouvions prétendre à rien de semblable. Les étres monstrueux qui, sans étre dans nos textes, figurent dans notre commentaire, ne s'y trouvent qu'en vertu de rap- prochements qui nous ont paru suffisamment motivés. Mais nous sommes bien loin d'avoir pensé à compléter entiérement par ces notes ce qui manque aux textes qu'elles accompagnent. |
Nous avons cherché, autant que possible, à indiquer l'histoire littéraire (si l'on peut s'exprimer ainsi! des êtres merveilleux, en remontant successivement jusqu'aux au-
PROLÉGOMENES. LIX
teurs où sen trouvait la première mention. Gomme tels, vous avons souvent cité Ctésias, Hérodote, Homère, et surtout la Théogonie d'Hésiode. Parmi les auteurs térato- logiques que nous avons précédemment nommés, tous ceux qui nous sont parvenus nous ont fourni leur con- tüngent. Les écrivains que nousavonsle plus fréquemment mis à contribution sont Aristote, Paléphate, Apollodore, Lucréce, Virgile, Ovide, Hygin, Pline, pour ainsi dire à chaque chapitre, Solin, Aulu-Gelle , Phiégon de Tralles, Servius, les trois mythographes du Vatican, publiés par monsignor Mai, Julius Obsequens, saint Augustin, saint Jérôme, Isidore de Séville dont les chapitres iniitulés de Portentis, de Diis gentigm, de Bestiis, de Serpentibus, ont été notre source la plus féconde, Vincent de Beauvais, Bar- thélemy de Glanvil, Albert le Grand dans son Histoire des enimauz, dont M. Jourdain dit: « Soit qu'on la regarde comme nne simple compilation d'Áristote et d'écrivains subséquents, ou comme le dépôt des connaissances du siècle où il vivait, soit que l'on veuille y voir l'ouvrage d'un homme voué à l'étude de la nature, et qui savait en péné- trer les mystères, on conviendra que, sous l'un ou l'autre de ces rapports, elle est un monument précieux qui, pré- sentant l'état des opinions et des connaissances du moyen âge, remplit une longue lacune, et lie l'histoire ançienne de la science à celle des temps modernes (1). »
Un livre qui, par son sujet et par l'érudition de ses dé- tails, nous offrait beaucoup de rapprochements intéres-
(1) Recherches critiques sur l'âge εἰ l'origine des traductions latines d Aristole, p. 358. |
tx : PROLÉGOMENES.
sants, est le grand ouvrage du fécond Aldrovande , Mons- trorum historia, où se trouve fondu en partie le Chronicon prodigiorum de Lycosthéne ou Wolfhart, que nous avons aussi consulté séparément.
Parmi les commentateurs nous devons citer les Pliniane exercitationes de Saumaise, les Commentaires de Jules Scaliger et de Camus sur l'Histoire des animaux d’Aristote, mais principalement Y'Hierozoïcon de Bochart.
Parmi les modernes, les notes de M. lacobs sur Élien, de M. Bode seres mythographes du Vatican, et plus en- core celles de M. Bæhr':sur Ctéss, et les Mémoires géo- graphiques et historiquesieur l'Égypte, de M. Étienne Qua- iremére, nous ont été d'un grand secours. M. le comte Leopardi a composé un traíté encore inédit, intitulé : Saggio sopra gli errori popolari degli antichi (1); nous avons profité avec empressement de la communication que . nous en a donnée M. de Sinner, ei nous en avons fait un extrait de plusieurs pages sur les pygmées. Nous l'avons encore consulté ailleurs, ainsi que le Traité des sciences occultes de M. Eusébe Salverte.
Les faits véritables que nous avons cru déméler dans
(1) Voici les titres des chapitres de cet ouvrage remarquable :
I. Idea dell' opera.— II. Degli Dei.—III. Degli Oracoli. —IV. Della Magia. — V. Dei Sogni. — VI. Dello Sternuto. — VII. Del Meriggio. — VIII. Dei Terrori notturni. — IX. Del Sole. — X. Degli Astri. — XI. Dell Astrelogia, delle Ecclissi, delle Comete. — XII. Della Terra. — XIII. Del Tuono. — XIV. Del Vento, e del Tremuoto. — XV. Dei Pigmei, e dei Giganti. — XVI. Dei Centauri, dei Ciclopi, degli Ari- maspi, dei Cinocefali. — XVII. Della Fenice. — XVIII. Della Lince. — XIX. Ricapitolazione.
PROLÉGOMÈNES. LX
plusieurs de ces récits, en apparence tout fabuleux, appar- tiennent surtout à l'histoire naturelle, régne animal. Pour les retrouver nous avons en fréquemment recours à Buf- fon, à MM. Geoffroy SaintHilaire pére et fils, et à trois ouvrages de M. Cuvier, ses Recherches sur les ossements fossiles, ses notes sur Pline, et son Tableau du régne ani- mal. Autant les deux premiers ouvrages nous ont éclairé par la profondeur de. leur science, autant le troisième nous a été d'un secours fréquent et commode par la clarté de sa division, la précision. des «araatéres distinctifs des espèces, et la grande antorité du nom de.s08 auisur.
M. Isidore Geoffroy SaiatiHilaire:, idáhs 4on. Histoire des anomalies de RU x ttum quor E la
poop horns t s
(1) Tom. I, Paris, 183a. — Le. second volume vient de paraître cette année (1835). Dans oet ouvrage important, M. Isidore Geof- froy Saint-Hilaire met en avant la théorie établie par M. son père. Elle consiste à éläiser fes monstres d'après les caractères mêmes de la monstrnosité et M'jéindre à'ces genres, comme noms d'espèces, les nome dea différontsienimaux chez qui l'expérience fait rencontrer successivement les caracières monstrueux, de tel on tel genre. Ainsi le genre rhinocéphale, caractérisé, présente déjà les espèces suivantes : rhinocéphale homme, rhinocéphale cochon, rhinocéphale veau, rhino- cfphale chien... Par éeite'tnéthode, fondée sur 1a similitude des principales conditions d'existence chez tous les animaux, on con- coit que l'établissement d'un nouveau genre de monstres, d'après un individu quelconque, devient au moins une présomption pour l'exis- tence de telle autre espèce au même état de monstruosité. Quand ce système sera entièrement développé, de manière à former un corps complet de doctrine, on pourra tirer de telles inductions, et surtout avoir sur chaque genre une notion qui est du plus haut intérét, je veux dire, qu'on reconnaîtra si l'existence du monstre se borne à l’état fœtal, ou si elle peut avancer plus ou moins dans la vie de relations.
8
LAN PROLÉGOMENES.
science. de la monstruosité : la période fabuleuse, la pé- riode positive'et lx période scientifique. 1l fait arriver la premiere jusqu'au commenceraent' du xvnr siècle. Si une critique de détatl nous était pertnise au sujet de cet. ou. vrage de science, nous diriotis que peutétre l'auteur se montre un péu trop sévère en traçant les caractères de cette premiére période: « Des observations vagues et incomplètes, recueillies au hasird; des ouvrages: où l'on voit à peine briller une vérité utile au milieu de cent erreurs grossières; les plus absurdes préjugés admis sans hésitation, et de nouvellés pretrtes apportées sans cesse à leur appui! des explications erifantées par la superstition et totjours dignes d'une semblable origine : tels sont, dit- il, les tristes caractères de la première et de la plus longue de ces trois périodes dont j'ai à présenter le tableau (1). »
On a découvert déjà , comme nous l'avons dit en com- mencant, bien des réalités au fond des fables, des erreurs et. des: prétendus mensonges des anciens, La science peut elle encore glaner quelques faits, quelques aperçus nou: veaux dans’ toutes ces traditións incohérentes de l'anti- quité? ἢ y a d'imposants témoignages pour l'opinion qu'on pourrait méme y récolter d'abondantes moissons (2). Si notre conmsentairé sur cesmouvelles publications présente un faible échantillon d'un! pareil: travail, nous n'auróns pas perdu notre peine.
(1) Page 4 de l'introduction.
(2) Voyez à ce sujet l'opinion de M. Cuvier dans l'Analyse des tra- vaux de la classe des sciences de l'Institut de France en 1815. — Maga- sin encyclopédique de Millin, année 1816. Tome I, p. 44.
PROLEGOMÈNES. Li
$ VII. pira D EXÉCUTION. |
Après cet:exposé de l'ensemble.de notre travail, et ces considérations générales sur la science tératologique qui en est l'objet, il: nous reste à donner sur cette publication assez compliquée plusieurs explications de détail, en pae sant en revue ses dafférenles. parties,
Nous avons dit que: le rtresté latin : ΘΕΈ mas la seconde partie du manustrit de M. de Rosanbo n'a pas de ütre, et nous avons expliqué les motifs qui nous ont;au- torisé à l'inlstuler De Monstris et Belluis. -
Qutze le titre général, nous avons fait précéder chaque parte de son : titre particelier.: pars: prior, pz μονότιας ; pars altena, De BELLIS. Ces indications ne —€— non plus par le manuscrit. *- 4 2T
Quant à la divisien dos λό οὶ ds est ΠΕΣ dins le manuserit par la séparation des. adindan ,;copmendant chacun paruneletire majneonle eu encre rouge età:la ligne, Nous avons aumésotéces chapitres , et avonk donné à cha- cun un .titre, formé, sautant que possihle, de mots em ployés par l'auteur dans le chapitre même. Nous n'avons pas besoin de dire que, sans .cette attention, nousaurions pu epi donner à ces titres. plus x xp de pureté.
Nous avons dû ne pas perdre de vue cette dile nen didé
ration dans la constitution du texte. En général, nous avons
LXIV '* PROLÉGOMÉNES.
été le plus sobre de corrections qu'il nous a été possible, et nous avons toujours indiqué, par des renvois , les leçons du manuscrit, quelque fautives qu'elles fussent. Ces ren- vois, marqués par des lettrines, forment au bas de la plu- part des chapitres un premier ordre de courtes notes , im- primées en caractéres plus petits. Lorsque la correction est de toute óvidence, nous nous bornons à indiquer ainsi en bas la lecon corrompue. Pour peu qu'elle soit moins évidente et qu'elle participe, jusqu'à un certain point, de la nature d'une conjecture, nous la mettons en lettres italiques, pour appeler dessus l'attention du lecteur.
La variété des notions contenues dans le petit traité de l'anonyme latin a donné une extension très-variée à notre commentaire. Toutefois nous avons toujours eu présente l'idée d'ensemble et d'unité, exprimée par l'épigraphe que nous avons empruntée à M. Abel Remusat : Exagérant sans doute, mais laissant aprés eux , au milieu de fables ridi- cales, des souvenirs et des traditions. C'est dire que les en- droits où l'auteur sécarte des traditions tératologiques sont ceux où nous avons été le ples sobre de notes.
Il neus paraît superflu d'ajouter que, dans aucune de ces notes, nous n'avons eu la prétention de traiter à fond le sujet efBleuré dans le petit chapitre auquel elles répondent. Tel sujet qui tient là quatre lignes a été souvent l'unique matière d'ouvrages considérables, de volumes entiers. Nous en avons indiqué quelquesuns.
Nous ne prétendons pas non plus avoir consulté tout ce quil y a d'imprimé sur les différents objets rassemblés dans cette publication complexe; seulement pour la my- thologie et l'histoire naturelle, la réunion de ces ouvrages
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PROLÉGOMÈNES. TU
formerait certainement une grande bibliothèque. Mais nous avons l'espoir qu'on ne nous reprochera point, au sujet des ouvrages les plus marquants, une ignorance qui ne serait pas excusable, et en méme temps que l'on reconnaitra quelques citations exemptes de banalité. Quant à l'étendue de.nos notes, qu'on nous permette une remarque pour en faailiter.da: justeoappróoiation. La part de notre <onmmentaire est cestaiarement fort inférieure à celle du commestaina de. Saumaise sur. Solin, et nons n'avons pas la maladnesee del vapppüchsin estre lurmhle es- sai de cet immenst-magasen: sl ápoditbénu Nous; mous Ap- puierogs seulement s0ermn aut Ulusiien estem ple pour répondre au reproche ado dispoepertionu qu'on pourrait adresser à nos pütesqNous; apvenscherthté, &nilleurs, à y concentrer Aur na m*érfie toddrel 41} 1666 ides; matórsaux di- vers, au lieu Aesdónnen comme Sawmnssed, ilopiseule dun abréyigtesi Braga yonnerhbntidébüdition presquie.in- défini, et heauwpuposubdelà:dé nat perte: ; :: Voulant éclair idutantquibdépenmdait de nous, les points. slont naunebtrenrasioni: Baximes, mous] n'avons pas reculé devaatdesicitations tegteelles: ρα simplesinds- ation d'on:pesthge usé steep μοἰννειβό γνοίνει ἐδ Jeotear tm mets à la Tantale: «^ Voyentd entboit. Fert been; mais si lon n'a pas sons: dá umb lé 'hyrberindyqué ot méme si Ton n'a pas un intérêt particulier à allér rechercher ce pas sage, up pareil; renvei: devient dlusaire. Je crois trouver dans un livre le développement suivi d'une matière, et je n'y rencontre, en grande partie, qu'en catalogue d'indica. tons. Or, le degré de volonté qui n'avait déterminé à la lecture de cet ouvrage ne va pas jusqu'à remuer moi-méme e
uv PROLÉGOMÈNES.
tous les matériaux que l'auteur y a numérotés, méme sans les mettre en œuvre. Une autre considération qui nous a fait adopter les transcriptions textuelles, c'est qu'il nous était arrivé plus d'une fois de trouver un renseignement bien insuffissant, pour ne pas dire tout à fait insigni- fiant, en vérifiant de ces citations indiquées d'une ma- niére presque cabalistique par le plus petit nombre possible de chiffres et de lettres. Souvent l'endroit al- légué de la sorte n'a d'autre rapport avec la proposition de l'auteur que la présence du terme principal de cette proposition, mais en offrant le méme sujet sous un tout autre aspect. Ainsi, pour ces auteurs à citations abré- gées , la transcription entière des passages qu'ils indiquent serait souvent l'épreuve de leur utilité.
À la fin de la première partie du traité latin (de Monstris), nous avons inséré en entier six passages différents, qui nous ont paru offrir comme l'ensemble des principales traditions tératologiques proprement dites, et de leurs sources. Ces extraits, dont chacun a rapport à un assez grand nombre des chapitres de la partie de Monstris, sont empruntés 1° à Bérose, 2° à Strabon, 3° à Aulu-Gelle, 4° à saint Augustin, 5° à saint Isidore de Séville, 6° à Tzetzés. — Pour l'extrait le plus considérable, qui est ce- lui d'Isidore de Séville, nous avons mieux aimé le donner d'aprés un manuscrit que d'aprés une édition, et nous avons choisi le plus ancien manuscrit complet, des trente- six que possède la Bibliothèque du Roi. Car un ouvrage comme les Origines est trop sujet aux interpolations pour ne pas rechercher l'autorité des plus anciens textes.
PROLÉGOMENES. LXVIT
Dans la partie De Belluis, nous n'avons pas prétendu nous entourer de tous les travaux d'histoire naturelle de la science moderne auxquels pouvait se rapporter notre sujet. Un tel travail, en nous faisant sortir de nos études, aurait d'ailleurs introduit dans notre ouvrage des dévelop-. pements zoologiques qui en auraient changé le caractére et détruit les proportions. Quelques régles de zoologie empruntées, de temps en temps, à un ou deux maitres de la science nous ont paru suffisantes; et nous n'avons jamais perdu de vue que le côté merveilleux, que l'erreur ‘traditionnelle, accessoire pour eux, était pour nous le principal. Aussi, dans quelques investigations tératologi- ques , avons-nous accueilli , sans les juger, des témoignages qui peutétre bien ne paraitraient pas assez concluants aux yeux de la science, mais qui, par leur caractére de tradi- tions sur des points d'une observation difficile, devaient certainement étre enregistrés par nous. De ce genre sont nos citations sur le kraken et sur le grand serpent de mer, au sujet de l'odentotyrannus. Ce n'est point ici un ouvrage de science naturelle, mais un livre qui, à l'histoire de plusieurs erreurs, joint l'exposé de quelques faits embar- rassanis, suivant l'expression de La Bruyére. Si la science daigne les y ramasser, elleen pourra traiter pertinemment, à l'aide du temps, des découvertes et des observations pré- cises. Ils seront toujours consignés ici.
Jarrive à la lettre d'Alexandre sur les prodiges de l'Inde. La publication d'un texte grec a nécessairement sa partie philologique, surtout quand il s'agit d'un style de tran- sition comme dans les ouvrages sur lesquels M. Boisso- nade et M. Hase ont souvent appelé l'attention des hellé-
€.
LIVII PROLÉGOMENES.
nistes. D'ailleurs , étant assez familier avec le Pseudo-Cal- listhéne, que nous avons longtemps-cru publier en entier, nous avons pu accompagner cet extrait de remarques de différents genres. Nous avions aussi à justifier les conjec- tures par lesquelles nous avons remplacé. les leçons fau- . tives des deux manuscrits. De plus, nous en avons accom- pagné le texte d'une traduction francaise placée en regard. Les notes sont à la suite de chaque texte.
Le premier des deux morceaux en ancien francais, inti- tulé Merveilles d'Inde, extrait du roman d'Alexandre de Jean Wauquelin, nous a paru devoir être accompagné surtout de courtes notes grammaticales; car, pour le fond, les prodiges qui y sont racontés se rapportant à la premiére partie du traité latin anonyme et au double texte grec, auraient ramené les mémes observations. Mais la comparaison des modifications qu'avaient subies ces mer- veilles traditionnelles, traitées par la plume de nos pères, ressort naturellement du rapprochement. Nous avons fait courir au bas des pages nos remarques sur cet ancien langage francais, si intéressant à étudier, où se retrouvent tant de secrets de style de nos meilleurs écrivains, où l'on observe encore l'influence latine dans toute sa force , avec ces tàtonnements d'un idiome qui achève de se former, et oà rien nest encore bien fixement établi. On sait que la méme incertitude régnait alors (au xv° siècle) dans l'ortho- graphe. Sil'on est obligé, pour les ouvrages publiés d'aprés plusieurs manuscrits, d'introduire dans l'écriture de ce temps une régularité qui lui était étrangére, il semble plus convenable pour les morceaux de peu d'étendue, publiés d'après un seul manüscrit, d'en conserverintactes toutes les
PROLÉGOMÈNES. LXIX
leçons, en ne corrigeant que les fautes les plus évidentes : mais on ne saurait trop restreindre le nombre de ces cor- rections. |
Nous avouons que cette fidélité scrupuleuse dans une édition a l'inconvénient de faire regarder au lecteur comme des fautes d'impression la reproduction (si l'on veut mi- nutieuse) des bizarres variétés du manuscrit. Mais l'exac- titude, si bien connue, de MM. les correcteurs de l'Impri- merie royale , exactitude que nous avons été à méme d'ap- précier mieux que personne, sera pour le lecteur une garantie suffisante; et quand on verra le méme mot écrit de plusieurs manières différentes, comme fammes et fem- mes, hommes, homes et ommes, ysles et illes, merveilleuse- ment et mervilleusement, dollans, dollant et dollens, etc. , on pourra dés lors avoir l'assurance que telles sont à ces différents endroits les lecons du manuscrit, dont ces ex- traits présenteront ainsi un specimen exact. On verra méme dans cette irrégularité le mérite d'avoir vaincu une difficulté typographique, puisque l'attention du cor- recteur, n'étant plus soutenue par les régles, a besoin de plus de vigilance (1).
Les seules modifications apportées dans l'écriture du manuscrit sent l'introduction de l'apostrophe, de la cé- dille, du trait d'union, et de l'accent grave sur à prépo- sition, sur là, où... adverbes. ;
Dans les cas très-rares où nous avons introduit une correction dans le texte, nous avons donné en note la
(1) Nous n'avons pas besoin d'ajouter que nous avons profité plus d'une fois, avec reconnaissance, des remarques grammaticales de MM. les correcteurs.
LXX PROLÉGOMENES.
lecon fautive du manuscrit. Nous avons expliqué aussi tous les mots tombés aujourd'hui en désuétude, sans ré- péter cependant plusieurs fois la méme explication : on trouvera dans la table, qui est tréscompléte, l'indication de la page où chaque mot de oe genre est expliqué. Le Glossaire de la langue romane, de M. Roquefort, ne nous a pas été moins utile pour cette partie que les célébres travaux étymologiques de Nícot, de Borel et de Ménage. Nous avons eu aussi recours à l'œil exercé de M. Lacabanne, qui, avec son obligeance accoutumée, a bien voulu revoir cette partie de notre ouvrage.
Le méme systéme d'orthographe, ou plutót la méme imitation de l'écriture vague du manuscrit, a été suivie pour la dernière partie, intitulée : Proprietez des bestes qui ont magnitude, force et pouoir en leurs bratalitez, et qui répond à la seconde section du traité anonyme latin (De Belluis). Mais les notes grammaticales des Merveilles d'Inde éclaircissant d'avance presque toutes les difficultés du méme genre dans cette derniére partie, le commentaire devait être différent, et offrir sur les Bellue un complé- ment à peu prés égal à celui que venaient de recevoir les monstres par la Lettre d'Alexandre et les Merveilles d'Inde. C'est là que devaient surtout paraître les nuances appor- tées, au moyen áge, dans ces traditions térato-zoologiques. C'est là aussi que nous avons fait le plus grand usage d'Albert le Grand. Là également nous avons pu suivre quelques traditions depuis les temps les plus antiques presque jusqu'à nos jours. Ces notes, plus étendues que dans les Merveilles d'Inde, ont été rejetées à la suite de chaque propriété.
PROLÉGOMÉNES. LXXi
CONCLUSION.
Tel est le travail de longue haleine que nous présen- tons au public. Aucun ouvrage ne sera plus facile à criti- quer, si, au lieu de tenir compte de oe que nous avons fait, on veut examiner ce que nous aurions pu faire. Sans doute il n'offrira encore que trop de prise à une équitable critique, et nous sommes loin de ne pas re- douter ses arrêts. Ce qui atténue un peu notre crainte, cest l'indulgence de plusieurs savants du premier ordre pour cette ceuvre, et le fruit qu'elle a retiré de leurs utiles avis. M. Boissonade, dont nous avons suivi bien des années le docte enseignement à la faculté des lettres et au collége de France, M. Hase, qui à la méme époque nous initizit à l'étude de la paléographie grecque, et que nous devons nommer, toutes les fois que nous avons des hommages à rendre, des sentiments de reconnaissance à exprimer, ont bien voulu lire en entier notre premiére rédaction pour la partie grecque et la partie latine, et nous devons leur renvoyer le mérite des corrections heureuses que l'on pourra remarquer dans ces deux parties.
Plusieurs savants camarades se sont toujours empres- sés de nous fournir les indications bibliographiques qui pouvaient nous étre utiles, en allant méme au-devant de nos désirs à cet égard. Tels sont M. Fix, savant colla- borateur de MM. Hase et Didot dans la grande édition alphabétique du Thesaurus, de Henri Estienne; M. de Sinner, dont l'excellente bibliothéque , l'érudition biblio-
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uxm PROLÉGOMÈNES.
graphique peu commune, et les nombreuses relations avec l'Allemagne sont depuis longtemps à notre disposition (1). Il est inutile d'ajouter que la communication de toute espéce de livres nous.a toujours été facilitée avec une grâce parfaite par MM. les: conservateurs de la Biblio- théque du Roi, tant au département des manuscrits qu'à celui des livres imprimés. Nous n'avons pas fait un usage moins agréable de la bibliothéque de l'Institut.
Nous devons encore des remerciments bien affectueux à nos jeunes condisciples et bons amis, MM. Wladimir Brunet et Ernest de Sahune, que nous avons toujours trouvés préts, dans nos recherches, nos vérifications et nos doutes, à nous aider de leurs conseils, de leur solide érudition et de leurs bibliothéques choisies, qui méme ont revu à plusieurs reprises avec nous différentes parties de notre travail.
La correction des épreuves, tâche pénible et fort impor- tante dans un ouvrage de la nature de celui-ci, a été suivie d'un bout à l'autre par M. Dehéque (2), autre éléve si dis-
(1) M. de Sinner, éditeur si correct et si ingénieux de Bondel- monti, de Longus, du Banquet de Platon, attache en ce moment son nom à la vaste entreprise d'une édition compléte de saint Jean Chrysostome, publiée sous les auspices de monseigneur l'archevéque de Paris.
Au moment où nous mettons cette feuille sous presse, un incendie désastreux vient de détruire entièrement toute cette belle édition déjà fort avancée, et dont il avait paru six volumes.
(2) Les travaux de M. Dehèque sur la langue grecque moderne sont assez estimés et assez connus pour nous dispenser de tout éloge. À son Dictionnaire grec-moderne-français, à son édition des Poésies de Chnisto- . poulos, il vient de joindre une traduction, en la méme langue, des
PROLEGOMENES. Lxx
tingué de M. Hase, et qui, en partageant avec nous cette minutieuse révision, la fait servir à l'amélioration intrin- sique de l'ouvrage, par les observations fines et judicieuses d'un savant et d'un littérateur consommé, jointes au zèle infatigable d'un véritable ami.
La commission chargée de proposer à M. le garde des sceaux les ouvrages qui doivent être favorisés d'une im- pression à l'Imprimerie royale a également droit à notre reconnaissance, quoique le secret des opérations de cette commission nous interdise des remerciments adressés directement aux rapporteurs, organes de sa détermination favorable.
Enfin le nom, qu'on peut dixe hors de ligne, du savant illustre en qui l'on admire également la rare générosité, le génie vaste et entreprenant, la variété encyclopédique des connaissances ; nom dont il nous est accordé de décorer le frontispice de cette &uvre, la fera pénétrer, nous l'espé- rons, comme par un glorieux saufconduit, plus loin que n'aurait osé tendre notre modeste essor. |
Devos de Silvio Pellico. Ces deux derniers travaux sont communs entre Jui et M. Wlad. Brunet, qui, aprés avoir donné aux Grecs, dans lur langue, les Masimes de La Rochefoucault, va enrichir la Byran- tine d'un historien du zi* siècle, encore inédit, Michel Attaliote.
Ι.
Ô ΡῈ MONSTRIS ET BELLUIS; D'après le manuscrit latin du x° siècle, appartenant à M. le marquis
de Rosanbo. - IL. ‘LETTRE D'ALEXANDRE LE GRAND ΠΑ OLYMPIAS ET A ARISTOTE SUR LES PRODIGES DE L'INDE:
EXTRAITE DU PSEUDO-CALLISTHÈNE:
D'après les manuscrits grecs de la Bibliothèque du Roi, n° 1685 de l'ancien fonds et 113 du supplément,
TRADUITE EN PRANÇAIS. IIT. MERVEILLES D'INDE;
EXTRAITES DU ROMAN D ALEXANDRE PAR JEHAN WAUQUELIN ;
O
D'après le manuscrit en vieux français, n° 7518.
IV. O PROPRIETEZ DES BESTES QUI ONT MAGNITUDE, FORCE ET POUOIR EN LEURS BRUTALITEZ; EXTBAITES D'UN ROMAN D'ALEXANDRE, ANONYME;
D'après l'ancien manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, n° 138.
1. DE
MONSTRIS ET BELLUIS LIBER.
E CODICIS ROSANBONIANI PARTE ALTERA.
DE MONSTRIS ET BELLUIS
LIBER.
PARS PRIOR.
DE MONSTRIS.
PR/EFATIO.
(1) Primo namque (2) de his ad ortum sermo pro- rumpit, quz leviore discretu ab humano genere distant : daturus operam de singulis que terra fovet, mortalium nutrix, aut quondam fovisse fertur; quia nunc, hu- mano genere multiplicato, et terrarum orbe repleto. sub astris*, minus producuntur monstra, quæ ab ip- sis per plurimos terra angulos eradicata funditus (3) et subversa legimus. Et nunc. revulsa littoribus, prora torqueatur ad undas (4), quæ? turbidæ* poli vertice sub
Ms. * Alstris [ sic.] — " Quæque. — * Turbide.
4 DE MONSTRIS. arduo, ac totius gyri* ambitu et omni loco terrarum, ad hanc vastam gurgitis se voraginem vergunt. |
Ms. * Giri.
NOTES.
(1) Quelque faible que soit le style de ces extraits, celui de ce préambule en donnerait une idée encore plus pitoyable. Il est ampoulé, prétentieux et fort peu clair.
(2) L'emploi de cette conjonction au commencement d'une maüére n'est pas sans exemple. Robert Estienne dit : « Nam- | que, prjmo loco positum, pro siquidem, certe , » et il en donne des exemples tirés de Plaute, de Virgile et de Cicéron. Il dit d'une maniére plus formelle au sujet de nam : « Nam non tam causam aliquando reddit quam ingressum rei significat. » Dans l'exemple de Térence qu'il en donne, on pourrait le traduire par vous saurez que... Peut-étre notre auteur prend-il ici nam- que dans ce dernier sens, à peu prés comme plusieurs de nos vieilles complaintes commencent par le mot or.
(3) Cette assertion de l'entiére disparition de plusieurs monstres reposerait-elle sur la notion vague de l'extinction de certaines races d'animaux, comme l'étude des ossements. fossiles en a fait reconnaitre un assez grand nombre?
(A) Cette phrase ambitieuse estsi entortilléequ'on ade la peine à s'y reconnaitre. Le sens me paraît être à peu prés que, puis- qu'il n'y a plus de monstres sur presque toute la terre, il faut, pour en trouver, tourner la proue du navire vers les mers du póle oà viennent se précipiter de toutes parts les ondes turbu- lentes dans un vaste gouffre. Il parait supposer que là est le dernier refuge des monstres. Si tel est le sens, il est au moins fort bizarre , mais je n'en vois point d'autre.
DE MONSTRIS. 5.
I.
DE QUODAM HOMINE UTRIUSQUE SEXUS.
Me enim quemdam bominem, in principio* operis, utriusque sexus cognosse testor: qui tamen ipsa fa- cie plus et pectore virilis quam muliebris apparuit; et vir a nescientibus putabatur; sed muliebria opera dilexit, et ignaros virorum, more meretricis, deci- piebat (1); sed hoc frequenter apud humanum genus contigisse "ἢ fertur (2).
Ms. * Pridio. —? Contingisse.
NOTES.
(1) Pierre Pithou, qui, aprés avoir copié en entier les fables de Phédre, n'a transcrit de la seconde partie de son manuscrit que ce seul passage, semble avoir cherché à le rendre plus clair par d'assez nombreux changements. Pourtant ce qu'il peut y avoir d'obscur me semble tenir ici à la volonté d'exprimer en termes décents certains détails. obscénes. Si l'on se rend bien compte du sens réel de ces expressions voilées, et que d'ailleurs, pour lensemble du style, on ait toujours égard au temps de décadence vers lequel a dü écrire l'auteur de ce traité. on pourra, je crois , entendre ce passage sans.y rien changer.
ll s'agit de « quelqu'un qui avait les deux sexes, mais qui cependant , par le visage et la poitrine, paraissait plutôt homme
6 DE MONSTRIS.
que femme; en sorte que ceux qui ne le connaissaient pas le prenaient pour un homme. » Jusque-là le sens est très-net. Sed muliebria opera dilexit. Il est évident que muliebria opera exprime ici l'idée obscéne que plusieurs bons auteurs rendent simple- ment par le mot muliebria. Salluste dans Catilina ; « Viros muliebria pati. » ll y en a beaucoup d'exemples. Muliebria opera dilexit signifie ici que cet individu mixte était par goût ce que Pétrone dit d'un des héros de sa satire : « Muliebris patientie scortum. » Cap. ix. Toutefois, par la singularité de sa double conformation, il n'était pas dans le cas de ces efféminés qui, dit Columelle, pref. libri, c. xiv : « À natura sexum viris denega- tum muliebri motu mentiuntur. » Mais comme il paraissait plu- tôt du sexe masculin, il avait besoin d'employer les manières d'une courtisane pour attirer à lui les hommes étrangers à de semblables commerces. Ignaros virorum more meretricis deci- piebat.
Saint Augustin définit clairement ces androgynes : «In his sic uterque sexus apparet, ut ex quo potius debeant accipere nomen incertum sit.» De Civit. Dei, 1. XVI, c. vnr. Et le méme Pére, en discutant le passage de la Genése relatif à la création de l'homme : « masculum et foeminam fecit eos, » ex- plique par là l'emploi du mot eos : « Quidam enim timuerunt dicere fecit eum masculum et feminam, ne quasi monetruosum aliquid intelligeretur sicuti sunt quos hermaphreditos vocant. » De Trinitate, 1. XII, c. vi. Philostrate, De Vitis sophistarum, l. I, c. vi, $ 1, rapporte que le philosophe Favorin était né ainsi conformé : A;gusc δὲ ἐτέχθη καὶ ἀγδρόθηλυς: καὶ τοῦτο ἐδηλοῦτο Jar καὶ «αρὰ τοῦ εἴδους" ἀγενείως γὰρ τοῦ προσώπου καὶ γηράσκων εἴχω. ᾿Εδηλοῦτο δὲ καὶ τῷ φθέγματι" ὁξύηχες γὰρ ἠκούετο καὶ λεπτὸν καὶ ἐπέτογον, ὡσπερ καὶ φύσις τοὺς εὐνούχους ἑρμοχε. Θερμιὸς δὲ οὕτω τι Wr τὰ ἐρωτικὰ, ὡς καὶ μοιχοῦ λαβεῖν αἰτίαν ἐξ ard pog ὑπάτου. Ce passage est fort clair: le mot d'u, placé à côté du mot déjà si précis αγδιυούθηλυς, en rend la signification in-
DE MONSTRIS. ;
contestable. Cependant des commentateurs ont cru que &rd'po- nave devait avoir ici le sens d'eungque; pour pouvoir concilier ce passage avec un mot de Favorin rapporté quelques lignes plus bas: Ὡς σαράδοξον ἐπεχριησμώδει τῷ ἑαυτοῦ Cie τρία ταῦτα. Γαλάτης ὧν [il était d'Arles], ἑλληνίζειν" εὐγοῦχος ὧν, μοι- χείας κρϑεσθα!" βασιλεῖ διαφέρεσθα;, καὶ ζῇν. Il me semble ce- pendant que ce mot peut s'expliquer, sans forcer le sens du premier passage au point de méconnaître dans διφυης καὶ ar- δγέθηλυς un véritable androgyne. D'ailleurs n'est-ce pas Philos- trate lui-même qui dit: Θερμὸς δὲ οὕτω τι vr τὰ ἐρωτικά ὃ On peut concilier ces deux endroits en donnant quelque chose d'ironique à ce mot de Favorin se disant lui-même suroÿ- xes. Car, comme il en avait la voix, il passait pour tel; et Lucien, dans son Eunugue, parle des plaisanteries que lui fai- saient les Cyniques, ἐπὶ τῷ ἀτελεῖ τοῦ σώματος. On pouvait jouer sur les mots εὐγοῦχος et d'rdpó'yvroc, puisque tous deux sont synonymes de x#æd'oç, comme on le voit dans Pollux, 1. VI, segm. 126. C'est ainsi qu'Apulée, Metam., lib. VIII, donne, per injure, le nom de semiviri (signifiant ordinairement eu- nuques) à ces prêtres vagabonds de la déesse de Syrie, qui cependant n'étaient pas eunuques, comme le prouvent les excès auxquels il les vit se livrer. Ausone applique deux fois ce méme mot à Hermaphrodite, Idyll. VI, v. 88, et Epigr. LXVIII, v. 12, οὐ il dit:
Vidit semivirum fons Salmacis Hermaphroditum.
Et Ovide applique au méme personnage (que la fable repré- sente comme moitié homme, moitié femme) le mot semimas, Metam., |l. IV, v. 380. Certains traits d'incroyables raffine- ments de débauche expliquent jusqu'à un certain point toute cette confusion de termes. Suétone dit de Néron, c. xxvi : « Puerum Sporum, exsectis testibus, etiam in muliebrem na- turam transfigurare conatus est. » Aulu-Gelle , 1. IX, c. iv, cite
ὃ DE MONSTRIS.
très-exactement un passage du VIF livre de l'Histoire naturelle de Pline, que voici: « Gignuntur homines utriusque sexus; quos hermaphroditos vocamus, olim androgynos vocatos et in prodigiis habitos, nunc vero in deliciis. » Cap. 11. La méme idée se trouve déjà dans le banquet de Platon : Ard'póyvror yap ἐν τότε μὲν vv καὶ εἶδος καὶ ὄνομα, ἐξ ieget κοινὸν TOU TÉ dppt- γος καὶ θήλεος γῦν d" οὐκ ἔστιν, ἀλλ᾽ ἡ ἐν ὀνείδει ὄγομα Mu, C. xiv, p. 139; ed. Fisch. :
(2) Il peraitrait effectivement que le bis deces andro- gynes ou hermaphrodites s'est présenté souvent dans l'anti- quité. Les historiens latins en fontmention comme d'un prodige qui effrayait les Romains. Tite-Live, 1. XXXI, c. xii: «Semi- mares jussi in mare deportari.» Julius Obsequens, Prodig. libel. , cap. xxv1, page 65 de l'édition de M. Hase, insérée dans le t. XL de la collection Lemaire : «In Umbria semimas duo- decim ferme annorum natus, aruspicumque jussu necatus. » Id., c. xen, p. 114: «In foro Vessano androgynus natus, in mare delatus est.» Id., cap. xcix, p. 116 : « Androgynus in agro romano, annorum octo, inventus, et in mare deporta- tus. » Id., cap. xcvi, p. 118 : « Saturniæ androgynus annorum decem inventus, et mari deversus.» Phlégon de Tralles a consacré à des détails sur ces dróyó*yvroi les chapitres v, vi, vu, vin, Ix et x de son Traité περὶ θαυμασίων. Voyez l'édition de M. Franz, Halle, 1822, p. 59-75; et Ammien Marcellin, aprés avoir rapporté un prodige de ce genre, ajoute : « Nascun- tur hujuscemodi sepe portenta, indicantia rerum variarum eventus : qui» quoniam non expiantur ut apud veteres publice, inaudita prætereunt et incognita.» L. XIX, c. xr. En effet, cette superstition avait dà appeler davantage l'attention sur cet objet, qui est désigné dans les deux langues anciennes par un assez grand nombre de mots; en latin : semimas, semivir, et les mots latinisés, androgynus, hermaphroditus; en grec : ανδό- yuroc, yurayó poc, ἑρμαφρόδιτος, διφυὴς, ἀρσενόθηλυς, yd po Ona vr.
DE MONSTRIS. 9
- M. Étienne Quatremère, dans ses Mémoires géographiques et historiques sur l'Égypte, t I, p. 321, traduit un article de l'histo- rien ‘arabe Macrisy sur la ville de Tunis, dans lequel nous trouvons ce passage : «L'an 332 [de l'hégire], un homme et une femme comparurent. devant Abou Mohammed Abdallah, kady de Tunis. La femme requéroit son mari de satisfaire au devoir conjugal. Le mari répondit : J'ai épousé cette femme il y a cinq jours, mais j'ai reconnu qu'elle est hermaphrodite. Le kady envoya une feinme pour vérifier le fait. Elle rapporta qu'en effet celle dont on a perlé avoit, au-dessus des parties de son sexe, une verge avec le prépuce et des testicules. Du reste, elle étoit d'une grande beauté. Son mari la répudia. »
Suivant Aldrovande,il y avait beaucoup d'hermaphrodites parmi les naturels de la Virginie, contrée découverte de son temps [1585]; et ce peuple, par l'aversion qu'ils lui inspiraient, s'en servait comme de bétes de somme. À quoi, ajoute-t-il, leur vigueur les rend trés-propres. «In primis annonam regum ad prelia proficiscentium deferunt, defunctos ad tumulum baju- lant, et pestilenti seu contagioso correptos affectu, ad destinata loca ferunt, et eis medentur. » Monstrorum Histor., pag. 41. Ceci a tout l'air d'un de ces contes que débitaient alors, à leur retour, les premiers voyageurs arrivant d'un pays nouveau. On ne verra peut-étre aussi qu'une espéce de jeu d'esprit dans cette grande régularité avec laquelle le méme auteur divise les her- maphrodites en quatre classes : la première, des hermaphro- dites mâles, n'ayant que l'apparence du sexe féminin; la se- conde, où le sexe masculin n'est qu'apparent, hermaphrodites femmes ; la troisième, de ceux qui ont en eflet les deux sexes, mais avec impuissance; et la quatriéme, « Eorum qui non solum utroque sexu potiuntur, sed etiam possident genitalia, quz omnibus conditionibus ad perfectam generationem ne- cessariis gaudent. » Ibid.
- Aldrovande s'inquiète beaucoup de certaines questions légales
10 . DE MONSTRIS.
au sujet de ces derniers êtres, doués d'une double faculté gé- nérative. Car enfin, se dit-il, lorsqu'un. individu réunit com- plétement les appareils générateurs des deux sexes, nous devons nécessairement reconnaître un véritable androgyne, malgré le jugement d'Âristote qui veut que, dans ces êtres mixtes, la puissance génératrice ne s'exerce que de l'une des deux façons. « Át quando utriusque genitalis in figura, mole et efficacia equalis erit conformatio, tunc androgynum in utroque sexu potentem debemus constituere. Quamvis ex sen- tentia Aristotelis, qui utroque sexu sunt referti, semper al- teram potentiam ratam, alteram irritam habeant. » Mais 1} ne s'apercoit pas que son raisonnement reste suspendu; car il faudrait des exemples à l'áppui de cette première hypothèse. Or l'expérience a jusqu'ici confirmé seulement l'opinion d'Aris- tote; ce qui n'empéche pas Aldrovande de peser l'avis des prétendus jurisconsultes qui, selon lui, ont traité à fond la question. Leur décision est que, lorsqu'un hermaphrodite complet veut se marier, il doit déclarer devant le magistrat pour quel sexe il opte; et, selon qu'il a pris femme ou mari, ἡ est condamné à mort s'il change ensuite de rôle.
Si, laissant ces divagations d'un esprit subtil, nous en reve- nons aux faits que nous avons cités, et si nous les faisons comparaitre, pour ainsi dire, devant le tribunal de la science moderne, nous ne les trouverons pas inadmissibles. M. Cu- vier met cette note au passage de Pline que nous avons cité : « Quos androgynos sic habuere romana fastidia in deliciis, eas statue arguunt feminas fuisse quibus μύρτος, clitoris, plus justo longus eminuit. Quod viraginum genus constat identidem ex- stitisse; neque ita pridem talis spectata Lutetiæ, in nostra urbe, mulier est; sed nulli fuisset in deliciis. » Ad 1. VII, c. m, Plin., Hist. nat., coll. Lemaire, t. III, p. 43, not. τι. «Des in- dividus mäles, dit M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, peuvent, par la conformation d'une ou plusieurs parties de leurs corps,
DE MONSTRIS, 11
ressembler aux femelles de leur espèce; celles-ci, à leur tour, peuvent emprunter quelques traits de la conformation des mâles, et même, chez quelques sujets, les conditions orga- niques peuvent se trouver réunies d'une manière plus ou moins complète,» Hist. des anomalies de l'organisation, t. 1, chap. 1, page 32. Le Dictionnaire des Sciences médicales, au mot herma- phrodisme, s'explique plus nettement encore sur ce sujet im- portant: «On s'est trop empressé, ditil, de conclure qu'un hermaphrodisme parfait ne saurait jamais se rencontrer chez les mammifères, et. particuliérement chez l'homme..... L'histoire de l'androgynie est encore trés-obscure.... Presque tous les auteurs sont partis de l'idée que les individus désignés sous le nom d'hermaphrodites appartiennent à l'un ou à l'autre sexe, offrant seulement une irrégularité, un vice de confor- mation dans son appareil générateur. » Après être entré dans des détails anatomiques sur les complications d'un appareil générateur plus ou moins complétement double, l'auteur ajoute : «Elles peuvent altérer la physionomie de l'individu, au point de faire que, dans l'impossibilité de recourir à la dissection des parties, on soit obligé, pour prononcer sur son sexe, d'attendre qu'il ait engèndré ou concu, et qu'en l'ab- sence de ce seul signe caractéristique, on doive s'abstenir de prononcer aucun jugement.» Il. termine l'examen des diffé- rentes nuances de l'hermaphrodisme par l'indication de parties sexuelles intérieures et extérieures entiérement doubles dans le méme individu, au point de rendre possible la supposition d'Aldrovande. « C'est à tort, dit-il, qu'on a prétendu que de pareils individus ne pouvaient vivre, puisqu'on en a vu pousser leur carriére jusqu'au delà de vingt ans.»
Les rapprochements ci-dessus ont donc un autre intérét que la curiosité de l'érudition, lorsque, comme ici, adhac sub ju- dice hs est.
12 DE MONSTRIS.
i II.
DE GETARUM REGE HUIGLAUCO, MIRÆ MAGNITUDINIS.
Et sunt mire magnitudinis : ut rex Huiglaucus (1) [510], qui imperavit Getis (2) et a Francis occisusest (3). Quem equus a duodecimo anno portare non potuit. Cujus ossa in Rheni* fluminis (4) insula, ubi in Ocea- num prorumpit, reservata sunt, et de longinquo ve- nientibus pro miraculo ostenduntur.
Ms. * Reno.
NOTES.
(1) IH est bien difficile, avec un nom évidemment aussi al- téré, de retrouver le fondement d'une tradition qui ne l'est sans doute pas moins. Aussi n'est-ce pas une explication que je pré- tends donner, mais l'indication des tentatives que j'ai faites pour en trouver une.
. (a) D'abord les Gétes indiquent ici les Goths. C'est sur ces deux noms donnés au méme peuple que repose un jeu de mots qui coüta la vie à Helvius Pertinax, fils de l'empereur de ce nom. Dassianus, frére de l'empereur Géta, ayant assassiné son frére, jouit un moment du pouvoir impérial, avant d'étre tué lui-méme par Opilius Macrinus, son successeur. Pendant ce court régne, le préteur Faustinus, le nommant dans un discours public, joignait à son nom, selon l'usage, plusieurs sur- noms victorieux, le proclamant Sarmaticus Maximus, et Parthi-
DE MONSTRIS. 13
cas Maximus. Alors Helvius Pertinax, faisant allusion: au meurtre de Géta, lui dit tout haut: « Adde et Gericus Maxi- MUS. » /Elius Spartianus, qui rapporte ce mot, ajoute : «Quasi Gotticus. » Sur quoi Casaubon met cette note : « Nam Getæ di- cebentur tunc, qui postea Gothi, vel Gotti. » Hist. Auguste scriptores, p. 427. L'expression Getis est ainsi une sorte d'ar- chaisme de la part de notre auteur. J'ai donc cherché, dans la suite chronologique des rois goths jusqu'au temps de Charles- Martel, le nom d'après lequel on aurait pu faire par corruption Huiglaucus. Le seul qui pourrait offrir quelque ressemblance, est celui de Gesalaicus, onzième roi goth, qui, après la mort de son père Alaric II, tué de la propre main de Clovis à Vouillé, en 507, succéda à une partie de ses états, dont Narbonne et Barcelonne paraissent ävoir été les principales villes; l'autre partie fut possédée par Théodoric, roi des Ostrogoths. Gesalai- cus, aprés quatre ans de régne, fut tué par ce prince, et eut pour successeur Amalaric ou Almaric, son frère de père, dont la mère était fille de Théodoric. Chronolog. et series regum Go- thorum , insérée dans le tome I des historiens de la France, page 704; et une note de dom Ruinart sur le chap. xxxvii du livre II de Grégoire de Tours, col. 94 de son édition. Voilà iout ce que l'histoire rapporte de ce prince; par conséquent elle ne dit rien sur sa taille. Les deux autres circonstances sur la mort et la sépulture de ce Huiglaucus pourraient s'expliquer par une confusion dans les noms, les lieux et la filiation. On vient de voir qu'Alaric II, père de Gesalaicus, fut tué par Clo- vis : on aurait pu confondre le fils avec le père.
(3) De là les mots a Francis occisus est.
(4) Ensuite la mention de cette sépulture dans une ile du Rhin ne serait-elle pas due à une autre confusion entre Ala- ric II et le grand Álanc? On sait en effet que, ce conquérant étant mort dans la Calabre en A10, ses soldats, craignant que les Romains ne profanassent sa sépulture, détournérent, par
14 DE MONSTRIS.
un de ces grands moyens des barbares, le cours du fleuve Bu- sento, et placérent le tombeau d'Alaric dans le lit du: fleuve, auquel ils laissérent ensuite reprendre son cours. ll y a loin sans doute du Busento au Rhin; et l'ignorance seule de l'auteur de ces extraits pourrait autoriser de pareilles conjectures. Pour la taille gigantesque de ce roi, c'était peut-étre quelque récit, dont la tradition se sera perdue, sur un de ces chefs barbares qui laissaient aprés eux en ltalie un si terrible renom. Quant à la grandeur des ossements, nous toucherons cette question au chapitre Lvi de cette première partie.
DE MONSTRIS. 15
III.
ITEM COLOTIUS, MOLIS VASTISSIMÆ.
Et ut (1) Colotius* (2) qui, mole vastissima, monstro- rum ad instar maritimorum, cunctos homines excrevit: quem unda Tibridis vulneratum cooperire non^ va- luit, in quem se, dolore marcescens$, moriturum jac- tavit *; et ab ipso usque ad Tyrrheni? maris terminum tredecim* millia! passuum aquam tanto sanguine commixtam reddidisse fertur, ut totus fluvius de vulneribus ejus manare videretur *.
Ms. * Colosius. — " Novaluit [sic]. — * Jæctavit. — * Terreni. — * XIII. — ' Milia. — * Videbatur.
NOTES.
(1) Les mots et ut semblent d'un abréviateur : c'est le ὅτι..... καὶ ὅτι des Grecs, qui se trouve si souvent dans la Chrestoma- thie de Strabon, dans les Excerpta de legationibus et autres livres de ce genre.
(2) Colotius parait étre ici pour Colotes, un lézard monstrueux. Ce qui en est dit se trouve expliqué par un passage de saint Grégoire de Tours. Cet historien rapporte, au commencement de son dixième livre, que, la quatorziéme année du règne de Childebert II (589), il y eut à Rome une si grande inondation du Tibre, que toute la ville en fut couverte, les édifices ren- versés, etc. « Multitudo etiam serpentum cum magno dracone
a6 07 DE MONSTRIS.
in modum trabis valide per hujus fluvii alveum jn mare descendit; sed suflocatæ bestiz inter salsos maris turbidi fluc- tus ejectæ sunt. » Histor. eccles. Francorum, 1. X, c. 1, p. 479, ed. Dom Ruinart; ou dans le Recueil des histor. de la France, t. II, p. 362. Cet énorme serpent, que Grégoire de Tours com- : pare ἃ une grosse poutre, était probablement quelque grand poisson de mer, qui s'était avancé dans le fleuve et qui y périt. Notre auteur, vaguement informé de ce fait, le dénature en- core plus. Ce mot Colotias semble lui avoir rappelé par sa pro- nonciation l'adjectif latin colosseus, en grec χολόσσιος; car si d'un côté il le compare aux monstres marins, de l'autre, il semble en faire une espéce d'homme colossal, qui cunctos ho- mines excrevit. Le Tibre, οὐ s'était avancé ce colotes, aura peut- étre encore augmenté la confusion, en rappelant vaguement à l'auteur le roi Tybris ou Tiberinus, qui se noya dans l'Albula et lui laissa son nom, suivant Pline, 1. III, c. v. Ovide le dit aussi :
Albula, quem Tibrim mersus Tiberinus in unda
Reddidit... Fast. Il, 389.
Cumque patris regnum post hunc Tiberinus haberet, Dicitur in Thuscæ gurgite mersus aqua. Id. IV, 15. Or Virgile représente ce roi comme un géant :
vm Asperque immani corpore Tibris À quo post Itali fluvium cognomine Tibrim Diximus..... JEneid, VIII, 330.
Si,.au milieu de ce mélange confus de la fable et de l'his-- toire, on reconnaît la trace de l'événement rapporté par Grégoire de Tours, ce sera sur le temps οὐ vivait notre auteur un indice à peu près conforme à celui que fournit le chapitre vi de la se- conde partie (De Belluis), dont nous avons parlé dans notre préface, en le faisant vivre dans la première partie du vi* siècle.
DE MONSTRIS. 17
D'après ce chapitre-ci, ce serait dans la seconde, ce qui au reste n'est pas inconciliable.
Cette inondation du Tibre était, en quelque sorte, fameuse. Saint Grégoire le Grand en parle dans le x1x° dialogue de son livre III, tom. II, col. 174 ; mais il ne fait pas mention des serpents, dont il est question dans Paul le Diacre, De Gest. Longobard. , 1. IIT, c. xxr. ; et Muratori remarque en note de cet endroit que le cardinal Baronius voyait dans ce serpent, « Unam ex repentibus bestiis miræ magnitudinis, quos Pliriius boas appellat, aliquando in' regionibus prope inem visas?» Rerum Fftalic. scriptores, t. Y, p. 447.
Un fait du méme genre avait déjà eu lieu dux le Tibre, sous l'empereur Claude, au rapport de Pline, Hist. nat. , 1. IX, c. vi; laissons-en le récit à Crévier : « Pendant que l'on tra- vaillait à ce port (de l'embouchure du Tibre), un monstre marin y entra, attiré, dit Pline, par des cuirs amenés de Gaule dans un vaisseau qui fit naufrage en cet endroit. Le monstre suivit sa proie ‘avec tant d'avidité qu'il. s'avanga trop du côté des terres et vint échouer sur le rivage. 1] demeura comme prisonnier, et l'on voyait son das qui s'élevait beaucoup au- _dessus de la surface des eaux, en forme d'une carêne renver- sée. Claude en voulut fhire un spectacle pour le peuple. On tendit, par son ordre, à l'entrée du port, des toiles trés-fortes , et lui-même, à la tête des cobortes prétoriennes, attaqua le monstre, envoyant sur lui des soldats dans des barques, qui, de leurs lances jetées de loin, le frappaient et le percaient; à coups redoublés. Pline, témoin de ce combat, rapporte qu'il vit une des barques couler à fond par la quantité immense d'eau dont le monstre en soufflant la remplit. Il appelle te monstre orcu, et dit qu'on ne peut s'en-former une plus juste idée, qu'en se représentant une maise.énorme de chair aniaóe de dents cruelles. » Hit. des Emperears, 1 UN t. Il, P. 122, in-A*. ^
| 2
18 | DE MONSTRIS.
IV.
DE STATUA PROCERISSIMA.
Postquam (1) Romani, pæne* per totum orbem terrarum epp opus!), erexerunt statuam pro- cerissimæ ^ magnitudinis, quze* centum et septem pedes altitudinis habet, et prope omnia Rome urbis opera miro rumore prscellit* (1). |
Ms. " Pene: — ἢ Procerissime. — * Que. — ? Precellit.
NOTES.
(1) On croirait, d'après postquam, que l'auteur traduit quel- que grec. Ce texte aura commencé par ὅτι; une faute de copiste aura donné ὅτε, et de là postquam.
(2) La hauteur énoncée ici est précisément: celle du colosse de Rhodes, qui avait, au rapport de: Pline, 1. XXXIII, c. vii, soixante-dix ooudées, et dont les doigts étaient plus gros que la plupart des statues ordinaires. Cet ouvrage étonnant de Cha- rès de Linde, élevé l'an 290 avant J.-C. et renversé l'an 210 de notre ère, resta, comme tout le monde sait, ainsi renversé et à peu près intact jusqu'au vir" siècle; et comme il était de bronze, un Juif d'Édesse l'acheta alors aux Serrasins, le fit briser et chargea neuf cents chameaux de ses débris: ἢ subsistait donc à l'époque où nous supposons.qu'omt pu être composés ces ex- traits, et l'ignorance qui régnait alors dans. l'Occident, où
4oukws les traditions se perdaient, a.pu faire rapprocher le
grandiose d'une telle œuvre, de la grandeur romaine.
,
| DE MONSTRIS. 19
V.
DE QUIBUSDAM HOMINIBUS VIGINTI QUATUOR DIGITOS HABENTIBUS.
Et quosdam immensa corporum magnitudine et bellicosos* fuisse legimus, qui in ambis [sic] mani- bus sex digitos et singulis? habuerunt pedibus; mente tamen rationabiles erant. Et quatuor* tantum aug-
mento digitorum a cæteris discrepuerunt homini- bus (1).
Ms. * Bellicosas. — ἢ Singulos. — * IIII*.
NOTES.
(1) Pline, Hist. nat., 1. VII, c. 11, et Solin, Polyhist. , c. Lu, parlent d'hommes qui ont huit doigts à chaque pied, mais non aux mains; et ils joignent ce caractére à un autre. (Voyez ci-après les notes du chapitre xxxi1, partie 1.) Mais Ctésias, avec ce nombre de huit, émet trés-nettement la méme assertion que notre auteur : Ἔχουσι δὲ οὗτοι οἱ ἄγθρωποι ἀνὰ ὀκτὼ δ᾽αχτύλους ἐφ᾽ ἑκατέρᾳ χειρὶ, ὡσαύτως drd ὀκτὼ καὶ ἐπὶ τοῖς ποσὶ, καὶ ἀν- δρες καὶ γυναῖκες ὡσαύτως. Indic., c. xxxi, p. 257 de l'éd. de M. Baehr. Ctésias donne à ce même peuple une quantité d'au- tres caractéres merveilleux, notamment celui qni fait le sujet du chapitre xuvi de la y* partie du présent traité.
20 DE MONSTRIS.
VI.
FAUNI.
Feuni* de veteribus: pastoribus fuerunt, in prin- cipio mundi, qui. habitaverunt in locis super que constructa est Roma (1); et poete cantica de ipsis cecinerunt. |
Fauni nascuntur, de vermibus (2)..natis* inter li- gnum et corticem *; et postremo procedunt ad ter- ram, et suscipiunt alas, et eas amittunt postmodum : et efficiuntur homines silvestres. Et plurima cantica de eis poete cecinerunt.
Fauni silvicole (3) homines, qui sicut a fando (4) nuncupati sunt, a capite usque ad umbilicum, ho-. minis speciem habent : capita autem curvata naribus, cornua dissimulant; et inferior pars duorum pedum et femorum in caprarum forma depingitur. Quos poeta" Lucanus, secundum opinionem Græcorum, ad Or- . phei lyram*, cum innumerosis ferarum generibus, cantu deductos cecinit (5).
Ms " D'abord Faoni. Tout ce paragraphe est écrit en majuscules. - Nutis. — * Corticum. — * Grecorum. Ce mot, et le mot Grecia, étant toujours écrits de cette maniére dans le manuscrit , nous ne ré- péterons pas l'indicatien de cette faute. — * Liram. On peut également appliquer à ce mot l'observation précédente.
-. DE MONSTRIS. 21
NOTES.
(1) Les Romains se plaisaient à considérer les Faunes comme . des divinités toutes latines. Virgile dit des forêts primitives du Latium :
Hac demora indigenæ Fauni nymphæque tenebant. Æneid. , 1. VIII, v. 324.
(2) Qui a pu donner lieu à cette singulière opinion sur l'o- rigine des Faunes? L'auteur a-t-il supposé quelque rapport entre Faunus et φάλαινα le papillon de nuit? Le nom de Faunus a été conservé dans l'entomologie à une variété de papillons.
(3) Stace donne également aux Faunes l'épithéte de silvi- cole :
Silvicolæ, fracta , gemuistis, arundine, Fauni. Theb., 1. V, v. 582.
(4) Cette étymologie bizarre se retrouve dans plusieurs au- téurs. Varron la donne à l'occasion de ce vers d'Ennius :-
Versus quos olim Favni vatesque canebant. |
Fauni der Latinorum, ita ut Faunus et Fauna sint in versibus, quos vocant Seturnios. In silvestribus locis traditum. est solitos fari; a quo fando Faunos dictos. » De lingua lat., lib. VI, c. m. —Isidore de Séville, Orig., lib. VIII; Theologica, cap. x1, de diis gentium: «Fauni a fando, velut ἀπὸ τῆς φωνῆς, dicti, quod voce, non signis ostendere viderentur futura. In. lucis nam consulebantur a paganis, et responsa illis, non signis, sed voci- bus dabant. » On trouve une autre observation sur l'étymologie -de ce mot dans le petit. Traité de Fronton, qui est placé le premier dans la collection intitulée: Veterum grammaticorum de proprietate et differentiis latini sermonis libelli (collection insérée
22 DE MONSTRIS.
dans les Scriptores ling. lat., p. 1327) : « Fanum, Fauno conse- cratum : unde Fauni appellabantur prius et illi qui vagabantur fanatici. » — Saumaise donne une étymologie qui mérite plus de créance que tout cela. Ce savant commentateur voit dans l'antiquité deux espéces de ces dieux champétres qu'Ovide ap- pelle semidei, rustica numina.
Sunt mihi semidei , sunt rustica numina Nymphe, Faunique , satyrique, et monticole Silvani. Metam, , 1. 1, v. 192, sq.
Ces deux espéces, quelquefois confondues, mais le plus sou- vent distinguées, sont les Satyres, dont le nom est le méme chez les Grecs et les Romains, et les Pans des Grecs qui sont les Faunes des Latins. « Faunus Latinis is est qui Grecis IIa»... Æoles : à Ilaroç, τοῦ IIdyov dicebant, ut o φύλαχος, ὁ μάρτυρος. lidem mutabant a in o, ut ονόγυρος pro αγάγυρος, Boris pro βα- τίς, et sexcenta talia; sic et Πόγος pro Παγος. Inde latinum Fo- nus et more scribendi veteri Faunus. Nam et aurichalcum scri- bebant pro orichalco, Grecis ὀρίχαλκον; et audes pro odes; ὦτα : inde aures.» Saumaise laisse seulement sans démonstration le changement du 7 en f, deux lettres qui nous semblent assez différentes, et qui cependant paraissent avoir eu certains rapports de ressemblance d’après la prononciation des anciens. En effet les Romains avaient rendu dans leur écriture le Φ des Grecs par le p accompagné d'une aspiration ; et ils avaient en outre 1 fqui manquait aux Grecs, donc le e tenait en quelque sorte le milieu entre 1f et le p. Quintilien, Instit. orat., 1. I, c. 1v, $ xiv, rapporte que Cicéron, dans un discours pour Fundanius, qui ne nous est point parvenu, se moquait d'un Grec qui, ayant à déposer contre son client, ne pouvait parvenir à prononcer la première lettre de son nom. Il prononçait qundanius au lieu de Funda- nius.
(8) On ne trouve point de semblable énumération dans la
DE MONSTRIS. 23
Pharsale. ll est évident que l'auteur parle ici du poëme que
Lucain avait composé sur Orphée, et dont il existe plusieurs
témoignages au commencement de l'édition d'Oudendorp,
Lugd. Batav. , 1728, in-4°. Dans la Vie de Lucain ex coemmen-
tario antiquissimo, on lit: « ..... Et, ex tempore, Orphea scriptum
in experimentum ingenii ediderat, et tres libros quales vide-
mus. » Dans celle de Crinitus, De Poetis latinis, lib. ΠῚ : « Scrip-
sit enim Saturnalia, silvarum lib. X , tragediam Medeam quam
non absolvi, de Incendio urbis, de Incendie Troje cum Priami calumitate , Orpheum, fabulas complures et Epistolas. » Suivant Pomponius Infortunatus, ce poëme aurait méme été la source de la haine de Néron, qui depuis causa sa mort. : «Nero cum
per Clinium Ruffum Niobem se pronuntiaturum polliceretur,
pronuntiavit in theatro Pompeii, Lucanus ex tempore Orpheum recitavit. Judices, quorum censuram verebatur princeps, co- ronam Lucano dedere. Non tulit id Casar, cujus natura fuit odio prosequi præcellentes, et contumeliis ac maledictis la-
cessere. Interdixit igitur poete foro, theatro, et carmina os- tentare prohibuit, de quo Papinius :
Ingratus Nero dulcibus theatris, Et noster tibi PROS D ini »
On pourrait supposer qu'il aus péminiscence de ce: : poëme de Lucain dans l'épitre de Claudien ad Serenam, où les animaux sauvages apportent des présents de noce à Or- phée que Claudien appelle leur poéte , sao vati; mais il n'y est point question des Faunes. Voyez les notes du chapitre x11x.
24, DE MONSTRIS. VII. DE ORPHEO.
(1) Orpheus citharista erat Æneæ (a), et quantus" citharista! in Grecia. Postmodum Eurydice ^, uxor ip- sius,.a serpente percussa mortua erat, et pæne insanus factus est; et in silvis lyram percutiebat; et bestiæ ad audiendum lyram * ipsius veniebant.
Ms. * Quintus. — ? Erudita. — * Lira.
NOTES.
(1) Ce chapitre ne doit étre considéré que comme une glose assez étendue, de la nature de celles dont les scoliastes accom- pagnent ordinairement un nom célébre, la première fois que leur auteur le cite.
(2) Peut-être faudrait-il lire Ænius, d nus, ville de Thrace, comme Orphée était de ce pays. Néanmoins j'ai laissé Æneæ parce qu'Étienne de Byzance fait mention d'une autre ville de Thrace nommée Ænea. ll est vrai qu'il dérive son nom d'Énée. Mais notre auteur ne se montre pas assez savant sur l'antiquité pour qu'on ne puisse, sans lui faire grande injure, lui préter cet anachronisme. ‘Voici le passage d'Étienne de Byzance: Airtia τόπος Θράκης, ὡς Αἴπεια Ζέλεια, ἀπὸ Αἰνείου. Steph. Byz. , in voce.
DE MONSTRIS. 25
VIII.
SIRENEÆ.
Sirenæ* (1) sunt marine puelle, que navigantes pulcherrima forma, et cantus mulcedine* decipiunt (a). Eta capite et usque ad umbilicum, corpore virginali et humano generi simillime, squamosas (3) tamen piscium caudas habent, quibus semper in gurgite latent.
Ms. " Serene. — ? Qui. — * Cantu mulcidinis.
NOTES.
(1) Le manuscrit porte Serene. Dans la faute du copiste sur Ja première syllabe, on pourrait apercevoir déjà la. trace d'une prononciation de l' qui paraît avoir. existé au moyen áge, comme l'indique la formation de certains mots français. « Le serin, dit Belon dans son ornithologie, a pris. son appella- tion francoise de l'excellence de son chant. Car tout ainsi comme l'on dit que les Sirénes endorment les mariniers de la douceur de leurs chansons ; semblablement pour ce que ce petit oiseau chante si doulcement, il a pris le nom de serin. » Ménage, qui cite ce passage de Belon, ajoute : « Nicot dit la méme chose: Nomen habere putatur a Sirenibus, à cause de son chant. Et les Sirénes ont été ainsi appelées de leur chant.
LS
26 DE MONSTRIS. Sir, en hébreu, signifie chant, cantio. » Origines de la langue françouse.
Un autre mot français commençant par les deux syllabes serin, et venant du grec σύριγξ, présente la même substitution de l'e pour l'y.
(2) Cette première phrase semblerait la paraphrase de ces deux vers d'Ovide :
Monstra maris Sirenes erant quz voce canora Quamlibet admissas detinuere rates. Artis amator. 1. III, v. 310, sq.
(3) « Tous les écrits et les monuments des anciens, dit M. de Salverte, présentent les Sirénes comme des femmes-oiseaux. » Des sciences occultes, t. I, p. 344. Ce passage de notre auteur offre une exception d'autant plus admissible, que ces petits récits sont presque toujours l'analyse ou l'extrait d'auteurs plus anciens. L'autre tradition, généralement suivie en effet, est adoptée par Ovide, Metam., 1. V, v. 552, et représente les Sirénes avec des tétes de femme sur des corps d'oiseau. C'est d'aprés cette tradition qu'Isidore de Séville explique le sens de cette fable. Orig., 1. XI, c. 111. «Secundum veritatem autem meretrices fuerunt, qua transeuntes quoniam ad egestatem deducebant, iis ficte sunt inferre naufragia. Álas autem ha- buisse et ungulas, quia amor et volat et vulnerat. Qua inde in Buctibus commorasse dicuntur, quia fluctus Venerem creave- runt. » Saint Isidore a pris cette explication de Servius, à qui appartient toute la premiére phrase. Les deux suivantes sont Je développement du savant évéque de Séville. |
Winckelmann, Hist. de l'art, perle d'une urne funéraire de la villa Albani, «dont la face antérieure est divisée en trois champs : sur celui qui est à droite, on voit Ulysse attaché au mát de son vaisseau, pour ne pas succomber à la séduction des
Sirénes, dont l'une joue de la lyre, l'autre de la flüte, et la
ΒΕ MONSTRIS. 27
, troisième chante en tenant un rouleau dans la main. Elles ont, comme à l'ordinaire, des pieds d'oiseau; la seule particularité qu'on y remarque, c'est qu’elles sont toutes revêtues de man- teaux. » Cette représentation est tout à fait conforme à la des- cription de Servius : « Sirenes , secundum fabulam, parte vir- gines fuerunt, parte volucres, Acheloi fluminis et Calliopes muse filie. Harum una voce, altera tibiis, alia lyra canebat. » Ad JEneid. , 1. V, v. 864.
Bochart regarde la tradition qui donne aux Sirénes des ex- trémités de poisson, comme celle du vulgaire. «Süperiora sunt virginum , inferiora τῶν στρουθῶν, passerum vel struthionum, non piscium ut vulgus putat.» Hierozoic., part. II, 1. VI, c. virt, pag. 830. Il retrouve en Orient le mythe des Sirènes dans la croyance arabe rapportée par Alkazuin d'un animal
qui habite certaines îles de la mer, qui a la forme d'un homme, ᾿ ΄
est toujours à cheval sur une autruche, et se nourrit des corps humains que la mer pousse sut le rivage; part. II, 1. VI, c. xv, p. 868.
28 DE MONSTRIS.
IX.
HIPPOCENTAURI.
Hippocentauri* (1) equorum et hominum commix- tam naturam habent; et, more ferarum, sunt capite setoso, sed, ex parte aliqua, humane? norme si- millimo, quo possent? incipere loqui Sed insueta labia humane locutioni, nullam vocem (3) in verba distinguunt. |
Ms. * Epocentauri. — ἢ Humane; de méme plus bas. — * Possem.
NOTES.
(1) C'est seulement le mot hippocentaurus qui offre étymolo- giquement l'idée de l'étre mixte connu sous le nom de cen- taure; car l'étymologie de κέγταυρος vient, ainsi que le remarque Henri Estienne, æapa τὸ κένσα; ταύρους, de ce qu'ils piquaient les taureaux. Servius, sur leTIT' livre des Géorgiques, v. 115, a réuni dans une méme histoire l'origine du nom de centaures donné pour cette raison à un peuple de la Thessalie, voisin du mont Pélion, et la tradition qui en faisait des êtres moitié hommes moitié chevaux. Il raconte en effet que ce peuple eut le pre- mier l'idée de monter à cheval pour poursuivre les taureaux ou bœufs de leur roi, rendus furieux et dispersés par la pi- qüre du taon, et que ces premiers cavaliers , ramenant le trou-
peau à coups d'aiguillon, furent de là appelés centaures. De
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plus, comme ils traversaient le Pénée en revenant, leurs che- vaux plongérent la tête dans le fleuve pour se rafraichir, et ils parurent alors, aux gens accourus sur la rive, comme des êtres mixtes, composés d'un corps de cheval, sur le poi- trail duquel s'élevait, au lieu du cou et de la tête, le corps d'un homme depuis le nombril, amsi que l'art les a si souvent
| drogue à hominum cum pectore pectora junctos. Ovip. , Tristium, eleg. V, v. 15.
Mais cette double histoire, ainsi présentée, a tout l'air de l'invention beaucoup trop symétrique d'un grammairien, plu- tôt que des restes réels de quelque. tradition.
. Si l'on veut essayer de porter le flambeau de la critique sur des traditions si obscures par leur antiquité, on trouvera, ce me semble, que ce qui aurait dà paraître le plus étonnant . dans cette double action des Thessaliens, c'était d'avoir monté à cheval plutót que d'avoir piqué les taureaux. Or leur nom venant de cette dernière circonstance, comme l'indique l'éty- mologie, on doit supposer qu'il leur fut donné en un autre moment où cette circonstance attra toute l'attention. Puis, à une époque différente, leur habileté à monter à cheval les fit paraitre des étres mixtes aux premiers étrangers qui les virent ainsi: d'où vient la fable à à leur sujet. Οὐδὲν γὰρ ταύρου κεν- ταύροις" ἀλλ᾽ ἵππου καὶ ὠδρὸς ἰδέα ἐστὶν ὠπὸ τοῦ ἔργον. Palæ- phat., De Incredibilib. « Les centaures n'ont rien de commun avec l'idée de taureau, mais avec celles d'homme et de cheval, par le fait de cette réunion. » Cette explication, connue de tout le monde, est donnée par Diodore, 1. IV., Pline, 1. VI, c. 1v1, Virgile, Georg. 1. III, Lucein, Pharsal., 1. VI, Orose, 1. I, c. xn, par le savant rabbin Abarbanel ou Abrabanel, dans son com- mentaire sur le second chapitre du prophète Joël; cité, sains;
30 DE MONSTRIS.
que les auteurs précédents, par Bochart, Hierozoic., part. II, c. X, pag. 858. :
H.semble donc que le nom de centaures a dà être celui de cette peuplade de la Thessalie, avant même l'origine de la tradition fabuleuse qui la concerne relativement aux chevaux. Alors, pour exprimer l'idée qui. résulte de cette tradition, on se servit probablement du mot composé hippocentaure , c'est- à-dire centaures moitié chevaux. Enfin, par une ellipse du lan- gage usuel, on désigna par le mot eentaare cet être imaginaire, auquel l'art antique sut donner, par le prestige de ses créa- tions, une existence réelle. « Tabule ficte sunt..... de centau- ris, quod equorum hominumque fuerit nature conjuncta. » S. August. , De Civitate Dai, 1. XVIII, c. xir. —« Nonnunquam (cogitatio) usurpatur de eo quod non existit; ut quum id quod non existit, fingitur, sola dehneatione ments, et imaginatione expressum : cujusmodi multa fabularum auctores, et pictores ad excitandam spectatorum admirationem præstigiose effingunt. Talis est hippocentaurorum et sirenum fabulosa effictio. » Elie Cretensis Schol. ad S. Greg. Naz., orat. III, contr. Eunomian. Telle est en effet la réalité de cette existence due aux monu- ments figurés, que, dès les temps historiques les plus anciens, les véritables centaures perdent leur nom et disparaissent tout entiers derrière l'être fabuleux qui s'est, en quelque sorte, enté sur eux.
Cette observation sur les deux mots xérraupos et ἱπποχένταυ- ρος doit avoir déjà été faite; elle semble résulter de plusieurs passages allégués par Bochart, notamment de cet endroit de Diodore : Τινὲς δὲ λέγουσι καὶ κενταύρους, πρώτους Prarsvtr ἐπρχει- ρήσαντας, ἱπποκενταύρους ὠγόμασθαι. « Quelques-uns prétendent que les centaures, ayant les premriers essayé de monter à che- val, furent appelés hippocentaures. » Au reste, quelque plau- sible que paraisse cette explication, ne perdons pas de vue
4
.qu'il y a toujours beaucoup de vague dans les questions étymo-
DE MONSTRIS. δι logiques; ajoutons même que Bochart, auquel est empruntée l'indieation des passages dont on s'est servi dans cette note, rejette l'étymologie des anciens xerr&r ταύρους, et ne voit dans le mot x£rravpec d'autre racine que x£rrop; et remarquons que ce dernier mot peut d'autant mieux se traduire en français par piquesr, que nous entendons par là un homme de cheval. Mais il se pourrait que le savoir immense de Bochart et les comparaisons qu'il fait du phénicien et de l'égyptien l'aient ici, Comme en d'autres endroits, plutôt écarté que rapproché de la véritable explication.
L'impossibilité de l'existence des hippocentaures a frappé tous les anciens, qui se sont:exprimés à ce sujet d'une ma- mère plus décisive qu'ils ne le font ordinairement. Ils ont même argué de cette impossibité dans des matières où l'on est assez surpris de voir figurer les hippocentaures. Le juris- consulte Celsus, cité par Bochart, qui a rassemblé là-dessus des passages de tout genre, déclare nulle une obligation par laquelle on s'engagerait à fournir à quelqu'un un hippocen- ture, attendu que la promesse d'une chose qui n'existe pas est nulle: «Quia quod non est, frustra promittitur. »
Les anciens ont aussi dormé le nom d'hippocentaures à des . enfantements monstrueux, présentant la réunion de parties bonâme et de parties cheval. Galien a discuté longuement sur cette question, De Usu partium, 1. III, c. 1, pour prouver qu'un monstre aussi paradoxal, τὸ ζῶον τοῦτο ἄτοπον τε καὶ ἀλ- λόκοτόν, est impossible; assertion qu'il modifie ensuite, en disant que, si un tel être venait au jour, du moins il ne pourrait vivre. C'est aussi l'opinion d'Héraclite, De Incredibi- libus, qui méme la généralise : δύο γὰρ δυηλλαγμένας φύσεις εἰς ἐν συγελθούσας ἀδύνατον ζωογονηθῆναι- καὶ τραφῆναι. « Il est im- possible que deux natures différentes , réunies en un seul être, puissent vivre et subsister. » Cette opinion, ainsi modifiée, pa- rait avoir été fondée sur des observations comme celle que
82 DE MONSTRIS.
rapporte Ártémidore, Onirocnit., 1. IV, c. xu1x, de deux jumeaux hippocentaures qui moururent en naissant ; d'où il tire la méme conclusion qu'Héraclite et Galien. |
Trois auteurs ont rapporté sur des monstres de ce genre plus que de simples on-dit. Phlégon de Tralles, affranchi de l'empereut Adrien, dit qu'il y avait de son temps à. Rome, dans le palais, la momie d'un hippocentaure, qu'on y conser- vait comme une curiosité. « Si quelqu'un en donte, dit-il, il peut lexaminer parmi les curiosités du trésor impérial » E τις ἀπιστεῖ, δύναται i ἱστορῆσαι" ἀπόκειται "ydp ἐν θησαυροῖς τοῦ αὐ- roxpd' opor τε]αριχευμένος, ὡς προεῖπον. Je: dois remarquer que ἐγ θησαυροῖς est une heureuse correction de Bochart au lieu de ἐγ τοῖς ὁρίοις, que donnent les manuscrits. Ce savant a cité le passage entier de Phlégon et l'a traduit en latin. Nous ne le répéterons donc pas ici. Nous dirons seulement que ce monstre avait été trouvé à Sauna ou Saunis, ville d'Arabie; et le roi l'avait envoyé vivant en Égypte avec d'antres présents poür l'empereur. Phlégon dit seulement πρὸς Καίσαρα; mais Bochart pense que c'était vers la fin du règne de Claude, dont Taeite rapporte que la mort fut présagée par des enfantements de monstres doubles, « biformes hominum partus. » Annal. ,1. XII. Ce monstre ne se nourrissait que de chair.-Arrivé en Égypte, il y mourut, et le gouverneur de cette province l'y fit embau- mer et l'envoya à Rome. La description qu'en donne Phlégon est conforme au centaure de l'art antique; et ce qu'il y a de plus remarquable dans ce récit d'un témoin oculeire, qui était, comme l'on sait, un des hommes les plus instruits de son temps, c'est que cet hippocentaure, sans être, dit-il, aussi grand qu'on les représente, n'était pàs cependant d'une petitesse ex- cessive : Μέγεθος δὲ nr οὐχ οἷόνπερ᾽ οἱ γραφόμενοι, οὐδ᾽ αὖ πάλιν μικρόν. Ce qui, avec la circonstance de sa nourriture, indi- querait qu'il était au moins sorti de la première enfance. Cette dernière circonstance ne se concilie pas bien avec le motif qui
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engage Bochart à placer ce prodige « paulo ante mortem Clau- dii,» en rapprochant le récit de Phlégon de la remarque de Tacite. Car c'était dans la naissance de ces êtres monstrueux que résidait le mauvais présage, comme l'indique le mot par- tas. Aussi Lydus, de Ostentis, a-til bien soin d'indiquer tou- jours sous quel consulat sont nés ces monstres.
Je rapprocherais plutót le passage de Tacite de celui de Pline, qui dit que l'empereur Claude avait lui-méme consigné par écrit la naissance d'un hippocentaure, né en Thessalie et mort le méme jour; et Pline ajoute qu'il en avait vu le corps, envoyé d'Égypte (ou probablement il avait été transporté, à cause de la perfection des embaumements dans ce pays), et conservé dans du miel : « Et nos, principatu ejus, allatum illi ex /Egypto in melle vidimus. » Histor. natur., 1. VII, c. 111. On sait que les anciens se servaient ainsi du miel, comme nous employons aujourd'hui l'esprit-de-vin. « Mellis quidem ipsius natura talis est ut putrescere corpora non sinat. » Id. , 1. XXII, c. xxiv. Ámeilhon en avait déjà fait la remarque, Histoire du commerce des Égyptiens. Ce qui autorise encore la distinction que nous établissons entre le phénoméne de Phlégon et celui de Pline, c'est que M. Cuvier, qui admet le second, rejette le premier. « ..... Vitale scilicet monstrum, cum carne vesci soli- tum manibusque instructum, nil horum Plinius qui ipse vidit. » Ad lib. VII, c. ir, Plin., natur. Hist. , t. III, pag. 45, not. 7, coll. Lemaire. —M. le comte Léopardi, dans son ouvrage manus- crit intitulé Saggio sopra gli errori popolari degli antichi, dont nous devons la communication à M. de Sinner, traite avec une ample érudition la question des hippocentaures. En refusant de croire à la réalité de celui de Phlégon, il cite l'explication quen donne M. Fréret; c'est que la personne qui avait en- voyé à l'empereur cette momie vue par Phlégon, aurait pro- fité du grand talent des Egyptiens dans l'art d'embaumer les corps, pour faire réunir le corps d'un poulain, sans la tête, à Ja
3
v
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moitié du corps d'un enfant, assez habilement pour rendre la suture imperceptible. Cette supposition ingénieuse concilierait la véracité de l'écrivain avec l'impossibilité à peu près reconnue du phénomène.
Le dernier témoignage que Bochart n'a fait qu'indiquer, et que je donnerai en entier, est celui de Plutarque dans le Ban- quet des sept Sages. C'est Dioclés qui parle: Ex vov lou περιελ- θὼν ὑπηρέτης, « Κελεύει σε Περίανδρος, ἔφη, xai Odonr, arapaAa- Gov la. τοῦγον, ἐπισκέψασθαι τὸ κεκομισμένον apliog αὐῷ, «vo lepor ἄλλως γέγονεν, À τι σημεῖόν eoi καὶ τέρας. Αὐτὰς μὲν γὰρ ἔοικε τεἸαράχϑα; σφόδρα, μίασμα καὶ κηλῖδα τὴς θυσίας ἡγούμενος. » Ἅμα δὲ ἀπῆγεν ἡμᾶς εἴς τι οἴκημα τῶν ar&pi τὸν κῆπον" ἐγΊαῦθα νεανίσκος, ὡς gain, νομευήικὸς, οὕπω γενειῶν, ἄλλως TÉ χαὶ τὸ eidbe ovx ἀγενννὶ ς, ἀγαπήύξας τιγὰ t διφθέραν, ἐδειξεν ἡ ἡμῖν βρέφος, ὡς ἔφη, γεγονὸς ἐξ ἵππου, τὰ μὲν ἄγω μέχρι τοῦ τραχήλου καὶ τῶν χειρῶν ἀνθρωπόμορφον, ταὶ λοιπὰ δὲ ἔχον ἵππου, τῇ δὲ φωνὴ καθάπερ ταὶ νεογνοὶ araidtipia, κλαυθμυριζόμενον. Ὁ μὲν οὖν Νειλόξενος, « Ἀλε- Eíxaxt» εἰπὼν, ἀπεσήράφη τὴν ὄψιν. Ὁ δὲ Θάλης προσέβαλε τῷ γεαγίσκῳ πολὺν χρόνον, εἴἼα μειδιάσας (εἰώθει δὲ der «παίζειν πρὸς ἐμὲ “περὶ τῆς τέχνη)" «Ἦ που τὸν χαθαρμον, ὦ Διόκλεις, ἔφη, xiytiv daos , καὶ “παρέχειν πσρώγμαα τοῖς τροπαίοις, ὡς τινος δεινοῦ καὶ μεγάλου συμβάντος; »—« Τί δὲ, εἶπον, οὐ μέλλω ; στάσεως "ydp, ὦ Θάλη, καὶ διαφορᾶς τὸ σημεῖον ἐστι" καὶ d'dia μὴ μέχρι γάμου καὶ γενεᾶς ἐξικηΊαι:, πορινὴ τὸ appa lor ἐξιλάσασθαι μήνιμα. τῆς θεοῦ, di por, ὡς ὁρᾷς, παροφαινούσης.» Πρὸς ToUlo μηδὲν ἀποκρινόμενος ὁ Θάλης, ἀλλὰ γελῶν, ὠπηλλατΊεΊο. Καὶ τοῦ Περιάνδρου “πρὸς ταὶς θύρας dra Way log ὑμῖν καὶ διαπυθομένου “περὶ ὧν εἴδομεν, ἀφεὶς ὃ Θάλης με, καὶ λαξόμενος τῆς ἐκείνου χειρός" « Eq. οἱ μὲν Διοκλῆς κελεύει, δράσεις καθ᾽ ἡσυχίαν" ἐγὼ δὲ σοι “παραινῶν, ἐθέσω τὸ μὴ χρᾶσθαι νομεῦσιν ἵππων, ἢ διδόναι γυναῖκας αὐήοϊς. Moral., t. 1, p. 259, ed. Henr. Stephan., in-12.
J'aurais voulu donner ici la traduction d'Amyot, dont le style excellent est toujours d'une lecture si agréable; mais elle
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contient, à cet endroit, quelques léfères inexactitudes, et jai préféré traduire le plus fidèlement possible un passage impor- tant dans le plan de ce commentaire. « Un serviteur s'approche alors de moi, en faisant le tour de la table. « Périandre te prie, me dit-il, de venir avec Thalès et cet étranger [ Niloxène], pour examiner si ce qu'on vient de lui apporter est une chose in- différente ou un prodige d'où l'on doive tirer quelque présage. Pour lui, il paraît tout troublé, et craint qu'il n'y ait eu pro- fanation ou souillure dans son sacrifice. » Aussitôt nous le sui- vons dans un bátiment attenant au jardin. Nous y trouvons un jeune garcon qui nous parut être un pátre; il n'avait pas encore de barbe, et son air n'offrait rien d'ignoble. Tl nous montre enveloppé dans une peau, qu'il déploie, un nouveau né, mis au monde, nous dit:il, par une jument. Le haut de son corps, jusqu'au-dessous du cou, avec les bras, avait la forme humaine; tout le reste était d'un cheval. Pour sa voix, c'é- taient des vagissements comme ceux d'un petit enfant qui vient de naitre. « À moi, mon bon génie!» s'écria aussitót Niloxéne en détournant le visage. Mais Thalés, aprés avoir tenu longtemps les yeux fixés sur le jeune garcon, me dit en riant (car il avait lhabitude de me railler toujours au sujet de mon art): «Penses-tu, Dioclés, à préparer une expiation et à donner de la besogne aux dieux réparateurs, comme pour un événement grand et terrible ? »—« Pourquoi non ? lui dis-je. Il y a là, Tha- lés, la marque de dissensions, de discorde civile; et je crains bien que cela ne passe jusque dans le mariage et la génération des enfants, avant que nous ayons pu apaiser le courroux de la déesse [ Vénus], qui, pour la seconde fois, tu le vois bien, se montre clairement.» Thalés sort en riant, sans me ré- pondre ; et trouvant à la porte Périandre qui voulait avoir notre avis sur ce que nous avions vu, il me laisse et le prend par la main : « Rien ne t'empéche, lui ditil, de faire ce que va te conseiller Dioclés. Pour moi, je tengage à ne pas confier la
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garde de tes juments à des pâtres, ou bien à leur donner des femmes. »
L'explication indiquée spirituellement par Thalès m'a rap- pelé d'étranges récits que j'avais entendu faire à un ancien soldat de cavalerie , et qui contribueraient à prouver que, mal- gré l'intervalle de tant de siécles, les actions des hommes se ressemblent toujours, dans des circonstances à peu prés sem- blables. Phédre a appliqué le mot à Ésope, mais à l'occasion d'agneaux à tête humaine. Fabul., 1. III, fab. 11, p. 169 de notre édition. Nous devons ajouter ici sur ce passage de Pline , «Indorum quosdam cum feris coire, mixtosque et semiferos esse partus, » Hist. nat., À. VII, c. 11, la note de M. Cuvier: « Id libidinis crebro et apud cunctos miserrime usurpatum; unde tamen noli credere quidquam uspiam natum. » T. III, p. 38.
(2) Cette singuliére remarque paraít venir d'un passage de saint Jéróme dans la Vie de saint Paul ermite. En allant le visiter au désert, saint Antoine vit un hippocentaure, que Bochart pense avoir été une apparition diabolique et non un être réel. Antoine, après s'être muni du signe de la croix, lui demanda son chemin pour arriver chez son saint ami. Le monstre, cherchant à lui répondre avec affabilité, fit entendre un son barbare et inarticulé, et lui indiqua de la main la route qu'il demandait : « Conspicit hominem equo mixtum cui opinio poetarum hippocentauro vocabulum indidit. Quo viso, salu- laris impressione signi armat frontem : et « Heus tu, inquit, quanam in parte hic servus Dei habitat?» Αἱ ille barbarum nescio quid infrendens, et frangens potius verba quam prolo- - quens, inter horrentia ora senis blandum quæsivit alloquium, et dextre protensione manus, cupitum indicat iter: et sic pa- tentes campos volucri transmittens fuga, ex oculis mirantis evanuit.» Divi Hieronymi Stridon. Opera, 1578, infol., t. I, pag. 315 sq.
C'est à ce passage que doit se rapporter une TUM in-
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génieuse de M. Langlois, appliquée aux satyres par une erreur; car saint Jéróme ne regarde pas les satyres comme des visions surnaturelles ; il en prouve au contraire l'existence par des faits tératologiques , dont l'exposé rentre tout à fait dans notre plan, et que l'on peut voir ci-après au chapitre rxix de cette pre- miére partie. Voici la remarque de M. Langlois trés-applicable ici: « En insinuant que ces satyres [lisons hippocentaures] pouvaient fort bien être des lutins infernaux', saint Jérôme a fourni le premier fond sur lequel les légendaires et les peintres ont brodé les circonstances si variées des tentations du fonda- teur de la vie monastique. » Notice sar l'incendie de la cathédrale de Rouen et sur l'hist. monumentale de cette. église. Rouen, 1833, in-8°, page 64. '
.. Dans l'énumération de Bérose, parmi les êtres monstrueux de l'époque de ténébres, les hippocentaures sont décrits comme ayant eu la partie antérieure d'hommes et la partie postérieure de chevaux : ..... Τοὺς δὲ τὰ ὀπίσω μὲν ἵππων, τὰ δὲ ἔμπροσθεν αἀνγθρώπων, οὖς ἱπποκεν)αύρους τιὶν ἰδέαν εἶναι. Berosi Chaldæorum Hist. quæ supersunt, ed. Richter, p. 49. '
* En vieux français luytons , gobelins.
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X.
DE QUODAM HOMINE DUPLICI, QUI COMMIXTIONE MONSTROSA DUO CORPORA SUPERNE HABUIT.
Et quemdam hominem in Asia natum ab humanis ' parentibus, commixtione monstrosa didicimus : qui pedibus et ventre fuit genitori compar, sed tamen duo. pectora et quatuor manus et bina capita ha- buit (1). Et ad ipsius mirationem multos rumorosa contrahebat opinio.
NOTES.
* (1) Ce chapitre est pris en entier de saint Augustin, dont voici les paroles: « Ante annos aliquot, nostra certa memoria in Oriente duplex homo natus est superioribus membris, in- ferioribus simplex. Nam duo erant capita, quatuor manus, venter autem unus et pedes duo sicut uni homini ; et tamdiu vixit, ut multos ad eum videndum fama contraheret. » De Civit. Dei, 1. XVI, c. vri. — Lycosthéne rapporte plusieurs exemples de cette monstruosité : d'abord un double individu de cette sorte, né en Ángleterre en 1112, qui fut baptisé et ne vécut que trois jours. La jonction était par les reins, en sorte que les deux corps se tournaient le dos. Prodigiorum ac ostentorum Chro- nic., p. 397. Il donne plus de détails sur un autre phénomène semblable, qui fut en effet de son temps, en 1543. «In pago
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Rinacb, non procul a Basilea Rauracorum, mulier geminos edi- dit, concretis corporibus duobus supra umbilicum, quatuor brachiis; tamen a lumbis in duos pedes tantum desinebant. Fuit masculus, ac egregie a Sebastiano nostro Munstero in cosmographia sua descriptus. Unde Stumpfius in suum etiam chronicorum opus transtulit. » Page 581. Il cite encore, sans dire s'ils vécurent, deux autres monstres semblables, l'un du sexe masculin, né en 1494 à Rétuil, prés de la Forét-Noire; le second du sexe féminin, né en 1498 dans la seigneurie de Vanderberg. Il rapporte à l'année 1310 la naissance d'un pa- reil monstre double prés de Florence. Page 450. François Pé- trarque en fait aussi mention dans son ouvrage De Rebus memo- randis, suivant Aldrovande qui rapporte que le portrait de ce monstre se voyait à Florence. On lisait au-dessous une piéce de vers, οὐ l'on trouve, entre autres détails, les suivants :
Non vero nobis unus somnusque cibusque , Nec risus nobis fletus et unus erat.
Somno membra dabat unus, ridebat et alter; Sugebatque unus, flens quoque et alter erat.....
06000000 000.5 ee © € ...
Viximus ambo decem bis totidemque dies. Monstrorum Histor., p. 639.
Celui-ci vécut vingt jours; et l'on croirait en effet que de tels êtres ne pourraient guère prolonger leur vie au delà d'une première enfance. ll semble que d'une seule paire d'extrémi- tés inférieures pour deux corps complets en haut, à partir du milieu du tronc, doive résulter un manque d'équilibre incom- patible avec une certaine prolongation d'existence. Mais la nature a des ressources admirables et souvent incompréhen- sibles pour les cas de monstruosités. Or il résulte des faits re- cueillis et exposés avec des détails précis par Aldrovande que quelques-uns de ces étres doubles ont vécu plusieurs années.
4o DE MONSTRIS.
Nous hésiterions à accorder une entière confiance au récit qu'il fait, d'après Vincent de Beauvais, d'un enfant du sexe féminin, né en Normandie en 1044, suivant Lycosthène, ou en 1061, suivant Mathæus Palmerius, et présentant cette réunion monstrueuse. Il ne dit pas combien cet être vécut, mais seule- ment que l'une des deux parties survécut prés de trois ans à l'autre. «Una parte monstri premortua, altera per spatium fere triennii supervixit, defunctam bajulans, donec molis pon- dere et cadaveris nidore deficeret. » Cela est en contradiction avec les autres observations sur la mort de ces monstres doubles, dont une partie ne tarde guére à suivre l'autre.
Mais un fait qu'on ne peut contester, et qui présente une longévité relative bien remarquable, est celui dont parle Bu- chanan dans son histoire d'Écosse, et sur lequel il donne les détails les plus circonstanciés qu'il termine ainsi : « Hac de re scribimus eo confidentius, quod adhuc supersunt homines honesti complures qui hec viderint. » Rerum Scotic. Histor. , lib. XIII, pag. 342, ed. Thom. Rudiman. Nous traduisons avec plaisir ce passage trésimportant dans la question qui nous occupe. « Vers l'année 1590, il naquit en Écosse un monstre d'un nouveau genre. La partie inférieure de son corps était d'un enfant mâle, ne différant en rien de la forme ordinaire ; mais au-dessus du nombril, le buste et tout le reste du corps étaient doubles et séparés de figure et de fonctions. Le roi [Jacques IV] mit beaucoup de soin à le faire élever et ins- truire, surtout dans la musique, οὐ il fit des progrés éton- nants. H apprit en outre différentes langues. Les deux corps n'avaient pas les mémes volontés; et dans ce désaccord, lors- que ce qui plaisait à l'un déplaisait à l'autre, tantót ils se que- rellaient, tantót ils s'entendaient pour agir en commun. Ce qui était aussi fort remarquable, c'est que les impressions produites sur le bas des reins ou sur les membres inférieurs, étaient ressenties de chacun, tandis qu'un des deux corps,
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piqué dans les parties supérieures, éprouvait seul une sensa- tion douloureuse. La mort rendit bien évident cet état distinct ; l'un des deux corps mourut un grand nombre de jours avant l'autre, et le survivant ne fut atteint que peu à peu par la contagion de cette moitié de lui-même en dissolution. Ce monstre vécut vingt-huit ans, et mourut sous la régence de Jean [duc d'Albany ]. » Que de réflexions un pareil récit fait naître sur l'âme et sur le mystère sublime de ses rds avec l'organisation!
Théophane, dans sa Chronographie, pag. 60, À, rapporte à l'année 376 l'existence d'un monstre tout à fait semblable, né à Emmaüs en Palestine; et les détails qu'il en donne pré- sentent la plus parfaite analogie avec ceux de Buchanan, au- tant que le permettait la différence de prolongation d'existence. Car celui que cite l'historien byzantin vécut seulement un peu plus de deux ans. ἢ dit que les deux parties se querellaient et méme se battaient. Le dernier mort survécut à l'autre quatre jours.
' Cardanus, dans son commentaire sur Hippocrate, cite un double être masculin, réuni de la méme manière, né en Égypte, et qui parvint jusqu'à l'âge de quatre ans. Aldrovande donne, à la page 640, la figure d'un autre, d'aprés le portrait que l'on en conservait au musée public à Osimo dans 1a marche d'Ancóne. Chaque tête fut baptisée séparément, mais une des deux seulement put téter. Paul le Diacre en cite encore un autre, né aprés la mort de l'empereur Théodose, et dont les deux corps, ainsi que les jumelles de Florence, dor- maient et remplissaient leurs diverses fonctions vitales d'une maniére alternative. Il en naquit un à Constantinople en 1093, sous le régne d'Andronic Paléologue II, et il ne vécut qu'un jour. Aldrovande parle encore d'un fait semblable, arrivé prés de Bologue, sa patrie, en 1243. L'une des deux parties mou- rut le premier jour, ct l'autre le lendemain. Il cite enfin
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d'autres exemples rapportés par saint Augustin, saint Jérôme, Petrus Crinitus et Albert le Grand dans ses commentaires sur Aristote. Ces exemples qu'il a réunis aux précédents, sous le titre de Monstra humana in partibus inferioribus simplicia. et in superioribus gemina, se trouvent dans son Histoire des monstres, de la page 627 à la page 631.
Ge genre de phénoménes parmi les monstres doubles est différent de celui que rapporte Léon le Diacre comme témoin oculaire. C'étaient deux hommes complets réunis seulement par côté, depuis le flanc jusqu'à laisselle. Quant ils mar- chaient, ils se passaient autour du cou l'un de l'autre les bras qui étaient du cóté de la jointure, et des deux autres ils s'ap- puyaient sur des cannes. Pour faire de longs voyages, ils montaient sur une mule, οὐ ils étaient assis à la maniére des femmes. Ils étaient venus de Cappadoce, et parcoururent une grande partie de l'empire d'Orient. Léon le Diacre, qui les vit souvent en Ásie, les représente comme bien faits, vigoureux et du plus.doux naturel.
En comparant attentivement ce passage de Léon le Diacre avec ceux de Léon le Grammairien, de Zonare et de Michel Glycas, que M. Hase indique dans sa note sur cet endroit, Corpus Scriptt. hist. Byzant., pars XI, pag. 491, ed. Niebuhr, je «rois reconnaitre qu'il est question dans ces quatre histo- riens du méme individu. En effet, M. Hase fixe à l'année 974 l'époque oà Léon le Diacre dit que ces jumeaux, ágés de trente ans , commencérent à voyager dans l'empire, sous le régne de Jean Zimiscés, associé à l'empire aprés Nicéphore Phocas, pen- dant la jeunesse des deux frères Basile II et Constantin VIII. Or les trois autres historiens (qui font venir ce monstre d'Ar- ménie) disent que, chassé de Constantinople comme présage funeste, il y rentra sous le règne de Constantin. S'ils entendent par là l'époque oü ce prince régna seul, aprés la mort de son frère Basile, cela nous porterait jusque vers l'année 1025, cin-
DE MONSTRIS. 43 quante ans après l'époque où ils avaient commencé à voyager dans l'empire. L'âge de quatre-vingts ans qu'ils auraient eu alors ne serait pas une raison péremptoire, ce me semble, à op- poser à leur identité. Cer, si l'individu vraiment monstrueux, que décrit Buchanan, a pu vivre vingt-huit ans, ces deux hommes complets, seulement attachés l'un à l'autre, et que Léon le Diacre représente comme trés-bien constitués, ont bien pu arriver à quatre-vingts. Quant au mot raids, employé par Léon le Grammairien et par Glycas, et au mot μειρακίσκωνγ, employé par Zonare, il faut remarquer que ces trois auteurs ne donnent pas, comme Léon le Diacre, leur propre témoi- gnage. Ces auteurs rapportent la mort de ces jumeaux. Aprés celle du premier, d'habiles médecins séparèrent par une am- putation son cadavre du corps de l'autre, qui ne survécut que trés-peu à cette opération : trois jours, suivant Léon le Gram- mairien. Voici, pour la comparaison, les passages de ces quatre historiens : :
Lsonis Diacont Historie lib. X, cap. 1v: Ka'lz τοῦον δὴ τὸν καιρὸν xai dYdbpuos ἀνόρες, ἐκ τῆς τῶν Κατταδοχῶν χώρας ὁρμώμε- Y, ϑρολλαχοῦ τὴς Ῥωμαϊκῆς €mixpa tiae Éqoilur, οὖς καὶ av loc ὁ ταϑΊα συγγράφων “«ολλάκχις καΊὰ Tir Ἀσίαν τεθέαμαι, τεράσΊιον 71 θαῦμα arbo lag καὶ καινόν. Ἄρμα γὰρ eo loc καὶ ὁλδ]ηα «rtpi- ed(of la, τὰ τοῦ edyca og καθισΊανΊο μόρια' ἐπὸ δὲ μάλης καὶ μέχρι λαγῶνος αἱ arMvpai τούγοις ἐκεκάἀλληνίο, ἑγοῦσαι τα σὠμαία καὶ εἰς ἐν συναρμόζουσαωι;, καὶ ταῖς μὲν ψανούσαις ἀλλήλων τῶν χειρῶν τοὺς σφῶν “σεριέγλεχω Tévor las , Ua peu δὲ Bax'npias ἔφερεν; αἷς adi- ζονῆες €exnphz'lorlo , τριακοσΊον τῆς ἡλικίας $ log ἀγωήες" καὶ σώμαΊα TeU oic tv ἐπεφύκε;, ἀγθηραὶ art quic καὶ rearixd.. "Hyuoro δὲ xad Tag μακραῖς ἀποδημίας QyoUrlo, θηλυπρεπῶς παρὰ τὴν do pao ἐζόμενοι, ἀλεκΊόν τι χρῆμα γλυκυθυμίας καὶ ἐπιεικείας τυγχαϊγονίες. Corpus Script. histor. Byzant., pars XI, pag. 165, A B.
Leonis GaAMMATICI Chronographia : Ἔν ra lau δὲ ταῖς ἡμέραις Apudriy τι τέρας, Th amont ἐπεφοωιήήκει. ΠΙαῖδὲς συμφυεῖς dgptrse ἐκ
44 DE MONSTRIS.
μιᾶς «ροελθόντες γασΊρὸς" ἀριοι μὲν “σαγΊα Td. μέλη τοῦ σώμαήος, ἀπὸ δὲ τοῦ σἸόμαήος τοῦ γαστρὸς καὶ μέχρι τὸν ὑπογασΊέρα συμπε-- Quxólec καὶ ἀλλήλοις ὑπαρχονΊες αγλιπρόσωποι" οἱ ἐπὶ πλεϊσΊον «τὴ πόλει évdya pi Lave καὶ ἀπὸ ardy lor ὡς ἐξα σιόν τι τέρας ὁρώμενοι, τῆς “σόλεως ὡς “πονηρός τις οἰωγὸς ἐξηλάθησαν. "Eri δὲ τῆς μονοκρα- "“Ἴορίας βασιλέως ΚωνσΊανΊνου «παλιν εἰσήλθοσαν. ᾿Επεὶ δὲ ὁ € lepoc av lv ἐἼέθνηκεν, ἰατροί τινες ἔμπειροι τὸ συγκεκολλημέγον μέρος δέ- Teuor εὐφυῶς, εἰλπίδι Tov cr por ζήσεσθαι" ὃς τρεῖς ἡμέρας ἐπι- (Ἰοῦς ἐελευήησεν. Ed. Reg. pag. 508, C.
‘Joan. Zonaræ Annal. , 1. XVI, c. xx: ἈφικεΊο δὲ τοΊε ἐξ Ap- priae μειρακίσκων δυὰς συμφυῶν' τοῦ ἑνὸς δὲ θανόνγος, € ui On à συμφυΐα παραὶ τῶν ia pai, ἀλλ᾽ οὐδὲν τὸ περίλοιπον ὥνησε, μικρὸν dV ἐπιξιώσας τῷ ἀδελφῷ κακεῖνος ἐξέπνευσεν. Ed. Reg., t. II, pag. 192, À.
MicHAEL. GLvcæ Annal., pars IV : Ka'ld ravlas τὲς ἡμέρας, ἐξ Ἀρμενίας éqoi nos τέρας ἐν τῇ βασιλενούσῃ, æaidts apperes συμ- φυεῖς ἐκ μιᾶς “ροσελθογῆες "yas pog. Ἐξηλάθησαν δὲ πόλεως ὡς “ππογηρὸς οἰωνός. Emi δὲ ΚωνσΊ)ανΊγου aydouv εἰσῆλθον. ᾿Επεὶ δὲ συ- νέξη τὸν ἕνα τελευήλσαι, ἐπειράσθησαν οἱ ἐμυπειρο]αἼοι τῶν ἰαήρῶν, τὸ νεχρωθὲν ἀποΊεμεῖν μέρος. OÙ τμηθέντος, τὸ ζῶν ἐπιζεζιωκὸς ἐἼε- λευΐῃσεν. Ed. Reg., pag. 301, D.
On a vu, dans ces dernières années, à Paris, deux exemples: célèbres de monstres doubles : deux jeunes Siamois réunis à peu prés comme l'homme double des auteurs byzantins, et qui ont vécu au delà de vingt ans; puis la petite fille à deux tétes désignée sous le double nom de Ritta-Christina, et qui vécut plus d'un an. Les auteurs orientaux ont aussi consigné des phénoménes de ce genre. M. Étienne Quatremére en offre un dans un passage qu'il traduit de Macrisy, auteur arabe : « L'an 377 [de l'hégire], une jeune femme de Tunis mit au monde une fille qui avoit deux tétes, dont l'une avoit un visage blanc et l'autre un visage noir. Ces deux tétes étoient posées sur un seul cou; du reste le corps étoit conformé comme ἃ l'ordi-
DE MONSTRIS. 45
naire. » Mémoires géogr. et histor. sur l'Égypte, t. I, pag. 323.
ἢ est étonnant que l'antiquité proprement dite n'ait pas re- cueilli d'observations de ce genre”. Son silence sur une ano- malie aussi extraordinaire pourrait indiquer que la nature fut longtemps sans en offrir d'exemples, et à l'inverse on serait en droit de conclure que certains phénomènes, aujourd'hui sans exemple, ont pu s'offrir dans l'antiquité.
* Bérose place bien, dans son énumération des monstres qui exis- taient au temps de l'eau et des ténèbres, des hommes ayant un corps et deux têtes ..... Καὶ σῶμα μὲν ἔχονΊας €, κεφαλὲς δὲ dvo. Chal- deor. Histor. que supersunt, pag. 49, ed. Richter. Mais l'entourage fabuleux de cette citation ne donne nullement au passage de Bérose le caractére d'une observation. Il ajoute que ces deux tétes étaient l'une d'homme l'autre de femme, αγδρεῖαάν τε καὶ yvraixtiar.
46 DE MONSTRIS.
ΧΙ.
ÆATHIOPES, ET GENUS QUODDAM RIPHÆIS MONTIBUS VICINUM.
Sunt Æthiopes toto corpore nigri, sol quos fla- grans nimio ardore semper adurit ; quia sub quatuor zonarum"* ferventissimus et torrido mundi circulo demorantur (1). Et ἃ vapore ardentissimorum side- rum , terrarum defenduntur latebris. Sic e contrario, pro frigore nivali, genus quoddam humanum Ri- phæis ? (2) montibus vicinum in hieme * terris defen- sum legimus : ubi nives sub gelido septentrionis (3) arcu in quatuor ulnas consurgunt. , |
Ms. * Aronarum [ sic ]. — ἢ Ripheis. — * Cheme.
NOTES.
(1) Saint Isidore expose ainsi l'origine des Éthiopiens : « Æthiopes dicti a filio Cham, qui vocatus est Chus, a quo originem trahunt. Chus enim hebraice Æthiops interpretatur. Hi quondam ab Indo flumine consurgentes, juxta "Egyptum inter Nilum et Oceanum in meridie, sub ipsa solis vicinitate consederunt. » Orig. , 1. IX, c. τι.
Eschyle fait dire à Prométhée, décrivant à Io tous les pays qu'elle doit parcourir .
DE MONSTRIS.. 47
--— DE Τηλουρὸν δὲ γὴν
Ἥξεις X$AoUYOY φῦλον, οἱ πρὸς ἡλίν ——
Ναίουσι “πηγαῖς, ἔνθα “οἼαμὸς Αἰθίοψ. Prometh. , v. 806, sqq.
Ces mots qui habitent prés des sources da soleil. expriment bien ce que les Grecs entendaient par l'Éthiopie. « Selon la géographie primitive des Grecs, dit M. Letronne, le mot Éthiopie , le Pays des hommes à visage brûlé, étoit une expres- sion vague qui désignoit principalement la partie sud-est de la terre connue, et comprenoit tous les peuples dont la peau est noire ou basanée. » La Statue vocale de Memnon considérée dans ses rapports avec l Égypte et la Grèce, pag. 67.— «En géné- ral, dit Ameilhon, les anciens comprenoient sous le nom d' É- thiopiens presque tous les peuples qui habitent la zone torride, ou plutôt tous ceux qui avoient le visage noir, ‘dans quelque contrée qu'ils se trouvassent. C'est pourquoi nous voyons qu'il est parlé dans les anciens auteurs d' Éthiopiens asiatiques. » Commerce des Égyptiens, p. 85.
(2) « Riphei montes ubi sint non convenit inter veteres: quum quidem Posidonius, ut alio loco retulimus, Alpes esse velit, ali montis Caucasi partem. Dionysius eos ad ostia Bo- rysthenis, qui Pontum Euxinum ingreditur, collocat. Nam postquam de iis dixit, subjicit [v. 214, sq.]:
Κεῖθι καὶ AxdMoxoio xai ὑδαΊα Tay lixa ao Ῥιπαίοις ἐν ὄρεσσι dYasdYy a. μορμύρουσι.
« Ptolemæo ita appellantur montes ubi oritur Tanais. Da- mastes ultra Arismaspos eos submovet. Ait enim ille : ér τῷ ep ἐθνῶν: Ἄνω Σκυθῶν Ἰσσηδῦνας οἰκεῖν, τοὐήων δ᾽ diva ke Aps- μάσπους, ἄγω à" Ἀριμάσπων΄ τὰ Ῥίπαια opn ἐξ ὧν τὸν Βορέαν “νεῖν, χιόνα δ᾽ as lt parole ἐλλείπειν, ὑπὲρ δὲ Ta ὁρη aUa. Ὑπερζο- piove καθήκειν εἰς τὴν θάλασσαν.» Isaac. Casaub., Comment. in
ἠδ DE MONSTRIS.
lib. VII Strab., p. 112. Le passage de notre auteur vient à l'appui de cette derniére citation faite par Casaubon. «Les monis Riphées, dit M. Letronne, dés l'origine de la poésie grecque, servoient d'expression à la partie la plus boréale de la terre. » La Statue vocale de Memnon, page 76.
M. Walh, dans son ouvrage sur l'Inde, II, 486, cité par Malte-Brun, Nouv. Annales des Voyag., t. IT, p. 377, fait dé- river le mot Ripæi ou Riphæi du mot Hyp qui, dans plusieurs langues anciennes, parait avoir signifié montagne.
(3) «Les Tétes-Chauves, dit Malte-Brun, recevoient la visite des Grecs établis dans le Borysthène et le Pont-Euxin; mais plus loin, les pays étoient presque inconnus; personne n'avoit pu traverser les hautes montagnes οὐ l'on disoit que demeu- roient les hommes à pieds de bouc; cependant on savoit qu'à l'est des Tétes-Chauves habitoient les fssedons, Hérodot., IV, C. XXVI, qui, d'après un autre passage, sont voisins des Mas- sagétes, id., I, c. ccr. Les Tétes-Chauves disoient, mais Hé- rodote ne veut pas le croire, qu'au nord de leur pays il y avoit des peuples qui dormoient six mois de l'année. Ce seul trait nous peint cependant la Sibérie. Les Jssédons, de leur cóté, prétendoient qu'au nord de leur contrée, demeuroient les Arimaspes....., les Grypes....., enfin les Hyperboréens qui at- teignent les bords de l'Océan. Hérod., IV, c. xin, xvi.
« Ce n'est pas aller trop loin que de voir dans ce récit, re- cueilli ou conservé par Hérodote, l'indication d'une route sui- vie par des caravanes, qui, des colonies grecques du Pont- Euxin, pénétroient par le Nord de la mer Caspienne, au pied des montagnes de la petite Boukharie, du Ferganah, du Badak-Schan et du peut Tibet. » Nouv. Annal. des Voyag., t. ll, p. 373.
DE MONSTRIS. 49
XII.
ONOCENTAURI.
Onocentauri corpora hominum rationabilia habere videntur usque ad umbilicum; et inferior pars cor- poris in onagrorum setosa turpitudine describitur (1). Quos sic diversorum generum varia naturaliter con- jungit natura.
NOTES.
(1) « Onocentaurus autem vocatur, eo quod media pars, ho- minis species, media asini esse dicatur; sicut et hippocentauri, quod equorum hominumque in eis natura conjuncta fuisse putatur. » Isidori Orig. , 1. XI, c. rm.
Manuel Philé donne une description très-détaillée de cet être fabuleux. Il suppose que quelqu'un en ayant apercu un dans lInde, le décrit soigneusement à un Indien, pour en apprendre le nom :
Πρόσωπον ἀνδρὸς εἶδον, IvV, καὶ κόμην,
Καὶ σΊέρνα, καὶ τράχηλον ἄχρις ἰξύος,
Καὶ χεῖρας αὐήἼὰς aydpixde , xai δακΊύλους. Ῥάχις δὲ, πλευρὰ, λαπάραι, γασΊὴρ, ππόδὲς "Oror καθαρὸν ὀργανοῦσι τὴν θέαν. 'OEV/alor δὲ, καὶ βαρύθυμον μένον, Βαδον μὲν οὐ πρόεισιγ' ὡς θὴρ δὲ τρέχει.
bp DE MONSTRIS. Καὶ ydp κινεῖ τὰς χεῖρας ὡς xai τοὺς πόδας" Καθήμενον δὲ πνευσΊιᾷ μεΊα δρόμον. "Ecol δὲ καὶ τεφρῶδες, Ἰγδὲ, riiv χρόαν. Θνηήσκει δὲ ληφθὲν ἐκ λιμοῦ, κἀν n βρέφος" Τὸ δούλιον γὰρ ni op οὐ θέλε; βλέπειν. --- Ονοκέγ)αυρός ἐσΊιν av loc, ὡς λέγεις, Ζῶον “φονηρὸν, εἶπεν Ἰνδὸς πρὸς adi. De animalium Proprietate, c. χι.
Ceci, comme tout le poëme de Philé, est tiré de l'Histoire des animaux d'Élien qui ajoute, 1. XVII, c. 1x, que, suivant Cratés de Pergame, c'est à Pythagore que lon devait cette description de l'onocentaure.
Le prophète Isaie, peignant la désolation de la terre frappée de la vengeance divine, la représente en proie à toute sorte de monstres et d'animaux effrayants : « Et les démons, dit-il, s'y rencontreront avec les onocentaures. » Et occurrent demonia onocentauris. XXXIV, 14.
DE MONSTRIS. δι
XIII. CYCLOPES.
Et fuit quoddam humanum genus in Sicilia, ub Étne * montis incendium legitur : qui unum oculum (1) sub asperrima fronte, clypei latitudinis (3) habue- runt. Et Cyclopes* dicebantur; et procerissimarum arborum altitudinem (3) excedebant, et humano san- guine yescebantur, Quorum quidam sub antro* re- supinus? una manu (4) duos * viros tenuisse et manducasse legitur. Veniens autem Ulyxes! ab ex- pugnatione Troje invenit unum ab his in quadam spelunca in Sicilia cum suis capris. De familia hu- jus (5) una manu tenuit et devoravit et postea dor- mivit. Et Ulyxes magnum burcellum [sic] jecit in oculum ejus. |
Ms. " Ethuæ. — ἢ Ciclopes. — * Anthro. — * Besopinus. — * Duo. — Ulixes, de même plus bas. — 5 Troje.
NOTES.
(1) Aulu-Gelle, d'après les auteurs grecs qui avaient traité des prodiges, place un peuple de cyclopes, appelés Arimaspi, aux extrémités de la Scythie : « ..... Item esse homines sub ea- dem regione coli unum oculum in frontis medio habentes, qui appellantur Árimaspi; qua fuisse facie cyclopas poete fe-
h.
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runt. » Noct. Att., 1. III, c. 1v. Et Pline, Hist. nat., 1. VIII, C. 11 : « Produntur Árimaspi quos diximus, uno oculo in fronte media insignes. » — Lycosthéne ajoute que de là leur vient le nom d'Arimaspi. «Nam arima Scytharum lingua unum, spu vero oculum designat. » Prodigiorum Chronicon, p. 8. Cet œil au milieu du front est aussi l'étymologie de leur nom grec, ainsi que le remarque saint Isidore : « Dicti cyclopes, eo quod unum oculum in fronte media habere perhibentur.» Orig., 1. XI, C. III.
Il est peu nécessaire de nommer les auteurs qui sont ré- sumés ici, d'une manière, sinon fort élégante, du moins assez exacte. Ce sont les poétes les plus illustres de l'antiquité : Homère, Odyss. , I, 106 sqq., jusqu'à la fin du chant; Euri- pide, dans son Cyclope; l'aventure de Polyphéme fait tout le sujet de ce drame satyrique. Le méme sujet redevient hé- | roique sous la main de Virgile, 1. III, 619 sqq.
(a) ses Et telo lumen terebramus acuto Ingens, quod torva solum sub fronte latebat, Argolici clypei, aut Phæœbeæ lampadis instar.
V. 630-637.
(3) L'art antique les a toujours représentés d'une taille fort élevée. Pline, Hist. nat.,1. XXXV, c. xxxvi, cite un tableau de trés-petite dimension (parvula tabula) où Parrhasius avait re- présenté le cyclope endormi. Et pour indiquer sa taille gigan- tesque, il avait peint auprés de lui des satyres mesurant son pouce avec un thyrse.
(4) Vidi egomet duo de numero cum corpora nostro Prensa manu magna, medio resupinus in antro, Frangeret ad saxum.....
Æneid., v. 623-625.
(5) Il semble qu'il manque ici un nom de nombre pour exprimer combien le cyclope mangea des gens d'Ulysse.
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XIV. .
DE HERCULE.
Quis Herculis fortitudinem et arma non mirare- tur, qui in occiduis Tyrrheni* (1) maris faucibus, columnas mire magnitudinis ad humani generis spectaculum erexit? Quique bellorum suorum tro- pea * in Oriente juxta Oceanum Indicum (3) ad posteritatis memoriam construxit. Et postquam pone totum orbem cum bellis peragrasset et terram tanto sanguine maculavit, sese mortuum flammis ad de- vorandum involvit ?.
Ms. * Thyrreni [sic]. —^ Humanz.— * Tropea.—^ Le paragraphe
suivant n'est pas distingué de celui-ci.
NOTES.
(1) Les Latins ont plus d'une fois, comme ici, appliqué à toute la mer Méditerranée ce nom de mare Tyrrhenum, qui n'en est proprement qu'une partie.
(a) Vincent de Beauvais, d'après la lettre d'Alexandre, porte au nombre de cent ces trophées d'Hercule avec ceux de Bacchus : « Jussitque Antigono [Alexander], quem præpo- suerat Persidi, ut faceret pro gestis Pori, Persarumque et Babyloniorum pilas duas aureas, et solidas, in quibus omnia facta scriberet, et statuerct eas in ultima India, ultra trophæa
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Liberi et Herculis, quorum centum erant argentea. Ipse vero Alexander quinque sua aurea statuit, illis altiora denis pedi- bus : et omnia miracula fecit in eis scribi quae viderat. » Specu- lum historiale , 1. IV, c. zx.
Dans la vieille version francaise imprimée du faux Callis- théne, il est dit qu'Alexandre, aprés avoir vaincu et tué Porus, et báti une ville en son honneur, «De là s'en alla en ung hault lieu, ou moult de gens s'en estoient fuys; et avoient celles gens nom Consides. Et illec se combatit à deux mille hommes, et les vainquit. Et pourcequ'il trouva illec les boynes d'Hercules, pourcequ'il vouloit le faict d'iceluy surmonter, passa les’ boynes. » L'H ystoire dà noble et vaillant roy Alirandre le grand. Paris, in-8* [Jehan Bonfonds], sans date ni pagination.
Solin nomme quatre personnages qui, avant Alexandre, avaient pénétré aux extrémités de l'Orient. Au delà des sources de l'Indus, il place la ville de Panda, «Oppidum Sogdiano- rum, in quorum finibus Alexander Magnus tertiam Alexan- driam condidit ad contestandos itineris sui terminos. Hic enim locus est in quo primum a Libero patre, post ab Hercule, deindé a Semiramide, postremo etiam a Cyro are sunt cons- ütute, quod proximum glorie omnes duxerint, illo usque promovisse itineris sui metas. » Polyhist. , c. xuix, p. 76, B.
Suivant Quinte-Curce, la mérnoire d'Hercule était en si grande vénération dans l'Inde, que sa statue était pour les Indiens une espéce de Palladium. Porus s'en servit comme d'un des moyens les plus puissants dans sa fameuse bataille contre Alexandre: « Herculis simulacrum agmini peditum præ- ferebatur. Id maximum erat bellantibus incitamentum, et de- seruisse gestantes militare flagitium habebatur. » L. VIII, €. XIV.
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. XV. DE SCYLLA.
Scylla * Phorci” (1) filia et Crateidis * nymphæ amavit Glaucum. Et Glaucus aliam (2) habuit no- mine Circen, Solis filiam. Et hec Circe? Scyllam transfiguravit in formam hominis et canis et del- phini*(3) simul, causa viri sui. Et illa bestia inter Italian et Siciliam fuit, ut gentiles aiunt, que devorabat nautas, ut dictum est in Virgilio (4).
Ms. " Scilla. — ? Furti. — * Cretidis. — * Circes. — * Delfinis.
NOTES.
(1) Par cette tendance que le peuple a toujours à changer des noms qui ne lui présentent pas de sens en des noms si- gnificatifs, le copiste a écrit ici furti au lieu de Phorci, et Cretidis au lieu de Cratæidis. On sait que les manuscrits fourmillent de ce genre de fautes. Le nom de la mére de Scylla se trouve dans Homére, quand Circé, dissuadant Ulysse du dessein téméraire d'attaquer ce monstre, lui conseille seu- lement | | | Nord des ΒωσΊρεῖν δὲ Kpaleuir Μηήέρα τῆς Σχύλλης. ,
Odyss., M, v. 124.
Et le scoliaste ajoute: Μάγοι δὲ Ἑκαήην avnt καλοῦσιν. Ce qui fait faire à madame Dacier cette remarque d'une sub- tilité digne des Néoplatoniciens : « Hécate est la déesse des
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sorciers et des enchanteurs. Je m'imagine donc que, lorsque Circé dit à Ulysse que, pour échapper à ce monstre, il faut recourir à celle qui l'a enfanté, elle lui dit énigmatiquement que, comme c'est la magie qui forme ce monstre, c'est aussi à la magie à l'affoiblir et à en garantir. Cette magie, c'est la poésie d'Homére, la plus grande enchanteresse qui fut ja- mais; elle crée des monstres; mais quand elle est bien en- tendue, elle les détruit ou elle les affoiblit. » Quant à Phorcus ou Phorcys, pére de Scylla, il est nommé dans le scoliaste : Φόρκυνος θυγαΐηρ: et dans Apollonius de Rhodes, 1. IV, v. 828, sq.
Σχύλλης Αὐσονίης ὀλοόφρονος, v τέκε Φόρκῳ ΝυκΊιπόλος Ἑκάτη , τήν τε κλείουσι Κράτανν.
- «Sylla, ce fléau de l'Ausonie, fille de Phorcus et de la noc- turne Hécate, que l'on appelle aussi Cratais. » Le scoliaste de ce poéte résume ainsi les différentes traditions sur l'origine de Scylla